LA MESURE MENTALE
mesures d'espace et de masse très valables, de même notre choix de la grandeur à mesurer peut aussi être arbitraire ou conventionnel. La balance postale ordinaire pèse jusqu'à 16 onces ; la balance de cuisine ordinaire jusqu'à 4 livres. Nous pouvons mesurer, nous pouvons exprimer par le nombre d'unités contenues du zéro au maximum, telle grandeur que le hasard nous fait rencontrer.
Mais cela signifie que notre expérience avec les verres d'eau sucrée (§ 62) était une expérience quantitative, une mesure mentale. Nous avions, comme grandeur arbitrairement choisie, la distance sensible (sense-distance) entre a, solution peu sucrée, et b, solution sirupeuse. Puis nous avons divisé en deux cette distance en déterminant la saveur sucrée c située à mi-chemin entre a et b. La moitié de la distance a été notre unité arbitraire, et nous pouvons écrire, en nous servant de cette unité a b = 2 a c = 2 c b, tout comme avec une unité de 1 pied, nous pouvons dire que la règle du charpentier contient 2 pieds. Les 3 points à l'aide desquels nous avons mesuré les 2 points limites a et b, sur la ligne des intensités de saveur sucrée, et le point c, situé à la distance d'une unité du point inférieur a, peuvent être établis, en vue des comparaisons, à l'aide d'une détermination des quantités relatives de sucre et d'eau contenues dans les trois solutions.
Nous pouvons prendre un autre exemple du même fait. Convenons que la ligne horizontale de la fig. 25 représente
Fig. a5.
l'échelle complète de l'intensité des sensations de bruit, et supposons que nous ayons produit les deux bruits m et o, l'un plus faible, l'autre plus fort, dûs par exemple à la chute de deux balles d'ivoire, tombant de différentes hauteurs sur des plateaux d'ébène. En choisissant parmi un certain nombre de bruits intermédiaires, nous pouvons déterminer le bruit n situé à midistance pour la sensation entre m et o. Nous pouvons alors écrire mo=2mn=2no. Ceci posé, nous pouvons prendre la
Titchener. 1*
distance n o comme donnée, et comparer n o avec les distances apr. îs o, jusqu'à ce que nous atteignions un point p tel que n o = o p. Nous pouvons alors écrire : m p = 3 m n. Prenons de nouveau la distance m n comme donnée, et comparons-la avec l'espace en-dessous de m, jusqu'à ce que nous atteignions un point l tel que l m = m n. Nous pouvons écrire l p = 4 l m. Et nous pouvons évidemment continuer, déterminer q, r... et k, /",... de la même manière. Si bien que, si nous continuons l'opération aussi loin que possible vers les limites de la ligne horizontale de la figure, nous aurons finalement mesuré la série entière des intensités de bruit, et en termes d'unité arbitraire. Entre les limites du bruit le plus faible et le plus fort, il y aura beaucoup de degrés, de distances, de la grandeur mn. Nous aurons fait de la mesure mentale.
Dans aucun de ces deux exemples cependant, la mesure n'a été méthodique. Nous avons pris arbitrairement une certaine distance entre deux sensations de goût, a b, et entre deux sensations de bruit, m o. Il eût été plus méthodique de déterminer au commencement les deux points terminaux de la ligne totale des goûts sucrés et des bruits, de déterminer ce qu'on appelle les intensités liminale et terminale delà sensation de bruit et de la sensation sucrée. De plus nous avons pris comme unités de me-
ab . nio • v
sure -ry et -j-, or nous ne savons pas, en premier heu, si ces
unit's conviennent ou non à l'échelle, si elles la diviseront sans reste. Et, en second lieu, nous n'avons aucune raison de penser que d'autres psychologues les adopteront : elles ne se recommandent en aucune façon pour un usage général, ce qui est le cas pour les unités c. g. s. employés dans les sciences physiques.
§ 64. Stimuli liminaux et terminaux. — L'organe sensoriel, comme tout mécanisme, possède une certaine inertie, oppose au stimulus une certaine force de résistance, et il a également une capacité définie, c'est-à-dire transmet telle quantité d'énergie, pas plus. Par suite, pour chaque modalité de sensations, il y a des stimuli trop faibles pour être sentis, si pour chacune il y a un point au delà duquel il devient impossible d'augmenter l'intensité de la sensation. Quel que soit le renforcement du stimulus, on obtient la