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CHAPITRE LUI

UROLOGIE (suite) Sommaire. Dosage de l'urée et de l'acide urique.

L.'urée, CO Az2 est le plus important des matériaux organiques de l'uriue. Elle est généralement considérée comme représentant la transformation ultime de la plus grande partie des produits azotés.

Ses variations sont donc des plus utiles à connaître ; et ainsi s'explique que depuis longtemps la clinique se soit occupée de la doser. De nombreux procédés avaient été proposés dans ce but; mais pendant longtemps, tous, à cause de leur complication, étaient restés dans le domaine du laboratoire. Ce n'est que depuis une dizaine ■d'années, que des procédés réellement cliniques sont venus permettre au monde médical de répéter ces dosages, aussi souvent qu'ils le méritent. Mais depuis, il est peu de conditions physiologiques ou pathologiques dans lesquelles l'uriné n'ait été dosée; et aussi les travaux accomplis dans celte voie, tant par les chimistes que par les cliniciens, sont-ils des plus nombreux. Malheureusement quelques causes d'erreur leur enlèvent une partie de leur valeur, et commandent de n'accepter leurs conclusions qu'après un examen attentif.

La première de ces causes d'erreur, est que l'on n'a pas toujours eu le soin de recueillir la totalité des urines des 24 heures, et moins souvent encore l'a-t-on fait pendant plusieurs jours de suite ; de sorte que, quelque exactes que l'on suppose ces analyses chimiques, les calculs deviennent incertains, quand il s'agit d'en faire des applications cliniques. C'est une cause d'erreur, que j'ai déjà signalée en établissant la nécessité de recueillir la totalité des urines, et qui s'applique, du reste, aussi bien aux dosages de tous les autres éléments. Qu'il me suffise de l'indiquer cette fois encore.

Il en est de même de la remarque suivante : que surtout les cliniciens n'ont pas tenu compte du poids du corps du sujet. Je sais que les résultats obtenus n'en conservent pas moins une valeur relative, puisqu'il s'agit toujours du même sujet. Mais, d'une part, le poids du malade peut varier dans de grandes proportions sous l'influence de certaines affections ; et, d'autre part, le dosage par kilogrammes aurait l'avantage d'être plus exactement applicable d'un sujet aux autres.

Ces deux causes d'erreur, je l'ai dit, enlèvent une partie de leur valeur à beaucoup de travaux ; et cela à ce point, que quelque multipliés qu'ils aient été, il est peu de sujets sur lesquels nous soyons sûrement fixés.

C'est ainsi qu'il est difficile de dire quelles sont les dépenses d'urée même dans les conditions normales. On trouve dans les auteurs des chiffres, qui varient de 18 à 35 gr., c'est-à-dire presque du double.

A plus forte raison en est il ainsi, quand il s'agit de l'état pathologique. Depuis plus de quinze ans, on se demande si l'urée est augmentée ou diminuée, par exemple, pendant la fièvre; et la question est encore en suspens.

Ce n'est pas, toutefois, que tous les travaux antérieurs

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soient à rejeter; mais ils ont été faits dans des conditions différentes ; et seule, en ce moment, une analyse des plusattentives peut faire reconnaître ceux qui méritent la confiance, et ceux qui commandent la réserve.

On peut donc dire, que, tout en tenant compte des travaux antérieurs, tout ce qui touche aux dépenses d'urée,, doit être remis à l'étude; leur importance et le manque de garantie de certains de ces travaux l'exigent. C'est là,, du reste, une lacune qu'il est d'autant moins permis aux cliniciens de laisser subsister désormais, que, nous allons le voir, la simplicité des procédés mis à leur disposition leur a maintenant rendu cette lâche facile.

ProGéclés. — Je vais en exposer trois: celui d'Esbacb, le plus ancien, que j'emprunterai à l'auteur lui-même, et ceux de Blarez et de Magnier de la Source dont les descriptions sont dues à M. Timbal Lagrave.

Procédé du /)■■ Esbaeh. — Principe. « Dégagement d'azote parle réactif bromo-sodique, appelé encore hypobromite de soude.

l Eau de rivière 80°'

Réactif Knaup ! Lessive de soude (dite des savonnier?) iO" [ Brome 2"*

« Les vapeurs de brome étant épaisses et très irritantes, voici comment il convient d'agir. Dans le flacon qui le contient, versez une certaine quantité d'eau, qui, flottant à la surface du brome, s'oppose au dégagement trop abondant de la vapeur. A l'aide d'une pipette introduite dans le flacon, aspirez 2 c. c. ; le peu d'eau qui s'est introduit vous préservera également de tout inconvénient. Faites ensuite écouler dans les liquides préalablement mesurés.

« Si, avec le temps, le réactif brome s'atTaiblit, et perd

FiG. 59

un peu de sa couleur d'huile d'olive, on le renforce en y •ajoutant un peu de brome. »

Procédé. — « De la main gauche, tenez le tube uréomètre un peu incliné ; versez 7 à 8 centimètres cubes de réactif.

Redressez l'instrument et ajoutez doucement de l'eau, jusqu'àla division 140, dont le trait prolongé cir- «ulairement est visible de tous côtés.

Attendez un peu avant de^ lire, et quand le niveau liquide (ligne concave inférieure) est •devenu Axè, notez le chiffre en tenant compte des fractions de division (tig. 59). Ainsi, le niveau tombe entre 138 et 139, et vers ie tiers inférieur de cet intervalle, lisez alors 138,3. Or, vous allez opérer

sur 1 centimètre Fig. 60

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cube d'urine : écrivez donc sur le papier ou l'ardoise: 138,3 + 10, c'est-à-dire 148,3.

A l'aide d'une fine pipelle, introduisez 1 centimètre cube d'ùrine, en soufflant pour accélérer l'écoulement (fig. 60j.

Fermez rapidement l'uréomètre avec le pouce, armé d'un doigtier de caoutchouc dont l'extrémité a été coupée, ce qui le rend plus commode (fig. 61).

Renversez lentement sens dessus dessous, trois ou

quatre fois, pour bien mêler les liquides ; secouez vigoureusement.

Pour faire tomber la mousse, ou tout au moins la réduire à quelques grosses bulles, appliquez le dos du pouce contre la poitrine, pendant que l'autre main, appuyée contre le fond de l'uréomètre, maintient celui-ci horizontalement. Par des balancements lents du corps, imitez les mouvements du niveau à bulle d'air (fig. 62); la mousse tombe rapidement. Quand plus rien ne se dégage; et qu'il ne reste plus que de grosses bulles flottantes, redressez le tube, la main en bas; et débouchez, en écar-

FiG. 61

Fig. 62

tant le pouce, dans un bain d'eau. Le niveau baisse brusquement, car une partie des liquides est chassée par la pression intérieure (fig.63) Couchez le plus possible l'uréomètre (fig. 64), de manière à rapprocher sensiblement les niveaux liquides en dedans et en dehors ; enfin, bouchant de nouveau, d'un seul coup, avec le pouce, redressez le tube (fig. 6b), essuyez

Fig. 63

Fig, 64

votre main, débouchez et lisez comme dans la figure 59.

Ce nouveau chiffre soustrait de celui dont on a pris note donne le volume d'azote dégagé.

Consultez maintenant le baroscope correcteur [CigM) et les tables:

vous avez sans aucun calcul le poids d'urée en grammes et décigr.

contenu dans un litre de — l'urine en expérience. » Fig gg

8ÉMÉI0L0GIE.

47(1 UROLOGIlî Remarques. — « Si l'addition d'un peu de réactif versé

dans l'uréomètre provoquait un nouveau dégagement de gaz, c'est que le réactif était trop vieux ou l'urine trop concentrée. Dans le premier cas, on renforcerait le réaclif; dans le second on couperait l'urine avec de l'eau distillée, et l'on recommencerait l'analyse en tenant compte de la dilution.

Comme renseignement, il faut savoir que le réaclif neuf ne donne guère plus de 80 divisions de gaz.

Avec des urines pauvres on pourra prendre 2 c. c. au lieu d'un ; on compterait 20 de plus, à la première lecture; enfin on ne prendrait que la moitié du résultai donné par la table.

L'édition des tables du 2S janvier 1877 est seule exacte.

Quand l'urine contient de Valbumine, on en chauffe un pen dans un tube jusqu'à ébullilion,puis on y ajoute une ou deux gouttes d'acide acétique. Après- .

filtration, analysez comme d'habitude.

Sans cette séparation de l'albuminé, on commettrait une légère

erreur ; en tous cas la mousse FiG. 66. — Baroscope. ... . -, i i < „ <

persistante gênerait la lecture

on remédie à ce dernier inconvénient en laissant tomber

une goutte d'éther dans l'uréomètre^ les bulles disparaissent de suite.

Les urines sucrées s'analysent sans traitement préalable.

Le temps nécessaire à une analyse complète est au plus de 4à 0 minutes.

Pour plus de détails voir le Bulletin de thérapeutique, numéro du 13 août 1874 et les numéros des 15 et 28 février 1877. »

Procédé de Blarez. — « 1° On monte l'appareil, comme il est indiqué sur la figure, en mettant en communication le ballon à réaction avec le système manomélrique mesureur, au moyen du tube en caoulchoue, qui reste fixé à ce dernier ; •

2° On remplit le manomètre-mesureur avec de l'eau, jusqu'à ce que le niveau de ce liquide atteigne un trait supérieur indiqué en i (fîg. 67), et situé dans la partie rétrécie de ce tube gradué ;

.3° On introduit dans le ballon à réaction 10 c. c. d'hypobromite alcalin, au moyen de la mesure spéciale, se trouvant pour cet usage dans le nécessaire ;

4" On puise avec le pipette-pompe 2 c. c, 6 d'urine.

11 faut légèrement enduire le piston de cette pipettepompe avec un peu de suif ou de glycérine; et on se sert de cet instrument comme d'une seringue. On s'arrête lorsque le niveau de l'urine a atteint le trait marqué 2 c. c, 6 ;

5" On bouche le ballon à réaction avec la pipette-pompe, laquelle est munie à cet effet d'un tube en caoutchouc un peu gros qui sert de bouchon. Ce bouchage a pour effet de modifier le niveau du hquide dans les deux branches du manomètre. Pour rétablir ce niveau, il suffit

ÂTÎ UROLOGIE

de presser un peu fortement, entre le pouce et l'index, le petit tube horizontal en caoutchouc indiqué par la lettre S, et qui contient une véritable petite soupape. C'est simplement un morceau de tube en caoutchouc fermé par yn petit cylindre en verre.

Lorsqu'on exerce une pression sur ce tube, sa section prend une forme elliptique; et, le cylindre en verre ne se modifiant pas, il en résulte un passage libre des deux

FiG. 67. — Appareil de Blarez.

côtés de ce cylindre. Le niveau s'établit alors immédiatement. Dans les appareils qui ne possèdent pas cette soupape, on peut avoir le niveau en ayant la précaution de verser l'eau jusqu'à 4 à 5 millimètres au-dessus du trait i; et on bouche ensuite avec la pipette-pompe en l'enfonçant plus ou moins profondément jusqu'à ce que le niveau coïncide avec ce trait ; 6° On enfonce alors lentement le piston de la pipette-

pompe de façon à faire tomber loule l'urine dans le ballon. On introduit ainsi un volume liquide de 2 c. c., 6, volume qui diminue d'autant la capacité du ballon à réaction, et qui occasionne une dépression équivalente dans le tube manométrique. Aussi, la graduation de ce dernier ne commencera-t-elle pas au trait i, mais bien, plus bas au trait zéro; et entre ces deux traits se trouve comprise une capacité de 2 c. c, 6, égale à celle de la pipetle-pompe ;

7° On agite le ballon de la main droite, en le tenant par la partie supérieure du goulot pour ne pas en échaiafTer le contenu, pendant que de la main gaucbe on serre la pince de Mohr pour faire écouler l'eau du manomètre-mesureur pendant que le gaz se dégage ;

8° Lorsque la réaction est terminée, c'est-à-dire lorsque ce liquide cesse de descendre dans le gros tube du manomètre-mesureur, malgré l'agitation violente du ballon à réaction, on attend une minute ; on établit avec soin le niveau dans les deux branches du manomètre-mesureur, et on lit le volume gazeux à la partie inférieure du ménisque concave.

Ce volume, lu en centimètres cubes et fractions, exprime, en grammes et fractions de grammes, le poids de l'urée pure et sèche contenu dans un litre de l'urine analysée.

La quantité d'urée étant en général au-dessous de 2o grammes par litre, notre appareil ne mesure que 25 c. c. Si, à la suite d'une expérience, le niveau du liquide était en-dessous du trait de 25 c. c, cela indiquerait que l'urine contiendrait plus de 25 grammes d'urée par litre; il faudrait alors, avant de procéder à un nouvel essai, l'étendre avec son volume d'eau, et doubler le résultat obtenu.

Voici la formule de la solution d'hypobromite adoptée par M. Blarez :

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Lessive de soude ,

Eau distillée

Brome

Procédé de M. Magnier de la Source. — Ce procédé €St facile et permet d'opérer sur un volume considérable d'urine (fig. 68).

L'appareil se compose d'un tube ayant : un entonnoir, un robinet, une portion graduée, et un renflement. C'est dans cette partie que l'on mesurera les liquides employés. Au dessous, nous trouvons une seconde graduation allant jusqu'à un autre renflement, et enfin, la partie inférieure du lube.

Lé mode opératoire est facile à comprendre. 1^'azote se dégage entre le robinet et le tube inférieur, que l'on bouche avec le doigl. Puis on porte le tube sur l'eau; on le débouche; enfin on le plonge dans du mercure, et on fait en sorte que le niveau intérieur coïncide avec l'extérieur. Il ne reste plus qu'à lire sur la graduation le nombre de centimètres cubes occupés par Fig. 68 pg^gie. Les corrections de température et dépression sont de rigueur. Le nombre obtenu divisé par 3, 7 donnera en centigrammes le poids de l'urée.

DOSAGH DE l'aGIDB URIQUE

L'acide urique est, après l'urée, le corps azoté le mieux connu, et peut-cire le plus abondant de l'urine. 11 est considéré comme représentant une phase de combustion moins avancée des corps azotés. Sa dépense pour un adulte est environ de Ogr .SOcent. dans les 24 heures.

Mais, comme pour les autres composés de l'urine, la •quanlilé d'acide urique varie d'après de nombreuses cir- ■constances, et entr'aulres sous l'influence de certaines maladies.

Son dosage, quoique en général moins utile que celui de l'urée, a cependant une réelle importance; et dans certains cas même, c'est lui qui offre l'intérêt dominant.

Procédés. — « Nous examinerons deux cas dans cette recherche: 1° dans le dépôt; 2" directement dans l'urine.

i° Dans le dépôt. — On prend une portion dn dépôt ■que l'on introduit dans une petite capsule de porcelaine avec une certaine quantité d'acide nitrique pur. On chauffe très légèrement jusqu'à dissolution ; puis on fait évaporer. A ce moment, une goutte d'ammoniaque portée au moyen d'une baguette de verre doit donner une magnifique couleur pourpre, passant au bleu par la potasse. C'est la réaction de la murexide.

2» Directement dans Vurine. — A. Une portion d'urine additionnée d'acide chlorhydrique pur, doit donner «près un repos prolongé des cristaux en faisceaux ou en tables d'acide urique, qui viennent lentement se déposer au fond du récipient. Ces cristaux sont généralement souillés par de la matière colorante.

La proportion des cristaux réunis au fond du petit cristallisoir, nous donnera aproximativement la proportion ■d'acide urique contenue dans les urines.

B. On peut également doser l'acide urique par l'hypobromite de soude. Pour cela, on emploie l'appareil de Magnier de la Source (Sociélé Chim. de Paris, 1874, t. XXI, p. 292). — En effet, rhypobromilc décompose à froid l'acide urique dont il met en liberté la moitié de

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l'azole, tandis qu'à Tébullilion tout l'azote est mis en liberté.

On se sert de l'appareil que nous avons décrit à propos de l'urée.

On emploie d'abord l'urine non dépouillée Surates, et soitV, le volume d'azote obtenu. Dans une seconde opération, on précipite les urates par le sous-acétate de plomb; et soit V l'azote donné par l'urée seule. La différence V — V seralevolume d'azote de l'acideurique. Comme nous savons qu'un centigramme d'acide urique correspond à 1 ce. 4,

d'azote ; il n'y aura qu'à diviser V — V par 1,4, ^ ~J ,

pour avoir le poids de l'acide urique qui se trouvait dans les urines à l'état d'urales (Timbal-Lagrave). »

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