LES DEUX NIVEAUX DE LA CONSCIENCE
remplacé par les esquisses dissimulées qui, dès lors, sont aussi claires que possible, tandis que vous ne voyez pas plus la forme du cerveau que vous ne sentez le livre dans votre main. La première disposition de la conscience avec les deux niveaux différents a été remplacée par une seconde
Fig. '1 1 . — Dessinée par R. Guddi-n.
et rien n'est plus frappant que cette chute de l'objet original de l'attention de la crête à la base de la vague d'attention.
A un seul point de vue, cette ol servation n'est pas typique : en effet, quand vous avez trouvé la solution, vous ressentez une certaine satisfaction ; or on ne trou\e pas toujours d'affections dans la conscience attentive. Mais, à tous les autres égards, l'observation nous semble typique. L'objet de l'attention ne glisse pas progressivement du niveau supérieur au niveau inférieur : c'est en chute brusque qu'il tombe de l'un à l'autre. Vous faisiez attention à telle chose, pui<, soudain, votre attention se porte ailleurs. On doit dire toutefois que cette opinion a été critiquée. Certains psychologues croient que la conscience attentive montre, non pas deux niveaux différents, mais une seule onde qui monte et descend en pente douce : en d'autres termes, ils croient qu'il peut coexister dans
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la même conscience des processus de tous les degrés possibles de clarté. D'autres croient qu'il y a plus de deux niveaux ; ils en admettent trois par exemple : les niveaux de l'attention, de l'inattention et un autre plus bas encore, celui de l'obscurité subconsciente. Nous retrouverons cette question p. 204, 306.
Le principal caractère des processus qui se déroulent au niveau supérieur de la conscience est leur haut degré de clarté. Nous avons mentionné la clarté au § 12 parmi les attributs de la sensation et le mot porte en lui sa propre signification.
Un processus est clair ou « vivide » quand il se montre dans toute sa valeur, quand il atteint dans l'expérience son maximum de réalisation. La clarté est un attribut d'ordre intensif en ce sens qu'elle offre des degrés de plus et de moins, mais elle diffère entièrement de l'intensité proprement dite. Quand, par exemple, vous écoutez un son très faible, la sensation de bruit peut être l'élément le plus clair •de votre conscience et pourtant son intensité est bien petite. En fait, on n'éprouve aucun embarras, après un peu d'entraînement, à distinguer introspectivement la clarté et l'intensité de n'importe quel processus mental.
C'est pourtant une question très débattue que de savoir si la clarté et l'intensité, bien qu'elles soient des attributs distincts de la sensation, ne sont pas toujours réunies, en fait, dans l'expérience. Une augmentation de clarté ne signifie-t-elle pas une augmentation d'intensité ? Le son très faible peut être clair en dépit de sa faible intensité : mais est-il aussi faible qu'il le serait s'il était moins clair ? En langage ordinaire, l'attention intensifie-t-elle son objet ? Toutes les réponses possibles ont été faites. Il est des psychologues pour qui un changement de clarté n'entraîne pas un changement d'intensité. D'autres supposent qu'il n'y a qu'un changement apparent d'intensité : une augmentation de clarté, disent-ils, détermine dans la conscience un état de plus grande indépendance ; et cette indépendance ou cette absence de toute inférence permet