‹ Manuel de psychologieChapitre 97 sur 142 · PERCEPTION DU RYTHME · texte numérisé non relu

PERCEPTION DU RYTHME

intervalle vide de même longueur objective (cf. p. 341, ligne 2). Ou encore, quand nous écoutons une série rapide de coups ou de déclics, nous nous sentons forcés d'accentuer, pour ainsi dire, certains d'entre eux plus fortement que les autres ; les sons se disposent alors en un rythme. Supposons que nous ayons trois déclics, c'est-à-dire deux intervalles. Si nous accentuons le premier bruit, le premier intervalle paraît le plus long ; si nous accentuons le second bruit, c'est au tour du deuxième intervalle de sembler plus long ; si nous accentuons le troisième, c'est de nouveau le premier qui nous paraît le plus considérable : l'effet de l'accentuation est d'allonger l'intervalle qui le suit et de raccourcir l'intervalle qui le précède. Si la- série des déclics augmente réellement en intensité, les intervalles semblent se raccourcir ; si cette intensité décroît, les intervalles s'allongent.

L'indice de changement {index of change). Il y a deux grands groupes de perceptions temporelles,les perceptions continuatives et les perceptions discrètes. Un cas typique de la deuxième catégorie est la perception de rythme dont nous traiterons au paragraphe suivant ; un cas typique de la première est la perception de changement qui apparaît selon trois modes distincts. Nous pouvons d'abord percevoir le changement à l'aide de critères secondaires et en particulier à l'aide de la kinesthésie (inhibition de la respiration, soulèvement du thorax pendant l'inspiration, mouvement de l'œil, etc.). Nous pouvons le percevoir, en second lieu, comme un type spécifique de la connexion de processus élémentaires, comme un recouvrement dans le temps de qualités ou d'intensités à l'intérieur du présent conscient. Et, nous pouvons le percevoir, en troisième lieu, par ce qu'on a appelé Yindice de changement : modification particulière de qualité ou d'intensité telle que l'attribut observé apparaît confusément, non pas comme un point sur l'échelle sensorielle, mais plutôt comme quelque chose qui peut seulement être rapporté à une région ou à une section de l'échelle. La base physiologique de cette modification doit être cherchée dans le recouvrement des processus excitateurs dans l'organe sensoriel et dans le système nerveux.

§ 94. La perception du rythme. — Quand nous marchons ou que nous courons, nous avons l'impression assez

35û PERCEPTIONS TEMPORELLES

régulière d'une alternance de complexes sensoriels plus forts et plus faibles. Les jambes sont des pendules dont le balancement part de leur point d'attache au tronc ; or, les fonctions motrices du corps sont d'ordinaire asymétriques : nous sommes droitiers ou gauchers, et le développement supérieur de l'un des côtés (d'ordinaire le côté droit) signifie que, au cours d'un double pas, l'un des pieds se pose plus énergiquement et se balance plus rapidement que l'autre. L'accent qui s'introduit ainsi dans les mouvements de locomotion est renforcé par le balancement sympathique des bras. Dans les mouvements de la marche, dans la danse, dans la parole et le chant, nous avons une base tactile pour la perception du rythme. Il est probable que cette base est primitive, bien que nous inclinions maintenant à penser que la perception du rythme est plutôt d'ordre auditif que kinesthésique ; la chanson et la parole impliquent l'audition et même le rythme de la marche et de la danse peut venir à la conscience d'une façon plus accentuée sous une forme auditive. En fait, les sons fournissent les meilleurs matériaux pour la perception du rythme ; car les membres, étant fixés au tronc, peuvent seulement donner les rythmes les plus rudimentaires, les rythmes doubles, tandis que les sons, dont les stimuli sont libres, peuvent être répartis en groupes de n'importe quelle complexité perceptible. Néanmoins, le facteur kinesthésique persiste. Nous marquons le temps, nous battons la mesure en entendant de la musique, par des mouvements libres de la tête, du pied ou de la main ; et nous nous arrangeons, en espaçant ou en renversant les mouvements pour traduire sous une forme kinesthésique les rythmes compliqués de l'audition.

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C'est une question débattue que de savoir si la perception du rythme peut se manifester tout à fait indépendamment de la kinesthésie. Dans le cas de la parole et du chant, nous avons, non seulement les ajustements musculaires du larynx, mais aussi le jeu rythmique des muscles de la respiration. L'auteur

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