LA GRANDEUR
sensations et plus grande est la distance pour la perception (p. 220).
Il faut remarquer que nous obtenons des différences d'étendue perçue par l'excitation, à des intensités variées, d'un seul point de pression et d'un seul cône rétinien. En outre, nous avons deux seuils cutanés pour la perception de la grandeur linéaire, que nous opérions avec des stimuli linéaires ou des distances entre des points, car la perception de l'étendue linéaire, en tant que telle, apparaît plus tôt que la perception de sa direction sur la peau.
La perception de forme. La perception cutanée de forme est, en général, très inexacte. Aux endroits où la sensibilité locale est la plus grande, nous trouvons les plus petites valeurs liminales : ainsi l'extrémité d'un tube de verre qu'on appuie sur le bout de la langue ou du médius, sera perçu comme circulaire si le verre a 0,5 mm. d'épaisseur et si le diamètre extérieur du tube a 2 à 3 mm. Mais cette expérience est assez douteuse : peut-être cette perception est-elle indirecte et surtout basée sur une association visuelle.
Les lignes de contour sont les plus faciles à suivre pour l'œil lorsqu'elles sont continues, par le déplacement du doigt (toucher actif) lorsqu'elles sont brisées. On peut mettre à l'épreuve cette assertion en essayant de lire, avec le bout des doigts deux phrases, l'une imprimée avec l'écriture ordinaire en relief, l'autre avec l'écriture ponctuée des aveugles.
La tache aveugle. La tache aveugle (p. 85) ne nuit pas à notre perception de grandeur visuelle ; les points dont les images rétiniennes tombent de part et d'autre de cette tache, ne sont pas rapprochés dans la perception mais gardent leur séparation normale. Deux facteurs semblent avoir contribué à ce résultat. D'abord, il n'y a pas de tache aveugle pour la vision binoculaire : la partie du champ commun aux deux yeux pour laquelle un œil est aveugle, est vue par l'autre œil. En second lieu, et c'est ce qui importe surtout, les yeux sont constamment en mouvement et les yeux en mouvements nous donnent la perception de la continuité spatiale. .Ainsi, primitivement, les points sont localisés et les grandeurs sont estimées dans la vision directe et l'habitude de la vision directe, sauf dans certaines conditions expérimentales spéciales, se transporte à la
vision indirecte. Notre distraction ordinaire par rapport aux doubles images (p. 313) est un fait du même genre.
Pour ce qui est de la tache aveugle elle-même, les opinions divergent. Des psychologues croient que la surface qu'elle occupe est remplie, dans le champ de la vision, soit par l'irradiation de la lumière et des surfaces colorées qui l'entourent, soit par l'imagination : lorsqu'on regarde un papier à tapisserie, par exemple, nous plaquons une image du modèle sur l'espace vide qui représente la projection de la tache aveugle. D'autres déclarent que la tache aveugle est simplement et littéralement aveugle : nous ne voyons rien dans cette partie du champ mais
Fig. 55. — Tache aveugle de L'oeil gauche de l'auteur. Réduction d'un grand diagramme dans lequel la distance du bord intérieur dit point de fixation a au bord intérieur de la lâche aveugle était île 54 cm. 5. La dislance de l'œil au point de fixation dans les expériences était de 2 m. a.
si nous ne voyons rien, nous ne pouvons pas voir un trou ou un vide. Le champ visuel est donc, un fait continu bien que la localisation, pour les raisons données plus haut, tienne compte de l'existence de la tache aveugle.
On a récemment affirmé que si l'on regarde brusquement, avec un seul œil, une surface uniforme et brillamment éclairée, on voit la projection de la tache aveugle comme une tache gris pâle (le gris central, p. 88).
Les différents espaces psychologiques. La géométrie et les sciences physiques ne connaissent qu'un espace qui est toujours et partout le même (p. 7). Il est clair qu'on ne peut rien dire de semblable en psychologie. Nous avons déjà dit quelques mots de quatre espaces psychologiques : le champ bidimensionnel de la peau et de l'œil immobile et les espaces tridimensionnels du toucher actif et du système des deux yeux en mouvement. Mais il faudrait encore établir de nouvelles distinctions dans ces quatre systèmes, car l'espace des doigts n'est pas celui du dos, l'espace de la vision directe n'est pas celui de la vision