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CHAPITRE DEUXIÈME

Application aux principales eaaencse».

/. — Traitement d'une futaie de chêne.

Station. — Quand on parle du chêne, sans autre désignation, il est toujours question du chêne rouvre ou du chêne pédoncule. Ce sont deux arbres des climats doux et tempérés, le pédoncule s avançant plus vers le nord, le rouvre davantage vers le midi, mais leur station étant surtout déterminée par le degré d'humidité du sol. Ainsi le chêne pédoncule se plaît dans les terrains trèsfrais et même humides, assez fortement argileux; le rouvre préfère les sols divisés et simplement frais. Le premier se rencontre principalement en plaine; le second se trouve également en plaine,

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oiais surtout dans les pays de coteaux ou démon-tagnes peu élevées.

Conditions spéciales de Tégétation. — Ces deux chênes ont la semence lourde, le couvert léger et le jeune plant robuste quoiqu'il craigne les gelées printanières. Leurs racines sont pivotantes, et le pivot est très-prononcé dans les premières années ; elles ne drageonnent pas, mais rejettent jusqu'à un âge avancé. La croissance, assez lente au début, devient rapide dans les bons sols, et le bois acquiert d'autant plUs de densité que les cimes des arbres sont plus développées. Lorsque les pieds sont isolés ou très-desserrés, le fût se couvre de branches gourmandes et devient noueux, surtout chez le pédoncule.

Les chênes rouvre et pédoncule sont des arbres très-longévifs, de première grandeur et pouvant atteindre de très-fortes dimensions en diamètre. Leur aubier, quelquefois assez développé, se gâte rapidement, et il est nécessaire d'en purger les pièces pour les emplois importants.

Emplois. — Le chêne sert aux grandes constructions civiles ou navales, fournit à peu près à lui seul les merrains destinés à renfermer les vins et eaux-de-vie,« et donne des sciages très estimés. L'écorce des jeunes chênes est très-recherchée

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par la tannerie. Les taillis anssi bien que les futaies d'âge moyen produisent des bois de feu assez estimés quand ils ont été écorcés; mais le vieux chêne éclate au feu et brûle mal dans les foyers ouverts. Le charbon de chêne est recherché pour la fonte du minerai.

Quoique les chênes rouvre et pédoncule puissent acquérir des qualités différentes selon les sols et les climats, on peut dire, d'une manière générale, que le pédoncule fournit surtout des boî» de service; le rouvre est plus recherché pour le travail: sciage et fente. L'écorce du rouvre est également plus estimée.

RéTolntion. — Pour faire face à ces différents emplois, les gros chênes sont de beaucoup les meilleurs parce . que, pour un même volume, le déchet est moindre ; les gros chênes seuls peuvent même être utilement débités en merrain ou sciés sur maille. Aussi partout où les arbres peuvent être conduits jusqu'à 0",70 ou 0™,80 de diamètre sans que leur bois s'altère au cœur, il faut leur laisser atteindre au moins ces dimensions avant de les exploiter. Pour les obtenir dans les massifs de futaie, il faut adopter des révolutions comprises entre 160 et 200 ans, selon la fertilité du lieu d'habitation.

Régénération. — Le chêne pur est toujours d'un

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traitement plus difficile que le chêne mélangé à d'autres essences ; les produits qu'on en retire sont également d'un usage moins général; le bois en est trop tendre ; enfin il est très-rare de rencontrer le chêne pur spontanément sur de grandes étendues. Néanmoins comme cet état se présente quelquefois, soit naturellement, soit par suite d'opérations mal entendues, il est nécessaire de rechercher les règles applicables4ant aux coupes de régénération qu'aux coupes d'amélioration, sauf à insister sur les avantages du mélange et les règles à suivre dans ce cas.

Coape d'ensemencement. — En raison du poids de la graine, et principalement à cause du terrain dont on doit éviter le dessèchement ou l'envahissement par les herbes et les morts-bois, il faut faire la coupe d'ensemencement sombre. Il est surtout important, pour assurer la conservation de la graine jusqu'au printemps et favoriser la germination, de débarrasser le sol de toute végétation buissonnante et de constituer la réserve avec des arbres à fût élevé. Si cette dernière condition ne pouvait être obtenue par suite d'un état antérieur de massif trop clair, il serait opportun d'élaguer les branches les plus basses, en ne faisant porter l'élagage que sur des arbres mûrs et destinés à tomber dans peu d*années. Cette opération est

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alors sans inconvénients, parce que les tares ne pénètrent pas au delà de l'aubier.

Coupe secondlire. — Aussitôt qu'il s'est produit une glandée et qu'on trouve sur le sol quelques

plants par mètre carré, on peut considérer le semis comme complet, et il devient nécessaire de donner aux jeunes chênes la lumière que réclame leur tempérament; mais il importe en même temps de ne pas découvrir trop brusquement le terrain. C'est pourquoi il est convenable de faire au moins deux coupes secondaires: la première quand les semis ont deux ou trois ans, la deuxième quelques années plus tard.

Conpe déliniliTe. — C'est seulement quand les jeunes chênes ont formé fourré en se développant, ou lorsque le fourré s'est constitué à l'aide d'essences secondaires, qu'il est opportun de faire la coupe définitive. Il y a même lieu de la reculer encore quelque temps dans les endroits bas et humides, exposés aux gelées printanières qui se fout sentir jusque sous les climats doux. C'est jusqu'ici le seul remède efficace indiqué par l'expérience; il faut que lesjeunespeuplementsaient atteint, à l'état de coupe secondaire, la hauteur habituelle des brouillards qui accompagnent ces

Lors de cette coupe définitive, il est essentiel de conserver les chênes bien venants qui ne sont pas encore mûrs, dans la véritable acception du mot. On assure leur maintien à Taide d'émondages répétés aussi souvent que cela est nécessaire et exécutés rez-tronc soit à la serpe, soit à Témondoir; mais on interdira l'emploi des crampons en fer pour monter aux arbres, parce que leurs piqûres, quand elles pénètrent jusqu'à l'aubier, déterminent toujours une tare. Les arbres ainsi conservés temporairement sont destinés à disparaître au fur et à mesure de leur maturUé ou de leur dépérissement. Leur réserve se justifie pleinement par la rareté de plus en plus grande des gros chênes en France, et l'utilité plus considérable des arbres de fortes dimensions; aussi estelle indispensable dans les forêts de l'Etat, et très- avantageuse dans les forêts communales. Quel que soit le nombre de ces réserves, et il n'est pas probable qu'il soit jamais trop grand, elles seront longtemps avant de nuire réellement au sous-bois. D'ailleurs leur réalisation, bien plus rapprochée que celle du sous-bois, devrait encore les lui faire préférer, celui-ci dût-il en souffrir sur certains points.

Coapes d'amélioralioD. Nettoiements. — Au moment de la coupe définitive, quelquefois même avant,

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mais certainement peu de temps après, les mortsbois ou les essences qui ont pu se mêler aux jeunes chênes arrivent à les dépasser en hauteur et les menacent dans leur existence. Il est alors urgent de protéger ces derniers en exécutant des nettoiements. C'est surtout dans les sols frais et riches, sous les climats tempérés, où les bois blancs se développent rapidement et en grande quantité, que le chêne est le plus exposé à disparaître; le tilleul et le saule marceau sont de beaucoup les plus dangereux. Aussitôt qu'ils dépassent la hauteur des chênes, il faut se hâter de les étêter; ce mode d'opérer est préférable à la coupe rez-terre, à moins que les bois blancs ne soient peu nombreux, parce qu'il conserve le massif bien plein par le bas, et qu'alors Télagage naturel se fait sur des branches de faible dimeni^ion sans laisser de nœuds sensibles dans le fût.

Il est souvent nécessaire de recommencer les nettoiements en raison surtout de la prudence avec laquelle on les aura exécutés; mais il ne faudra pas attendre que les bois blancs aient atteint une certaine valeur pour les faire disparaître; on ne doit pas oublier qu'il s'agit d'une opération urgente, et que le chêne s'étiole d'autant plus vite que son besoin de lumière est plus grand. C'est assez dire que les nettoiements se feront, sans s'inquiéter des produits, partout où

Us seront nécessaires et aussi souvent qu'il le faudra.

Parmi les essences à croissance rapide et qui envahissent souvent les semis de chêne, il faut donner une attention spéciale au bouleau. Cette essence, dont le couvert est très-léger et dont le limbe des feuilles est vertical, nuit peu au chêne, à moins qu'elle ne forme au-dessus de lui un peuplement complet. Souvent même elle lui est utile, lorsque la coupe définitive a été faite trop tôt, en lui fournissant un abri contre les gelées du printemps. C'est alors le cas d'agir progressivement et de faire disparaître peu à peu les bouleaux en les délivrant soit pour des harts, soit pour des cercles, soit pour tout autre usage. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que le bouleau est une essence très -recherchée pour certains emplois, et que mieux vaut encore le mélange avec le bouleau que le chSne pur pour la qualité de ce dernier. On peut souvent en dire autant du tremble.

Éelaireies. — Lorsque, par des nettoiements successifs, le peuplement aura été conduit à l'état de bas perchis, ce sera le moment de commencer les éelaireies périodiques. Il est bien entendu que, lors des derniers nettoiements, on aura pu être amené à couper quelques chênes dans les endroits où ils sont par trop serrés ; mais

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ce n'est pas là une véritable éclaîrcîe et, le plus souvent, l'action naturelle aurait suffi pour dégager à temps les sujets d'avenir.

n n'en est plus ainsi quand les perches dominées mettent trop de temps à disparaître d'ellesmêmes, parce qu'il faut constamment permettre le large développement des cimes. Toutefois, comme il faut encore pousser à l'allongement du fût, éviter les branches gourmandes et maintenir de sol aussi couvert que possible, on doit, dans le chêne pur, faire les premières éclaîrcies périodiques moyennes, c'est-à-dire n'enlever que les tiges sur le point d'être dominées, sauf à les renouveler plus fréquemment.

C'est seulement quand le peuplement arrive à l'état de haut perchîs qu'on pourra le desserrer davantage ; mais c'est alors aussi qu'il faudra s'attacher à conserver toute la végétation inférieure, fût-elle formée de plantes tout à fait secondaires. Quoi qu'on fasse, on n'arrivera pas, sans danger, à desserrer suffisamment les cimes, et on aura presque forcément des arbres très-hauts, il est vrai, mais sans diamètre et à bois très-tendre. Aussi doit-on s*effi)rcer de protéger les essences auxiliaires qui peuvent se montrer spontanément et même de les introduire artificiellement aussitôt que le couvert des chênes est suffisamment élevé. Le hêtre et le charme, selon les sols et les climats,

sont les essences qu'on trouve le plus fréquemment associées au chêne et dont Je mélange lui est le plus favorable; dans les endroits très -humides, où on cesse de les rencontrer, ils sont remplacés par le frêne, Taune, l'orme, etc.

Il sera question plus loin du traitement du chêne en mélange avec d'autres essences.

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