LE DEGRE D ATTENTION
attention signifie que nous ne donnons pas notre pleine attention. En conséquence, il serait plus vrai de dire que,, plus l'effort est prononcé, plus bas est le degré d'attention.
Toutefois, c'est une question débattue que de savoir si cette assertion est strictement vraie. L'observation quotidienne montre que c'est quand nous avons à chasser de légères distractions que nous faisons le mieux attention. Si nous sommes trop bien installés, si, pour ainsi dire, les conditions sont trop favorables, nous ne faisons pas attention : nous laissons notre pensée vagabonder. Les expériences de laboratoire montrent que les sujets donnent leur maximum d'attention lorsqu'ils ont à triompher d'une distraction légère : un effort modéré, une certaine résistance à vaincre, donne toute sa force à leur pensée. Si les deux sortes d'observations coïncident, nous pouvons dire que l'effort n'est ni directement, ni inversement proportionnel à la hauteur de la vague d'attention : le rapport de l'effort au degré d'attention est donc équivoque. Ce résultat ne doit pas nous surprendre : la conscience est excessivement complexe, et le système nerveux dont dépend la conscience est excessivement compliqué. Mais les observations coïncidentelles vraiment ? L'attention que prêtent les sujets de laboratoires est toujours du type secondaire ; et la légère distraction qu'introduit l'expérimentateur peut les aider, car elle ramène à un seul type les difficultés que leur attention a à vaincre ; ensuite ils n'ont plus qu'à faire effort contre une seule difficulté, difficulté constante, et n'ont plus à repousser toutes sortes d'influences distrayantes. D'autre part, un fauteuil trop confortable pour travailler est un siège qui favorise l'attention primaire, et laisser l'esprit vagabonder. C'est simplement s'abandonner à une attention primaire, à savoir l'attention aux idées qui s'adaptent au contenu présent de la conscience. En résumé, ces observations ne paraissent pas contredire l'opinion selon laquelle plus grand est l'effort, plus bas est le degré d'attention. Mais cette assertion en elle-même ne nous apprend pas plus comment nous pourrons mesurer l'attention.
En théorie, la méthode de mesure la plus pleine de promesses semblerait être celle-ci : déterminer par l'intro-
3oo l'attention
spection combien on peut distinguer de degrés de clarté dans les différentes modalités sensorielles, et opposer à chaque degré de clarté une variété et une quantité déterminées de distraction. Nous aurions ainsi le rapport entre le degré de clarté et l'intensité du stimulus distrayant ; en d'autres termes, nous pourrions connaître le plus haut degré d'attention qu'on puisse atteindre avec une quantité donnée de distraction ; et nous pourrions, par suite, employer la valeur numérique du stimulus distrayant comme mesure du degré d'attention. Par exemple, si nous savions qu'une certaine sensation peut avoir dix degrés différents de clarté et si nous avions à notre disposition dix stimuli qui, appliqués de façon à distraire, ramèneraient cette sensation du degré correspondant de clarté à une obscurité totale, nous pourrions, dans ces conditions, calculer, en partant de l'effet d'une impression distrayante particulière dans le cas particulier, ia valeur du maximum d'attention que le sujet prêtait à l'expérience. La méthode est embarrassante, et difficile à mettre en œuvre ; mais nous croyons qu'elle pourra un jour être appliquée avec succès.
En attendant, on a proposé pour la pratique un grand nombre de tests grossiers pour déterminer le degré d'attention. Il est évident, par exemple, que l'uniformité dans l'exécution d'un travail, le fait de maintenir pendant cette exécution un niveau égal d'attention, sans variations marquées de part et d'autre d'une certaine moyenne, indique une attention soutenue, tandis que l'alternance d'un travail excellent et d'un travail médiocre indique une attention vacillante. Ces tests sont bons dans la mesure où ils réussissent, mais ils ne peuvent servir à une détermination psychologique exacte.
§ 83. Accommodation et inertie de V attention. — Nous avons vu (§ 76) que l'accord avec le contenu de la conscience est une des conditions déterminantes de l'attention primaire. Il s'ensuit que si deux stimuli sont proposés à l'attention au même instant, que l'un d'eux s'accorde et que l'autre ne s'accorde pas, avec les idées déjà présentes,