SCEAUX ECCLÉSIASTIQUES
Dès 660 Ebrégésile, évêque de Meaux, avait un cachet sur lequel était représenté saint Paul, ermite ; en 876 Eccard, abbé de Précy, avait un sceau d'améthiste sur lequel était gravé un homme terrassant un lion et un autre en cristal où figurait un serpent -. Sans remonter aussi loin, les plus anciens sceaux ecclésiastiques que nous possédons sont d'une époque où Ton ne connaît encore d'autres sceaux laïcs que ceux des rois de France, c'est-à-dire de la première moitié du x^ siècle.
Le sceau de Walbert, évêque de Noyon, date de 933, celui d'Adalbéron, évêque de Metz, de 942, celui de Roricon, évêque de Laon, de 949 à 976 ; puis viennent ceux des archevêques de Tours (1005), de Besançon (1036), des évêques de Cambrai (1057), de Nantes (1065), des archevêques de Sens (1067) ^, etc. On remarquera que tous ces sceaux sont du nord de la France ; il s'en faut que dans le midi les sceaux ecclésiastiques remontent à une antiquité aussi reculée.
Histoire de Dauphiné, t. I, pi. II, n" XIV bis. — Bibl. nat. ms. lat. 17028, p. 68.
1. Demay. Les sceaux du moyen-Age. Le costume sacerdotaL Paris, 1877. {Gazette des Beaux-Arts.)
2. Nouveau traité de diplomatique par deux Bénédictins, t. IV, p. 17.
3. Df.m.w. Inventaire des sceaux de Flandre, u" 5S15. — Bulletin du comité archéologique de Noyon, 1867. — Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de la Moselle, 1S58. — Bulletin de la Société archéologique de Sens, 1868. — Bibl. nat. ms. lat. 17027, p. 167 et 17047, p. 53.
Un même système décoratif a présidé à la composition des sceaux de tous les ecclésiastiques, qu'ils soient évêques, abbés, prieurs, doyens de chapitre, quelle que soit, en un mot, leur situation hiérarchique. Ils présentent dans leur conception beaucoup plus d'unité que les sceaux laïcs et procèdent d'un système très diffère nt.
D'abord il est extrêmement rare que les sceaux ecclésiastiques (sauf les bulles de plomb) soient à double face ; quand ils ont un revers c'est un contre-sceau. Je puis signaler cependant un très beau sceau en navette de Raymond- Arnaud de la Barthe, évêque de Gomming-es (1189-1204), sur lequel on voit d'un côté l'évêque debout et de l'autre la Vierge, et quelques autres, également en navette, des archevêques d'Arles, dont le revers porte une inscription ',
Au début l'évêque est nu-tête, en buste ou en pied, ensuite il est mitre, soit debout, soit assis. A partir do la deuxième moitié du xiii"^ siècle, l'évêque debout, mitre, crosse et bénissant, est généralement placé sous un baldaquin architectural, qui se transforme peu à peu en dais gothique. Au xiv^ siècle ce dais acquiert de A'astes proportions et est accompagné d'écussons armoriés et d'anges adorateurs.
Concurremment avec ce type, un autre commence à se manifester au xiii*^ siècle ; le prélat est agenouillé sous une voûte au-dessus de laquelle est son saint patron à mi-corps et de face. Au xiv^ siècle, le saint, au lieu d'être à mi-corps, est debout sous un baldaquin gothique,
1. Lapl.vg.\e-1î.\.uris. Sceaux gascons du moi/en .'îf/e, n" 745. — BhATiCARD. Iconographie des sceaux des Bouches-du-Iihône, pi. 62 et 63.
SCEAUX ECCLÉSIATIQUES 159
tandis que le prélat, ag-enouillé et priant au bas du sceau, est accosté déçus armoriés.
A mesure qu'on se rapproche de l'époque moderne, les "deux types précédents se combinent. Au centre du sceau paraissent quelquefois trois ou quatre saints debout ou des scènes pieuses compliquées ; au-dessus un second tableau renferme vm buste de saint ou même une scène complète ; enfin au bas du sceau, sous une voûte, est relégué le prélat de profil, mitre, crosse, agenouillé, priant et accosté d'écus armoriés.
Ce type, usité non seulement pour les évêques, mais pour les chapitres, les abbayes, les prieurés, se perpétue jusqu'à la fin du x\^ siècle, mais peu auparavant naît le type armoriai, c'est-à-dire uniquement composé de l'écusson du prélat ; il domine au xvi'' siècle et persiste jusqu'à la fin de 1 ancien régime.
Il y a donc à noter trois types principaux pour les sceaux ecclésiastiques : je nomme type sacerdotal, celui où le sigillant, en buste ou en pied, occupe la place d'honneur • ; type hagiologique, celui oii la place principale est tenue par une scène pieuse ou la représentation de saints, et où le sigillant est relégué au bas du sceau; type armoriai, celui où l'écu armorié tient la place dominante. A ces trois types il faut ajouter le type arbitraire ou de fantaisie, c'est-à-dire composé de symboles qui ne rentrent pas dans la classification précédente, et enfin les types usités pour les contre-sceaux.
1. Ce terme n'est pas absolument exact puisqu'un diacre, ni une nonne ne sont des prêtres (sHcerdoles): mais le terme type ecclésiastique ne serait pas plus juste puisqu'une religieuse n'est pas un ecclésiastique, et il aurait l'inconvénient de forcer à répéter deux fois la même expression : sceaux ecclésiastiques, type ecclésiastique.
IGO MANUEL DE SIGILLOGRAPHIE FRANÇAISE
§ 1 . — Type sacerdotal.
Sur les plus anciens sceaux épiscopaux le prélat est nu- tête. Walbert, évêque de Noyon (933), est debout, nu-tête, tenant la crosse et bénissant ; son sceau est ovale. Adalbéron, évêque de Metz (942), tient la crosse et le livre des Evangiles. Helgot, évêque de Soissons (108o), Jean, évêque d'Orléans (Il 11), sont debout, crosses et bénissants. Geofîroi, évêque d'Amiens (1113), et Hugues, évêque d'Auxerre (1126), tiennent leur crosse et un livre (pi. XX, n" 5) ^
Plus souvent encore l'évêque tête nue est assis sur un trône orné d'avant-corps d'animaux. Dès 1005 Hugues de Chàteaudun, archevêque de Tours, est assis, crosse, bénissant et décoré du pallium. Liébert, évêque de Cambrai (1057), Lambert, évêque d'Arras (1097), Benoît, évêque de Saint-Malo (1110), Philippe, évêque de Troyes (1120), sont presque identiques au précédent. Hildebert, évêque du Mans (1 100-1125), tient d'une seule main la crosse et un livre ; Ponce, évêque de Clermont (1175), une main sur sa poitrine et l'autre posée sur un livre ouvert sur ses genoux, est dans l'attitude d'une prestation de serment -.
1. DE Marsy. Comité archéologique de Noyon, 1867. — Saieu. Bulletin de la Société archéologique de la Moselle, ISb^. — Douët d'Ahcq. Collection de sceaux, n° 6473. — Bibl. nat. ms. lat. 17021, p. 132; 17027, p. 266; 17028, p. 184.
2. Demay. Inventaire des sceaux de Flandre, zv 5700 et 5815. — i>E HosREDON. Sigillographie de iancienne Auvergne, p. 437. — lîibl. nat. ms. lat. 17027, p. 98; 17036; p. 63; 17047, p. 53.
Des sceaux assez nombreux représentent les évêques nu-tête et en buste. Roricon, évêque de Laon (949-976), tient la crosse et bénit ; Hug-ues, archevêque de Besançon (1036), sort à mi-corps d'une sorte de châsse ornée; il est décoré du palliu m, tient une crosse et un livre.
Fig. 20. — Sceau de Riquin, évêque de Toiil. 1108-1127.
Les sceaux de Riquin, évêque de Toul (1108-1127), et de son successeur Henri de Lorraine (1130), sont remarquables ; ces prélats tiennent une crosse transversale d'un modèle très simple, et un livre sur lequel le mot PaX est écrit '. Jean, évêque de Saint-Brieuc
1. Gauthieh. Inventaire des sceaux des archevêques de Besançon, p. 128. — Robert. Sigillographie de Toul, pi. I, n»' 1 et 2.
(1129), GeolTroi, archevêque de Bordeaux, et Bernard, évêque de Saintes ;'II47), ont une attitude semblable, mais bénissent de la main gauche. Le tvpe de l'évêque à mi-corps a été en usage pendant une partie du moyen âge pour les sceaux des officialités et tribunaux ecclésiastiques ; il réapparaît même quelquefois fort tard sur les sceaux épiscopaux ordinaires ; en 1 i92, Frédéric de San-Severino, évêque de Maillezais, est encore représenté à mi-corps, de face, mitre, crosse, bénissant et accosté d'écussons à ses armes. On rencontre aussi le même type, mais fort rarement, sur les sceaux abbatiaux; Jouin, abbé de la Couronne (lloO)^ est figuré en buste, bénissant et tenant une crosse transversale K
Le type de l'évêque debout ou assis, mais coiffé de la mitre cornue, est un type de transition; il n'existe qu'au xii*' siècle. Le sceau d'Eudes, évêque de Cambrai (1110), en est 1 un des plus anciens exemples ; le prélat est mitre, crosse, bénissant et assis sur un trône. Herbert, évêque d'Avranches (1139), Samson de Mauvoisin, archevêque de Reims (Ho5), Alard, évêque de Cambrai (1177), sont représentés de même. Plus rarement les évêques sont debout : Herbert, évêque d'Avranches (1158), Henri, évêque de Bayeux (M64-1205) (pL XXI, n° 1), et Grégoire, évêque de Gap (1173), ont cette attitude"-.
1. Bibl. nat. ms. lat. JÎSO, p. 167 et 369; 17024, p. 79; 17027, p. 308.
2. Demay. Inventaire des sceaux de Flandre, n"' 5820 et 5826. — Inventaire des sceaux de .Vormaadi'e, n" 2185. — Romax. Sigillographie du diocèse de Gap, pi. I, n" 1. — Bibl. iiat. ms. lat. 17022, p. 33 et 36; 17043, p. 33.
TVPE SACERDOTAL
Vers 1200, la mitre cornue disparaît et est remplacée par la mitre droite. Dès lors la figure épiscopale reste invariable.
Un des plus anciens exemples se voit sur le sceau de Liétard, évêque de Cambrai (H 33); l'évêque assis sur un trône orné de lions, est mitre, crosse et bénissant. Signalons encore celui d'Alard, évêque de Cambrai (1177), sur lequel les bras du trône se prolongent par de grands rinceaux qui couvrent le champ ; celui de Pierre Romain, archevêque d'Embrun (1177), assis, vu de trois quarts, sur un banc garni d'un coussin, coiffé d'une mitre à longs fanons, bénissant et tenant sa crosse transversalement; enfin celui de l'oflicialité de Perpignan (1290) représentant l'évêque assis, tenant un livre des deux mains et accosté d'une crosse et de la légende : Ite judicateK
Les sceaux sur lesquels le prélat est figuré debout sont en nombre infini et quelquefois le personnage est accompagné d'ornements accessoires. Jean, évêque d'Evreux (1185), est cantonné de deux chandeliers; Cadioc, évêque de Vannes (1240), de deux clefs ; Mathieu des Essars, évêque d'Evreux (1304), de deux écussons. Les fonds sont parfois guillochés, réticulés, ornés de semis de fleurs de lys, d'aiglettes, de lions, du soleil, de la lune, etc. Robert, évêque de Troyes (1232), est même accosté de deux petites figures de saint Pierre et de saint Paul, et quelques évêques provençaux ont fait
1. Demay. Inventaire des sceaux de Flandre, n"' 5822 et 5826. — Roman. Sùjillographie du diocèse d'Embrun, pi. I, n» 1. — Foi- <:her. Sphragislique roussillonnaise {Société des Pyrénées-Orientales,
graver des deux côtés de leur effigie, des bustes de saints dans des cadres coupant la légende'.
Au nombre des plus beaux sceaux de ce type épiscopal je citerai celui d'Erard, évêque d'Auxerre (1271); sa mitre et ses gants sont brodés, il porte le manipule et tient une crosse à élégant enroulement ; il est vêtu d'une longue tunique brodée d'un orfroi, dune aube qui dépasse l'étole pastorale et d'une chasuble aux plis sobres et bien dessinés. Le champ est semé de colombes, d'une fleur de lys et d'un soleil (pi. XXI, n° 2)-.
Robert de Lénoncourt, archevêque de Reims, est encore représenté, sur son sceau de loi 6, debout, crosse, mitre et tenant un livre ; c'est l'un des derniers exemples de ce type-^.
Les évêques élus, mais non encore consacrés, sont vêtus d'une manière différente. En général ils ne portent ni mitre ni crosse et tiennent des deux mains un livre sur leur poitrine. Il y a cependant des exceptions. Jean, évêque élu de Dol (1163-1173), est debout, sans la crosse, mais coiffé de la mitre cornue ; il porte le pallium et tient les bras étendus à la manière des orants. Pierre (1173) et Hugues (1192), évêques élus de Cambrai, sont nu-tête, en dalmatique, le premier tient une fleur de lys et un livre, le second un livre serré contre la poitrine^.
Une représentation intéressante et qui mérite d'être
1. DouËT d'Arcq. Collection de sceaux, n" 6916. — Bibl. nat. ms. lat. 17029, p. 164 ; 17034, p. 45 et 115,