MODE D'APPOSITION DES SCEAUX
Il n'existe plus d'empreinte d'anneaux sigillaires mérovingiens en place, mais un curieux objet publié par M. Deloche peut nous renseigner sur le procédé employé pour les faire ' .
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C'est une pince à deux pointes aiguës dans le haut de laquelle est engagé un anneau portant un monogramme et ne pouvant être retiré ; entre les deux bras de la pince s'allongeait une lame tranchante en acier tournant autour d'un axe ; la rouille l'a rongée, mais sa base existe encore. Pour sceller, on commençait par percer le parchemin avec les pointes de la pince, de manière à faire quatre trous disposés en croix ; faisant ensuite évoluer la lame
1. Delochiî. Une pièce sigUlaire de l'époque mèroviiu/ienne. Paris. 1909, in-8°.
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tranchante autour de son axe, on coupait le parchemin par deux incisions qui se coupaient à angle droit dans l'axe des trous. On rabattait les quatre triangles de parchemin produits par cette opération ; on faisait passer à travers lorifîce ainsi ouvert une boulette de cire que Ion étalait sur et sous le parchemin et enfin on frappait lenipreinte.
Tous les sceaux mérovingiens, carolingiens (excepté, bien entendu, les bulles de plomb) et même ceux des premiers capétiens, ont été produits par une opération analogue, et ces sceaux rivés sur l'acte sont très solides ; les rois et les empereurs francs, les rois de Lorraine et de Bourgogne ont usé de ce procédé. Ce mode de scellement a été fort longtemps en usage concurremment avec celui de la suspension ; les évèques de Verdun ont encore des sceaux rivés en 1089, les comtes de Champagne en 1 125, les évèques de Toul en 1127, les ducs de Lorraine en H 32. Le dernier sceau rivé qui soit connu est celui de Humbert III, comte de Savoie, en HSO'.
Les bulles de plomb carolingiennes étant à double face étaient nécessairement suspendues ; les deux qui sont encore en place, celle de Louis II aux archives de Parme (874). celle de Charles le Gros dans celles de Munich (883), le sont. C'est évidemment à limitation des bulles que l'usage de suspendre les sceaux de cire s'est introduit. Les plus anciens sceaux de cire suspendus qui soient connus sont ceux de Richard, archevêque de Bourges (1067), et de Guillaume le Conquérant (1060) -. Les rois
1. Arclii\cscle l'abbaye de Saint-Maurice en ^'alais. '2. Archives nationales, Iv 20, n''ibis et n" â. — DoriiT i>'.\i\rx>,< Collection (le sceaux, t. I. introduction, p. wiii et n" 9998.
MANLIil. l)i; SKWI.l.lKiHM'lllK IRANCAISK
de Fraïuc 11 Ont coniinencé que plus tard; jusqu en II ON Louis le Gros use encore de sceaux rivés ; de 1 1 08 à 1 1 1 (S ses sceaux sont tantôt rivés, tantôt suspendus ; à partir de MIS ils ne sont plus que suspendus.
Il V eut deux procédés de suspension usités : sur double queue et sur simple queue. T.e j)ivinier est le plus ancien.
On perçait dans le bas du paicluniiii une seule fente, ou deux fentes surperposées ou juxtaposées, et on y faisait passer le coi-don de suspension. On s'ell'orçait par de multiples combinaisons de nœuds, d entrelacements, de rendre impossible lenlèvement du sceau sans le mettre en pièces, pour éviter qu'on ne le transportât à un acte
frauduleux. Les deux extrémités du cordon venaient se
réunir dans le sceau lui-même qu'elles traversaient :
quelquefois, pour plus de sûreté, lun des lacets était
ramené sur le côté et forme un angle droit avec l'autre.
Le croquis ci-dessus montre quelques-uns des modes de
suspension les plus usités '.
1. Le premier exemple (1180). en lacs de soie non tissée, est pris dans le dossier de Courtenay aux Pièces originales du Cabinet des litres de la Bibliothèque nationale ; les trois autres proviennent des charte.* exposées dans la galerie des cliartes du même dépôt.
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Pour suspendre les sceaux on s'est servi de lanières de cuir souple, de cordons de fil, de laine, de soie et de bandes de parchemin. Les lanières de cuir sont les plus anciennes et on les trouve encore en usage dans la première moitié du xiii- siècle. A partir de i 180 environ, on trouve la soie, le fil et la laine. Quelquefois la soie est à 1 état brut, c'est-à-dire en écheveau et non tissée ; mais le plus souvent on emploie des cordelettes ou des rubans plats tissés ou tressés, de plusieurs couleurs, (juelquefois en damier et d'un jolielfet. Quelques cordons sont aux couleurs des armoiries du sigillant ; d'autres sont ornés d'initiales et de devises. Une charte de Richard (^œur de Lion de 1 190 porte un sceau suspendu par un cordon de soie verte sur lequel on a brodé quatre vers galants, cadeau de quelque noble dame à son royal chevalier'. Certains modes de suspension sont exceptionnels. Douët d'Arcq a signalé le sceau de Geoiïroi, évèque d'Amiens en llOi, qui est suspendu par ses deux extrémités à des cordons distincts, comme pend une enseigne à deux tringles de fer parallèles. 11 a signalé aussi ceux de Guillaume, évêque de Carcassonne, et de son chapitre I248i, suspendus aux deux bouts du même cordon que l'on avait fait passer dans le parchemin par deux trous dilférents. Une charte normande de 120o nous montre les sceaux de seize barons divisés en deux groupes de huit, chacun d'eux suspendu à autant de rubans amarante tressés ensemble et sortant du même trou -.
Il n'est pas rare que le même cordon supporte plusieurs
1. Dei.islk Léopoi-d . \otice sur les ullaches d'un sceau de Richard Cœur de Lion Bibliothèque de VÉcole des chartes. 1852-1853, p. 56!.
2. Doi iiT i)'Aiu;q. Collection de sceaux, t. I, p. xxiv et xxv.
Cii MAMEL DK SKlll.LOGRAPHIi: FKAN(.AISi:
sceaux. Quelques personnag^es suspendent leur signet au-dossous de leur g^rand sceau pour que le scellement soit i)lus solennel : le grand sceau et le signet du dauphin Humbert II sont suspendus au même cordon aune charte de 1343 '. Une autre charte du milieu du wu'' siècle porte suspendus à droite et à gauche les sceaux du prévôt dOulx et de l'abbé de Suze. et entre eux sont trois ficelles, chacune supportant trois sceaux superposés, ceux de divers ecclésiastiques auxquels le document a été communiqué et qui le reconnaissent par l apposition de leur sceau -.
Pour sceller sur simple queue, on détachait sur le bord inférieur de la charte une languette de parchemin qui lui restait attachée par une de ses extrémités et sur laquelle on apposait le sceau, en ayant soin que la cire entourât les deux côtés de la languette, qui, de cette façon, était noyée dans le sceau lui-même. Ce mode de scellement avait cet avantag-e que le sceau ne pouvait être détaché sans que la pièc.^ ne fût détériorée et qu'on ne pouvait Tadapter à une autre, mais par contre, il manquait de solidité.
De nombreuses chartes portent plusieurs sceaux appendus par ce procédé. Douët d'Arcq cite un acte souscrit en 1 320 par ving^t-deux bourgeois de Grépy-en- \'alois, auquel sont suspendus leurs vingt-deux sceaux par autant de petites bandes de parchemin détachées de la pièce ^
L'usage du scellement sur simple queue de parchemin