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STIMULI LIMIN.VIX ET TERMINAUX

même réaction sensorielle, jusqu'à ce que l'organe refuse tout service.

Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des exemples de stimuli subliminaux. Il y a des lumières trop faibles pour être vues : par exemple, des étoiles qui, môme par la nuit la plus noire, restent invisibles à l'œil nu. Il y a des sons trop faibles pour être entendus, nous savons que l'horloge bat parce que nous voyons les aiguilles se déplacer ; mais pour l'entendre, il nous faut grimper les escaliers. Il y a des pressions si légères qu'on ne les sent pas : ce n'est pas le toucher qui nous peut avertir de la chute d'un peu de cendre de cigare sur notre main, etc.

L'expérience quotidienne nous donne moins d'exemples de stimuli maximaux. Pourtant, il est facile de 6' assurer qu'il existe une limite au delà de laquelle le sucre ne peut sucrer davantage, ou la quinine apporter plus d'amertume. L'accroissement continu d'une pression, après être arrivé à une certaine intensité, cesse d'être senti comme pression et donne naissance à une sensation de douleur. Certaines lumières éblouissantes, certains sons assourdissants nous montrent que la capacité fonctionnelle de l'œil ou de l'oreille possède une limite analogue.

La grandeur du stimulus qui provoque la plus petite sensation perceptible, le premier terme d'une série intensive, est appelée, en langage technique, le stimulus liminal. On peut le définir ainsi : le stimulus qui donne un résultat positif (c'est-à-dire évoque une sensation) dans la moitié des cas d'une longue série d'observations, tandis que l'autre moitié donne un résultat négatif ou douteux. Cette valeur, nous disent les mathématiciens, est aussi voisine que possible de la grandeur du stimulus qui, si toutes les causes d'erreur étaient complètement éliminées, provoquerait la plus petite sensation perceptible. Mais, comme le stimulus liminal n'est pas une constante, mais une variable, il ne peut, si l'on veut être rigoureusement exact, être représenté par une valeur simple, pas même par la valeur la plus probable ; sa formule doit toujours s'écrire :

x ± ?/, expression dans laquelle x est la valeur la plus probable du stimulus, et ± y indique l'étendue de la variation.

La grandeur du stimulus qui évoque la sensation à l'extrémité supérieure de l'échelle des intensités, le dernier terme d'une série intensive, s'appelle, en langage technique, le stimulus terminal. En théorie, on peut le déterminer de la même façon que le stimulus liminal ; en pratique, on peut rarement en approcher, sans craindre pour l'intégrité de l'organe.

Une quantité variable est une quantité qui varie lorsque changent les conditions dans lesquelles une observation est faite. Ainsi, une mesure physique peut varier avec la température, l'humidité, la pression, aussi bien qu'avec la finesse des gradations de l'appareil de mesure. L'expérimentateur s'efforce, autant que possible, à conserver toutes les conditions constantes, tandis qu'il procède à la mesure, mais, même ainsi, il y aura une petite marge de variations. Et le résultat est établi d'une façon explicite, avec l'indication de toutes les conditions (1).

Le stimulus liminal est, en ce sens, une variable : et ses variations sont dues en partie à l'organe sensoriel, en partie au cerveau. Lorsque, par exemple, nous sommes fatigués, nos organes sensoriels sont émoussés et nos dispositions générales sont peu favorables à une recherche rigoureuse ; le stimulus liminal, est, en conséquence, beaucoup plus grand que lorsque nous sommes

(1) S'il y a par le monde une quantité constante, c'est bien assurément, semble-t-il, la longueur du mètre-étalon, unité à laquelle se réfèrent toutes les mesures linéaires en physique. Pourtant, on nous dit que « d'après le résultat de comparaisons qui se poursuivirent de longues années au Bureau International de Paris, on peut conclure que la longueur de l'étalon peut être absolument garantie avec une approximation de 0,2 micron, à toutes les températures ordinaires ». (W. Hallock et H. T. Wade, Outlines of the evo~ lution of Weights and Measures and the Metric System, 1906, 256). Selon ces conclusions, la mesure est déterminée : 1° par rapport à la température ; 2° par la fixation de l'étendue de la variabilité (le micron est le millionième

du mètre). Une mesure qui est correcte à c 000 00q près, est, à tous égards

une constante : elle resterait une constante, même si la variation devenait beaucoup plus grande. Mais, à parler rigoureusement, c'est une variable.

STIMUM LIMINAUX ET TERMINAUX

dispos. Mais, même lorsque nous sommes dans les meilleures dispositions, il y a encore certaines fluctuations. Le mécanisme organique, que constituent l'organe sensoriel et le cerveau, est extrêmement compliqué et une machine complexe se détraque beaucoup plus facilement qu'une machine simple. En outre, le mécanisme organique est plastique, et non rigide ; il subit l'influence d'une foule de choses, influence directe des facteurs nutritifs, indirecte de l'état du reste de l'organisme. Il n'est donc pas surprenant que le stimulus liminal soit une quantité variable ; ce qui est surprenant, c'est, au contraire, qu'il soit, chez les gens normaux, si près d'être une constante. La détermination exacte du stimulus liminal, c'est-à-dire de la quantité d'énergie mécanique nécessaire pour éveiller une

Fig. 2G. — Acoumètre pour tlélerminer le stimulus liminal de bruit. SS', écrous (on en voit Jeux sur trois) supportant une plateforme, de bois : M, vis micrométrique fixée au centre de la plateforme, avec l'échelle auprès d'elle : Ffr , Since à ressort, posée sur la tète de la vis M et supportant une petite balle qui oit tomber sur la plaque de verre au-dessus de W . sans bruit dans une cuvette rembourrée.

La bulle rebondit et tombe

réaction de l'organe sensoriel, est chose difficile et délicate, et l'étudiant spécialisé a seul intérêt à connaître méthodes et résultats. Il doit suffire ici de dire que cette détermination a été faite pour la plupart des organes (1). Dans la pratique ordinaire du laboratoire, il suffit d'établir une détermination grossière

(1) Voir par exemple S. P. Langley, Energy and Vision, Philosophical Magazine. XXVII, 1889, I.

2I:i L INTENSITE DE LA SENSATION

en termes empiriques. Ainsi, il suffira d'une ou deux heures de travail méthodique pour établir de quelle hauteur une bille de plomb d'un poids donné doit tomber sur une plaque de verre pour produire le bruit le plus faible que puisse entendre un observateur placé à 10 mètres. Des résultats de ce genre sont utiles, comme moyens de comparaison, mais n'ont pas de valeur scientifique.

§ 65. La différence juste perceptible comme unité de mesure. — Nous avons défini le stimulus liminal ou le stimulus juste perceptible comme la grandeur de stimulus qui éveille une sensation dans la moitié des cas d'une longue série d'observations, tandis que l'autre moitié des cas ne donne que des résultats négatifs ou douteux. Si, maintenant, nous prenons un second stimulus de la même grandeur, et que nous augmentons graduellement son intensité en y ajoutant de très petites quantités, et si, à chaque étape de cette progression, nous comparons les sensations produites par les deux stimuli, nous arriverons bientôt à une différence de stimuli qui se comporte de la même façon que le stimulus liminal lui-même. En d'autres termes, nous arriverons à une différence qui est perçue comme une différence dans la moitié des cas d'une longue série d'observations, tandis que dans l'autre moitié des cas, il n'y aura aucune différence perceptible ou l'observateur restera dans le doute. Et cette façon de procéder peut être répétée, tout le long de l'échelle des intensités, ou du moins sur une longue partie de cette échelle.

On a émis l'idée que cette différence (qu'on appelle la différence juste perceptible ou le seuil différentiel de la sensation) peut être considérée comme l'unité naturelle de l'échelle des intensités sensorielles. Le point O de cette échelle est donné par le stimulus liminal, ou (comme on l'appelle, en se référant à la sensation) par le seuil du stimulus. Le plus haut point de l'échelle correspond au stimulus terminal. Quant aux unités, elles seront données par la série des différences juste perceptibles, telles que nous

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