RÈGLES RELATIVES AU MALADE
Pour l'examen des plaas latéraux, trop souvent négligés dans l'auscultation, il est indispensable que le malade relève le bras du côté que l'on examine.
Dans nos cabinets de consultation, les malades peuvent être examinés debout ; et c'est là une position des plus commodes pour le médecin. Il est rare que le malade ne puisse pas la conserver pendant un temps suffisant.il sera debout, les pieds légèrement écartés, et regardera droit devant lui, le tronc étant dans une situation symétrique.
Si cependant cette position le fatiguait, on pourrait le faire asseoir, ce qu'il faut faire, plus souvent encore, pour les femmes. Le siège le plus commode sera celui qui n'a pas de dossier. Si ce siège manquait, il faudrait inviter le malade à prendre le dossier sous un bras ; c'est-à-dire à s'asseoir de telle manière que les deux plans, antérieurs et postérieurs soient dégagés. De môme que dans le décubitus dorsal, et dans la station debout, pour l'examen du plan antérieur, la tête sera tournée du côté opposé à celui que l'on examine.
Vêtements. — Si l'on ausculte avec le stéthoscope, il faut ausculter sur la peau nue. On devra donc, même pour la femme, dégager le tronc autant que possible. Il ne sera pas nécessaire toutefois d'enlever la chemise. La femme porte généralement des chemises assez largement ouvertes, pour que l'on puisse, en déplaçant ce vêtement, atteindre toutes les régions sans la découvrir d'une manière complète. Si, au contraire, on fait l'auscultation immédiate, il est indispensable de laisser une couche de linge, ou mieux d'écarter tout le linge et d'appliquer une serviette. C'est ce qui se fait habituellement; et c'est ce qui vaut le mieux.
Pour éviter que les cheveux du médecin ne viennent se
répandre sur la figure ou sur le cou des malades, j'ai pris l'habitude de jeter la serviette sur la poitrine et en même temps sur la face. Je me mets ainsi plus facilement à mon aise; et, surtout s'il s'agit d'une femme, elle ne demande pas mieux.
Pour le plan postérieur, de même que pour l'antérieur, il faudra ausculter directement sur la peau, si l'on se sert d'un instrument. Si, au contraire, on pratiquait l'auscullalionimmédiale, il faudrait toujours interposer une serviette.
Il en sera de même dans un cabinet de consultation. Que le malade soit assis ou debout, il ne faudra l'ausculter qu'après l'avoir fait dépouiller d'une manière complète de ses vêtements. Il me paraît impossible de pratiquer une auscultation sérieuse sans cette précaution.
Mode de respiration. —11 existe, on le sait, trois modes de respiration : le mode buccal, le nasal et le mode mixte. Quel est celui de ces modes qu'il faut préférer? Après une série d'essais, j'ai adopté le mode buccal, et cela pour les deux raisons suivantes : D'abord, beaucoup de malades ne comprennent pas ce qu'on demande d'eux, quand on leur dit de respirer sans ouvrir la bouche ; et alors ils en arrivent à respirer delà manière la plus invraisemblable. Ensuite, on pourra facilement se convaincre que des trois modes, c'est le mode buccal qui donne le plus d'intensité au murmure vésiculaire. Je conseille donc au malade de respirer en gardant la bouche enir'ouoerte. 11 faut que les arcades dentaires laissent entre elles un espace d'un centimètre environ.
La respiration doitrelle être silencieuse ? — Beaucoup de médecins le demandent; et j'avoue que si on pouvait l'obtenir facilement, ce serait la meilleure condition pour
RÈGLES RELATIVES AU MALADE 217 une bonne ausciiltation. Mais, de même que pour le mode de respiration, après avoir essayé pendanlionglemps, j'y ai renoncé ; et je suis arrivé à conseiller aux malades de faire du bruit en respirant. Du resle, de même que précédemment, les malades comprennent mal ce qu'on demande d'eux, quand on leur dit de respirer sans faire du bruit. J'engage donc le malade à respirer de telle manière qvCil entende sa respiration. Lorsque cette indication est insuffisante, je puis ainsi lui montrer moi-même ce qu'il doit faire; et, dans celte leçon, rien ne le guidera mieux que ■le bruit qui accompagne les deux temps de la respiration.
La respiration doit-elle être rapide ou lente ? — Je la préfère rapide. La respiration lente devient trop facilement silencieuse. L'air qui passe dans un tube, on le sait, •produit unbruitd'autantplusmarquéque la veine aérienne •est plus rapide. Si donc nous supposons que la quantité d'air inspiré et expiré reste la même, il devra résulter de ce qui précède, que le bruit produit sera d'autant plus intense que la respiration s'effectuera plus rapidement, puisque la même quantité d'air passera dans un temps moins long.
' Ce n'est pas là, du reste, une vue simplement théorique. Je mesuis assuré souvent de cette influence ; et je puis dire qu'elle est des plus manifestes. Sur certains sujets, après quelques instants d'exercice, on peut rendre la respiration presque aphone, en la rendant lente et graduée, sans cependant diminuer la quantité d'air utilisé. Cette manière de respirer pourrait même être prolongée indéfiniment.
Faire tousser et cracher le malade. — Enfin, il ne faut pas oublier d'inviter le malade à débarrasser sa poi-
SÉMÉIOLOGIE.
trine des mucosités qu'elle conlienl. Dès qu'un malade est assis sur le lit, il faut le faire tousser et cracher. La toux débarrassera la poitrine des quelques mucosités, qui auraient pu donner lieu à des bruits propagés; et, d'autre part, l'expectoration nous fixera immédiatement sur un certain nombre de points des plus importants.
Silence. — Il me paraît indiscutable qu'il est préférable d'ausculter au milieu du calme et du silence, que dans les conditions inverses. 11 me semble même difficile de faire une auscultation bien délicate au milieu des con- Tersations et du bruit.
Toutefois, l'habitude peut à cet égard donner une telle puissance d'isolement, que l'on voit souvent, surtout dans ïes hôpitaux, des médecins ausculter au milieu du bruit dû aux nombreux assistants qui accompagnent le professeur. Il en est de même de la médecine à bord des navires. Pendant les premiers jours de l'embarquement, on trouve difficile d'ausculter au milieu du bruit inséparable de la vie du bord, surtout à la mer. Mais, après quelque temps, l'on arrive fort bien à écarter mentalement tous ces bruits, pour ne porter son attention que sur ceux .beaucoup plus faibles qui nous viennent de la poitrine. C'est là un fait d'expérience que j'ai souvent vérifié.
Mais, néanmoins, je pense que toutes les fois qu'il est ^possible d'obtenir le silence, il faut le demander, lime /semble d'abord, je le répète, que nous diminuerons ainsi les difficultés. Mais, de plus, j'ajouterai qu'il faudrait y - tenir, ùe serait-ce que comme déférence. J'estime que les personnes qui entourent le malade, doivent au médecin au moins un silence respectueux, pendant qu'il applique toutes ses facultés à l'examen de l'un des leurs.