DoiËT D Akcq. Collection de sceaux. n
TYPE DES SIGNETS 2o7
a pour type une grande S enlacée avec un Y, dans les intervalles desquels sont semées les lettres bfiPniT?; Jean, sire de Saenne (1434), une grande S sur laquelle on lit 3lG[I?6 en caractères minuscules ; Mathurin Roger 1361) une grande ÎK dans laquelle sont enfermés un 7C et une R '.
D'autres signets ont pour type une légende transversale. Celui d'Etienne Gérard, receveur à Evreux (1370], porte : Gerardi en légende transversale, surmonté d'une S entre deux lions, et placée au-dessus d'un P entre deux dragons. Le signet de Jean de la Prévôté (1413 ne porte que la légende transversale PPRfi iprepositure) dans une couronne de feuillage. Un des plus curieux signets à inscription est celui d'Etienne Boussard, chapelain du roi ( 1 404) ; les mots St. Boussardi sont gravés transversalement en caractères cursifs imitant l'écriture ; au-dessus un ange plonge, la tête en bas, tenant les deux S dans ses mains, et au-dessous est un écu armorié supporté par deux anges-.
La tête du Christ tient la première place dans l'iconographie chrétienne des signets, et quelques-unes de ces représentations figurées sont fort belles. V/n. commissaire anonyme pour les aides en Normandie (1415) a sur son signet un buste de Christ de face sur nimbe crucifère, à attitude absolument bvzantine. Un autre financier
1. DoLËT n'Ancy. Collection de sceniix, n" 162. — Demay. Invenhiire des sceaux d'Artois, n"' 1136 et 1S2I, de Normandie, n" 29"d — Roma.n. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n*" 5066 et 5778. — Hibl. nat. Pièces originales du Caliinet des titres, t. 2599, dossier 57SJ », n° 5.
2. DouËT I)".\r<;q. (Collection de sceaux, n"' 5213 et 5i02. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces oriffinales, n" 2010.
anonyme (1369) a une tête de Christ soutenue par deux anges, posée sur un lion couché et surmontée d'une fleur de lys. Puis viennent la Vierge toujours à mi-corps et portant TEnfant Jésus, saint Pierre, saint Paul ou ces deux saints réunis (Jean Chardon, I4i5), saint Jean- Baptiste à mi-corps tenant un disque sur lequel ligure VAffnus Dei (Jean Justice, 1346), ou sa tête seule dans un linge (Jean de la Cloche. 1414), ou dans un bassin
Fig. 26. — Signet de Jean Créle. ISSô.
(Jean Crète, 1383) ^ Saint Jean Tévangéliste est représenté assis et tenant une banderole à son nom ; saint Jacques debout en costume de pèlerin ; saint Nicolas auprès de trois enfants ; saint Louis en buste et couronné avec la légende Sant^ Ludovicus (Pierre de Chambly, 1302); saint Martin à cheval, saint Christophe portant l'Enfant Jésus et appuyé sur son bâton (Gilbert André. 4414) ; sainte Catherine à mi-corps ; saint Michel terrassant le dragon ; le buste de saint Antoine ; la tête de saint Denis et des anges en assez grand nombre ~. Naturellement les saints figurés sont presque toujours les patrons des possesseurs du signet.
1. Ho.MAN. Inventaire des sceaux des Pièces oriyinales. n"' '286\, 3731 et 6080.
2. DouËT d'Arcq. Collection de sceaux, n» 246. — Ro.m.\n. Inventaire des sceaux des Pièces originales. n° 261.
Les têtes ou bustes, de face ou de profil, de personnages inconnus ne sont pas extrêmement nombreux. Le signet d'Etienne Petit (1373) représente un buste féminin, un voile retombant sur ses épaules, surmonté d'une aiglette et accosté des lettres 6P couronnées, le tout dans un encadrement de quatre arcs et de quatre angles alternés ^ .
Fig. 27. — Signet d'Etienne Petit, 187:».
Parmi les animaux figurés, laigle tient la première place ; la plupart ne sont d'allure ni antique ni héraldique, c'est l'oiseau de saint Jean, portant une banderole sur laquelle est gravé le nom de ce saint. Il en est de même pour le lion et le bœuf qui symbolisent saint Marc et saint Luc. D'autres fois laigle tient dans son bec un I, initiale de Jean Macé, conseiller des aides (1406), un lac d'amour (Thomas Massy, 1430), a une tête de femme (conseiller anonyme des aides, 1371), est heaumée (Charles de Montmorency, 1360), ou mantelée aux armes (maître des comptes anonyme, 1408) '.
Les lions sont fort nombreux, soit avec leur tête seule de face (Jean de Vernon, 13io; Robert Chaivre, 1373), soit
1. Bibl. nat. Pièces orif^inales, t. 2250, dossier 30962, ir 4.
2. Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n"^ 6735,7184 et 7801.
à mi-corps, soit rampants, soit passants, soit couchés ou accroupis. Ils sont quelquefois heaumes (Robert d'Augeran, 1352), ou mantelés aux armes (Jean V, duc de Bretagne, 1407\ Le lion du signet de Jean Péleri (1368) a une tète de femme: celui de Jean des Champs (1384) est enfourché par un homme sauvage. Le type du signet de Philippe de Vitry (1330) montre deux corps de lion, aifrontés et terminés par une tète unique, chevauchés par deux vieillards barbus ; tandis que celui de Vincent de L Homme, garde du clos des galères de Rouen (13oa). représente deux tarasques posées en forme de V et entre lesquelles est un H '.
Je ne puis songer à décrire tous les signets ornés d'animaux ; qu'il me suffise de dire qu'on y trouve le loup, la biche une couronne autour du cou. la tète de cerf, celle de bouc, l'écureuil, la chauve-souris, le cheval, le chien.
Fi}r. 28. — Siçfnet lie Gui de ChAtillon. l'iS-J.
la colombe, le coq hardi, le corbeau, le dragon combattant la tarasque, le griffon, la grue, l'hermine, le pélican, la hure de sanglier. Parmi les plus intéresssants je signalerai le signet de Gui de Chàtillon, comte de Blois
1. DoiËT d'ARCQ. Collection de sceaux, n"' 555 et 5211. — Demav. Inventaire de la collection Clairambault. n" 403. — Rom.\n. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n°' 2730 et 5854. — Bibl. nat.. Pièces originales, t. 61T. dossier 15234. n" 2 ; t. 2222, dossier 502S1, n"5: t. 2972, dossier 66033, n" 3.
(1382) (fig'/28), sur lequel est figuré un cygne auprès dune banderole sur laquelle est écrit le mot : Blois ; celui de Guillaume Ango (1438) (fig. 29) avec une tête d'âne harnaché ; celui d'Hugues L'Allée (1431) (fig. 30) avec une écrevisse accostée des lettres H et L.
Fig. 29. Fig. 30.
Signet de Guillaume Ango, liS^. Signet d'Hugues L'Allée, I43f .
Le signet de Jean de Beaumont (1431) (fig. 31) représente un éléphant portant une tour à deux étages, avec la légende : .4 la beste ; celui de Jean Mouche (1340) (fig. 32) un papillon très bien exécuté, dans une bordure engrelée. Jean IV, duc de Bretagne (138oj, porte une
Fi-. M. Fig. .-52.
Signet de Jean de Beaumont. l'i-'SI. Signet de Jean Mouche. IS'tO.
hermine mantelée, et Pierre de Chevreuse (1371) une harpie ailée, à tête de femme, à griffes d'oiseau ^
1. IJouiîT k'Aucv. (Collection de sceaux, h" 550. — Hom v.\. Inventaire des sceaux îles Pièces originales, n"' 162, 316, 1123. 2987, 3106 et 79"2.
Les monuments reproduits sont rares ; les plus fréquents sont les châteaux à trois tours. Un clerc des comptes anonyme porte, en 1376, un petit château à tourelles entouré d'une enceinte crénelée; un autre, la même année, a une chapelle gothique avec flèche centrale accompagnée de deux clochetons. On peut joindre à cette série une chaière vue de profil avec dais ouvragé (Pascal de La Fargue, 1 433) et une fontaine à côté de laquelle est un lion accroupi '.
On trouve beaucoup de fleurs sur les signets, des pensées, des roses, des marguerites, avec des légendes cfalantes. On v voit aussi des arbres morts ou feuillus, un palmier, des épis ou des gerbes de blé, un vase de fleurs, un raisin avec ses pampres. Jean, comte de Sommerset (1440), porte un chardon couronné d'un chapel de fleurs, avec légende française ; Guillaume Alington (1421), une feuille de platane sur laquelle sont gravés des caractères hébraïques -.
Beaucoup de types ne peuvent rentrer dans les classifications précédentes ; on y voit un soleil à rayons ondulés, des étoiles, un chaperon déplié, un ceinturon, un bourdon de pèlerin avec sa pannetière, un hanap.une buire,unfer à oublies, une paire de besicles, une harpe, une enclume, un rouleau de parchemin, etc. Puis des objets symboliques ; un cœur percé de flèches, une main ouverte, des fleurs de lys, des couronnes, des coquilles, des quintefeuilles. etc. Thomas Burch (1430) a une aile
1. Charvet. Collection Dongé, n" 528. — Human. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n° 4402.
2. Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n" 157. — Bibl. nat.. Pièces ori},'inales, t. 65, dossier 1381, n° 34.
passée dans une couronne et accostée de la lettre 5 {fermesse) \ Gui du Chàtel (1416) un bouquet de plumes d'autruche monté sur une hampe ; Jean Paphain (1422) une barque terminée par un col de cygne ; Geoffroi de Bertrimont, chevalier (l3o6), a fait graver sur son signet une tête portée par deux jambes grêles, de chaque oreille sort un poisson et au-dessus est un lion issant^ Quelques types sont des rébus véritables : R. de Coulons (1376) porte une colombe; Etienne Braque (1368), un chien braque; Arnaud de Corbie, chancelier de France (1391), un corbeau ; Jean Garbe (1369), une gerbe ; Pierre Golombel (1404) a une colombe suivie de la syllabe bel gravée dans le champ-.
îj 2. — Légendes des signets.
Dans leurs légendes les signets sont dits signet., soignet, sinet^ ségné, sael et même parvu m ou contra sigillum et parvuni contra sigillum, mais la plupart sont anépigraphes ou n'ont en fait de légende qu'une ou deux initiales, comme il convient à des bagues. Parmi ceux qui ont une vraie légende le plus grand nombre porte le nom de leur propriétaire en abrégé : SI- Et)- S- C- (Signet Jean-Baptiste de Salins, clerc, 1324); G. ïi. FON. (Guillaume de Fonvent, 1342); S' P. t). PRS (Pierre des Préaus, 1347) ; N • t)- LS (Nicolas de Lettes, 1369), ou même son seul prénom : Odoardus (Oudart
1. Demay. Inventaire de lu collection Clairambaiill, n° 962. — Romax. Inventaire des sceaux des Pièces originales., n<" 2333 et 2967.
2. DorËT dArcq. Collection de sceaux, n°" 209, 4543 et 5255. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n"' 2091 et 5002.
26 i MANUEL DE SIGILLOGRAPHIE FRANÇAISE
Bertin, 1396), André (André de Grolée, 1386), ou encore une portion de ces noms : da-vi (Davy Aloust, l36o) ; Dur. ^Michaud Durand, 1436); Arnt. (Arnaut de Boymel, 1413)'.
Le nom propre est souvent remplacé par le cri de guerre : Biais [Gui de Chàtillon, comte de Blois, 1382); Môtferran (Aimeri de Biron, 1348) ; Môtagu (Gérard de Montagu, 1387) ; Brumeval Nicolas de Brumeval, grand veneur, 1403) ; Arrnaignac {iediXï II, comte d'Armagnac, 1373)2.
Les lég-endes complètes, comme, par exemple, la suivante : Sigillum G. de Dormano militis (1364), sont exceptionnelles ; presque toutes ont quelque abréviation : Sigillum secreti Ph'i. (Philippe de Vitry, 1369) ; Le segne d'Preivois (Jean de Clamecy, seigneur de Prévois, 138o):^
Certaines légendes sont découpées lettre par lettre par le type du signet. Guillaume de Dormans (1394) sépare chaque rayon ondulé du soleil gravé sur le sien par une lettre de son nom; Thomas Le Misier (1314) procède de même pour son prénom deux fois répété .*V- V-n?-7C-S-T-V-îR-7C-S, faisant sans doute ainsi un jeu de mots à propos d'une dame. Jean La Guque i 1380) fait diviser son nom par les pointes d'une étoile^.
1. Demay. Inventaire de la collection Clairambault. n" 105 et 4277. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales. n<" 136S, 2056 et 0365. Voyez figure 45.
2. DouËT d'Arcq. Collection de sceaux, n" 351. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales. n°» 'jaSQ, 2987,5274 et 7629. Voyez figure 28.
3. Demay. Inventaire de la collection Clairambault, n° 2540. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n" 4045.
i. Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n" 4046.
Les légendes jjieuses sont assez nombreuses : Verbuin caro factuniesf, sur le signet de Guillaume Hotte, chancelier de France (1347); Vocahitur lo/iannes, sur celui de Jean Crète ( 138o) ; Da pacé.done, sur celui de Nicaise Cavelier (1365) ; Dieu me pourvoit, En Dieu me fie, etcJ.
Mais les légendes les plus intéressantes sont les devises galantes ou chevaleresques qui ont souvent une intime corrélation avec le sujet gravé. En voici quelques unes, parfois charmantes. Prenez à vostre cuer Vautre.
Fi^. 33. — Sifffiel d'un conseiller dex aides, I 'i09.
autour~"d'une pensée, sur le signet d'un conseiller des aides anonyme (1409) (fîg. 33); Belle et bonne, autour d'une marguerite fBérard de Montferrand, 1429) ; Oiseau va mi a mon ami, autour d'une colombe (Grégoire, chanoine de Paris, 1218); Je vous salue (Clément Petit, chapelain du roi, 1391); Celle que J'èmc m' ymmera. C'est mon désir, etc. -.
Une devise qui se retrouve à plusieurs reprises, se compose des initiales d'un nom de femme suivies des
1 . Demay. Inventaire de la collection Clairamhault, n" 36.Î4. — Homa.n. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n" 3~3't. — Catalogue du baron Pichon, n° 79. \'oyez.fi{îure 26.
2. DorËT o'Arcw. (Collection de .sceaur. n" 7782. — Demay. Inventaire de la collection Clain:nibault, n" 6325. — Bibl. nat.. Pièces orif^inales, t. 22 48, dossier 50962, n" 7.
266 MAMKL DE SIGILLOGRAPHIE FRANÇAISE
mots me dent : P. E. me tient, Y. me tient, entourant une fleur (Richard Wideville, 1422) (fig. 34), ou un porc-épic (Pierre Baille, 1443) (fig-. 35)'.
Fig. 34. Fig. 35.
Siçfnel Je Richard Wideville, l'ii-J. Si<j ne l de Pierre Baille, l'iiS.
Beaucoup de signets de grands seigneurs sont ornés de devises chevaleresques : Ma voulenté, est celle de Charles, duc d'Orléans (1440); Bien me plait, celle de la duchesse de Bedford (1425) ; .^4 ma vie, celle de Jean, duc de Bretagne (1385); Je le vous commande, celle de Jean de Ligne (1415); Nul ne s y frotte, celle du grand bâtard de Bourgogne ; Loyaltés passe tout, Je le dy , Nul que Iji, Justice, Ne mentez, etc. On peut tout citer -.
Ces petits monuments, curieux à étudier de très près, donnent une idée plus juste de la société galante et raflinée des xiv'' et xv^ siècles que des objets plus importants, les grands sceaux, par exemple, les monnaies et les médailles.
1 . UoMAN. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n" TSi. — Bihl. nat., Pièces originales, t. 2653, dossier 58930, n° 7.
2. DouËT d'Arcq. Collection de sceaux, n° 550. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n° 1211. — Catalogue du baron Pichon n"' "3 et 76.