Dem.4.y. Inventaire des sceaux de Flandre, n° 13i, gravé
L'exiguïté du contre-sceau, qui dépasse rarement 30 millimètres, est cause que les types qu'on y voit habituellement sont fort différents de ceux des sceaux ordinaires ; la place manquait pour leur donner toute l'ampleur voulue. Cependant l'un des types les plus usités sur la face se retrouve constamment sur le contre-sceau, c'est le type armoriai ; plus de la moitié des contre-sceaux des laïcs sont armoriaux, seulement les écussons sont plus rarement timbrés de heaumes à cimiers et accompagnés de supports ; on les simplifie pour qu'ils puissent tenir dans un étroit espace.
Beaucoup de contre-sceaux sont composés d'intailles dont je me réserve de parler dans un article spécial.
Un certain nombre d'autres, enfin, ne sont que des réductions du type principal et représentent le possesseur du sceau à cheval au galop avec des armes de guerre ou un accoutrement de chasse, mais cela n'est pas commun et paraît avoir été surtout l'apanage de très grands seigneurs, d'Hugues, comte de Saint-Pol (1190), de Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre (1205), de Thomas de Savoie, comte de Flandre (1237), de Jean de Montfort (1274), ce dernier au type de chasse Henri, comte de Troyes (1188), a sur son contre-sceau un chevalier debout, peut-être lui-même figuré en pied •. Ce genre de contre-sceau appartient exclusivement au nord de la France.
Je dois signaler deux types de contre-sceau avec personnages en pied, remarquables par leur singularité.
1. DouËT d'Arcq. Collection de sceaux, n°^ 361, 506, 622 et 2907. — D'Arbois de Jubainville. Essai sur les sceaux des comtes de Cftampagne. Paris, 1856.
Une dame R. de la Garde est représentée sur le sien debout en robe long^ue, relevant son manteau et tenant de la main droite une épée haute (xiii® siècle) ; celui de Geoffroi le Fourrier, chevalier (1272), figure un personnage marchant de profil et portant sur son épaule une botte de foin au bout d'un bâton K
Figr. 19. — Contre-sceau de R. de la Garde, XIII' siècle.
Beaucoup de contre-sceaux représentent des bustes dont quelques-uns sont les portraits des possesseurs du sceau. La tète du dauphin Humbert I (1287) a une telle intensité de vie qu'on ne peut la considérer comme une image de fantaisie ; encore moins celle de son fils Jean II (1308), représenté de face dans un quadrilobe cantonné des lettres lOh'TC, ce qui ne laisse aucun doute sur l'identité du personnage représenté. Peut-être faut-il voir aussi des portraits dans les bustes de profil du chambellan Urson (1226) (pi. XX, n" 1), d'Henri, comte de Bar (1272), et dans le buste de face de Gilles de Hénin (1630). Celui qui est au revers du sceau municipal de
l. La matrice du contre-sceau de R. de la Garde trouvée à Ghâteauvilain (Isère) et communiquée par M. Saint-Olive, est encore munie d'un fragment de la chaînette qui la rattachait au sceau. — DouiÏT d'Arcq. Collection de sceaux, n" 2232.
l.)i MANUEL DE SIGILLOGRAPHIE FRANÇAISE
Beaumont-en-Argonne (1351) représente vraisemblablement le maire de cette ville. La cour de la Love, en Franche-Comté (1318j, porte également dans son contresceau une tête de profil avec la légende : Caput cervini, qui est fort énigmatique ; sur le sien, la ville de Sens (1263) a fait graver un buste de femme de face avec la légende : Civitas ; ici il n'y a pas de doute, c'est la personnification de la cité ^.
Les représentations d'animaux sont très nombreuses, soit qu'ils constituent une pièce des armoiries du sigillant, soit qu'ils aient une signification particulière qui le plus souvent nous échappe. Robert, comte d'Artois (1273), a un mufle de lion de face d'un beau caractère; un anonyme du xiii*' siècle, un lion aux prises avec un dragon, et la légende : Léo piignat cum dracone; Gui de Dampierre, comte de Flandre (1304), un dragon entre deux lions ; Louis de Ghistelles, chambellan du roi (1418), un lion accroupi tenant une bannière armoriée ; Mathieu de Montmorency (1276) a une aigle entre deux fleurs de lys; Hamelin d'Anthenaise (1246j, une aigle à deux têtes (pi. XX, n° 4) ; Renaud de Tricot (1243), un coq; Dreux de Mello (1239). une colombe; Dauphin, comte d'Auvergne (1199), un dauphin; Jean de Belleville (1249), un brochet entre deux quintefeuilles ~. On
1. DouËT d'Arcq. Collection desceaux, n"' 239, 797 et 5496. — Roman. .Sceaux des familles seigneuriales de Daaphiné, n" 826 et SS2. — Gal- TuiER. Inventaire des sceaux de juridiction du comté de Bourgogne.
2. Dou'ÈT x^'Arcq. CoUeclion c/e .sceaux, n°' 399. 630, 1250. 2777, 2946 et 3769. — Demay. Inventaire de la collection Clairambault, n" i0i9. — Desciiamps de Pas. Sceaux des Comtes d'Artois, pi. ll,n''4. — de Bosrevos. Sigillographie de l'ancienne Auvergne.
trouve encore sur les contre-sceaux des léopards, des griffons, des cerfs, des lévriers, etc.
On y trouve des armes offensives, défensives et des bannières. Jean de Châtillon, comte de Blois (1361), Jean d'Armagnac (1369), Dierekin de Maldeghem (1226) (pi. XX, n" 2) ont des heaumes simples ou cornus; Guillaume Longuespée (1200), une épée en pal ; Gui, comte d'Auvergne (1202), un gonfanon; Amaury de Montfort (1234), une bannière partie et émanchée entre deux fleurs de lys ; Archambaud, sire de Bourbon (1247), une bannière marquée de cinq mains appaumées, en sautoir '.
Il est impossible et il serait fastidieux d'énumérer tous les objets gravés sur les contre-sceaux; les fleurs de lys y paraissent en nombre infini, ainsi que les étoiles, les trèfles, les quintefeuilles, les croissants, les coquilles, le huchet enguiclié, le fer à cheval, la ramure de cerf, la tour, la tour avec avant-mur, le château à trois tours, le roc déchiquier sommé d'une étoile (Bertrand de Gourdon, 1223), le chandelier (Adam, chambellan, 1224), la feuille de fougère (Geoffroi Félicier, 1212), la serre d'aigle (Elie Rudel, 1224), le bonnet empanaché (^Guillaume de Milly, 1213), le poing ganté portant un faucon (Geoffroi de Milly, 1293), etc. '-.
Les représentations pieuses sont rares sur les contresceaux de seigneurs laïcs ; je puis signaler cependant le chef de saint Jean-Baptiste sur celui de Geoffroi de Rançon (1235), saint Michel terrassant le dragon sur
I. DoLËT d'Arcq. Colleclion de sceaux, n"" 3i9, 381, 416, 712, 970 et •2. Ibid., n" 2293, 2842 et 3478.
celui de Jean, duc de Bretagne (139o), et une main tenant des ceps, allusion k un miracle de saint Léonard, sur celui de la ville de ce nom en Languedoc (1308) K Au contraire les croix ancrées, feuillues, vidées et cléchées ou de Toulouse, y sont communes.
Le contre-sceau armoriai de Raoul le Délié (1226) est le produit dune matrice gravée en relief, en conséquence l'empreinte est un creux, ce qui est une anomalie '.
Le contre-sceau a servi très souvent isolément en guise de petit sceau ; les exemples de cet usage sont tellement nombreux, surtout parmi les princes de la famille royale, qu'il est inutile de les citer. Le cas est plus rare où le contre-sceau appartient à une autre personne que le sceau lui-même ; Arthur, chancelier de Pierre, évêque de Rennes (1199-1210), a son contresceau au revers du sceau de son maître ; Perrin le ^'illain (1270) a le sien au revers du sceau dAmaury de Meulan, et ce contre-sceau représente un lion à queue fourchue (pi. XX, n" 3) ; Humbert de Choulay (1324) a le sien au revers du sceau d'Hugues, baron de Faucigny, dont il était le bailli ^\
L'usage du contre-sceau ne fit que décroître à partir du XIV*' siècle ; à partir de la fin du xvi^, il n'y a plus de contre-sceaux qu'aux sceaux royaux et à quelques autres rares sceaux pendants et ces contre-sceaux sont tous armoriaux.
1. DouËT d'Arcq. Collection de sceaux, n°' 546 et 5695. — Bibl. nat. ms. lat. 5480, p. 232.