CHAPITRE XLII
SPHYGMOGRAPHIE (suite) Sommaire. Spbygmogramme normal; — Choix de l'inslrument.
Étude du sphygmogramme normal. — Chaque tracé sphygmographique se compose de trois parties : une ligne d'ascension, un sommet et une ligne de descente.
Les études de cardiographie el de sphygmographie comparées ont démontré que la ligne d'ascension corres-
FiG. 39. — Tracé spliygmograpliique.
pond à la syslole venlriculaire, et que la ligne de descente au contraire correspond au temps de repos du cœur.
A l'état normal, la conlraclion venlriculaire étant brusque, et, en envisageant le phénomène sous un autre point de vue, le passage du sang dans le système artériel étant rapide, la durée de ce temps est court ; et, par conséquent, la ligne d'ascension est presque verticale. Elle le sera, du reste, d'autant plus, que le passage du sang du
i^56 SPHYGMOGRAPHIE ventricule dans le système artériel sera plus rapide ; et, au contraire, elle le sera d'autant moins, que le temps nécessaire pour que le sang passe du ventricule dans le système artériel, sera plus long. Elle sera représentée par une ligne uniforme, si la contraction est régulière, et ne trouve aucun obstacle ; elle sera entrecoupée de soubresauts, au contraire, si des résistances variables sont rencontrées par l'ondée artérielle.
Le sommet, en temps ordinaire, n'est guère représenté que par un point. C'est-à-dire que la descente suit l'ascension sans période intermédiaire. C'est là l'étai normal. Sous l'impulsion ventriculaire, en effet, le ressort artériBl est distendu; et, dès que la contraction cesse, ce ressort qui n'agit que passivement, revient sur lui. Mais que le ressort artériel ait perdu de son élasticité, ou que tout autre influence intervienne, qui maintienne la pression artérielle au même niveau pendant un temps appréciable; et, nous verrons, à la rencontre brusque des deux lignes d'ascension et de descente, succéder une ligne horizontale, un plateau.
La ligne de descente est plus longue et plus oblique que la ligne d'ascension. C'est elle qui traduit réellement l'action du ressort artériel. Elle part du sommet et se continue jusqu'à la ligne d'ascension ; ce qui prouve qu'il n'existe aucun intervalle entie ces deux temps : dilatation du ressort artériel et retour de ce ressort à son état de repos. Pendant que le cœur présente donc un temps de repos, le système artériel n'en présente pas. 11 est tendu par l'ondée sanguine, et se détend ensuite pour recommencer sans intervalle. La ligne d'ascension correspond donc uniquement à la systole ventriculaire, et encore à une partie seulement de sa durée ; et celle de descente, au repos du cœur d'abord, et ensuite à la systole auriculaire.
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Celle ligne de descenle doit donc avoir, dans les conditions normales, une projeclion au moins double de celle de la pression ; ce qui a lieu en effet.
Son obliquité est donc beaucoup plus marquée ; c'est là une première différence. Mais, de plus, tandis que la ligne d'ascension est régulière, la seconde est toujours entrecoupée d'un ressaut vers sa partie moyenne ; ce fait est constant. Or, les comparaisons des tracés sphygmographiques et cardiographiques ont démontré, que ce ressaut est dù au redressement des valvules sigmoïdes.
Après avoir été fortement distendu sous l'influence de la contraction ventriculaire, le ressort artériel revient sur lui-même ; et chasse le sang des deux côtés : vers la périphérie, et vers le ventricule. Le retour vers cette cavité serait même d'autant plus marqué, que le sang la trouverait vide. Mais, en ce moment, les valvules sigmoïdes venant fermer l'orifice aortiquc, le ressort artériel, après être revenu rapidement sur lui-même, puisque le sang trouve une issue des deux côtés, est brusquement arrêté dans sa course; et ce n'est qu'après un temps appréciable, marqué sur la courbe par un ressaut, qu'il reprend son mouvement de détente ; mais, toutefois, avec* une vitesse un peu moindre, puisque le sang qu'il chasse ne trouve plus qu'une issue, celle que lui offre la périphérie, au lieu de deux.
Il résulte de là que la première partie de la ligne de descente, celle qui précède le ressaut sigmoïde, appartient toujours à une ligne moins oblique, que celle qui suit le ressaut.
Quant à ce ressaut lui-même, c'est le ressaut du dierotisme. A l'état normal, il n'est pas assez marqué pour que nos doigts puissent le sentir; mais il n'en existe pas moins. Dans certains cas pathologiques, au contraire, il s'exagère,
358 SPHYGMOGRAriIlE et nous pouvons le percevoir sous nos doigts ; c'est ce qui existe surtout dans la fièNTe typhoïde et toutes les fois que la tension sanguijie est très atfaiblie. L'instrument de Marey nous avait déjà révélé, que le dicrolisme est un fait normal. Celui de Brondel a complété celle notion. Sur les tracés obtenus à l'aide de cet appareil, en olfel, ce n'est pas un seul ressaut que nous rencontrons sur la ligne de descente, mais deux et trois dont l'amplitude va en diminuant; le pouls n'est plus seulement dicrote, mais irierote et même po/gcroie.
Eq somme, le ressaut artériel, après avoir rencontré la résistance des sigmoïdes, comme tout corps élastique éloigné de sa position de repos, subit, avant de reprendre sa marche normale descendante, une série d'oscillations, qui se traduisent par la série de ressauts que nous trou- ■vons- dans les tracés à.\xsph(jpmographe passif {BvonAeV); et si nous ne les trouvons pas sur les tracés de Marey, c'est que son appareil est moins sensible.
D'oii vient cette différence ? Je l'attribue à la manière différente dont la pression est exercée sur l'artère. Marey, on l'a vu, l'obtient à l'aide d'un ressort, et Brondel avec des poids. Or, je'trouve ce dernier procédé préférable. L'effort développé par un ressort est variable ; il est considérable, quand on approche de la limite de sa tension, et va ensuite en diminuant jusqu'au repos complet. C'est là un défaut commun à tous les ressorts. Bans notre cas, le ressort est facilement soulevé au début de sa course, c'est-à-dire, dans la partie de la courbe qui correspond à la première partie de la ligne ascendante ; mais au fur et à mesure que le ressort de pression est soulevé, la force nécessaire pour obtenir ce résultat va toujours en augmentant ; de telle sorte qu'une force suffisante pour lui faire franchir la première partie ,de sa course, serait insuflisante pour la seconde. 11 estdonc
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évident que des modifications légères, qui seraient traduites dans la première moitié, ne le seront pas dans la seconde ; et il en résulte ainsi que le sommet de la courbe donnera moins de détails avec l'appareil de Marey qu'avec celui de Brondel.
Il en sera de même dans la première partie de la ligne de descente. Le ressort de pression encore fortement tendu exercera un effort considérable sur l'artère. Or, le ressaut du dicrotisme se produisant en ce moment, il faudra une force suffisante au ressort artériel pour triompher du ressort de pression; et ce ressaut artériel lui-même perdant beaucoup de sa force, il sera le plus souvent impuissant pour soulever le ressort de pression, et ses oscillations ne pourront se traduire. Je ne suis même pas convaincu, que la forte tension du ressort de pression au sommet de sa course ne puisse retarder la manifestation du dicrotisme. Il me semble, en effet, que dans les tracés de I3rondel, les premiers ressauts du dicrotisme sont plus rapprochés du sommet que dans ceux de Marey.
Avec les instruments cà poids, au contraire, on obtient une pression constante. Dans l'instrument de Brondel, en effet, elle est sensiblement la même, quel que soit le poinî de la courbe. L'ondée sanguine soulève le même poids, ai. commencement, au milieu et à la fin de sa course ; et de là, il me semble, qu'il doit en résulter une courbe plus vraie, et surtout dans les parties de la courbe dans lesquelles le ressort de Marey impose à l'ondée sanguine un excès de pression.
Choix de l'instrument. — L'instrument de Marey, et surtout le direct, est le plus répandu ; et je crois qu'il peut satis.faire à toutes les exigences de la clinique. C'est
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lui qui me sert depuis plus de quinze an?, et il a toujours suffi à mes recherches.
Celui à transmission, du I este, construit sur le m^mc principe, puisque comme l'autre c'est un instrument à ressort, pourrait peut-être faciliter des recherches sur des sujets dont il serait difficile de s'assurer l'immobilité. Mais, je le répèle, le sphygmographe direct me paraît suffisant pour les besoins de la clinique.
Il en est de même de l'inslruraent de Brondel. Ce confrère distingué l'a souvent appliqué dans mon service à Cherbourg ; et souvent nous avons comparé ses résultais avec ceux que me donnait l'instrument de Marcy. Je crois celui de Brondel plus sensible; mais il serait peut-être d'un maniement plus difficile, ou, pour mieux dire, plus délicat.
On a vu qu'il traduit des oscillations de la ligne de descente que l'autre est impuissant à révéler ; il constitue donc un instrument plus sensible ; et, sous ce rapport, il me paraît préférable. Mais son réglage est plus compliqué. 11 nous force à tenir compte du poids employé ; et, ce qui, dans certain cas, constitue un perfectionnement, devient dans d'autres une complication. En somme, dans la pratique, ces deux appareils se valent ; et, si, pour certaines .circonstances, nous devons donner la préférence manifestement à fun ou à l'autre, dans la plupart, nous pouvons les employer indifféremment, les résultats des deux étant suffisamment exacts.