CHAPITRE XI
Le signet c'est l'annenu faisant l'office de sceaumatrice, du moins en principe, car certains sceaux très petits, et dont le type et la légende ont un caractère personnel et énigmatique, doivent être également classés au nombre des signets.
Les signets diffèrent des sceaux et des contre-sceaux en bien des points. En premier lieu ils sont toujours de dimension très restreinte, comme il est naturel à un chaton de bague ; on en trouve de cinq millimètres, et il est rare qu'ils dépassent vingt millimètres. En second lieu la forme en est extrêmement variée ; beaucoup sont ronds ou ovales, mais certaines formes exceptionnelles pour les sceaux ordinaires, l'octogone, l'hexagone, la quadrangulaire, la triangulaire, etc., sont très communes dans les signets. En troisième lieu beaucoup d'entre eux, comme il sied à une bague, ne portent aucune légende, et lorsqu'ils en ont une, elle consiste souvent en de simples initiales, généralement celles du nom de leur possesseur. Au surplus parmi les signets à légende complète, une forte proportion porte, non pas le nom de celui pour lequel ils ont été gravés, mais des devises galantes, chevaleresques, ou à sens secret et énigma-
tique, qui ont parfois une telle corrélation avec le type lui-même, qu'elles ne peuvent en être séparées. Bien plus, dans certains cas, le type fait partie intégrante de la légende ; ils se complètent lun l'autre et nont aucun sens l'un sans l'autre ; par exemple : Mon (un cœur) avez ; ou De ceste (un paquet de verg-es) sarez féru^.
Il est rare que le signet soit suspendu comme un sceau ordinaire ; la plupart sont plaqués sur l'acte luimême et cet usage est général à partir de la fin du XIV'' siècle. Tantôt ils sont plaqués directement sur le parchemin, tantôt rivés au moyen d'une découpure triangulaire au travers de laquelle la cire s'étale au-dessous, tantôt enfin appliqués au point d'intersection des deux bras d une croix dessinée au moyen d'un frottis de cire à sceller, soit pour procurer une plus large surface de préhension, soit dans une intention pieuse, peut-être pour les deux objets à la fois.
Si nous envisageons maintenant le type, nous constatons que, si la moitié et plus des signets porte des armoiries, si une notable partie est composée d'intailles, beaucoup ont des types très variés, un heaume à cimier, une simple inscription, des animaux, des meubles, surtout des symboles galants ou autres dont parfois le sens nous échappe.
Enfin le travail en est généralement très fin, très délicat, ce qui s'explique non seulement par l'exiguïté de ces bijoux, mais par les procédés des artistes qui les ont gravés, artistes différents de ceux qui gravaient les sceaux ordinaires.
1. (jiilalogue du baron Pichon, n° 72, et Cabinet de M. Chaper à Grenoble.
2'li- MANUEL l)K SIGILLOGRAPHIE FRANÇAISE
Comme on en peut juger, le signet occupe une place à part dans la sigillographie ; il dillere du sceau par ses dimensions, ses types, sa technique, son mode d'apposition, sa forme et surtout par ses légendes inséparables (lu ty]H' lui-même qu'elles expliquent et complètent. Il est le descendant direct de l'anneau antique ; de tout temps on en a fait usage, il a précédé le sceau, et lors- (|u"au xvir siècle l'usage de sceller les actes eut à peu près disparu, le signet lui a survécu, car ce sont bien des sig'nets que ces cachets dont se servaient les possesseurs de fiefs à la fin de l'ancien régime pour sceller les actes qu'ils avaient encore le droit de faire, nominations de juges seigneuriaux, de châtelains, de gardes-chasse, etc.
Les rois, les princes ont eu des signets. Jean le Bon en a possédé plusieurs; lun porte ses initiales J . R . F . sous une couronne, avec la légende : Sigilluni secrefum ; il est inventorié dans le trésor de Charles V et 1 empreinte en existe encore apposée à un mandement de 1362. Un second, également décrit dans cet inventaire, portait gravé le mot : lohannes et une fleur de lys ' .
Charles V en avait un grand nombre ; son inventaire décrit l'un d'eux dans les termes suivants : Le signet le roi/ où est la teste diin roy sans harhe^ et est de fin rubis d'Orient, et est celui/ de quoy le roy scelle les lettres qu'il escript de sa main. Ce signet qui porte la légende : Seel secret, est apposé sur plusieurs lettres royales, l'une entre autres datée de 1371 (pi. XXX, n** 4)2.
1. DouiiT d'Ahcq. Colleclion de sceaux, n" 62. — Lauarte. Inventaire du mobilier de Charles V, n°' 635 et 6.36.
2. DouËT n'Anco. Colleclion de sceaux, n" 67- — L.\b.vrte. Inventaire du mobilier de Charles V, n"" 555, 580, 607 et autres.
Dans linventaire du duc de Berry il est fait mention d'un sig-net comme il suit : Un signet dor où est le visage de mon seigneur contrefait au vif. Le roi René de Provence en possédait également un à ses armes, en or, pesant cinq ducats et demi, qu'il avait fait graver en' 1478 1.
§ I. — T'y/je des signets.
Les quatorze cents signets que j'ai pu examiner en nature ou en empreintes se divisent, quant au type, de la façon suivante : écussons armoriés (800), intailles (155), monogrammes ou inscriptions (125), animaux (118), représentations pieuses, personnages divers, heaumes, fleurs et végétaux, monuments, objets variés, ces six dernières catégories de types au nombre chacune de moins de cent.
Je traiterai des intailles dans le chapitre suivant et j'y renvoie le lectevir.
Fig. 25. — Signet de Gérard d'Athies. ISUI .
Du type armoriai je ne dirai qu'un mot. Les écus sont tantôt simples, tantôt accompagnés de timbres, cimiers et supports. Le travail est, en général, délicat et l'orne-
I. Gi'iKFHEY. Invenluires de Jeun, duc de Berry, n"' 4"2, 573, i"4. — Arnaui» n'AoNEL. Les comptes dn roi liené, t. I, n"* 1013 et 1105.
'2''){) MAMEL DE SIGILLOGRAPHIE FRANÇAISE
mentation pittoresque. Une décoration fréquente consiste en une aigle embrassant 1 écu et en mordant le sommet, ou en une aigle k tète humaine, portant lécu sur sa poitrine I Nicolas Martin, clerc des comptes, 1371 ; Jacques L Empereur, élu pour les aides, 136o). Gérard d'Athies, conseiller général des aides et abbé de Saint-Eloi de Xoyon (1391), a fait graver ses armoiries dans la panse d un grand G terminé en tête de chimère, et sur lequel est posé une crosse (figure 25) '.
Le type du heaume ne se rencontre pas avant le milieu du XIV'' siècle — le plus ancien exemple que j'en connaisse date de 1346 — et il prend fin cent ans plus tard. Souvent le heaume est surmonté dun haut cimier et accosté des initiales du nom du sigillant ; presque toujours il est de profil. Le signet d'Olivier de Clisson fl370) représente cependant un heaume ailé de face, accosté de six fR, devise de ce célèbre chevalier (pi. XXX, n" 3) -. Les signets dont le type ne comporte qu une inscription ne sont pas antérieurs au xiv'' siècle : je n'en connais aucun avant celui de Baude de Croisilles 1302) figurant un B entre deux tleurs de lys. En 1368 Jeanne, femme de Philippe le Long, portait sur son signet un 1 dans un quadrilobe orné d'écussons. Ce type comporte, soit des lettres isolées, comme nous le voyons dans les exemples précédents, soit plusieurs lettres ; 60 enlacés (Eudes Onfroy, 1399 : OG conjuguées et couronnées (Oudin Gàteciou, 1403) : RPQ (Richard Pelletier, clerc, 1381): soit des monogrammes. Ainsi Simon Hennin 137o)
1. RoM.vN. Inientaire des sceaux des Pièces nrirjinales. n"' 359, 4163
et "ins.