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CHAPITRE LU

UROLOGIE (suite) Sommaire. Quantité; — Densité; — Matières fixes.

Quantité. — Utilité de son dosage. — La quantité d'urine émise dans les 24 heures, varie sous de nombreuses influences ; et parmi celles dont l'action se fait le plus sentir, se trouvent les maladies. C'est ainsi, que cette quantité, qui pour nos climats dépasse souvent 1 SOO gr. à l'état de santé, tombe parfois au-dessous de 400 gr. dans la plupart des affections fébriles. On ne saurait donc, ainsi qu'on le fait trop souvent, considérer cette quantité comme à peu près constante, quand il s'agit de doser quantitativement les divers éléments rendus dans les 24 heures. L'obligat.'on s'impose, au contraire, de toujours la mesurer.

Un exemple va rendre, je l'espère, cette nécessité saisissante.

Admettons qu'il s'agisse de comparer la quantité de matières salines rendues dans les 24 heures, en élat de santé, et dans le cours de certaines affeclions. Je prends la densité des urines normales, et je ti^ouve 1 025 ; ce qui me donne, avec le coefficient, 2, de Bouchardat, 50 gr. de matières salines par litre. Or, si, comme précédemment, la quantité d'urine émise est de 1 500 gr., j'arrive à établir que l'organisme dont il s'agit dépense 75 gr. de matières salines dans les 24 heures.

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Supposons maintenant ce môme organisme sous l'influence de la fièvre. L'urine atteindra alors probablement une densité de 1030, c'est-à-dire sensiblement au-dessus de la densité à l'état de santé ; et, si nous nous en tenions à cette simple donnée, nous pourrions en conclure que les matières salines sont émises en plus grande quantité. Enfaisant les mêmes calculs, cette quantité atteindrait le chiffre élevé de 90 gr. pour la même quantité d'urine, i bOO gr. Or, donnons-nous le soin de recueillir les urines pendant 24 heures ; et nous trouverons, pour prendre un chiffre que l'on observe souvent, seulement 600 gr. d'urine, contenant en tout, malgré sa densité élevée, 36 gr. de matières salines ; et c'est ainsi que nous aurions pu conclure que les matières salines étaient augmentées d'un tiers, quand en réalité elles étaient diminuées de la moitié.

Je prends un autre exemple. Il s'agit d'une albuminurie, douton suit la marche par des analyses successives, faites à des époques assez rapprochées.

(Jn premier examen nous en fait constater 0 gr., oO par litre, et le second seulement 0 gr., 40. Nous serions donc tout disposé à admettre, que notre affection tend vers la guérison. Or, c'est là une conclusion tout à fait hasardée ; et le résultat de ces analyses, quelque soigneusement faites qu'on tes suppose, est sans garantie. Admettons que, la veille dujour oùla seconde analyse a été faite, le malade ait absorbé une plus grande quantité de liquide, eau, tisane, bière, etc. que d'ordinaire; et son excrétion urinaire, qui n'était que de 1 200 gr, lors de la première analyse, passera à 1 500 gr. ; de sorte que la quantité totale d'albumine émise, qui était 0, SO x 1. 200 = 0, 60 cent, lors de la première analyse, n'a pas été modifiée. Elle est restée : 0, 40 X 1. fîOO = 0, 60 cent. Nous aurions donc ici pu croire à une amélioration ; quand il n'y avait qu'un état

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slalionnaire. Or, ce qui nous intéresse, esl-il besoin d'insister, quand nous faisons une analyse, ce n'est pas de savoir la quantité de tel ou tel élément contenu dans un litre d'urine, mais bien la quantité de cet élément rendue dans les 24 heures.

Donc toute analyse d'urine qui n'a pas comme base la quantité émise dans les 24 heures, doit d'avance être considérée comtne sans valeur.

Or, que l'on ne croie pas que les chiffres donnés comme exemple soient exagérés. J'ai pu me convaincre, depuis seize ans que je me suis astreint à prendre la totalité des urines de tous les sujets chez lesquels je les analyse, que ces écarts sont fréquents, et que souvent même ils sont dépassés. 1\ suffit, en etTet, de la moindre influence, aussi bien en état de santé que de maladie, pour faire varier la quantité d'eau de l'urine. Ce qui varie moins, ce sont les matières salines et surtout l'urée. J'ai pu, en effet, dans des expé riences, doubler et tripler la quantité d'urine émise; mais au fur et à mesure que la quantité augmentait, la densité diminuait; et, quand je traduisais ces résultats par des courbes, je voyais celle de la quantité s'élever, celle de densité s'abaisser, et celle des matières salines, au contraire, étonner par son invariable uniformité.

Connaître la quantité totale des urines est donc le point de départ indispensable de toute analyse; sans lui, je le répète, elle restera toujours sans valeur, sans garantie.

Mais, de plus, connaître cette quantité, quoique ce soit déjcà là une condition importante, n'est pas la seule. Il ne suffit pas de connaître la quantité émise dans les 24 heures ; il faut de plus garder la totalité de l'urine.

La composition de ce liquide, en effet, nous le savons, varie souvent. Dans le cours de la journée, elle n'est pas la môme, après la nuit et pendant le jour, avant et après

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les repas, elc. Si donc l'analyse ne portait que sur l'urine d'une ou de plusieurs mictions, elle ne représenterait pas la composition moyenne. Pour l'avoir, il faut que la totalité des urines ait été eonseroée et réunie dans un même récipient. Cette seconde condition, quoique moins capitale que la première, me paraît donc avoir aussi une réelle importance.

Procédé. — C'est convaincu de l'importance de ces deux conditions, que, depuis 1872, j'ai adopté la pratique suivante.

Tous les malades dont je dois analyser les urines reçoivent un flacon d'une capacité de 1,500 à 2,000 gr., à goulot assez étroit, et gradué extérieurement par JOO grammes.

Cette graduation est portée sur une bande de papier ou tracée à la lime ; il serait facile de la graver. Ce flacon est surmonté à demeure d'un entonnoir en verre, qui le ferme ainsi d'une manière suffisante pour qu'il puisse rester près du lit du malade sans répandre d'odeur. C'est dans l'entonnoir qu'urine le malade, quand il peut se lever; et l'opération est ainsi autant simplifiée que possible. Il peut même, avec la moindre attention, apprécier la quantité qu'il rend à chaque miction, ce qui peut avoir son importance. Si le malade est condamné au lit, il se sert d'un urinai en verre, tenu propre ; et l'urine est ensuite versée dans le flacon. Dans ces deux cas le procédé est aussi simple.

Dans la pratique de l'hôpital, comme dans la clientèle, c'est cà partir de 8 heures du matin, c'est-à-dire après les mictions du malin, que commencent les 24 heures. Il faut avoir soin de recommander au malade de ne jamais y manquer.

C'est cette urine totale des 24 heures, que je soumets à

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l'analyse; je suis sûr ainsi d'avoir une urine de composition moyenne.

Si, cependant, on voulait comparer les urines des divers moments de la journée, rien ne serait plus facile que de les recueillir dans des vases sépares.

Appréciation. — Dans mes services hospitaliers, de nombreux malades ont toujours été munis de flacons gradués; et, même dans les pays chauds, je n'y ai jamais trouvé d'inconvénients. Les flacons sont enlevés aux malades après la visite, lavés avec soin avec l'acide chlorhydrique ou azotique, puis rincés, et leur sont rendus aussitôt. Malgré la crainte que j'ai vu souvent émettre relativement à l'odeur que ces flacons devaient dégager, J'ai pu convaincre par expérience tous ceux qui ont suivi mes services ; et j'ai eu la satisfaction de voir cet usage adopté dans les services voisins.

Dans la clientèle civile, l'objection provenant de l'odeur a moins de valeur encore. Le flacon est déposé dans les lieux d'aisance; et l'odeur qu'il répand, la propreté étant encore plus facile à obtenir, est complètement nulle.

Pour la clientèle, généralement moins soigneuse des hôpitaux, la difficulté vient plutôt du manque de bonne volonté du malade ; aussi faut-il le plus souvent le faire surveiller. On arrive cependant assez facilement, en lui en expliquant l'importance, à lui faire accepter ce petit ennui. Quant à la clientèle civile, c'est surtout avec les exigences de la vie sociale que l'on doit compter; je parle surtout des maladies qui se portent sur pied, albuminurie, diabète, etc. Cependant, en lui en faisant connaître l'importance, j'ai toujours obtenu que le malade voulût bien s'y soumettre, au moins pour les jours d'analyse, ce qui suffit.

Du reste, ce n'est pas là un point sur lequel nous puis-

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sions transiger. Il faut, ou bien renoncer à faire l'analyse quantitative des urines, ou bien la faire avec des garanties; or, seul, je le répète, ce procédé pouvant les donner: malades et médecins n'ont donc qu'à l'accepter.

Densité. — Limites normales et pathologiques. — La densité de l'urine est assez variable, môme à l'état normal ; et il me paraît difficile de lui fixer des limites rigoureuses. Néanmoins nous pouvons dire, que le plus souvent la densité moyenne des urines des 24 heures oscille de 1018 à 1 023.

A l'état pathologique, on trouve des chiffres, soit au dessous soit au dessus. Les chiffres inférieurs peuvent descendre à 1 005, et, dans quelques cas rares, même plus bas ; et les chiffres supérieurs vont jusqu'à 1 035, rarement au dessus.

Choix de V instrument. — Pour le besoin de la clinique, l'appréciation de la densité à l'aide du pèse-urine suffit. C'est un procédé rapide, commode, et suffisamment exact. Tout procédé basé sur l'évaporation doit être considéré comme un procédé de laboratoire. On peut prendre la densité soit avec V aréomètre de Baumé, soit avec un des nombreux pèse-urines ou uréomètres dont les divers fabricants ont doté la clinique. C'est à ces derniers que je donne la préférence. Je les considère depuis longtemps comme des instruments cliniques des plus indispensables.

La forme de l'uréomètre importe peu ; mais il faut que la graduation soit marquée au moins par deux degrés, et que son erreur instrumentale ne soit pas trop grande. Aussi, pour tout nouvel instrument, sera-t-il nécessaire de la faire vérifier par des moyens scientifiques ; et, je dois dire à cet égard, qu'il est rare de trouver dans le commerce un pèse-urine tout à fait exact. Il faut donc

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