CHAPITRE XV
ISOGRAPHIE
Sommaire : Isographie : Définition; — Division. Pantographie : Définition; — Description. Isographie thoracique : Définition; — Instruments; — Procédé; — Appréciation.
En établissant la division des procédés cyrthographiques*, je les ai répartis en deux catégories : l'une comprenant ceux qui sont destinés à reproduire les diverses courbes avec leurs dimensions réelles; et l'autre ceux qui, tout en permettant de les reproduire avec leurs dimensions, donnent également la facilité de les obtenir, soit amplifiées, soit réduites. Les premiers ont composé la division de la eijrtographie métrique, qui est peut-être mieux connue (de xu/sto?, courbe, et de v/=avw, j'écris), et les seconds la division de Visographie.
L'isographie (de icroj, semblable, et de v/sa^jw, j'écris) est donc cette partie de la technique ayant pour but de reproduire des figures ou objets, non avec leurs dimensions vraies, mais avec des dimensions proportionnelles; C'est-à-dire, dans toute la rigueur du langage géométrique, par des figures semblables. Gomme le fait remarquer Fourmentin, en effet, son procédé, ainsi, du reste,
* Bulletin général de Ihérapeulique, novembre et décembre 1887, et Gazelle médicale et chirurgicale de Toulouse.
12 i ISOGRAPHIE que loiis coux que je place dans le môme groupe, ne doit pas cire confondu avec quelques autres qui donnent des figures réduites, mais non semblables, comme le conformaleur des chapeliers. Ce conformateur, en effet, réduit tous les diamètres d'une quantité égale. Si nous prenons un tour de lèle, par exemple, dont le diamètre antéropostérieur soit de 18 centimètres et le transversal de 13; et si nous supposons que le conformateur employé réduise de 6 centimètres; sur la figure qu'il donnera, le premier diamètre aura 1 8 — 6 — 12, et le second, 10—6 = 9; tandis que ce môme tour de tôle dessiné par un procédé isographique et réduit d'un tiers, nous donnerait bien 18 — 6 = 12, pour le diamètre antéro-postérieur, mais aussi lo — 5 = 10, pour le transversal, soit une différence d'un centimètre en faveur de ce dernier. 11 sera donc convenu que pour qu'un procédé soit isographique, dans le sens que je donne à ce mot, il faudra que la figure obtenue soit géométriquement semblable.
Tous les procédés isographiques dérivent du pantographe. Or le pantographe, nous le savons, est un parallélogramme AB, CD, articulé de telle manière que ses quatre côtés puissent se déplacer sans cesser d'être parallèles, et dont deux côtés opposés AC et DC, sont prolongés d'une quantité donnée, et portent à l'une de leurs extrémités, l'un E, un point fixe, et l'autre F, un i crayon. Ainsi disposé, les distances AG et AF étant égales, S c'est-à-dire CF étant le double de AC, qui est égal à CD, il est facile de comprendre qu'on obtiendra une figure { j double, de celle dont la pointe mousse D suit les con- j > tours si le crayon est placé en F; et, au contraire, une | ; figure réduite de moitié si la pointe mousse est mise en F J ( et le crayon en D. 1 ^
PANTOGRAPHE -125
Celle disposilion loulefois ne permeltrail que de mul liplier ou do diviser les dislances par deux. Mais de plus, comme on peutle voir sur le dessin, les divers côtés de l'instrument porlenl une série d'orifices donnant la facilité de changer les points de l'articulation, de telle manière que l'on peut, grâce à cette graduation, obtenir l'agrandissement ou la réduction que l'on veut.
L'appareil qui est dessiné ci-contre, et qui n'est autre qu'un instrument des plus élémentaires, répandu dans le
FiG. 9. — Pantographe.
commerce sous le nom de paniographe américain permet les agrandissements ou les réductions de : 2, 2 1/4, 2 1/2, 2 3/4, 3, 3 1/2, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 : ce qui est bien suffisant pour la pratique ordinaire.
Telle est, réduite à sa plus grande simplicité, l'idée du pantographe. On le voit, elle est aussi ingénieuse que simple; et nul ne s'étonnera que plus d'une fois déjà notre science en ail fait l'application. C'est ainsi que, sans chercher à être complet, je pourrais citer le pelvigraphe, le projilographe, le prostatographe et le eonformateur
126- ISOGRAPHIE et réducteur (la Fourmenlin. Mais de tous ces inslrumenls •et procédés que j'ai étudiés ailleurs, seul ce dernier relève de la médecine; les autres dépendent de l'obstétrique, de la chirurgie ou de l'anthropologie. Seul donc l'instrument de Fourmentin nous occupera ici; mais je l'étudierai d'autant plus longuement, d'abord qu'il est seul à représenter l'isographie médicale; et qu'ensuite qu'il émane d'une idée qui me paraît féconde en applications.
Et d'abord, quelques mots sur le nom que lui a donné rson auteur.
Application directe du pantographe, comme l'indique fourmentin lui-même, cet instrument, destiné à retracer les courbes de la poitrine, a reçu de lui le nom de eonformateur graphique et réducteur. Or, sans ajouter beaucoup d'importance à une question de terminologie, il me semble que le nom choisi par Fourmentin est passible de plusieurs objections. Il est trop long; il n'est pas scientifique; il est incomplet en ce sens que s'il est réducteur ■de la poitrine sur le dessin, il peut ensuite agrandir ce dessin lui-même ; et enfin on est exposé à le confondre avec une catégorie d'instruments dont Fourmentin luimême prend le soin de le distinguer, les conf armateurs.
Je pense donc que si ce sont là de petits inconvénients, par leur réunion ils ne méritent pas moins qu'on s'en •occupe ; et que, sans rien enlever au mérite de l'instrument, on pourrait lui donner un nom qui indiquât mieux son principe et ses' applications. Or, d'une part, cet instrument étant réellement isographique, el, d'autre part, n'étant destiné qu'àla poitrine, il me semble que ces deux idées se retrouveraient clairement dans un de ces deux noms : isographie thoracique, ou même isosiéthographie. J'espère donc que l'inventeur, auquel, du reste, je rends pleine justice, ne me saura aucun mauvais gré
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de vouloir changer le nom de son instrument. Le conformateur graphique et réducteur de Fourmentin, deviendra •donc, dans ce qui va suivre, sauf pour la description que j'emprunte à l'auteur lui-même, Visographie thoraeique •ou V isostéthograp liie de Fourmentin.
C'est à Fourmentin lui-même que j'emprunterai la ■description de son instrument. Son procédé étant assez compliqué, et l'un et l'autre demandant une coimaissance complète, j'ai pensé ne pouvoir mieux faire que de iaisser parler l'auteur lui-même.
« Il se compose de diverses pièces qu'une comparaison peut nous aider à comprendre : lorsque avec la pulpe des doigts nous suivons les contours d'un objet, nous pouvons ainsi nous rendre compte de sa forme par les mouvements musculaires produits. Remplaçons le bras par un arc rigide circonscrivant l'objet, et l'appréciation subjective des mouvements par un appareil enregistreur, et nous aurons là le principe de l'instrument en question que nous avons déjà esquissé à l'introduction.
« L'arc présente une extrémité libre destinée à suivre l'objet. Celle-ci est aplatie, et l'on peut la remplacer au besoin par une pointe un peu arrondie. L'autre extrémité «st assujetlie à un axe de rotation qui permet de tourner l'arc à droite ou à gauche, ou dans le plan perpendiculaire au plan de l'appareil pour obtenir des coupes verticales ou de profil. Cet arc peut être en bois ou en métal garni de cuir; l'arc en bois présente l'avantage de ne pas se déformer, c'est un arc de ce genre que j'ai jusqu'ici employé. Pour le rendre portatif, on peut établir une brisure en son milieu. Ses deux parties seront rapprochées, soit par deux vis de pression pour le bois, soit par pénétration pour des tubes métalliques ; mais, dans ce dernier cas, il sera mieux de les associer par une charnière placée
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à l'une (les deux extrémités d'une gouttière, qui, portée par l'une des deux parties de l'arc, pourra recevoir l'autre.
« L'appareil graphique repose sur une planchette, où sont superposées plusieurs feuilles de papier. Celles-ci sont mainlenues par des lames d'acier disposées pour un enlèvement rapide. La figure représente cet appareil tel que je l'ai employé pour réduire les tracés au quart des dimensions (ne pas confondre avec la réduction du conformateur des chapeliers, où l'on diminue chaque rayon d'une quantité constante et de 6 centimètres). L'appareil se compose
de quatre tringles articulées sous forme de parallélogramme. Sur le prolongement d'un des petits côtés qui a 13 cenlimètres, et à une distance de 39 cent, du parallélogramme, est l'extrémité libre de l'arc rigide (L, fig. 1). Un des grands côtés, qui a 21 cent., se prolonge de 7 cent, jusqu'au pivot P. A l'angle G est un crayon, et mieux un porte-mine, que l'on peut rendre traçant à volonté.
« Un ressort flexible et articulé vient exercer une certaine pression sur cette partie traçante. Dans la construction, il est plus commode de mettre le grand côté attenant au
Fjg. 10. — Conformaleur de Fourmenlin.
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point C un peu plus bas que ce point. On peut aussi, par deux tiges en croix, diviser le parallélogramme en quatre autres plus petits, et supprimer celui qui est opposé au point G et gène quelquefois l'opérateur, etc. Enfin remarquons, pour la position à donner à la planchette, que les trois points L P C sont constamment en ligne droite, et que les distances qui les séparent sont toujours dans un rapport constant.
« Pour les pièces qui doivent réunir tout ce système au corps, elles sont au nombre de deux principales :
« 1° Un ressort garni de cuir est destiné à l'entourer circulairement et à servir de guide pour l'opérateur. On peut réunir les deux extrémités par un ruban; mais je préfère le moyen suivant: une des extrémités porte une agrafe solide et obliquement dirigée. Cette agrafe reçoit le bout opposé du ressort dans sa concavité, et une série de boutons saillants, analogues à ceux des buses de corsets, s'arrêtent sur le côté de l'agrafe. Le biais de celle-ci tend à les faire descendre, et ainsi il n'y a pas de vacillement vertical. J'ajoute que ces boutons étant placés à un centimètre de distance permettent de mesurer aussi le péri- I mètre ;
« 2° Le ressort attenant au corps est relié à la planchette par deux tringles qui se croisent et s'adaptent au ressort circulaire par deux extrémités flexibles en acier. Vers ces points d'attache, le ressort sera renforcé, s'il était très flexible, afin qu'il n'y ait pas de pression possible des parties molles. La fixation à la planchette est mobile pour replier l'instrument. Les tringles croisées peuvent être comprimées entre deux surfaces à l'aide de vis; mais il est mieux d'y ajouter une plaque qui peut tourner autour d'un pivot, et qui présente une échancrure s'arrêlant à une vis de pression. Enfin, si l'on faisait arriver la médiane de
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ce triangle sous la planchelle, il serait possible de la faire tourner pour y tracer des coupes de profil ; mais il sera plus simple de fixer l'appareil dans le plan vertical sur la partie où l'on voudra opérer. Alors, le ressort s'adaptera au besoin à un lien circulaire.
« Avant d'employer l'instrument, il faut vérifier s'il est exact eL régulier. Pour l'exactitude, il doit reproduire une figure donnée. Pour la régularité, il doit, sans être déplacé, reproduire plusieurs fois le même tracé en repàs.sant sur les mêmes lignes. Il est très important de le faire marcher dans un sens, puis en sens opposé. Un arc trop flexible empêche la réunion des traits, dans un côté de la figure seulement. »
Passons à l'appplication de l'instrument : « 1° On la fera le malade étant à jeun, ou ayant pris peu d'aliments ;
(( 2" On pourra, après avoir cherché l'articulation sterno-xyphoïdienne, repère facile à trouver, appliquer l'appareil à ce niveau. Pour étudier la conformation, et peut-être aussi pour suivre les amplifications de la poitrine, il sera plus convenable, comme nous l'avons dit, d'opérer un peuplas haut, soit à la limite du tiers inférieur du sternum, soit à sa partie moyenne. Dans tous les cas, un niveau étant adopté chez une personne, il importera de ^ ne plus le changer. Avant de commencer, on marquera ' non seulement ces repères en hauteur, mais aussi la série des apophyses épineuses en arrière, et la ligne qui s'étend du milieu dè l'échancrure supérieure du sternum au milieu de l'appendice xyphoïde. On pourra employer, pour déter- ■ miner cette dernière direction, un fil tendu, ainsi qu'il est dit dans plusieurs traités de pathologie générale (MM. Behier et Hardy, Bouchut, etc.). Enfin, on prendra note de la scoliose dans le cas où elle descendrait au- -
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dessous de la sixième dorsale. La scoliose produit ea arrière une voussure du côté de sa convexité, et en avant une voussure du côté opposé (Woillez, Rech. sur rinspection, 1838, pp. 72 et 103);
(( 3° On vérifiera si, par le renversement de l'arc, le becou extrémité libre retombe bien au même point;
« 4° Le malade tiendra les bras levés, les avant-brasrapprochés, mais non les mains sur la tête, car alors il y a des tiraillements de certaines portions de la poitrine;
« 5° L'instrument sera appliqué sur le côté, le maladeétant assis. On aura soin d'examiner si on ne déplace pas^ la peau et la ligne de symétrie préalablement tracée (on pourra ne la marquer qu'après avoir placé l'instrument). Les seins peuvent rarement empêcher l'application ; il faudra cependant chez certaines personnes modifier la hauteur des repères, mais en conservant la même modification à chaque opération;
« 6° Pour opérer, on recommandera au malade de rester immobile après l'expiration ; on commencera par la parlie la plus éloignée ; on marquera la ligne de symétrie par un petit mouvement oscillatoire ; puis on retournera la branche, et l'on permettra au malade de respirer un instant ; enfin, on achèvera le tracé. Chez les gens maigres, des plis de la peau peuvent arrêter l'extrémilé objective del'arc; 0 a fera précéder cette extrémité par la pulpe du doigt pour éviter cet inconvénient, que l'on corrigera, au besoin, en prenant la partie la plus interne du tracé obtenu. On peut encore, pour l'éviter, ajouter un bout de ruban à l'extrémité du bec, afin de le conduire par ce petit appendice souple ;
« 7° Tels sont les principaux détails que j'ai pu observerpour ces appareils conformateurs. Je Crois encore utile de prévenir contre une erreur opératoire. La peau, à la par-
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tie aniéricure, est quelquefois mobile, et la planchette peut se déplacer un peu, ain'^i que le point de repère antérieur. Si l'on fait marcher l'appareil en deux sens opposés, pour doubler l'erreur, chaque tracé étant fait avec une couleur différente, on peut voir qu'il n'y a pas une différence bien grande ; cependant, il est bon d'en être prévenu, pour que l'on puisse au besoin maintenir la plancliette avec la main. En tous cas, il sera bon chez un même malade, d'opérer toujours de la même façon, comme il est bon d'y conserver très exactement les mêmes repères. Enfin, une erreur, portant sur l'étendue de la section, peut résulter de ce que l'on serrerait différemment le ressort autour de la poitrine. »
Tels sont l'appareil et le procédé de Fourmentin. C'est à l'aide de cet instrument qu'il a fait une série de tracés qui l'ont conduit à des conclusions fort intéressantes pour l'étude de la pleurésie, de la phlhisie pulmonaire, et de plusieurs autres affections thoraciques.
Mais^ tout en rendant justice à l'inventeur, et à l'habileté avec laquelle il a su triompher des difficultés pratiques qu'il a rencontrées, procédé et instrument ne me paraissent pas à l'abri de tout reproche. 11 me sem.ble que la fixité de l'instrument, autour du thorax, laisse un peu à désirer. Cette fixité, en effet, doit être absolument garantie, si l'on veut avoir confiance aux tracés. C'est là une imperfection qui n'est certes pas au-dessus de l'ingéniosité de l'inventeur; elle est propre à l'instrument. Une autre pourrait peut-être s'adresser au procédé; et celle-ci par conséquent moins réraédiable. Les variations de la cage thoracique ne se traduisent souvent que par des changements de dimension ou de forme difficilement appréciables ; et il me semble que cette différence ne peut