‹ Manuel de sylvicultureChapitre 33 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considêpatlon» générale*.

Dans toute méthode raisonnée d'exploitation des bois, la régénération doit résulter des opérations culturales elles-mêmes. C'est un des objets essentiels que se propose la sylviculture. C'est ainsi que, dans les différents modes de la futaie, la régénération s'obtient naturellement par les semences tombées des arbres et placées dans des conditions favorables à là germination ; — dans les taillis, cette régénération se fait également par la voie naturelle, à l'aide des rejets de souches et, subsidiairement, des semences fournies par les baliveaux. Mais, dans l'un et l'autre régime, il y a souvent, quoi qu'on fasse, des places où les semis ne se produisent pas, des endroits où les souches meurent et forment des vides. D'autres fois, c'est une des essences à maintenir dans le mélange qui

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fait défaut dans la réserve ; ou bien elle a pu disparaître à la suite d'opérations imprudentes ou négligées. Dans ces différents cas, il faut procéder à des repeuplements artificiels pour rétablir le bon état ou la bonne composition des peuplements. Mais ces travaux ne doivent former que l'exception. Us ne peuvent pas remplacer les semis naturels en se généralisant. On en a vu les motifs les plus importants dans le résumé du traitement des forêts à chêne et dans le traitement du pin sylvestre. Renoncer à laxégénération naturelle n'est pas un progrès, c'est au contraire le retour à Tenfance de Tart. C'est prétendre faire mieux que les forces naturelles. C'est surtout gaspiller son argent sous un faux prétexte d'économie pour n'arriver, en définitive, qu'à des résultats très-contestables.

Il ne faut cependant pas proscrire les repeuplements artificiels ; ils forment le complément forcé de la régénération naturelle, mais ils ne doivent en être que le complément. Il rentre dès lors dans les devoirs du forestier de posséder les connaissances nécessaires à leur bonne exécution. D ailleurs c'est le seul moyen de reboiser les terrains nus.

Choii des essences. — Le choix des essences à employer ne peut jamais être douteux et il faut, à

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cet égard, se défendre de toute fantaisie. C'est ainsi qu'on doit tenir compte du sol et du climat, qu'on ne mettra pas du i^hêne pédoncule dans un terrain sec, du sapin en plaine ou à l'exposition du midi, du châtaignier dans des terrains calcaires, du pin maritime sous les climats rudes, du hêtre dans les plaines de la Provence, etc. Il faut surtout se défendre d'aller chercher des essences exotiques, comme si on n'avait pas, dans les essences indigènes, de quoi satisfaire à tous les emplois. La France est un monde en miniature où Ton trouve tous les climats et tous les sols avec leurs végétaux spontanés, auxquels ne manquent ni la qualité ni la variété.

Mais précisément parce que la France offre des climats très- différents, il faut prendre garde de mettre chaque essence à sa place ; il ne suffit pas qu'elle soit indigène, il faut encore qu'elle appar tienne à la contrée. Depuis longtemps on poursuit vainement l'acclimatation, c'est-à-dire la modification des exigences propres à un être organisé à l'aide de générations successives. Ce n^est qu'une chimère et, quel que soit le temps de l'expérience, quelles que soient les apparences, on n'acclimatera pas plus le chêne liège dans les Ardennes que le chêne pédoncule en Afrique.

Tout ce qu'on peut espérer, c'est de naturaliser certains végétaux qui retrouveront en France des

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conditions identiques à celles bous lesquelles ils vivent dans leur pays d'origine. Encore la naturalisation est-elle rarement complète. C'est ainsi que, laissé à lui-même, le blé ne tarderait pas à . disparaître au milieu des herbes spontanées. Il en est de même des arbres qui semblent le mieux naturalisés : le robinier, quoique mûrissant ses fruits, ne se reproduit pas sans culture et ne se maintient que par ses rejets et ses drageons; le platane, le pin weymoutb disparaissent également si la main de l'homme ne vient constamment à leur aide. Enfin, on ne saurait trop le répéter, pourquoi demander à d'autres pays des bois d'une qualité inférieure ou tout au plus égale à celle des essences françaises? La naturalisation pour les grands végétaux doit être restreinte aux seuls arbres d'agrément et exclue de tontes les forêts de production.

Quand donc il s'agira d'opérer des repeuplements pour garnir des vides, pour ramener une essence disparue ou trop peu nombreuse, on devra se borner aux seules essences spontanées de la localité. Si c'est un terrain nu qu'il faut reboiser, il en sera de même, en tenant compte toutefois de la manière d'agir de la nature. Dans une mËme contrée, on constate la présence de plue espèces ; mais toutes n'ont pas les mêmes incesni lemême tempérament. Telle essence,

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qui couvre maintenant de grands espaces, n'a pu s'installer qu'à la suite et à Tabri d'autres, plus rustiques, qui ont en même temps enrichi le sol de leurs détritus. U faut imiter cet exemple : il est souvent indispensable de recourir au pin sylvestre ou au pin de montagne là où le sapin forme Tessence dominante du pays; le sapin s'introduira ensuite plus facilement et plus sûrement. Il est même à conseiller d'agir ainsi pour les forêts à créer en plaine. Si le chêne ne réclame que peu d'abri, les auxiliaires qu'il faut lui associer ne peuvent s'en passer : le bouleau, le pin sylvestre, le pin maritime, seront alors d'un grand secours pour créer cet abri protecteur. Dans les sols suffisamment frais, il est souvent très-avantageux de faire d'abord ui>e aunaie. Les particuliers y trouveront le moyen de rentrer rapidement dans leurs frais, car la croissance en est rapide, et l'essence se prête très-bien à l'éducation en taillis. Mais ces essences, qu'on peut appeler transitoires, doivent, autant que possible, être elles-mêmes spontanées dans la contrée. A défaut d'essçnces spontanées de quelque importance il est à conseiller de se servir surtout du pin sylvestre ou du pin d'Autriche ; ce sont les espèces qui paraissent pouvoir être dépaysées avec le moins d'inconvénients. Il est bien entendu qu'on ne devra pas négliger les morts-bois qui se présenteraient naturellement.

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En un mot, ici, comme toujours, il faut utiliser les forces naturelles.

Choii do mode de repeaplemeot — Faut-il planter ? faut-il semer ? C'est une question qui a beaucoup passionné les forestiers et qui cependant parsut bien simple. La nature, a^t-on dit, ne fait que semer; puisqu'op ne peut mieux faire qu'en l'imitant, il faut donc semer. Mais on oublie trop facilement que les forces naturelles ont pour elles le temps, et quelles procèdent toujours lentement et par progression. Quand un terrain est livré à luimême, il se recouvre de la végétation qu'il peut nourrir. Ce sont d'abord des herbes, puis des broussailles, des morts-bois ; puis des essences rustiques qui demandent peu au sol et ne craignent pas le plein découvert. Puis enfin les espèces plus précieuses arrivent quand le sol est plus riche, plus frais, et elles s'installent à l'abri des premières. L'abondance des graines assure ensuite le maintien de ces essences précieuses.

Il n'est pas possible d'agir ainsi. Si on dispose d'un terrain déjà suffisamment profond et riche si, d'un autre côté, l'essence à introduire est rustique et ne demande pas d'abri, on peut évidemment semer. Mais il y aura toujours cette différence capitale qu'on ne peut pas semer aussi abondamment que le fait la nature. De plus, les graines

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courent de nombreux dangers jusqu'au moment de leur germination. A tous les dangers qui menacent leur conservation et leur faculté germinative, il faut joindre leur destruction par les animaux dont elles forment la nourriture. Il ne faut pas oublier non plus que, malgré tous les soins, elles ne sont pas dans les mêmes conditions que les graines tombées naturellement.

Longtemps on a pu dire que les semis coûtaient moins cher que les plantations, parce qu'on employait généralement des plants âgés, et qu'on en mettait un trop grand nombre. Mais il est bien établi maintenant que les plants réussissent d'autant mieux qu'ils sont plus jeunes. Sauf pour le sapin et le hêtre, qu'il est difficile de planter avant l'âge de trois ou quatre ans, toutes les autres essences,, et principalement les pins et l'épicéa, doivent être employées avant cet âge ou au plus tard, à leur troisième année. Des considérations toutes spéciales, dont il sera question plus loin, peuvent seules en décider autrement. L'éducation des plants est ainsi bien plus facile, leur mise en terre bien moins coûteuse et leur réussite beaucoup plus certaine. £n n'employant que le nombre de plants réellement nécessaire, on arrive à faire les plantations au même prix, quelquefois à un prix moindre que celui des semis.

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faut les repeupler à Taide de plantations qui, ne s'exécutant pas d'une manière suivie, coûtent quelquefois autant que le semis primitif.

Malgré la supériorité, incontestable en général, de la plantation, il ne faut pas proscrire le semis d'une manière absolue. On pourra y avoir recours toutes les fois qu-on disposera d'une grande quantité de semences à bas prix. Il faudra même l'employer de préférence quand les bras feront défaut, ou quand la saison favorable aux repeuplements sera de courte durée,. et qu'on aura de grandes surfaces à reboiser.

En dehors de la plantation et du semis, on peut encore faire des repeuplements artificiels à l'aide de la bouture et de la marcotte. On appelle bouture une branche qu'on détache d'un végétal et qu'on place en terre pour lui faire produire des racines et en faire un sujet indépendant. Une marcotte est une branche qu'on couche en terre sans la détacher de la souche, et qu'on en sépare au bout de quelques années quand il s'est produit des racines advcntives. Mais ces procédés, dont il sera question plus loin, ne servent qu'exceptionnellement en forêt.

Choii, récolte et conserTaUon des graines. — Si on .veut être sûr de la qualité des semences, il faut les récolter soi-même et choisir convenablement

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les arbres. C'est ainsi qu'on recueillera de préférence les graines sur des arbres franchement fertiles, mais sains et vigoureux. Les arbres trop jeunes donnent beaucoup de graines vaines, et les sujets trop vieux peuvent donner des semis manquant de longévité. Les pieds dégénérés doivent également être écartés si on ne veut pas propager des types défectueux. On ne saurait, en un mot, apporter trop de soin au choix dès porte-graines ; malheureusement il est souvent impossible d'exercer une surveillance eflBcace.

Les procédés de récolte doivent varier avec les essences. Si c'est du chêne, du hêtre ou tout autre arbre à fruits lourds, on peut attendre la dissémination naturelle. Mais il est prudent de réjeter les premières semences tombées : elles sont généralement piquées ou vaines. A cet effet, on fera bien de râteler les feuilles et les mauvais fruits peu de temps avant le moment de la maturité.

Pour les essences à semences légères, on ne peut pas attendre la dissémination naturelle. Il faut les cueillir à la main aussitôt qu'elles sont mûres et avant qu'elles ne se détachent. Les cônes des résineux se cueillent aussi à la main, le sapin et l'épicéa aussitôt qu'ils sont mûrs, à l'automne ; le^ pins pendant tout l'i^utomne et l'hiver, avant le retour des premières chaleurs. On verra plus loin comment on extrait les graines des cônes.

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Quelle que soit Tessence, il faut éviter de récolter les graines par un temps de pluie. Elles sont exposées à s*écliauffer quand on les entasse mouillées. Même lorsque le temps est sec pour la récolte, il n'est jamais bon d'amonceler les graines avant de les avoir préalablement étendues et remuées afin de leur faire perdre Thumidité en excès.

• Rien de plus important et quelquefois de plus difficile que d'assurer la bonne conservation d^s graines. Il faut d'abord les empêcher de germer et, en outre, les préserver de réchauffement, de la pourriture ou du dessèchement. Malgré tous les soins, il est certaines semences qui ne peuvent se conserver ; aussi est-il prudent de les mettre en terre tout de suite après la récolte. Telles sont les ormes, le bouleau, l'aune...

Pour s'opposer à la germination, il suffit de priver les graines d'une des trois conditions nécessaires : oxygène, humidité, chaleur. Mais on s'expose alors aux autres dangers. On prévient réchauffement et la pourriture en évitant d'amonceler les semences sur une grande épaisseur et, surtout, en ayant soin, aussitôt après la récolte^ de les étendre dans un lieu bien aéré, et de les remuer une fois par jour pendant une quinzaine de jours. Il faut également prendre garde de les trop dessécher ; pour cela on doit choisir un local

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frais sans être humide. Les résineux peuvent se conserver plus d'un an, si on a soin de laisser les graines dans les cônes, de ne pas entasser ceux-ci à une trop grande hauteur et de les remuer de temps à autre. Mais il faut se méfier des graines qui ont plus d'un an : beaucoup perdent leur faculté geiminative, et ne germent qu'un an après la mise en terre ; en outre, il est à remarquer que les plants provenant de vieilles semences sont souvent chétifs et ordinairement sans avenir.

On voit, d'après ces quelques considérations, qu'il vaut toujours mieux employer les graines aussitôt après la récolte. Mais on le peut rarement, parce qu'il faut alors semer avec abondance pour tenir compte des nombreuses causes de destruction, et que le prix de la graine entre pour beaucoup dans la dépensé. C'est encore un argument, en faveur de la plantation. En effet, on élève les plants en pépinière, ce qui diminue singulièrement le nombre des semences à employer, et il est toujours plus facile de conserver une petite qu!une grande quantité.

Selon les essences, on a préconisé divers procédés de conservation des graines. Les suivants sont ceux qui méritent la préférence. Pour les grosses graines, telles que les glands, les châtaignes et les faînes, on ne peut les garder que de lautomne au printemps suivant. Si on n'en a

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qu'une faible quantité, on p.eut, après les avoir étendues et remuées pendant une quinzaine de jours, les stratifier par lits de dix à quinze centimètres d'épaisseur en alternant avec des lits de sable par et bien sec ou de paille. On les place ainsi dans des caisses ou des tonneaux déposés dans une care sur des liteaux. Si la quantité est plus considéra;ble, on peut les mettre dans des silos de la même manière, en ayant soin d'établir les silos dans un terrain sec et de les maçonner pour empêcher les dégâts des souris. Ce qu'il y a de mieux^ quand on dispose de vastes greniers, est encore d'y déposer les semences sur quinze à vingt centimètres d'épaisseur, de les remuer de temps à autre, et de les recouvrir d'une couche de paille sèche pour les préserver de la gelée. L'immersion dans l'eau est souvent impraticable et ne donne que de médiocres résultats ; elle ne convient pas du tout à la faîne.

Quand on veut semer ces graines, on reconnaît qu'elles sont encore bonnes si l'amande remplit bien son enveloppe, si elle est restée blanche et fraîche, si le germe est intact, si elle n'a pas l'odeur de moisi et, pour la faîne, si elle a conservé sa saveur agréable, rappelant un peu le goût de noisette. Ce ne serait pas une raison de les rejeter si la radicule avait commencé à se dé* velopper, même quand elle serait brisée.

Le charme et le frêne ne germent généralement qu'au second printemps qui suit la dissémination ; leurs graines sont exposées à se dessécher. Comme ces essences craignent beaucoup les herbes, et qu'elles se trouvent dans les terrains très-frais et même humides, il n'est pas possible de les semer tout de suite en place. On les conserve assez bien en creusant des rigoles peu profondes dans lesquelles on dépose les semences, qu'on recouvre de ten'e ; on les y laisse jusqu'au second printemps. On reconnaît que les graines de charme sont encore bonnes quand, €n les ouvrant, on trouve l'amande blanche et fraîche. Celles de frêne doivent avoir gardé leur apparence bleuâtre et la consistance de la cire vierge.

Les graines d'érable sont disposées à se dessécher ; il faut dès lors les placer dans un lieu frais sans être humide, tout en évitant de les trop entasser. Quand on examine l'amande, il ne suffit pas qu'elle ait conservé sa couleur verte caractéristique, parce que cette coloration persiste même après le dessèchement. Il faut encore qu'en l'écrasant elle laisse des traces d'humidité.

On a déjà vu que l'orme est presque impossible à conserver. Cela n est pas un grand inconvénient, parce que cette essence mûrit fin mai ou commencement de juin. Semée tout de suite,

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elle germe encore la même année. Seulement, en raison des chaleurs de cette saison, il est bon d'abriter les semis pendant les premiers mois.

Parmi les graines résineuses, celles de sapin demandent beaucoup de ménagement. Il faut- les manipuler le moins possible, éviter de les désai- 1er et les récolter à proximité des endroits à ensemencer. Dans les années abondantes, où le prix est peu élevé, il est même préférable de les semer tout de suite après la récolte. On ne peut, en effet, comme pour les autres résineux, garder la semence dans les cônes, puisque les écailles se désarticulent à la maturité et tombent avec les graines.

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