‹ Manuel de séméiologie techniqueChapitre 124 sur 172 · TEMPÉRATURES CENTRALES · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURES CENTRALES

nient, que pour toute autre. Or, je liens à le dire, cette commodité ne doit pas peu contribuera en garantir le résultat; et cela d'autant plus qu'à cette commodité se joint Ja facilité delà surveillance, qui nous permet de vérifier à chaque instant si le thermomètre est bien placé, s'il ne s'est pas dérangé, etc.

Enfin, au point de vue moral, deux des autres lieux d'élection seront toujours bien difficilement acceptés : le vagin et le rectum. Quelque autorité que l'on suppose au médecin sur le malade, je suis convaincu qu'il trouverait beaucoup de résistance ; et je ne vois pas dans quel cas, il aurait le droit d'user de cette autorité pour en triompher. Ce sont là des sacrifices trop coûteux pour la pudeur des malades, même pour l'homme, pour qu'on puisse penser à les demander souvent ; et, je vais plus loin, le malade y consentirait-il, je trouve ces manœuvres trop rebutantes pour le médecin pour ne pas y renoncer. Or, je l'ait dit, et je vais y revenir, il me paraît d'autant plus commandé de le faire, qu'à ces inconvénients, ces deux lieux d'élection joignent celui de donner des résultats moins sûrs.

La bouche, à la rigueur, pourrait être acceptée; et, dans tous les cas, elle ne soulèverait pas les mômes difficultés morales. Mais d'autres, et qui ont bien leur importance, se présentent. Et d'abord, dans un nombre d'affections assez fréquentes, ce procédé présenterait une véritable difficulté pratique C'est celle de respirer pendant dix à quinze minutes par le nez. Or, nous le savons, dans certains cas, les malades ne pourraient s'y astreindre. Sous ce rapport, la bouche offre donc moins de commodités que l'aisselle. Une autre difficulté, dont on doit tenir compte, est la répugnance que j'ai rencontrée chez les malades pour mettre dans la bouche l'instrument qui vient de

430 THERMOMÉTRIE MÉDICALE

passer un quart d'heure dans la bouche d'un autre, et même de nombreux autres. Or, on ne peut avoir un thermomètre ponr chaque malade. C'est là une difficulté que j'ai dû vaincre ; et sur laquelle, je crois, on n'a pas assez insisté.

Un autre reproche, que je dois adresser à ce procédé, c'est de prolonger le temps que nous demande l'examen de chaque malade. Quand on choisit l'aisselle, en effet, une fois le thermomètre placé, nous pouvons utiliser le temps qu'il demande pour se mettre en équilibre de température, à interroger et à examiner le malade. Or, cette économie de temps ne peut êlre faite, si le thermomètre est dans la bouche. Ce mode d'exploration, en effet, outre qu'il condamne le malade au silence, lui rend également tout mouvement impossible. Enfin, et c'est là le défaut capital de ce lieu d'élection: c'est celui qui subit le plus les influences extérieures. Dans des expériences que j'ai faites en gravissant les montagnes de la Guadeloupe, ascensions pendant lesquelles je passais, dans l'espace de huit heures, d'une température de 28° à 10", j'ai vu la température de l'aisselle à peu près constante, tandis que celle de la bouche me donnait une diminution de près de deux degrés. C'est ainsi, du reste, que je me suis expliqué les écarts considérables qu'avait trouvés Brown-Sequard, quand il avait apprécié l'influence des climats. Ses températures étaient prises dans la cavité buccale.

Pour toutes ces raisons, je pense donc que la cavité buccale doit être rejetée ; et qu'elle ne doit rester que pour certains cas exceptionnels.

Je n'ai pas fait d'observations thermométriques dans le vagin; mais elles me paraissent avoir de nombreux points communs, avec celles prises dans le rectum. Comme, je l'ai dit, en effet, elles ont, à quelques différences près, ce point commun de froisser les sentiments les plus légitimes

TliMPÉRATURES CENTRALES 431

de la pudeur. Ce sentiment de pudeur est même si légitime, que souvent, même lorsqu'on en aura triomphé, on se verra forcé de composer avec lui ; de telle manière que la surveillance laissera à désirer, et que les résultats perdront beaucoup de leur garantie. Or, les observations que j'ai prises dans la cavité rectale, m'ont permis de constater, que la température de cette cavité est loin d'être constante. Elle varie, au contraire, et d'une manière sensible, sous plusieurs influences dont il est^parfois difficile de tenir compte.

La cause la plus fréquente des variations, que l'on ob/-= tient, est la profondeur plus ou moins grande à laquelle pénètre l'instrument. La température sera d'autant plus élevée, que l'instrument pénétrera davantage. Chez le lapin une différence de profondeur de deux centimètres se traduit par une différence de 1°,S à 2 degrés.

Quand on prend une température rectale, et il en est probablement de même pour le vagin, il faudrait donc dire à quelle profondeur elle a été prise; et pour cela il faut surveiller le thermomètre pendant tout le temps que dure l'observation, l'instrument restant difficilement en place.

Une seconde cause d'erreur est l'état de vacuité ou de plénitude du rectum. Je l'ai également bien constatée. Dans le cas de plénitude, surtout si l'instrument pénètre le bol stercoral, la température sera sensiblement moins élevée. Enfin, je dois signaler certaines affections, et entre autres les affections locales, comme pouvant modifier la température. C'est ainsi que les flux diarrhéiques l'abaissent, tandis que, si c'est le rectum lui-môme qui est le siège d'une inflammation, on pourra constater une élévation notable.

Or, ces variations, qui peuvent avoir leur importance, s'il

Page 1