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ment attention, c'est que je suis vivement intéressé et l'intérêt est un mode de mon expérience affective. Enfin, quand je m'efforce de faire attention, je me trouve invariablement en train de froncer les sourcils, de rider mon front, de retenir ma respiration, de tenir mon corps dans une attitude définie et immobile. Tous ces mouvements et ces arrêts donnent naissance à des sensations. Pourquoi ces sensations ne représenteraient-elles pas en psychologie ce qu'on appelle attention dans le langage ordinaire ?
On doit faire appel à l'introspection expérimentale et notre règle doit être ici ce qu'elle a été partout ailleurs : si les résultats expérimentaux entrent en conflit avec nos opinions préconçues, nous devrons abandonner ces opinions. Mais avant d'entrer dans l'étude expérimentale de l'attention, essayons de faire un peu d'analyse loyale : examinons un cas typique de conscience attentive et voyons si notre pratique de la méthode psychologique peut nous aider à la disséquer.
Un cas privilégié est celui de l'attention brusquement éveillée. Supposons donc que je travaille ou que je lise tranquillement et que, soudain la sonnerie du téléphone ou l'entrée d'un visiteur appelle mon attention. Ce qui se produit tout d'abord c'est une nouvelle distribution du contenu entier de ma conscience. Les idées qui m'arrivent (les affaires de mon ami ou le sujet de la communication téléphonique) viennent occuper le centre de ma conscience et tout autre chose, mes occupations précédentes aussi bien que la perception de ce qui m'entoure, se voit reléguée à la lisière de la conscience. Celle-ci, dans l'attention, se dispose, se partage en deux régions, un foyer et une marge, un premier plan et un arrière-plan, un centre et une périphérie. Et ce qui distingue les processus qui se déroulent au foyer de ceux qui se développent dans la zone marginale est essentiellement une différence de clarté : l'aire centrale de la conscience est en pleine clarté, les régions qui en sont le plus éloignées sont également les plus obscures. C'est dans ce fait que nous avons vraiment
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la clé du problème entier de l'attention. En dernier ressort et sous sa forme la plus simple, l'attention est identique à la clarté des sensations.
Mais nous devons nous borner à observer et ne pas préjuger des résultats. La conscience attentive est donc partagée en une région claire et une région obscure : cela est évident. Cette conscience est-elle affective ? Pas nécessairement. Nous pouvons sans doute recevoir notre ami avec un grand intérêt, avec une joie affectueuse ou un pressentiment pénible, mais nous pouvons également lui prêter une attention polie et purement mécanique, qui nous laisse parfaitement indifférent. La conscience attentive s'accompagne-t-elle de kinesthésie ? Pas nécessairement. Toute une série de sensations kinesthésiques diverses peuvent s'éveiller, ou bien il peut ne se produire aucun changement notable dans le système musculaire : tout dépend des circonstances. Ainsi, il apparaît, même à l'introspection la plus élémentaire, que la redistribution du contenu de la conscience en deux groupes, celui des processus clairs et celui des processus obscurs, est le seul fait universel et caractéristique de la conscience attentive.
Il semble peu nécessaire de répéter que la psychologie moderne ne connaît ni un esprit permanent, ni des facultés, activités ou manifestations d'un tel esprit (§ 3). Quoi que puisse être l'attention, elle doit être décrite en termes de processus mentaux, sensations, images et affections et expliquée par des rapports avec ses conditions physiologiques. D'autre part, l'attention se révèle comme une admirable pierre de touche avec laquelle on peut éprouver les opinions des psychologues modernes. En effet, la disposition générale de la conscience affective semble, à première vue, impliquer une activité mentale sélective et spontanée : lorsque je m'appuie au dossier de mon fauteuil pour réfléchir à un problème psychologique, je suis sujet à toutes sortes de stimuli sensoriels : la température de la pièce, le contact de mes habits, la vue du mobilier, les bruits de la maison et de la rue, les odeurs qui viennent de la
pièce ou qui entrent par la fenêtre ouverte, des excitations organiques de différentes sortes. Je pourrais aisément me laisser aller à me remémorer le passé, permettant à ces impressions de me suggérer les scènes que j'ai autrefois vécues. Je pourrais aisément lâcher les rênes à mon imagination, penser à mes autres affaires quotidiennes, me représenter par anticipation ce qui peut m'arriver dans un avenir proche ou lointain. Mais je suis, en fait, tout à fait capable de repousser toutes ces distractions et de me consacrer entièrement à une seule idée que j'ai choisie, ridée du problème qui attend sa solution. Il est vrai, alors, que cette idée est claire et centrale,tandis que tous les autres processus conscients du moment sont obscurs çt marginaux. Mais il semble également vrai que la clarté de l'idée soit plutôt due à la propre concentration de l'esprit qu'à une propriété intrinsèque de l'idée. En outre, je puis détourner mon esprit, si je le veux, vers un sujet entièrement différent : je puis abandonner le problème dès que je le désire.
C'est ainsi que se présente la conscience attentive, telle que la connaît la psychologie populaire. Il nous faut reprendre les prétentions implicites dans ce point de vue et voir si nos méthodes peuvent projeter sur la question une lumière nouvelle.
§ 76. Le développement de V attention. — L'attention, prise dans son acception ordinaire, a deux formes : elle peut être passive et involontaire ou bien active et volontaire. Ces formes sont, en fait, caractéristiques de différents degrés de développement mental : elles diffèrent simplement en complexité, l'une étant antérieure, l'autre postérieure. Elles nous montrent un même type de conscience, mais à différentes périodes de notre croissance mentale. Toutefois, pour déblayer le terrain, nous devons nous demander en quoi consiste leur différence et quelles sont les conditions de leur apparition.
11 y a, t.out d'abord, une attention que nous sommes forcés de donner et que nous ne pouvons pas ne pas subir. Ou, pour exprimer la même idée sous une autre forme, il y a des impressions auxquelles nous ne pouvons nous empêcher de faire attention et qui s'emparent brusquement
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de la conscience. Les stimuli intenses appartiennent à cette catégorie. Les sons retentissants, les lumières éclatantes, les odeurs et les goûts prononcés, les fortes pressions, les températures extrêmes, les douleurs intenses, toutes ces impressions sont claires en vertu même de leur intensité ; elles attirent notre attention, dit-on, en dépit de nousmêmes : elles se logent de force au foyer de la conscience, quels que soient les obstacles qu'elles aient à surmonter. De même, il existe des qualités qui accaparent irrésistiblement l'attention : tels sont, selon l'expérience personnelle de l'auteur (ici cependant les différences individuelles jouent un grand rôle) le goût de l'amer, l'odeur du musc, la vue du jaune. Un stimulus qui se répète à plusieurs reprises attire de même l'attention, même si la première fois il passait inaperçu. Des stimuli soudains, de brusques changements de stimulus ont le même effet. Il en est de même du mouvement : l'animal ou l'oiseau qui traverse le paysage, la mélodie qui monte et descend par rapport à un accompagnement égal et uniforme, l'insecte qui grimpe sur notre main quand nous nous reposons sur l'herbe, tout cela force notre attention. La nouveauté également arrête notre attention : l'impression nouvelle est, en langage psychologique, l'impression qui ne peut s'associer à d'autres en entrant dans la conscience, qui reste isolée. Une semblable impression, si elle est tant soit peu intense, devient claire d'elle-même. Elle saisit, tout comme le stimulus soudain surprend, et comme le stimulus mobile trouble. Enfin, si paradoxal que cela paraisse, les impressions qui sont, en un sens, le contraire de la nouveauté, fixent l'attention ; c'est ce qui arrive pour les impressions bien adaptées qui s'associent facilement à la direction actuelle de la conscience. L'attention du collectionneur, de l'inventeur, de l'expert est attirée par des stimuli qui restent inaperçus des autres. La plupart des coïncidences frappantes de la vie peuvent s'expliquer par cette loi : vous pensez à certaines choses et un événement se produit qui, parce qu'il a quelque rapport avec le sujet de nos
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réflexions, frappe votre attention. Quelle remarquable coïncidence ! direz-vous : mais si vous aviez pensé à tout autre chose, il n'y aurait pas eu coïncidence.!/ homme qui, dans l'histoire de Kipling, s'étonnait, après bien des années, d'avoir écrit de si excellentes choses, avait alors écrit sous l'influence de cette loi de l'attention : en effet, quand on est complètement absorbé par son sujet, les faits et les idées qui s'y rapportent se pressent dans la conscience : l'esprit s'ouvre largement à eux, mais reste fermé à tous les faits étrangers et alors on se surpasse soimême.
Voilà, en vérité, une bien longue liste : intensité, qualité, répétition, soudaineté, mouvement, nouveauté, accord avec le contenu de la conscience, toutes ces conditions sont des facteurs déterminants de l'attention. Dès qu'ils se produisent, il nous faut faire attention à eux, même si nous avions des raisons de faire attention à autre chose. L'attention ainsi déterminée, l'attention à son premier degré est, d'ordinaire, appelée passive ou involontaire. Malheureusement le mot passif implique comme contrepartie le mot actif : et une attention active est, nous le verrons bientôt, mal nommée. On a proposé d'autres dénominations : le mieux est de l'appeler simplement l'attention primaire.
11 faut remarquer que tous les facteurs précités sont capables de produire de puissants effets sur le système nerveux. Les stimuli intenses déclenchent naturellement des excitations ner\euses intenses : et les excitations intenses ne sont pas facilement arrêtées ou obscurcies par des excitations rivales. Les qualités qui forcent l'attention correspondent à quelque sensibilité particulière du système nerveux. Les stimuli répétés ajoutent leurs effets les uns aux autres. Les stimuli soudains ébranlent les éléments nerveux qui, depuis un certain temps, étaient libres de toute stimulation du même genre, autrement dit des éléments nerveux doués d'un haut degré d'excitabilité : et il est également probable que les excitations qu'ils déterminent se dispersent et se diffusent dans le système nerveux
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beaucoup moins que celles que produit une application graduelle du stimulus. Les stimuli mobiles affectent différents éléments nerveux selon une succession rapide : il ne peut ainsi y avoir ni fatigue, ni adaptation sensorielle ; en ce sens donc, l'action des stimuli mobiles est cumulative. Les stimuli nouveaux, étant des stimuli isolés, provoquent des excitations, qui n'interfèrent pas avec d'autres : leur action se rapproche ainsi de celle des stimuli soudains. Quant à l'effet de l'accord avec le contenu de la conscience, il est clair qu'une excitation nouvelle se frayera un passage dans le système nerveux avec d'autant plus de facilité et deviendra d'autant plus efficace qu'elle sera plus voisine d'un processus qui se développe déjà. Le stimulus tout nouveau et le stimulus familier peuvent ainsi avoir une valeur d'excitation semblable.
Mais l'attention primaire représente génétiquement la première étape du développement de l'attention. Aussi, il ne suffit pas de considérer se> facteurs du point de vue physiologique : il faut aussi les envisager du point de vue biologique. Et, de ce nouveau point de vue, certains d'entre eux au moins vont prendre une nouvelle signification. Tout système nerveux sera fortement impressionné par des stimuli intenses ; tout organisme assez évolué pour avoir une conscience faite en partie d'idées, de souvenirs et d'images sera fortement impressionné par les stimuli qui s'harmonisent avec ces idées : c'est précisé- ■ ment à ces stimuli que sont ouvertes les voies du système nerveux. Mais que dire de la nouveauté, de la soudaineté et du mouvement ? Ces facteurs ont une signification biologique spéciale : en effet, les événements nouveaux, soudains, mouvants sont autant de causes probables de danger et les êtres vivants qui n'y feraient pas attention cesseraient bientôt d'exister.
Cependant, en mainte occasion, notre attention n'est pas ravie et fixée par l'impression ; tout au contraire il semble que nous la retenions de toute notre force sur l'impression. Un problème de géométrie ne s'impose pas à. notre attention comme un coup de tonnerre. Celui-ci prend d'autorité possession de notre conscience ; au contraire, le problème ne s'impose à nous que d'une façon*
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toute relative ; nous avons sans cesse la tentation de nous en détourner et de porter ailleurs notre attention. Nous continuons cependant à faire attention, mais nous devons nous y forcer. Dans nombre d'expériences psychologiques que nous avons décrites, l'objet de notre examen, par exemple une sensation organique, une toute petite différence qualitative, est quelque chose qui, loin d'attirer l'attention, semble, au contraire, tout à fait disposé à lui échapper. Cette forme d'attention est d'ordinaire appelée active ou volontaire : nous l'appellerons attention secondaire.
En effet, elle n'est pas réellement active, si cet adjectif implique quelque chose comme une activité mentale spéciale et spontanée. Elle est tout simplement la résultante d'un conflit d'attentions primaires. 11 y a des rivaux qui font valoir leurs titres à la première place dans la conscience, et la salle d'attente n'est pas grande ; aussi l'attention est, disons-nous, divisée ou peut-être, elle oscille entre les diverses impressions qui se présentent. L'attention secondaire est l'attention qui rencontre des difficultés, l'attention qui trouve en face d'eDe d'autres compétiteurs, l'attention mêlée de distraction. Mais c'est là tout son mystère ; elle ne présente aucun caractère nouveau.
L'attention secondaire est une conséquence nécessaire de la complication du système nerveux. Supposons un cas imaginaire : celui d'un animal doué de deux organes sensoriels, un œil et une oreille. Supposons qu'un tel animal se trouve exposé au même instant, à deux stimuli différents, une lumière brillante en face de lui, un son éclatant à son côté : ces deux stimuli s'imposent nécessairement à sa conscience. Par suite, il fait attention, d'abord, au stimulus qui a la plus grande force d'attraction, puis, lorsqu'il y aura fait attention, sa conscience se tournera vers le second stimulus et ainsi il y aura une sorte de va-et-vient entre l'impression lumineuse et l'impression auditive au foyer de sa conscience, une succession rapide d'attentions primaires. Cela, nous allons le voir tout de suite, n'est
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pas le tout de l'histoire psychologique, mais c'en est le point essentiel.
Prenons maintenant un cas plus près de nous. Supposez que vous êtes dans votre chambre, en train de vous préparer à l'interrogation du lendemain et que vous entendez crier au feu dans la rue voisine. Les deux idées, celle de l'examen et celle de l'incendie sont impératives : il y a conflit. L'écorce cérébrale est, en partie,adaptée au travail et cette disposition est encore renforcée par un grand nombre d'excitations associées, les processus nerveux correspondant aux idées de la note d'examen, des conséquences d'un échec, etc. L'écorce est, dans une autre partie, adaptée à l'idée d'aller au feu : et cette disposition est également fortifiée par des processus correspondant à l'idée de se précipiter dans la rue, de voir un spectacle plein d'intérêt, de prêter un secours utile, etc. Le conflit peut durer un certain temps et ses effets peuvent encore persister après que vous aurez fait votre choix. Tant qu'il y a trace de cette opposition, votre attention appartient au type secondaire ou t actif ».
Il y a encore à considérer une troisième phase dans le développement de l'attention : c'est le retour pur et simple à l'attention primaire. A mesure que nous travaillons à notre problème de géométrie, celui-ci nous intéresse de plus en plus, nous absorbe et il finit par s'emparer de nous aussi fortement que le coup de tonnerre l'avait fait à son irruption dans notre conscience. Les difficultés ont été surmontées, les rivalités ont été vaincues, la distraction a disparu. L'attention secondaire naît de l'attention primaire : rien ne le prouve mieux que ce fait d'expérience quotidienne que l'attention secondaire retourne régulièrement à la forme primaire.
Nous parlions tout à l'heure de faire un choix entre l'idée de travailler pour l'examen et celle d'aller à l'incendie. Faire un choix signifie naturellement que la plus forte des deux forces en conflit a remporté la victoire. Et les traces du combat qui persistent après le choix signifient que la victoire n'a pas été absolument complète. Si des faits du même genre se répètent
souvent, une habitude finit par s'établir : habitude de travailler, de jouer et alors le combat s'abrège et l'attention secondaire est vite remplacée par l'attention primaire.
Nous venons de mentionner l'habitude. Cela nous amène à une autre considération des plus importantes. Notre système nerveux, scène du conflit dans l'attention secondaire, a déjà subi une longue évolution. Nous ne sommes pas très identiques les uns aux autres. Nous sommes nés avec des systèmes nerveux qui portent en eux certaines empreintes héréditaires, qui ont déjà en eux des lignes de moindre et de plus grande résistance fonctionnelle. On naît poète : on ne le devient pas et, dans une certaine mesure, on pourrait dire la même chose.de chacun de nous. D'autre part, le système nerveux de l'enfant est plastique et impressionnable au plus haut point, il se laisse facilement modeler par l'éducation et, pour emprunter une autre expression courante, l'habitude peut devenir une seconde nature. Les penchants, les aptitudes, les prédilections que nous montrons dans la vie adulte sont ainsi les résultantes de deux influences : l'hérédité et l'éducation. Voici maintenant le point important auquel nous faisions allusion : l'intérêt qui, finalement, se révèle comme le plus fort dans le conflit de l'attention secondaire, n'est pas nécessairement celui qui apparaît le plus fort à la conscience. Le conflit entre la tendance à travailler et celle d'aller au feu peut aboutir- à une victoire du travail, bien que la conscience soit plus complètement occupée des idées d'incendie que des idées de travail. Le système nerveux, en vertu de ses propres penchants, a apporté à la tendance au travail des renforts qui ont dirigé la conscience bien que n'étant pas eux-mêmes conscients.
Cette influence directrice des penchants nerveux (ri.cr<'ous bias) n'est pas une simple supposition et encore moins un sujet de spéculations philosophiques. On peut en démontrer l'existence au laboratoire de psychologie. Supposez que nous mesurions le temps nécessaire à réagir à un mot prononcé par un autre mot de la même classe ou de la même espèce (association des mots chat- chien, table- chaise, etc.) : l'expérimentateur prépare une longue liste de mots : chat, chaise et ainsi de suite. Il explique ensuite au sujet en quoi consiste exactement l'expérience : « Je vais prononcer, dit-il, certains mots et vous devez réagir aussi vite que possible avec des mots de la même
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classe. Si je dis « cheval », vous devez donner le nom d'un autre animal. Si je dis « plume » vous devez donner le nom de quelque autre objet qui a rapport au fait d'écrire. Le sujet comprend, l'expérience commence. Supposez maintenant que les expériences se soient poursuivies pendant plusieurs jours. L'expérimentateur n'a pas besoin de répéter des explications à chaque séance. Le sujet suppose qu'il doit toujours réagir avec un mot coordonné. Supposez enfin qu'un jour, après avoir ainsi travaillé pendant une semaine, l'expérimentateur interrompe la série pour demander : « Pensez- vous à ce que je Vous ai dit de faire ? » Le sujet, craignant d'avoir commis quelque erreur, et se sentant déjà confus, dira : « Non, pour dire la vérité, je l'ai tout à fait oublié : cela m'est complètement sorti de l'esprit. Ai-je fait quelque faute ? » Il n'en a pas fait, mais sa réponse montre qu'une certaine tendance, imprimée dans son système nerveux par les premières explications de l'expérimentateur a été assez efficace pour diriger le cours de ses idées longtemps après être devenue inconsciente ; et ce qui se produit ici dans le laboratoire, nous arrive chaque jour dans la grande expérience de la vie.
Ainsi, en résumé, l'attention apparaît dans l'esprit humain à trois stades de son développement : attention primaire, déterminée par des influences variées qui sont capables de produire un effort puissant sur le système nerveux ; attention secondaire, durant laquelle le centre de la conscience est occupé par une certaine perception ou une certaine idée, mais celle-ci a à lutter contre des oppositions ; enfin, attention primaire dérivée lorsque cette perception ou cette idée a définitivement vaincu les processus rivaux. La conscience attentive est tout d'abord simple ; elle devient ensuite complexe et atteint, en fait, dans les cas d'hésitation, de délibération, un très haut degré de complexité ; finalement, elle se simplifie de nouveau. Si nous regardons la vie en général, nous pourrons dire que la période d'instruction ou d'éducation est une période d'attention secondaire, et que la période suivante où l'homme enfin maître de lui a atteint son plein épa-
nouissement est une période d'attention primaire dérivée. Si nous examinons l'expérience plus en détail, nous verrons que l'éducation elle-même consiste, psychologiquement, en une alternance des deux types d'attention : l'habitude est la base de toute acquisition ultérieure, chaque acquisition, souvent pénible, devient à son tour une habitude ; ce cycle se reproduit aussi longtemps que l'organisme conserve sa plasticité nerveuse. Ainsi l'attention secondaire apparaît partout comme une étape de transition, de conflit, de déperdition d'énergie nerveuse bien qu'elle apparaisse également comme le préliminaire, nécessaire à une période de connaissance réelle.
Nous pouvons maintenant revenir à notre étude analytique de la conscience attentive. Il y a trois stades d'attention, mais il n'y a qu'un type de conscience attentive : les trois stades ne montrent que des différences de complexité et non pas des différences de nature.
Cependant, disons clairement pour é-viter un malentendu possible, que la plus grande complexité de la conscience dans l'attention secondaire ne signifie pas nécessairement qu'elle est constituée par un plus grand nombre de processus mentaux. L'objet unique de l'attention secondaire peut être extrêmement complexe : les objets rivaux de l'attention secondaire peuvent être relativement simples. La complexité dont il s'agit n'est donc pas nécessairement une complexité des contenus conscients, mais plutôt du type (paîtcrr.) de la conscience, c'est-à-dire de la disposition des contenus. Dans l'attention primaire la conscience coule tranquillement par un seul chenal : dans l'attention secondaire, son cours est hésitant et se répand dans diverses directions. Le nombre des processus mentaux donnés dans l'attention secondaire peut être (et c'est souvent ce qui se passe en fait) beaucoup plus considérable que celui des processus de l'attention primaire, mais c'est ailleurs que réside la différence entre ces deux types d'attention. On peut représenter la conscience dans l'attention primaire par une série de droites parallèles, chacune figurant un «certain processus mental qui se développe complètement selon
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sa durée normale ; dans l'attention secondaire, la conscience serait symbolisée par un système de lignes obliques, plus courtes et de directions diverses, chacune ligurant un processus mental dont le progrès a été arrêté par l'arrivée d'un processus rival.
§ 77. Les deux niveaux de la conscience. — L'analyse grossière du § 75 nous a conduit à cette conclusion que, dans la conscience attentive, on doit distinguer une région claire, le foyer et une région obscure, la zone marginale.
Fig. !*o. — Diagramme de la conscience attentive. Le courant de conscience, figure par la ligne mince de la figure, est -upposé se diriger du plan du papier vers nous : les gros traits représentent le canal nerveux dans lequel coule le courant.
Nous pouvons représenter cette disposition au moyen de deux cercles concentriques, le cercle intérieur, le plus petit, limitant la région de la clarté ou contenant ce qu'on appelle l'objet de l'attention, le cercle extérieur, le plusgrand, embrassant celle de l'obscurité ou de l'inattention. Un diagramme qui nous rendra plus de services sera celui qui représente le courant de la conscience coulant à deux niveaux différents, le plus élevé figurant celui des processus clairs, le plus bas celui des processus obscurs. C'est de ce schéma que nous ferons usage dans ce qui suit.
Commençons par faire une observation sur nousmêmes. La fig. 41 est une image à devinettes : c'est le dessin de l'hémisphère gauche du cerveau, mais c'est aussi autre chose. Regardez-la et essayez d'en trouver le dessin caché. Pendant que vous le cherchez, l'ensemble de la figure est au niveau supérieur. Soudain vous trouvez ce que vous cherchez : qu'arrive-t-il ? Juste à ce moment l'image du cerveau tombe du niveau supérieur où il est