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LA TROISIEME DIMENSION

tion de l'espace est essentiellement un mécanisme visuel : l'espace visuel domine l'espace tactile et l'être humain qui est privé de la vue est par là même privé de plus que de ses yeux : il perd aussi une partie non négligeable de son cerveau.

2° Espace visuel. — Si vous fixez les yeux sur un objet du champ visuel, par exemple sur un arbre que vous voyez par la porte ouverte, les objets environnants vous apparaissent avec leurs formes et leurs places propres : les valeurs spatiales du champ visuel sont parfaitement normales. Mais si, ensuite, vous tenez verticalement un crayon, au bout du bras, entre les yeux et le point que vous fixez, vous le voyez se dédoubler, vous voyez deux crayons. Et si, après cette expérience, vous examinez avec plus de soin le champ visuel, vous constatez qu'il présente un certain nombre de ces dédoublements : le bout du cigare qui brûle à vos lèvres se divise en deux, le bord de la porte ouverte oscille entre deux lignes, les cordes de la balançoire, le poteau de télégraphe, le tronc d'un autre arbre plus proche paraissent tous dédoublés. Tant que les yeux restent immobiles, seuls quelques objets du champ visuel restent simples : tous les autres sont vus doubles (1). Les images des premiers se forment sur ce que nous avons appelé points rétiniens correspondants : celles des autres tombent sur des points non correspondants ou disparates.

Imaginez deux rétines détachées, placées l'une sur l'autre et retenues par une épingle plantée dans les deux foveas superposées (p. 85). Les deux trous d'épingle représentent alors

(1) Habituellement nous ne remarquons pas ces images doubles et c'est là une des curiosités de la vision binoculaire. Le fait est dû, semble-t-il, en partie, à ce que les yeux se meuvent constamment, de sorte que les divers ■objets du champ visuel sont fixés les uns après les autres, et en partie au caractère imprécis de la vision indirecte (p. 80), en partie aussi à la suppression de l'une ou de l'autre des deux images par la rivalité rétinienne (p. 325). Cependant, à part ces divers facteurs périphériques, le fait est peut-être dû surtout à un ajustement qui a son siège dans l'écorce : nous entendons voir simples des choses qui sont objectivement simples, nous l'entendons, nous l'espérons, nous y sommes disposés, cf. p. 277 sq.

des points correspondants, les points rétiniens excités par \& point objectif de l'espace que les yeux fixent à un momentdonné. Plantons d'autres épingles verticalement dans les deux rétines, à diiTérents points tout autour de la fovea ; en gros, chaque paire de trous d'épingle représentera une paire depoints correspondants. Il est clair, maintenant, si vous représentez le phénomène au moyen de diagrammes, que lorsque les yeux restent dans une position fixe, un certain nombre seulement de points de l'espace objectif peuvent se projeter sur des points correspondants de la rétine. La totalité de cespoints objectifs, dont les images tombant sur des points correspondants donnent une impression unique, est appelée l'horoptère. Si, paf exemple, on dirige les yeux droit vers l'horizon, l'horoptère peut être une surface plane qui, pratiquement, se confond avec la surface du sol sur lequel se tient l'observateur. Si les yeux sont fixés sur un point défini situé dans le plan médian, on peut théoriquement le représenter par un cercle horizontal qui passe par les deux yeux, et une droite verticale qui se trouve dans le plan médian et passe par le point de fixation.

Supposez, maintenant, que l'image d'un objet de l'espace extérieur se forme sur des points rétiniens qui sont presque, mais non pas tout à fait, correspondants. L'objet est vu simple, car les points correspondants ne sont pas des points au sens mathématique du terme : un point sur l'une des rétines correspond à une petite surface sur l'autre rétine. Supposez, maintenant, que les images se forment sur des points rétiniens qui s'écartent juste un peu d'une correspondance exacte : on ne voit encore qu'un seul objet mais on le voit désormais étendu dans la troisième dimension. La vision tridimensionnelle, la vision d'un objet en tant que solide est, pourrait-on dire, une halte située à mi-chemin entre la vision simple et la vision double : voir une chose comme un solide, c'est un compromis entre le voir spatialement un et le voir spatialement deux.

Mais pourquoi cette combinaison d'images rétiniennes disparates se produirait-elle ? Pourquoi cette disparité des-

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