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CONDITIONS ORGANIQUES DE LA VIE APFECTIVE 2Ô

sées. Elle explique, en troisième lieu, la ressemblance introspective de l'affection et de certaines sensations organiques : génétiquement, les deux séries de processus sont très voisins et il est tout naturel qu'ils se ressemblent pour la conscience. En quatrième lieu, elle explique l'apathie ou l'absence d'affectivité qui se produit dans l'anesthésie viscérale (§ 56). En effet, si les terminaisons nerveuses spécialisées, les organes sensoriels des viscères sont paralysés, il faut s'attendre à ce que les terminaisons libres non spécialisées qui se répandent dans les mêmes tissus, partagent le même sort. Enfin, la théorie ne nous engage pas dans les problèmes des sentiments mélangés et de l'existence de qualités diverses de plaisir et de déplaisir. Elle nous sert suffisamment dans l'état actuel de notre savoir psychologique : néanmoins, n'oublions pas qu'elle n'est qu'une simple conjecture.

On a fait beaucoup d'autres suppositions quant aux conditions organiques de la vie affective, conditions périphériques ou centrales. A ce dernier point de vue, l'on a supposé, par exemple, que les faits affectifs sont des indices de l'état de nutrition de l'écorce cérébrale, ou bien qu'ils indiquent que le courant moteur se décharge plus ou moins facilement ou enfin qu'ils sont liés à l'activité d'un centre cortical spécial. Chacune de ces hypothèses est plausible.mais toutes sont également loin d'être prouvées. Lorsque la physiologie nous laisse dans une telle incertitude, il est bien naturel de faire appel à une science plus compréhensive, la biologie. La biologie peut-elle nous être d'aucun secours dans la psychologie du sentiment ? On a beaucoup écrit au sujet de la signification biologique du plaisir et du déplaisir. Le plaisir, a-t-on dit, correspond à l'utile, le déplaisir au nuisible : les expériences agréables sont bonnes, les expériences désagréables sont mauvaises pour l'organisme. Cela signifie que l'on ressent du plaisir lorsque l'activité d'un organe corporel est bien équilibrée, la dépense d'énergie étant équivalente à la production d'énergie nouvelle par l'alimentation ; au contraire, le déplaisir se produit quand il y a déséquilibre, excès de dépense ou excès de réserve. Mais, en premier lieu, la loi générale de la corrélation entre le plaisir-déplaisir d'une part et

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de l'utile- nuisible, de l'autre, ne peut être définitivement établie : il y a des exceptions trop importantes et trop évidentes. De plus, même si on pouvait l'établir, elle ne nous aiderait guère dans nos recherches psychologiques : en eiïet, les mots utile et nuisible ne signifient rien tant qu'ils ne sont pas traduits en termes psychologiques et physiologiques : et dès que la traduction aura été faite, nous pourrons laisser de côté la biologie. En second lieu, les théories de l'équilibre organique sont aussi hypothétiques que les autres, et très difficiles à appliquer au détail des faits. Ainsi, il semble bien inutile de consacrer plus de temps à ces considérations biologiques.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

§§ 68-74 : La théorie tridimensionnelle de Wundt est exposée dans son Grundriss der Psychologie, 1905 ; ou d'une façon plus complète dans les Grundziige der physiologischen Psychologie, II, 1902, 263. Comme type de théorie qui identifie le processus affectif et la sensation, voir C. Stumpf, Ueber Gefiihlsempflndungen dans Zeitschrift /. Psy., XLIV, 1906, 1. On trouvera une critique de ces théories et une discussion sur les différences qui séparent sensations et processus affectifs dans Titchener, Lectures on the elementary Psychology of Feeling and Attention, 1908, Lect. II-IV.

Pour la méthode d'impression, voir S. P. Hayes, .4 Study of the Affective Qualities {American Journal of Psych., XVII, 1906, 358). Pour la méthode d'expression voir J. R. Angell et H. B. 1 hompson. A Study of the relations between certain Organic Processes and Consciousness {Psych. Review, VI, 1899, 32). P. Zoneff et E. Meumann, Ueber Begleiterscheinungen psychischer Vorgànge in Athem und Pals. {Philosoph. Studien, de Wundt, XVIII, 1903, 1) ; M. Kelchner, Die Abhângigkeit der Atem- und Pulsverânderung vom Reiz und vom Gefiihl {Arehiv f. d. gesamte Psych., V, 1905, 1) ; N. Alechsi3Ïl, Die Grundformen der Gefiihle {Psychol. Studien de Wundt, 111, 1907, 156) ; P. Salow,/»" Gefiïhls cJtarakler einiger rhythmischrr Schalllormen in seiner respiralorischen Acusserung {Id., IV, 1908, 1 e:j.) ; F. Peterson et C. G. Jung. Psycho-Physical Investigations uith the Galvanometer and Pneumograph in normal and Insane Individuals {Brain, XXX, 1907, 153).

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Sur la signification biologique du sentiment voir H. Spencer, Principlesoj Psychology, I, 1881, pt, II, cha. fx ; H. Ebbinghaus, Grundzûge der Psych., 1, 1905, 568 ; D. C. Nadejde, Die biologische Théorie der Lust und VnlnsL, T, 1008. Une théorie génétique du sentiment, à certains égards voisine de celle que soutient ce livre, mais différentes, sur d'autres points essentiels a été exposée par J. M. Baldwin, Mental Development in the Child and the Race : Methods and Processes, 1895, 481 sq. ; 1906, 457 sq.

L'ATTENTION

§ 75. La conscience attentive. — Le mot « attention » comme le mot « sentiment » a été employé dans l'histoire de la psychologie pour désigner des choses très différentes. On a regardé l'attention tantôt comme une capacité spéciale, un pouvoir particulier, la faculté de concentration, l'habileté à restreindre volontairement le champ de la conscience : tantôt, comme une forme particulière de l'activité mentale, un effort que l'on fait, une initiative que l'on prend, radicalement différente de la passivité avec laquelle on reçoit les impressions du dehors ; tantôt comme un état de la conscience entière, un état de claire appréhension et de pensée efficace ; tantôt comme un sentiment ou une émotion, tantôt enfin, comme un complexe de sensations, et plus spécialement de sensations kinesthi'-siques.

Il est évident que toutes ces conceptions ne sont pas justes bien que chacune d'elles puisse tirer des arguments des faits observés. Quand je suis plongé dans un problème scientifique si profondément que j'en oublie mon mal de tête ou que je n'entends pas la cloche du dîner, je semble bien en train d'exercer mon pouvoir de concentration. Quand je me force à aller travailler et que je résiste à la tentation de finir la lecture d'un roman passionnant, je parais bien déployer une activité spontanée et déterminer mon univers au lieu d'être déterminé par lui. Quand, d'autre part, je désire bien comprendre quelque chose, m'en rendre maître, j'y donne ma pleine attention : l'attention est, alors, cet état de conscience qui assure au travail mental ses meilleurs résultats. Quand je fais vive-

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