DIFFÉRENCE JUSTE PERCEPTIBLE
venons de les définir. Car, avons-nous dit, les différences juste perceptibles correspondent aux plus petites distances de l'échelle des sensations, ou encore aux minima de distance sensible. D'autre part, les plus petites distances étant celles auxquelles des sensations commencent à se distinguer, sont nécessairement des distances égales ; et des distances égales sont précisément ce que nous cherchions pour subdiviser notre échelle mentale.
Toutefois, ce raisonnement n'est pas logiquement valable. 11 n'est nullement évident que les plus petits degrés soient égaux entre eux dans les différentes parties de l'échelle. Une différence donnée entre des sensations pourrait être la plus petite différence perceptible, et pourtant, comparée avec une autre différence minimale prise dans une autre partie de l'échelle, elle pourrait être plus grande ou plus petite. L'égalité des différences juste perceptibles doit donc être prouvée ; on ne peut se contenter de la poser ; et pour cela.c'est aux résultats expérimentaux qu'il faut faire appel.
Nous verrons, au paragraphe suivant, que les résultats des expériences sont ambigus. Néanmoins le plus grand nombre des témoignages expérimentaux parle — tel est du moins l'avis de l'auteur, — d'une façon très nette en faveur de l'égalité des différences juste perceptibles ; les résultats discordants peuvent être attribués à des causes connues d'erreurs. Nous reviendrons plus loin sur ce point.
En attendant, pourquoi, demandera-t-on, ne pas faire appel à l'introspection ? Pourquoi ne comparerait-on pas directement deux différences juste perceptibles, prises dans différentes régions de l'échelle des intensités,pour voir si elles sont semblables ou différentes ? Pour cette simple raison qu'elles sont les résultats de la mesure. Si l'observation pure et simple suffisait, nous n'aurions pas besoin de mesurer, dans quelque domaine scientifique que ce soit. Si nous pouvions apprécier le soixantième d'un cercle, il ne serait pas nécessaire de diviser le cadran d'une montre en minutes : si nous pouvions estimer des espaces de tant de pieds, il ne serait pas nécessaire de nous assurer de
Sl6 i. 'intensité de la sensation
plans d'architectes avant de bâtir une maison. La différence juste perceptible n'est pas déterminée par l'observation introspective seule ; on ne la peut porter dans sa tête comme un étalon de grandeur : elle est le résultat calculé d'une longue série d'observations introspectives et signifie la valeur la plus probable, ou valeur représentative. L'objet unique de la mesure est d'apporter la précision dans un domaine où la pure observation, la simple estimation restent imprécises.
§ 66. Loi de Weber. — Si nous déterminons une série de différences juste perceptibles, dans la région moyenne de l'échelle des intensités, nous trouvons une relation très simple entre le changement de la sensation et l'accroissement du stimulus. Au début, lorsque les stimuli sont relativement faibles, il suffit d'une légère addition pour déterminer un accroissement perceptible dans l'intensité de la sensation ; à mesure que la série progresse, les additions deviennent de plus en plus grandes ; et c'est lorsqu'on arrive vers le haut de l'échelle, lorsque les stimuli sont relativement forts, qu'il' faut, pour provoquer des sensations plus intenses, ajouter aux stimuli les quantités les plus considérables. Et cette augmentation progressive des surcroîts de stimulus est uniforme : si bien, qu'en général, la série des plus petites distances sensibles correspond à une série d'accroissements du stimulus qui sont approximativement des fractions égales du premier stimulus. Ainsi, si nous partons du stimulus 10 et que nous trouvions une différence juste perceptible avec le stimulus 11, quand nous serons au stimulus 20, nous trouverons une différence avec le stimulus 22, quand nous serons à 30, nous la trouverons à 33, etc.
Si, donc, nous pouvions considérer toutes les différences juste perceptibles comme égales (toutes les plus petites distances sensibles comme des distances sensibles égales), nous pourrions résumer les résultats de nos expériences e* disant qu'une série arithmétique de distances sensibles ipond à une série géométrique des valeurs du sti-