‹ Manuel de psychologieChapitre 77 sur 142 · LES DEUX NIVEAUX DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LES DEUX NIVEAUX DE LA CONSCIENCE

-aux autres attributs de la sensation de se révéler dans la conscience avec toute leur valeur ; ainsi, l'intensité produit alors tout l'effet qu'il était en elle de produire : elle semble accrue tandis qu'en réalité elle peut jouer librement dans la conscience, ce qu'elle ne pouvait faire sans la clarté. D'autres encore pensent que la clarté renforce l'intensité ; d'autres enfin affirment qu'elle la diminue. L'auteur croit que l'opinion la plus probable est la troisième, à savoir que l'intensité s'accroît avec la clarté.

La théorie selon laquelle les changements de clarté ne modifient pas l'intensité s'appuie sur des faits d'observation courante : ce qui vous entoure ne nous paraît pas mieux éclairé parce que vous portez votre attention sur la lampe ; le tic-tac de la pendule n'est pas plus fort parce que vous l'écoutez. Mais, en premier lieu, cette sorte d'observation n'est pas très convaincante : si vous en faites vous-même l'épreuve, vous verrez combien il vous est difficile de faire une comparaison réelle entre le processus clair et le processus obscur. En second lieu, il y a des faits qui s'opposent à ces observations : on peut entendre, en y prêtant attention, un son très faible qu'autrement on n'aurait pu entendre. La seconde hypothèse selon laquelle le changement d'intensité est purement apparent, contient une part de vérité ; mais, en tant qu'elle est un essai de conciliation entre la première et la troisième opinion, on ne pourra en tenir compte qu'après s'être débarrassé de cette dernière. La controverse se localise alors entre la troisième hypothèse selon laquelle l'attention intensifie son objet et la quatrième qui prétend que l'attention affaiblit son objet : ici l'on a recours à l'expérimentation. 11 y a des faits pour ou contre chacune de ces vues : il semble pourtant à fauteur que les faits invoqués en faveur de l'affaiblissement sont ambigus, et ceux qui militent pour f intensification sont clairs et décisifs.Supposez, par exemple, qu'on fasse entendre à un sujet deux sons qui se succèdent rapidement, l'un faible, l'autre fort ; supposez que le sujet donne toute son attention au son le plus faible, et qu'on détourne son attention à l'aide d'un autre stimulus, par exemple, une odeur violente, au moment où se produit le son fort ; si, dans ces conditions, les deux sons lui semblent

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avoir une intensité égale, et, a fortiori, si le son objectivement le plus faible lui semble le plus fort, nous pourrons évidemment conclure que l'attention renforce l'intensité ou, ce qui revient au même, que la distraction l'affaiblit. Et c'est précisément ce qui arrive.

11 n'est pas du tout étrange que nous trouvions une relation étroite entre la clarté et l'intensité : car, ainsi que nous l'avonsdit au § 76, toutes les conditions qui favorisent l'exercice de l'attention, sont précisément celles qui impressionnent fortement le système nerveux ; et la connexion des deux attributs n'infirme en rien ce que nous avons établi aux § 62 et sq. ; en effet, les intensités qui obéissent à la loi de Weber sont naturellement des intensités è leur maximum de clarté.

11 ne semble pas probable que la clarté apporte aucune modification en ce qui concerne l'étendue du la durée. Pourtant, des processus qui seraient d'ordinaire écourtés et refoulés par des processus plus forts peuvent, si l'on y porte son attention, être plus longtemps suivis dans leur passage à travers la conscience et peuvent ainsi sembler de plus longue durée.

Nous pouvons maintenant interpréter la figure 4 0 : les processus qui sont à la crête de la vague d'attention sont à la fois plus clairs et plus forts que les processus qui se trouvent au niveau inférieur de la conscience. Ce sont ces attributs qui donnent à l'objet de l'attention sa valeur spéciale pour la mémoire, l'imagination et la pensée.

§ 78. Les facteurs kinesthésiques et affectifs de la conscience attentive. — L'attention était originellement, nous pouvons l'affirmer, une réaction précise et déterminée de tout l'organisme, réaction, à la fois sensorielle, affective et motrice, à un seul stimulus. L'excitant violent, soudain, mobile, était d'abord perçu par la vue, le toucher ou l'ouïe. Mais, également, il troublait, inquiétait ou surprenait (§ 76). L'élément affectif de ce processus s'exprimait par une modification des grandes fonctions organiques. Enfin, l'animal répondait en même temps par une attitude — au sens littéral du terme — au stimulus : il y faisait face, comme aujourd'hui font face à des stimuli sem-

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