‹ Manuel de séméiologie techniqueChapitre 107 sur 172 · POULS VEINEUX RETRO-STERNÂL · texte numérisé non relu

POULS VEINEUX RETRO-STERNÂL

DÉFINITION. — Quand on déprime fortement les téguments compris entre les attaches inférieures des deux sterno-mastoïdiens, et que l'on porte son doigt derrière la première pièce du sternum, il arrive assez souvent de sentir, cliez les malades, une série de battements du pouls ; c'est à ces battements que j'ai donné le nom de pouls rétro-sternal.

Procédé. — Pour trouver ce pouls, il faut inviter le malade à laisser tomber la tête en avant et sans elîort ; puis, profitant du relâchement que cette position donne aux parties situées au-dessus de la fourchette sternale, déprimer fortement les téguments avec l'index, et conduire ce doigt jusqu'en arrière delà première pièce du sternum..

La seule difficulté que l'on puisse rencontrer est la contractioil des sterno-mastoïdiens. Le malade, comprenant mal ce qu'on demande de lui, fait effort pour abaisser la tête, s'il est debout, ou la ramener en avant, s'il est couché. On triomphe cependant assez facilement de celtedifficulté. S'il est couché, on se contente de passer unemain sous sa tête, et de la ramener soi-même dans la position voulue, en l'invitant à se laisser faire; et, s'il est debout, on l'engage à laisser tomber la tête en avant par son propre poids, comme s'il dormait.

Le relâchement des deux sterno-mastoïdiens obtenu, le reste de l'opération ne présente plus aucune difficulté. L'index pénètre facilement à un ou deux centimètres audessous du bord de la fourchette ; et on s'assure ainsi si réellement on sent, ou l'on ne sent pas de battements.

A l'état normal, ces battements sont rares. On ne les trouve pas plus de quatre ou cinq fois sur cent ; et encore

fréquemment, dans ces cas, sont-ils un signe révélateur d'un étal maladif, le plus souvent d'une affection du cœur. Chez les malades, au contraire, ils sont fréquents ; on les trouve plus d'une fois sur cinq, et dans certaines affections ils sont constants. Il en est ainsi, par exemple, dans le premier septénaire de la fièvre typliuïde, et dans les affections organiques du cœur.

Caractères. — Les caractères de ce pouls varient. Tantôt il se présente sous le doigt avec un caractère de souplesse remarquable ; il est doux et comme fluctuant ; il rappelle, à ne pas s'y méprendre, un pouls veineux (fièvre typhoïde). D'autres fois, au contraire, il est plus court sans être dur; c'est ce qui a lieu dans certaines affections pulmonaires. Enfin, on pourra le trouver avec un caractère vibrant et rugueux ; ce qui existe le plus souvent dans les affections organiques du cœur et de l'aorte.

Explications. — Quels que soient ses caractères, il est évident que le pouls rétro-sternal relève de la même cause. Il me paraît être dû à la transmission des battements de l'aorte, ou des gros troncs qui en parlent, ou tronc veineux brachio-céphalique gauche.

Quant à. ses caractères particuliers, ils me paraissent suffisamment expliqués par la nature différente des battements artériels eux-mêmes, et aussi par le contact plus ou moins immédiat que les artères affectent avec le tronc veineux.

SiGNiFiCATio?f, — Elle est encore à déterminer dans de nombreux cas; mais, dans d'autres, elle me paraît déjà des plus nettes :

1° Parfois, il révèle une affection cardiaque ou aorlique; et on s'explique très bien qu'une hypertrophie du cœur ou

POULS VEINEUX RÉTRO-STERNAL 343 un anévrisme de l'aorte, en soulevant le sommet de la crosse aortique, augmente le contact avec le Ironc veineux brachio-cépbaliquc, le refoule même en haut, et le rapproche du doigt explorateur. Il s'agit ici d'un véritable déplacement;

20 Dans d'autres cas, au contraire, la présence de ce symptôme ne me semble indiquer qu'une gêne de la circulation en retour. C'est ce qui a lieu dans les affections chroniques des poumons. Le système veineux ne se vidant que d'une manière imparfaite , il y a une dilatation passive de ses gros troncs; et cette dilatation peut rapprocher assez ces vaisseaux du bord sternal, pour que les battements communiqués par les artères soient saisissables ;

30 Enfin, dans d'autres cas, comme dans la fièvre typhoïde, j'attribuerai volontiers la présence des battements rétro-sternaux au manque de tonicité de tout le système circulatoire, manque de tonicité que traduit le tracé sphygmographique pour les artères, et que le pouls rétrosternal nous permettrait de constater pour les branches terminales du système veineux. Ce manque de tonicité, en effet, entraînerait une dilatation passive, qui, augmentant le calibre du tronc veineux brachio-céphalique, le rapprocherait delà fourchette sternale.

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