‹ Manuel de psychologieChapitre 72 sur 142 · COMMENT L'AFFECTION DEPEND DU STIMULUS 2ÔQ · texte numérisé non relu

COMMENT L'AFFECTION DEPEND DU STIMULUS 2ÔQ

naisons : le sentiment sensoriel n'a ni la profondeur, ni la richesse, ni la solidité que, d'après la théorie il devrait posséder : l'affection que fait naître l'accord semble bien être exactement décrite par les expressions « plaisir léger », a modérément agréable », etc.

En dépit de tout ce qu'on peut invoquer contre des théories de ce genre qui supposent la pluralité des qualités affectives, l'autre position peut cependant paraître stérile et même choquante. On nous a si bien appris à distinguer les plaisirs élevés des basses jouissances que le seul fait de nier qu'il existe, dans le domaine du plaisir et du déplaisir différentes espèces, apparaît comme une opinion scandaleuse. Est-il donc vrai que le plaisir d'un bon dîner soit identique au plaisir qui résulte d'une bonne action ?

Rappelons-nous que la psychologie de la vie affective en est à une période de tâtonnements et qu'on ne peut encore avancer d'opinion définitive sur la question.Mais si l'auteur se fie à son expérience personnelle, cette opinion, en apparence paradoxale, exprime la vérité. Un bon dîner et une bonne action lui semblent évidemment différents, non pas quant au plaisir : c'est au contraire en cela que ces deux faits de conscience se ressemblent, et non par aucun de leurs autres caractères. Si le bon dîner et la bonne action ont été distingués par la psychologie populaire, c'est justement à cause de leur point unique de ressemblance. Cela peut sembler paradoxal, mais rappelonsnous que la psychologie populaire ne sait pas analyser. Pour elle, le bon dîner et la bonne action sont tous deux matières à sentiment de joie ou de satisfaction : si, donc, ils diffèrent, c'est en tant que sentiments qu'ils doivent différer, et s'ils diffèrent en tant que sentiments, c'est qu'il y a des plaisirs bas et des plaisirs élevés. Mais cette conclusion n'a de valeur que si l'on accepte l'emploi populaire du mot sentiment, sans avoir recours à l'analyse psychologique et sans le soumettre à la critique.

§ 73. Comment Vaffection dépend du stimulus. — Lorsque nous traitions des diverses sortes de sensations, nous cherchions dans chaque cas à rapprocher le mental et le physique, à rapporter chaque attribut de la sensation à une phase ou à un aspect du stimulus. Nous avons ainsi établi

•>(3o l'affection

(I 15) qu'en général, la vitesse, l'amplitude, la forme de l'onde lumineuse correspondent aux trois attributs qualitatifs de la sensation visuelle, la couleur, la luminosité et. la saturation, bien que, dans le détail, les rapports entre le stimulus physique et la sensation visuelle soient loin d'être aussi simples. Nous avons maintenant à nous attaquer à un problème analogue dans l'ordre affectif. Quels rapports le plaisir et le déplaisir soutiennent-ils avec les différents aspects du stimulus ?

On a beaucoup discuté à ce sujet et il est extrêmement difficile de répondre. Alors que, pour ce qui touche la sensation, nous ne pouvons pas découvrir de corrélation simple, qui unirait terme à terme les qualités et la sensation et les propriétés du stimulus, il ne faut guère compter trouver mieux en ce qui concerne l'affection. En effet, nous avons adopté une position, non pas, il est vrai, définitivement démontrée et hors de doute, mais simplement la plus soutenable dans l'état actuel de la psychologie : à savoir qu'il n'y a que deux qualités affectives et que cellesci sont incompatibles dans la conscience. Par suite, l'affection de chaque instant est, pour ainsi dire,la somme algébrique des affections qui accompagnent les différents processus mentaux dont l'ensemble constitue en ce moment notre esprit. Ou plutôt, puisque la conscience est non pas une mosaïque, mais un système (1), l'affection d'un moment donné dépend de l'interaction ou du concours des processus sensoriels qui se combinent selon un certain type de conscience : l'affection dépend, tout d'abord, de la disposition ou de l'arrangement global de la conscience.

Ne pourrions-nous pas, cependant, assurer à notre sujet un état d'esprit indifférent, puis le soumettre à des stimuli de différentes qualités, de différentes durées, de différents degrés d'intensité et noter les réactions affectives qu'ils suscitent en lui ? Assurément si l'état d'indifférence pouvait demeurer indifférent. Mais l'action du stimulus peut

(1) Cf. La discussion sur les mélanges gustatifs, p. 134.

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suffir à faire sortir la conscience de son état neutre, et mettre à sa place un type de conscience entièrement nouveau et peut-être fortement coloré d'affectivité, tout comme le plus léger mouvement imprimé au kaléidoscope donnera un arrangement tout nouveau aux fragments de verre coloré. Nous avons vu (§ 60) que même un stimulus faible a sa répercussion sur l'organisme entier : de même, l'action d'un stimulus isolé peut bouleverser la conscience dans son ensemble en sorte que sa valeur affective propre est dissimulée et voilée par la résultante affective de tout le système.

Une chose, au moins, semble claire : l'affection dépend moins de chaque attribut du stimulus pris séparément que de leur combinaison. Nous avons noté (§ 12) l'existence d'attributs sensoriels du second ordre : et nous avons donné comme exemple ces sensations qui s'imposent à nous, qui retiennent bon gré mal gré notre attention et dont on ne peut se débarrasser : elles résultent de l'union de la clarté et de l'intensité, ou de la clarté ou de la qualité, etc. C'est cet attribut secondaire d'insistance qui semble déterminer la production de l'affection : ses plus hauts degrés paraissent éveiller le déplaisir, ses plus faibles le plaisir. Nous pouvons difficilement en dire davantage avec quelque confiance : et, en disant cela, nous devons nous rappeler que l'affection est au plus haut point susceptible de s'adapter en sorte que l'insistance d'un stimulus particulier peut promptement disparaître.

Selon Wundt, la catégorie affective plaisir-déplaisir est liée à l'intensité de nos états sensoriels (§ 72) et l'on doit en effet reconnaître que l'intensité est un des facteurs les plus communs et les plus efficaces de ce que nous appelons l'insistance des sensations. Mais il y a d'autres qualités qui s'imposent avec autant de ténacité : par exemple l'amertume ou le chatouillement. Il n'est guère possible d'établir une rigoureuse comparaison entre les intensités des qualités différentes, mais on accordera sans doute qu'un goût amer est désagréable à une intensité pour laquelle le goût sucré est encore indifférent, de môme que

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le chatouillement est désagréable à une intensité pour laquelle la pression est encore indifférente. En général, les sensations du goût et de l'odorat semblent plus tenaces et assurément plus affectives que les sensations de l'ouïe et de la vue.

Quelques observations sembleraient nous indiquer que les états affectifs, en ce qui regarde leur intensité, obéissent à la loi de YYeber (§ GG). Alors que les degrés inférieurs de l'insistance sont agréables, et les degrés supéiieurs sont désagréables, un accroissement progressif d'insistance dans l'une et l'autre de ces régions de l'échelle nous donnera naturellement un accroissement de plaisir ou de déplaisir. Or, nous avons vu que souvent le facteur principal de l'insistance est l'intensité du stimulus. Dans ce cas, pour que l'intensité de l'affection progresse par intervalles ou par bonds égaux, l'intensité du stimulus doit probablement croître de quantités relativement égales. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en règle générale, ce qui nous procure du plaisir ou du déplaisir est grossièrement proportionnel à nos revenus, à notre âge, à notre situation sociale, nos ambitions, notre idéal de confort. Si je commence à monter une bibliothèque avec cent volumes, et qu'on me donne un seul ouvrage, je serai aussi content, toutes choses égales, que si l'on ajoutait dix livres à une bibliothèque de mille volumes. Le timbre-poste qui complète la collection de l'écolier lui cause autant de plaisir que l'acquisition de la ferme qui constituait la dernière enclave étrangère sur des domaines peut en causer à l'heureux propriétaire terrien. Toutes ces observations auraient malheureusement besoin du témoignage de l'expérience, mais on ne sait pas pourquoi l'intensité de l'affection ne suivrait pas la même loi que l'intensité de la sensation et il y a quelques raisons de croire qu'en fait il en est bien ainsi.

§ 74. Les conditions organiques de la vie affective. — Si nous savons peu de chose sur les processus affectifs en euxmêmes, nous en savons moins encore au sujet de leurs conditions organiques. Aussi les indications suivantes sontelles entièrement hypothétiques.

Il est naturel de supposer que l'étoffe de la conscience, la matière dont elle est faite était, à l'origine, homogène, toute entière de même nature : ainsi sensations et

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