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LA TROISIEME DIMENSION

images ne signifierait -elle pas, une fois pour toutes, que nous voyons l'objet double ? Ce sont là des problèmes difficiles et nous ne pouvons pas plus les résoudre définitivement que nous ne pouvons dire, par exemple, pourquoi la lumière d'une certaine longueur d'onde nous donne une. impression de rouge et non de bleu. Mais nous pouvons, en tout cas,, donner une solution approximative : nous pouvons montrer dans quelles conditions se produit cette combinaison d'images dis- Bdrates. La vision humaine est une vision binoculaire : les deux yeux fonct ionnent ensemble comme un seul organe.

Mais les deux yeux sont comme deux observateurs séparés qui regardent les objets situés dans l'espace de points de vue quelque peu différents, en sorte

Fit;. 4"). ' — Modèle d'iioroptère figurant que. pOUr des distances l'horoptère par un cercle horizontal et une

comprises entre certaines verticale Pas?anl par le v°inl de ,ixa,lonlimites, un même objet apparaît à chaque œil légèrement différent de ce qu'il est pour l'autre (parallaxe binoculaire). Il ne peut y avoir coopération entre les deux yeux que si leurs visions séparées sont rapprochées et combinées, et c'est en cette combinaison que consiste la vision à trois dimensions.

Tracez, sur un morceau de celluloïd transparent, les deux paires de lignes verticales que montre la ligure 40 ; laissez entre les lignes de gauche des deux paires une distance de 64 millimètres ; c'est la distance interoculaire moyenne ou la

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distance qui sépare le centre des deux pupilles quand les jeux se dirigent droit vers l'horizon (1). Regardez fixement un point éloigné et placez la lame transparente devant vos yeux, de sorte que le milieu des lignes de gauche de chaque paire tombe sur les deux foveas. Les images de ces deux lignes se forment alors sur des points correspondants et vous donnent l'impression d'une seule ligne. Les lignes de droite ont leurs images sur des points non correspondants : cependant, vous les voyez comme une seule ligne située plus Fi" 4fi. Pr^s ^e vous que la première. La combi-

naison des images disparates donne l'impression de profondeur.

Si, maintenant, vous tenez verticalement deux crayons devant vos yeux. l'un dans la main gauche placé à bout de bras, l'autre dans la main droite, un peu à droite de l'autre et légèrement plus près, et si vous observez cette paire de crayons d'abord avec l'œil gauche, puis avec l'œil droit, vous constaterez que la vision de l'œil gauche est représentée par la paire gauche des lignes de la figure et la vision de l'œil droit par la paire droite (parallaxe binoculaire).

Tracez sur une autre plaque de verre la paire de lignes de la figure 47. I-ixez un point éloigné et placez la plaque de façon à ce que le milieu dès deux lignes tombe sur les foveas. Vous ne voyez alors qu'une seule ligne dont la moitié inférieure semble s'éloigner, tandis que la moite supérieure tend vers vous. Placez un crayon dans cette position et notez les iniHLr<*s qui se forment dans lis deux yeux.

Ainsi, c'est la disparité des images rétiniennes qui rend compte du fait qu'un objet placé dans l'espace extérieur

Fig. 57.

il serai! peut tire préférable de dire la dislance interoculaire conventionnelle plutôt que la distance moyenne, car la distance de 64 millimètres qu'on donne en ^" aérai 1 "inme une moyenne est probablement un peu trop grande (Nacel, Hondbuch d. Physiol., III, 1905, 292). Il vaut encore mieux mesurer directement cette distance pour chaque sujet (Titchener, J:'j/>t:r. Peychoh, I, II, l'joi, 245).

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est vu comme un solide. Mais l'observateur voit également l'objet à une certaine distance de lui, il le voit situé à tant de mètres : le point qu'il fixe est donc localisé dans la troisième dimension aussi précisément que les points dont les images se forment sur des surfaces rétiniennes disparates. Comment localisons-nous le point de fixation ?

Il se peut, naturellement, que nous le localisions aussi grâce à la disparité rétinienne. Ce qui est maintenant le point de fixation dont l'image tombe sur des points rétiniens correspondants a été auparavant et sera bientôt un point dont l'image se forme sur des points rétiniens disparates, c'est-à-dire qu'il a été et qu'il sera localisé grâce à la disparité rétinienne par ses rapports avec d'autres points de fixation. Ainsi, avec le temps, chaque point de l'espace objectif acquerra ce que nous pouvons appeler une position relative dans l'espace visuel ; et c'est une loi psychologique bien connue que le fréquent retour d'un caractère relatif tend à le transformer, pour la perception, en un caractère absolu ; nous disons d'une façon absolue qu'un enfant est lourd, une valise légère, une voix forte, une lumière bonne, sans songer consciemment à une comparaison. La transformation pourrait être grandement aidée, dans le cas de la perception visuelle de l'espace, par des associations dérivées de l'espace tactile : ce que nous pouvons aisément atteindre semblerait à notre vue très proche, et inversement. Ou bien, il est possible que nous localisions le point de fixation au moyen de critères secondaires. Mais, en somme, il semble probable que la localisation absolue se fait au moyen de sensations musculaires, les sensations provoquées par les mouvements d'accommodation et de convergence.

Les moyens indirects ou secondaires qui nous aident à localiser en profondeur sont en résumé les suivants : la perspective linéaire, c'est-à-dire l'ordre des lignes de contour dans le champ visuel ; la perspective aérienne, c'est-à-dire la clarté relative des contours, et la distinction relative des couleurs ; la distri-

3l8 PERCEPTIONS SPATIALES

bûtion des lumières et des ombres ; l'interposition, c'est-à-dire le recouvrement partiel des objets éloignés par des objets plus rapprochés ; la grandeur apparente, critère qui a surtout de la valeur lorsqu'il s'agit d'objets familiers ; le mouvement des objets dans le champ de la vision ; enfin, le mouvement de notre tète ou de notre corps ; si nous fixons un objet rapproché, et que nous tournions la tête de côté, les objets lointains se déplacent dans la même direction ; si nous fixons un objet lointain et que nous fassions le même mouvement, c'est au tour des objets voisins de se déplacer dans la direction opposée. Sans aucun doute, tous ces auxiliaires jouent leur rôle, dans la formation de notre perception visuelle de l'espace ; mais on peut se demander si l'un d'eux est essentiel.

On peut soulever un problème analogue à propos des mouvements des yeux : c'est une question ardemment discutée que dé savoir si les mouvements d'accommodation et de convergence sont des facteurs constitutifs de la perception de l'espace, ou si, comme les mouvements de la tête et du corps, ils n'ont qu'une importance secondaire, c'est-à-dire s'ils aident simplement à la fixation.

Du point de vue physiologique, nous avons le fait que les deux yeux fonctionnent comme un seul organe moteur ; ils se •déplacent ensemble, automatiquement, dans toutes les conditions possibles de fixation. Si le point de fixation est très éloigné et se trouve dans le plan médian, les axes des yeux sont parallèles, et ils gardent ce parallélisme pour les objets éloignés dans toute l'étendue du champ visuel. Si le point de fixation est plus rapproché, toujours dans le plan médian, les axes •convergent symétriquement ; les yeux, qyi auparavant étaient dirigés droit vers l'horizon, tournent vers l'intérieur en faisant des angles égaux. Si le nouveau point de fixation n'est pas situé dans le plan médian, les axes convergent, mais d'une façon asymétrique ; soit que les deux yeux se tournent vers l'intérieur en formant des angles inégaux, soit qu'un des yeux tourne, vers l'intérieur, tandis que l'autre fait un angle, d'ailleurs plus petit, vers l'extérieur. Ces deux types de convergence se reproduisent pour les points fixés, dans n'importe quelle direction, haut, bas, droite, gauche, du champ visuel. En résumé, chaque ix peuvent agir ensemble, dans l'intérêl delà vision binoculaire, ils le font : et la seule chose qu'ils ne peuvent faire.

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