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LOCALISATION

la direction est un sujet de recherches spéciales que nous retrouverons au paragraphe suivant.

Si deux points de pression juxtaposés sont excités en môme temps, les sensations de pression fusionnent et ne donnent qu'une seule sensation plus forte : il n'y a pas de distinction spatiale. La détermination de la dualité spatiale par l'excitation simultanée des points de pression est difficile et les résultats sont variables : ils dépendent, non seulement de la tendance qu'ont des sensations séparées à fusionner, mais aussi de l'intensité des stimuli employés et spécialement de la disposition générale (arrangement cortical, cortical set) du sujet. Si, d'autre part, on excite successivement des points voisins, en laissant s'écouler entre les excitations une seconde environ, les sensations correspondantes sont distinguées : la différence est d'abord indéfinie, les pressions apparaissent différentes sans plus, mais, après plusieurs répétitions de l'observation, cette différence peut devenir une différence de position perçue.

En ce qui concerne l'excitation simultanée, l'œil immobile se comporte comme la peau. Les cônes ont, à la fovea, un diamètre moyen de 3 [}. (1 [}. = 0,001 mm.). Des points dans l'espace ne peuvent être distingués que si la distance qui les sépare soustend un angle visuel d'un peu moins qu'un degré ou, en d'autres termes, si la distance entre les images rétiniennes est de 4 y. : cette distance est juste assez grande pour laissser un cône sans excitation entre ceux sur lesquels les images se sont formées. Si l'on s'éloigne de la fovea, dans la vision indirecte, la séparation des points objectifs nécessaire à leur localisation séparée s'accroît rapidement. Les cônes juxtaposés donnent-ils la perception de différence locale quand ils sont excités successivement, l'auteur ne le sait pas.

Si l'on demande à l'œil au repos non pas de distinguer des

Fig. ")4. — Un champ de curies (figurés schématiqueinent par des hexagones) est excité par une feuille de papier moitié blanche, moitié noire. La feuille a été coupée selon la ligne horizontale et la partie supérieure a été légèrement déplacée vers la droite. Le noir de cette partie supérieure n'excite plus des cônes qui sont encore allecté^ par le noir dans la partie inférieure.

Par suite, le déplacement est perçu.

E. Hering. Ber. de maih. phys, klasse cl k. sachs Gesellschajt d.

W.issenschaflen Ll, 3, 1801,1, 16.

points dans l'espace, mais de noter le déplacement relatif de lignes ou de limites de surfaces, la localisation est beaucoup plus précise. Deux lignes droites placées bout à bout sont perçues comme séparées sous un angle visuel de 5" seulement ou, en d'autres termes, lorsque la distance entre leurs images rétiniennes est inférieure à 0,5 y.. L'explication la plus probable de ce fait est donnée par la fig. 54.

Précisément la même disparité des images rétiniennes suffit dans la vision binoculaire à donner une différence perceptible de profondeur. L'expérience classique est la suivante : on dispose trois aiguilles fines, dans le plan transversal à une petite distance des yeux ; les deux aiguilles extérieures ont une position fixe, tandis que l'aiguille du milieu est déplacée dans une série d'observations successives en avant et en arrière dans le plan médian jusqu'à ce que le sujet remarque une différence d'éloignement entre cette aiguille et les deux aiguilles fixes. Dans un cas particulier (distance interoculaire 66 mm.), les aiguilles avaient 0,7 mm. de diamètre, elles étaient éloignées les unes des autres de 33 mm., ou formaient des angles de 5' à la distance de 2 m. Le seuil de la profondeur était atteint lorsque l'aiguille médiane était rapprochée ou éloignée du sujet d'une distance de 1,5 mm. Cette grandeur de déplacement correspond à une différence de 5" dans la position des images rétiniennes des deux yeux (1).

Loi de direction visuelle identique. La coopération intime des deux yeux dans la vision binoculaire est bien mise en lumière par l'expérience suivante. Placez-vous devant une fenêtre d'où vous pouvez voir au loin deux objets saillants, par exemple un arbre et une cheminée, pas trop éloignés l'un de l'autre. Faites à l'encre une marque à la fenêtre, comme point de mire, et placez-vous de façon telle que le point de mire fixé seulement par un œil soit dans la direction de l'arbre, et fixé par l'autre œil, sans changement de position de la tête, soit dans celle de la cheminée. Fixez ensuite le point de mire avec les deux yeux :

il) La limite supérieure de la perception de profondeur, c'est-à-dire la limite au delà de laquelle on ne peut plus percevoir les différences de profondeur, en termes de disparité rétinienne, se trouve au point où la distance interoculaire est vue sous le plus petit angle visuel qui permette une discrimination de distance. Comme la distance interoculaire moyenne est conventionnellemenl de 64 millimètres et l'angle visuel en question de 5" on doit placer cette limite approximativement à 2700 mètres (p. 320).

LOCALISATION 33l

vous voyez alors l'arbre et la cheminée (en rivalité, naturellement) directement derrière le point de mire. Marque d'encre, arbre et cheminée ont la même direction, sont sur une mùme ligne droite : et cette droite, si on la prolongeait vers la figure de l'observateur, passerait entre les deux yeux ou, comme dit Hering, frapperait la fovea d'un œil unique, cyclopéen, placé à mi-chemin des yeux réels.

Localisation interne. Une question spéciale qui appartient à ce paragraphe est celle de la localisation interne (§ 57). Comment localisons-nous les sensations organiques ? On peut noter, d'abord, que si les sensations ont quelque intensité, il y a tendance à porter la main sur la peau de la poitrine ou de l'abdomen, toutes les fois que cette pression exploratrice met en évidence, diminue, renforce une sensation interne ou y met fin, elle fournit le premier indice d'une localisation. En second lieu, pourtant, certaines sensations organiques sont régulièrement liées à d'autres sensations localisées. C'est ainsi que la faim et les douleurs intestinales peuvent être rapportées à leur siège grâce à la contraction du diaphragme ou à la distension et la contraction des parois abdominales qui les accompagnent : l'étouiTement et le rire sont rapportés à la poitrine ou à la tête grâce aux contractions associées des muscles de la poitrine ou au rétrécissement et au relâchement des fosses nasales et des ouvertures respiratoires. Ici se placeraient également les cas de référence réflexe (p. 183, 185). En troisième lieu, chez les types visuels, les sensations organiques sont directement localisées au moyen d'images visuelles. L'auteur a ainsi une représentation mentale définie de la descente d'une gorgée d'eau froide à travers son tube digestif, mais il lui fait avouer que la représentation manque d'exactitude tant pour les proportions que pour les directions. C'est également à l'association visuelle qu'il faut attribuer la tendance générale à localiser les sensations organiques vers la surface antérieure du corps (p. 186). Ainsi la localisation organique est tout à fait indirecte : elle est due à la palpation, à la connexion avec des sensations localisées, aux ■associations visuelles, et influencée, sans aucun doute par une connaissance plus ou moins exacte de la position des principaux •organes du corps.

§ 89. La perception d'espace : la grandeur. — La percep-

tion cutanée de grandeur peut être déterminée soit par des stimuli linéaires, soit par des distances entre deux pointes. Il est spécialement intéressant de comparer des distances entre deux pointes aux différentes parties du corps. Si on conserve une distance constante, tandis qu'on fait varier une seconde distance d'observation en observation, un moment viendra où le sujet jugera les deux distances égales : on a trouvé, par exemple, qu'une distance de 5 millimètres au bout du doigt est jugée égale à une distance d'à peu près 16 millimètres sur le poignet. En. général, comme le montre cet exemple, les distances entre deux pointes sont perçues comme plus grandes aux endroits où la peau possède la plus fine discrimination de localité : ainsi les pointes d'une paire de compas promenées à travers la figure, au-dessus et au-dessous des lèvres ou promenées de haut en bas à l'intérieur du bras, de l'épaule au bout des doigts, semblent converger ou diverger selon la sensibilité à la localisation des régions parcourues. Il n'y a aucune proportionnalité directe entre les deux perceptions. De plus, si les distances entre les pointes sont relativement grandes, les différences locales tendent à disparaître et l'égalité subjective tend à coïncider avec l'égalité objective. Ici nous avons la preuve de la prédominance de l'espace visuel sur l'espace cutané : c'est la vision qui nous apprend la grandeur réelle des surfaces excitées et nous considérons les stimuli comme égaux par ce que nous savons, plus que par ce que nous sentons.

On a fait beaucoup d'expériences sur la comparaison, par l'œil, des distances comprises entre deux points. Les résultats montrent que, au moins pour les stimuli d'intensité moyenne, le seuil différentiel est toujours la même fraction de distances comparées : en d'autres termes, la perception visuelle de grandeur obéit à la loi de Weber. Par suite, il est naturel de supposer (et, en fait, l'introspection vient à l'appui de cette hypothèse) que les distances sont comparées d'après les sensations provoquées par les mouvements de l'œil : plus grande est l'intensité de ces

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