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CHAPITRE II

UTILITÉ DE L'ÉTUDE DES SCEAUX i

La sigillographie est une des sciences auxiliaires de rhistoire les plus précieuses pour l'étude des institutions féodales, des mœurs, de l'art, du costume et des généalogies au moyen âge.

Et tout d'abord le sceau étant une preuve de l'authenticité des actes auxquels il adhère, il est indispensable de pouvoir distinguer par leurs caractères propres les sceaux faux des sceaux authentiques. Un sceau faux, apposé à un acte, constitue déjà une présomption de faus seté pour l'acte lui-même ; or comme il a existé pour les sceaux une mode qui a constamment varié au cours des siècles, comme leur ornementation, leur forme, leur dimension, leur mode d'apposition ont différé sensiblement suivant les époques, il est nécessaire d'étudier en détail ces A^ariations, qui sont le meilleur et même l'unique moyen, si le faux est ancien, de reconnaître l'authenticité ou la fausseté du sceau lui-même.

1. Maihy (Alfhbd). Une nouvelle science auxiliaire de l'histoire; la sigillographie ou science des sceaux {Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1S71). — Di;m.\.v. I.e costume au moi/en âge d'après les sceaux. Paris, 1880, in-8°.

8 MA.NLEL DE SKilLLOGRAPHIK FRANÇAISE

Au point de vue épigraphique et paléographique, les sceaux sont des documents de premier ordre. Les caractères des légendes varient de siècle en siècle suivant leur évolution naturelle ; le champ restreint du monument contraint le graveur à avoir recours à de nombreuses et intéressantes abréviations. En outre, souvent les légendes sigillaires expliquent et complètent les énonciations de l'acte en renfermant des titres, des surnoms ou des mentions de fiefs qui ne sont pas relatés dans le texte, ou qui n y sont relatés qu incomplètement. La charte et le sceau se complètent lun l'autre.

Le sceau est incontestablement la source la plus riche à laquelle on puisse puiser pour l'histoire du costume. Des personnages de toute condition y sont figurés depuis le roi, le prélat, le chevalier jusqu'au simple ouvrier, avec leurs vêtements ordinaires ou d'apparat, leurs armes et leur coitTure. On suit sur les sceaux les variations du costume année par année, non seulement dans une unique province, mais dans toutes les'provinces à la fois, avec les modes et les usages qui, suivant les lieux, les caractérisent.

La topographie urbaine, militaire et ecclésiastique, le mobilier, les monuments, sont représentés sur les sceaux par de nombreux échantillons. Des châteaux forts, des villes entières y sont reproduits, ces dernières fort reconnaissables à leurs ponts, à leurs cathédrales, à leurs édifices municipaux, tassés sans doute dans un étroit espace, mais cependant assez exactement reproduits pour pouvoir être identifiés '. Les navires avec leurs châteaux

! . Planches XVI et XVII et fis. 17.

UTILITÉ DE l'étude DES SCEAUX 9

de poupe, leurs mâts et leurs agrès sont à maintes reprises représentés sur les sceaux. A côté des monuments, les meubles usuels, chaises, fauteuils, pupitres, dressoirs, les instruments agricoles ou industriels, scrupuleusement figurés, nous permettent de contrôler et de compléter les représentations du même genre qui se voient dans les miniatures des manuscrits.

Le sceau est la seule source authentique pour la connaissance des armoiries, connaissance indispensable pour identifier et dater des édifices, des tableaux, des manuscrits, des objets dart de toute nature ornés d'écussons armoriés.

L'iconographie sacrée trouve dans les types des sceaux de précieux renseignements. Des saints nombreux y figurent avec leurs symboles, les instruments de leur martyre, ou dans les circonstances les plus notables de leur vie. Les scènes de l'histoire sacrée y sont traduites par le burin avec les plus minutieux détails, qui permettent une utile comparaison avec les peintures, les sculptures et les autres représentations figurées. L'iconographie des personnages historiques peut, quoique dans une mesure plus restreinte, bénéficier de l'étude des sceaux. Certains portraits de princes sont vivants et par conséquent doivent être exacts. Les grands sceaux de Jean, duc de Berry, de ses cousins Pierre, duc de Bourbonnais, Jean, duc de Bretagne, Louis, duc d'Alençon; les contre-sceaux d Humbert I, dauphin, et de son fils Jean II, donnent de ces princes des portraits, à n'en pas douter fort ressemblants. Le visage de Charles V sur son signet de 1371 offre une

analogie frappante avec son portrait tel que les miniatures nous l'ont transmis '.

Mais la question d art domine toutes les autres. Le sceau nous permet de suivre pour ainsi dire pas à pas les progrès de la gravure sur métal et sur pierre fine depuis le viT jusqu'au xviii'' siècle, et les variations de l'ornementation qui, rudimentaire au début, sobre et élégante au xiii^ siècle, devient toulîue au xv^, subit au xv!*" l'influence du goût italien et se retrouve charmante et légère au xviii'^. Le sceau, monument k date certaine, est un des éléments les plus précieux qui existent pour étudier cet art dont la monnaie fournit des spécimens insuffisants, son champ étant trop étroit et ses types réglés à l'avance par la tradition. Le graveur de sceaux, libre de choisir ses types suivant sa fantaisie, de disposer son ornementation à sa guise, opérant sur un champ plus large, pouvait donner carrière à son imagination, ce qui était interdit au graveur de monnaies.

l. Planches XII et XXX, n" i. — Dovët n'AncQ. Collection de sceaux, n" 61, -121, 452, 549, 895. — Roman. Description des sceaux des familles seigneuriales de Dnuphiné, n"' 826 et 842.

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