‹ Manuel de psychologieChapitre 73 sur 142 · CONDITIONS ORGANIQUES DE LA VIE AFFEC1IVE · texte numérisé non relu

CONDITIONS ORGANIQUES DE LA VIE AFFEC1IVE

faits affectifs sont simplement des espèces différentes d'un même genre. Nous avons vu que nous avons, en fait, des raisons positives pour adopter cette suggestion : il y a, en effet, des ressemblances fondamentales entre les deux processus élémentaires qui paraissent indiquer que l'un et l'autre sont dérivés d'un même type mental primitif. Si nous adoptons ce point de vue, comme hypothèse de travail, les affections apparaissent, non pas exactement comme des sensations non évoluées, car une sensation non évoluée est encore une sensation, mais, tout au moins, comme des processus mentaux de même espèce que les sensations et comme des processus mentaux qui auraient pu, dans des conditions plus favorables, se développer en sensations. Peut-être (c'est d'ailleurs une pure conjecture de notre part), les organes périphériques de l'affection sont-ils les terminaisons afférentes libres du système nerveux (qu'on appelle d'ordinaire les terminaisons sensorielles libres) qui sont distribuées à travers les différents tissus de l'organisme : l'on pourrait considérer ces terminaisons libres comme représentant un degré inférieur de développement organique par rapport aux organes spécialisés ou organes des sens. Si le développement de ces terminaisons libres avait été poussé plus loin, sans doute plaisir et déplaisir seraient devenus des sensations : très vraisemblablement ils se seraient différenciés en un certain nombre de qualités sensorielles et ainsi, si notre évolution physique avait été plus complète, nous aurions eu un accroissement correspondant dans le nombre de nos organes sensoriels ;nternes.

Au § 42, nous avons dit que les terminaisons nerveuses libres de l'épiderme pouvaient bien être considérées comme les organes terminaux de la douleur. Si cette hypothèse est correcte, nous pourrions peut-être avancer, comme le font certains psychologues, qu'il y a une étroite parenté, au point de vue génétique, entre la sensation de douleur et le déplaisir. La douleur -apparaîtrait alors comme une sensation spécialisée dérivée du

L AFFECTION

déplaisir et conserverait encore l'organe terminal du type affectif.

D'autre part nous devons nous rappeler que la sensation de douleur cutanée a trois qualités,la démangeaison, la piqûre et la douleur proprement dite, et que ces qualités ne sont en aucune manière nécessairement déplaisantes. Les douleurs intenses sont déplaisantes : mais il en est de même des goûts amers, des odeurs rances, fétides et nauséeuses. En outre, nous savons Lien peu de chose au sujet des organes sensoriels cutanés (à part ceux de la pression) et nous ne savons absolument rien des organes de la douleur sourde dont le siège est profondément situé et qui semble bien être différente de la douleur nette et aiguë de la superficie du corps(§ 41 et 56). Les douleurs qui procèdent des tissus musculaires et du péritoine ont sans doute des organes spécialisés. En résumé, il vaut mieux laisser la douleur de côté. Si les terminaisons libres de l'épiderme ne sont pas les organes de la douleur, la preuve physiologique de la connexion de la douleur et du déplaisir s'écroule. Dans l'hypothèse contraire, il reste possible que leur position exposée,qui les rend particulièrement susceptibles d'être lésés, leur permette de fonctionner comme des organes sensoriels, tandis qu'à l'intérieur du corps elles sont remplacées par des structures plus spécialisées : ou bien, il se peut qu'elles soient arrivées à s'adapter, d'une façon encore inconnue, à la réception de stimuli sensoriels. Tout ce que nous venons de dire sur ces questions est purement hypothétique.

Cette théorie des conditions organiques des affections explique tout d'abord pourquoi elles manquent de l'attribut de clarté. Les processus affectifs ont été arrêtés dans leur développement : ils ne sont donc pas arrivés et maintenant ne peuvent jamais arriver à atteindre la conscience claire. L'expérience affective est le corrélatif obscur, indiscernable d'un mélange d'excitations nerveuses largement diffuses. La théorie explique, en second lieu, l'oscillation des processus affectifs entre des contraires : en effet, les excitations nerveuses varieront avec le ton des systèmes corporels dans lesquels ils se produisent et ce ton ne peut lui-même varier que de deux façons oppo-

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