LA TROISIEME DIMENSION J
«est d'agir chacun de son côté, au détriment de la vision binoculaire : quand les yeux sont normaux, il est impossible que 3eurs axes divergent,
Du point de vue psychologique, nous avons une longue série d'études expérimentales dont les résultats sont difficiles à concilier.
L'opinion psychologique, n'a pas? en général, tendance à établir un rapport entre la perception de la profondeur et les sensations de mouvement de l'œil, et l'on doit reconnaître que notre faculté d'apprécier les distances est beaucoup plus délicate que nous pourrions l'espérer si elle était obtenue uniquement au moyen des sensations musculaires. Néanmoins, il paraît certain que ces sensations peuvent fournir les données de la localisation. Des expériences récentes, conduites avec toutes les précautions possibles, nous amènent à cette conclusion que les sensations d'accommodation dans la vision monoculaire, les sensations de convergence dans la vision binoculaire nous suggèrent d'une façon assez exacte la position des objets dans l'espace extérieur. Ces sensations ne se révèlent pas toujours à Tintrospection : la perception de la distance peut parvenir directement à la conscience. Mais cela n'est pas surprenant : l'espace nous est si familier, et l'ajustement cortical pour la perception de l'espace doit être si habituel que le caractère immédiat de l'attitude spatiale est tout naturel : ce qui est •étonnant, c'est plutôt qu'on puisse dans de nombreuses occasions discerner les sensations et que ces indices d'ordre périphérique continuent à être conscients. En même temps, on doit se rappeler que les sensations du mouvement, dans la vision et le toucher, ne sont que d'une manière secondaire, et par analogie, la source de notre perception de la troisième dimension ; elles ne servent, comme nous l'avons dit, qu'à suggérer cette perception. Peut-être doivent-elles leur signification spatiale soit à la perception de profondeur relative, produite par la disparité des images rétiniennes (si ce phénomène est considéré comme primitif), soit à une association plus directe avec l'espace tridimensionnel du toucher.
Il y a, comme nous l'avons fait entendre, une perception monoculaire de la profondeur. Les personnes borgnes n'éprouvent aucune difficulté à se diriger, et nous-mêmes, si nous fermons un œil, nous ne sommes victimes d'aucune illusion en
ce qui concerne la voluminosité des objets environnants. Dans tous ces cas, le sujet peut changer de position par rapport aux objets qui l'entourent : les objets eux-mêmes peuvent se déplacer par rapport à lui, et les uns par rapport aux autres ; et tous les autres critères secondaires de la distance gardent encore leur valeur. Comme indices directs de la perception de profondeur il y a, d'abord, les sensations d'accommodation déjà citées ; en second lieu, et dans certaines limites (bien qu'on ait discuté sur le rôle de ce facteur) la parallaxe de la vision indirecte : la position relative des images rétiniennes des objets vus par le même œil, change, si l'accommodation change, si l'œil fait un mouvement ou si l'objet se déplace ; et l'on suppose que ce changement de position peut jouer un rôle, dans la vision monoculaire, semblable à celui que joue dans la vision binoculaire la disparité des images rétiniennes. Mais, quelles que puissent être ses ressources, la localisation monoculaire est normalement loin d'être exacte. Si l'on suspend un anneau de rideau dans le plan médian du corps du sujet, et qu'on donne à celui-ci un crayon en lui demandant de fermer un œil et de passer le crayon à travers l'anneau, le crayon passera à des distances surprenantes en deçà ou au delà de l'anneau (1). Tous les critères directs de la perception de profondeurs ont une efficacité limitée. L'accommodation ne peut guère entrer en ligne de compte pour les objets situés à plus de 2 mètres, et la parallaxe de la vision indirecte n'est appréciable que pour les objets qui se trouvent à une longueur de bras dans la partie inférieure du champ visuel. La convergence, si l'on doit en croire les expériences, ne sert plus au delà de 15 à 20 mètres. La disparité rétinienne peut jouer, en théorie, jusqu'à une distance de 2.700 mètres (p. 330) ; mais, en pratique,elle est remplacée, bien avant d'atteindre cette limite, par des critères indirects ou secondaires de la perception de profondeur.
§ 87. Le stéréoscope. — Si la perception visuelle de la
(1) On voit souvent les connaisseurs regarder un tableau avec un seul œil, à travers la main à demi fermée. La main sert ainsi de tube dont les parois suppriment les impressions susceptibles de distraire. L'avantage principal de la vision monoculaire est que le plan du tableau est moins net que dans la vision binoculaire, de sorte que les indications secondaires de distance, auxquelles doit s'en remettre l'artiste pour apprécier les rapports des différents plans du tableau, ont ainsi plus de chances de produire leur effet.
LE STEREOSCOPE
profondeur est due à la disparité des images rétiniennes ■que forment le même objet, les conditions de la vision tridimensionnelle peuvent être synthétisées, artificiellement reproduites sans qu'on ait recours à plus de deux dimensions de l'espace objectif. Car les deux tableaux légèrement différents qui se peignent sur les deux rétines sont •des images planes et non des fac-similés solides de l'objet. Supposons alors que nous tracions sur du papier deux dessins d'un seul et même objet, l'un le représentant tel que le voit rœil gauche, l'autre le représentant tel que le voit l'œil droit et que nous présentions chaque dessin à son "il respectif. Les deux dessins qui reproduisent les deux images rétiniennes d'un seul objet vu en perspective, doivent se combiner pour former la représentation d'un tel objet, c'est-à-dire qu'ils doivent donner l'illusion ou plutôt la synthèse de la troisième dimension. Ils se combinent bien, en fait, de cette façon et nous donnent ce qu'on appelle le relief stéréoscopique. Il y a bien des moyens de réaliser cette expérience, mais les deux instruments les plus essentiels sont le stéréoscope à réflexion de Wheatstone et le stéréoscope à réfraction de Brewster.
La figure 48 montre une des premières formes du stéréoscope de Wheatstone. Deux miroirs plans dans lesquels les yeux re-
Fig. 48. — Stéréoscope à réflexion de Wheatstone. C. \\ healstone. Phil. Trans. of ihe Roval Soc of London. i85a. pt. J, 3.
gardent, sont ajustés de façon à ce que leur verso forme un angle de 90°. Les diagrammes glissent dans des rainures sur deux panneaux verticaux qu'on peut approcher ou éloigner sur des glissières le long de deux bras de bois horizontaux. Les bras eux-mêmes peuvent tourner autour d'un centre commun qui se
Titcher.er. 21
trouve dans la projection de la ligne de jonction des deux miroirs. Les rayons reflétés par les miroirs tombent sur les yeux comme s'ils venaient d'un seul solide placé immédiatement en face ; en d'autres termes, les yeux voient l'image'( virtuelle) combinée des deux figures comme si elle se trouvait derrière les deux miroirs.
La manipulation de cet instrument est simple. On glisse sur les panneaux les diagrammes dont les images doivent se combiner. Les panneaux sont placés de façon à faire un angle de 45e
Fig. liÇ). — Schéma de Stéréoscope de WLeatslone.
avec les miroirs. L'observateur s'assied, regarde les miroirs et pousse doucement les bras mobiles, vers le dehors, loin de lui, jusqu'à ce que les images se combinent. Vu pour la première fois, l'effet du stéréoscope surprend par l'impression qu'il donne de trois dimensions réelles (1).
Le stéréoscope à réfraction de Brewster, bien qu'il soit un instrument de moindre valeur scientifique, a supplanté le stéréoscope à réflexion grâce à son prix peu élevé et à son petit volume. Dans sa forme moderne, le stéréoscope est fait d'une légère boîte de bois qui s'adapte étroitement au front et au nez et sert à arrêter la lumière latérale (2). Les yeux regardent les stéréogrammes à travers des prismes lenticulaires (demi-lentilles biconvexes) grâce auxquels, en dépit de la convergence des axes-
(1) On doit se rappeler que l'usage des miroirs implique une conversion gauche-droite des stéréogrammes.
(2) La boite du stéréoscope a été imaginée en 1861 par 0. W. Holmes.
LE STÉRÉOSCOPE 3a3
oculaire?, les images des stéréogramraes se forment sur la rétine à peu près comme si ces axes étaient parallèles : grâce à la surface arrondie des prismes, l'image binoculaire est rendue à la fois plus grande et plus distincte qu'elle ne le serait autrement. La longue barre sur laquelle glisse la carte stéréographique permet de l'ajuster pour les yeux de différentes longueurs focales. Les stéréogrammes dont on se sert d'ordinaire avec cet instrument sont des photographies accouplées, prises par des appareils dont les objectifs sont, ou doivetn être, séparés par la distance intraoculaire moyenne. Si les objectifs des appareils sont séparés par une distance supérieure, l'image binoculaire (agrandie et virtuelle) montre une exagération de stéréoscope à perspective et le paysage ou l'édifice qu'on »«»»««• (]««* module)