LE CHAMP DE L ATTENTION 2Q,I
colorées, etc., disposés sur le même fond. Ou l'on peut présenter les stimuli les uns après les autres, en augmentant graduellement leur nombre, jusqu'à ce qu'on atteigne le point à partir duquel le premier élément de la série devient obscur quand on présente le dernier. C'est cette dernière méthode qui convient le mieux aux stimuli auditifs. Quelle que soit la forme de l'expérience, l'objet de l'enquête reste le même : on cherche à déterminer la limite de complexité à partir de laquelle l'attention devient incapable de faire face aux stimuli présentés à un organe sensoriel particulier. Et les résultats obtenus par les deux méthodes sont les mêmes : l'attention peut embrasser six impressions simultanées ou successives, à condition qu'elles soient relativement simples, et qu'elles appartiennent à une même modalité sensorielle.
o) Méthode des stimuli simultanés. — On emploie pour ces expériences le tachistoscope, instrument qui, comme son nom l'indique, permet d'exposer un champ visuel limité, pendant des durées très courtes. Le temps d'exposition doit être court, car autrement l'œil pourrait passer rapidement d'une impression à l'autre, confier certaines de ses impressions à la mémoire pour faire directement attention aux autres. Dans ce cas, nous n'aurions plus affaire à une seule attention, mais à une série d'attentions. Le champ d'exposition doit être assez petit pour pouvoir être saisi par un regard rapide sans mouvements de l'œil : s'il en était autrement, l'obscurité des stimuli situés dans la zone extérieure pourrait être due, non pas à la limite de l'attention, mais à la vision indirecte (§ 20). Si ce sont des lettres qu'on emploie comme stimuli, elles doivent former une série sans aucune signification, par exemple R. K. Z. T. On a, en effet, démontré qu'un mot familier de trois ou de quatre lettres peut être saisi par l'attention comme s'il était une seule lettre ou une seule figure géométrique. On y fait attention, non pas comme à une série de lettres, mais comme à une seule impression. Pour la même raison, il est plus facile de faire attention à des chiffres qu'à des lettres sans .signification, car toute combinaison de chiffres offre un sens.
Le champ maximum de l'attention visuelle chez un sujet
INATTENTION
entraîné comprend six impressions. La capacité d'attention varie selon les individus entre quatre et six impressions. Les
Fig. 4s. — Tachistoscope à démonstration. Un rideau noir, monté sur des rouleaux à ressorts solides, est étendu derrière une ouverture carrée pratiquée dans un écran de bois noir. La figure d'un haut (face) montre le rideau avec le point blanc de fixation Dans la Egare d'en bas (arrière) on a tiré le porte-carte pour montrer l'ouverture carrée découpée dans le rideau.
expériences faites avec des impressions simultanées de toucher ont donné des résultats semblables : un sujet exercé peut ainsi
LE CHAMP DE l' ATTENTION 20,3
localiser correctement six pointes distinctes. Pourtant cette observation a encore besoin d'être confirmée (1).
Méthode des stimuli successifs. — Le poids mobile de la tige d'un métronome à sonnerie est disposé de façon que l'instrument donne 200 battements à la minute. L'expérimentateur sépare deux séries de battements en faisant résonner le timbre lors du premier battement de chaque série. Le sujet doit dire si les deux séries successives sont égales ou inégales. Naturellement il ne doit pas compter. S'il comptait, chaque battement serait l'objet d'un acte distinct d'attention.
Un jugement assuré n'est possible que si chaque série se compose au maximum de six impressions. Et si le métronome pouvait battre très lentement (15 battements, par exemple, à la minute) le champ de l'attention ne s'étendrait pas sur plus de 6 battements simples. Mais, tout comme dans l'expérience précédente, un mot court était équivalent pour l'attention à une simple lettre, de même ici un groupe de battements peut, dans certaines conditions, être équivalent à un seul battement. Lorsque la vitesse du métronome augmente, on ne peut s'empêcher de saisir, dans la succession des chocs, un rythme plus ou moins complexe. D'abord, lorsque le mouvement du métronome est encore assez lent, les battements se groupent par deux ou trois, et l'attention peut encore saisir six impressions, six unités rythmiques de deux battements (c'est-à-dire 12 battements simples) ou six unités rythmiques de trois battements (c'est-à-dire 18 battements). Finalement, à la vitesse mentionnée plus haut, l'attention ne peut embrasser que cinq impressions, cinq unités rythmiques ; mais celles-ci peuvent maintenant se composer de 8, ou même, a-t-on dit, de 24 battements simples, de telle sorte que la série de cinq impressions se compose de 40 ou même, selon certains, de 120 battements
(1) Il convient de rappeler à ce propos que les caractères ponctués de l'alphabet Braille et de l'alphabet de New-York pour les aveugles utilisent les différentes combinaisons d'un seul arrangement symétrique de 6 points. On est tenté de supposer que le choix du nombre 6 a été déterminé par la limite du champ de l'attention tactile ; en fait, c'est le .-ouvenir visuel du domino double-six qui a suggéré le choix de cette unité à 6 éléments ; car on n'avait encore fait aucune expérience sur le toucher. Il semble d'ailleurs certain que, lorsqu'ils lisent, les aveugles ne distinguent pas, en général, les points séparés, mais saisissent l'ensemble de la lettre comme si les lignes de points jetaient continues.
20,4 l'attention
du métronome. Des groupes de 8 ou 24 battements sont perçus comme des unités, tout comme le mot court de la méthode précédente.
Ce résultat est d'accord avec les règles de la pratique poétique et musicale. La phrase musicale ne contient jamais plus de 6 mesures ; en poésie, le vers ne contient jamais plus de 6 pieds. Une phrase musicale de 7 mesures, un vers de 7 pieds, se disloque, cesse d'avoir une unité. Et les ensembles rythmiques d'un ordre plus élevé, la période musicale et la strophe poétique, ne contiennent jamais, l'une plus de 5 phrases, l'autre plus de 5 vers. La règle générale est qu'elles ne contiennent ni l'une ni l'autre plus de 4 éléments.
Petites différences de clarté au niveau supérieur de la conscience. — Nous avons vu que le mot court, la combinaison de figures géométriques et l'unité rythmique ont, pour l'attention, la valeur d'une seule impression. Puisque tous ces ensembles se trouvent au niveau supérieur de la conscience, leurs différents éléments sont tous clairs. Pourtant, ils ne sont pas tous également clairs. Pensez, par exemple, à une unité rythmique simple telle que nous puissions lire, en musique, UN, et deux, et trois, et quatre, etc. Ici, le premier membre est le plus fort et le plus clair, le cinquième vient ensuite, tandis que le second, le quatrième, le sixième et le huitième sont relativement faibles et obscurs. Cela signifie que le niveau supérieur de la conscience attentive est, d'une façon générale, ridé de petites vagues et non pas uni comme il a été dessiné à la figure 40. Il y a différents degrés de clarté dans la zone claire de la conscience. Et c'est sur ce fait que peuvent s'appuyer certains psychologues pour prétendre (§ 77) qu'il peut coexister tous les degrés possibles de clarté dans la même conscience (Voir cependant la bibliographie p, 30ô).
Y a-t-il, de même, différents degrés d'obscurité dans la région obscure ? La chose est encore incertaine. En tout cas, ces petites vagues qui se soulèvent ainsi aux deux niveaux de la conscience, sont tout à fait superficielles et ne peuvent masquer la grosse différence qui sépare les deux niveaux principaux.
§ 81. La durée de V attention. — Si, il y a une dizaine d'années, on avait demandé à un psychologue de labora-
LA DURÉE DE l' ATTENTION 20,5
toire combien de temps peut durer une seule vague d'attention, il aurait répondu sans hésiter : quelques secondes à peine. On a fait de nombreuses expériences, aurait-il dit, et toutes ont abouti à un même résultat : l'attention n'est pas continue, mais intermittente ; elle s'élève et retombe, apparaît et disparaît à de très cours intervalles. Lorsqu'on porte toute son attention sur une impression sensorielle simple, celle-ci ne reste pas claire, mais devient alternativement claire et obscure : l'attention subit une fluctuation.
Si l'on posait aujourd'hui la même question, il faudrait répondre que, bien que nous ayons maintenant plus de connaissances à ce sujet, en général, nous ne savons pas combien de temps l'attention peut se prolonger. Sans aucun doute, elle peut rester constante pendant deux ou trois minutes : l'opinion de l'auteur est qu'elle peut rester constante beaucoup plus longtemps.
On a l'habitude d'expérimenter avec des excitants très petits des stimuli si petits, ou si faibles, ou si peu différents de ce qui les entoure que la moindre oscillation de l'attention, la perte la plus légère de clarté équivaudra à la disparition de la sensation de la conscience ; car il est beaucoup plus facile de dire si nous percevons ou si nous ne percevons pas une impression que d'être certain que notre sensation visuelle ou auditive est plus ou moins claire. On a employé des stimuli visuels, auditifs et cutanés : lumière ou couleur, ton ou bruit, pression mécanique ou courant intermittent. On peut se représenter l'expérience en s'imaginant assis à une table, les yeux fixés sur un petit disque gris-clair qui se détache sur un fond blanc, ou l'oreille tendue vers le sifflement léger d'un courant de sable fin, la main posée sur une clé pneumatique dont la pression enregistre les moments de disparition et de réapparition de la sensation sur un kymographe, dans une pièce voisine.
Car, la sensation, au moins dans certains cas, disparaît et réapparaît. Les premiers expérimentateurs ont trouvé que cette fluctuation se produisait pour les sensations visuelles, auditives et tactiles : ils ont, de plus, constaté qu'il se produi-
296 l'attention
sait pour les images des oscillations analogues à celles des sensations. En conséquence, ils assuraient que cette fluctuation est due à un facteur commun, et, c'était assez naturel, ils l'attribuaient à l'intermittence de l'attention. Il y avait, il est vrai, des psychologues pour qui il ne semblait pas nécessaire de faire appel à l'attention dans ce phénomène. L'œil possède
un mécanisme d'accommodation dans la lentille et ses attaches musculaires, l'oreille possède un mécanisme semblable dans le muscle connu sous le nom de tensor tympani, qui tire sur le tympan : pourquoi les intermittences des plus petites sensations ne seraient-elles pas dues à des changements périphériques, à des modifications d'acr Jig \th 7oirDrUre d M ""j Le commodation ? Mais une ré-
rayon brise, noir sur fond blanc, donne ,
naissance, quand le disque est mis en plique Semble décisive : On a Obmouvement à une série d'anneaux eris 1 n «."• ti
qui sont d'autant plus clairs qu'ils sont SerVe leS fluctuations Visuelles
plus près de la périphérie. Le sujet par- pendant la paralysie temporaire
court du regard les anneaux gris du , « , .
centre à la périphérie et fixe constam- deS UlUSCleS aCCOmmodateurS et ment un point situé sur l'anneau le même dans le Cas de Sujets plan extérieur qu il peut distinguer. ...
aphaques, c'est-à-dire de sujets qui ont perdu la lentille : de même les fluctuations auditives furent remarquées en dépit de la perte du tympan. La théorie d'une attention intermittente semblait donc avoir gagné la bataille.
Pourtant, la théorie périphérique ne s'avoua pas vaincue. On fit de nouvelles expériences sur le toucher : et l'on trouva que les sensations minimales produites par des poids légers ou par un faible courant électrique ne subissaient aucune fluctuation. S'il n'arrive aucun trouble étranger, démangeaison, fourmillement ou mouvement de la peau, la sensation suit son cours sans interruption jusqu'à ce que l'adaptation la fasse s'évanouir. Durant ces expériences, on a constaté qu'on peut fixer l'attention au moins deux à trois minutes. On a fait également de nouvelles expériences dans le domaine de la vue : on a trouvé que les sensations visuelles tendent aussi à s'évanouir dans la région obscure, par adaptation, mais que, dans