II. — Traitement âf une futaie de hêtre
Station. — Le hêtre se montre en plaine aussi bien qu'en montagne ; il est abondamment répandu sous les climats rudes et tempérés, devient plus rare sous les climats doux et ne résiste pas sous les climats chauds. C'est dire que, dans le midi de la France, il no se rencontre que dans les pays accidentés, à une certaine altitude et aux expositions fraîches. Il est assez indifférent à la nature minérale du sol, pourvu qu'il soit divisé et simplement frais; les terrains calcaires et siliceux sont ceux où il prend le plus beau développement.
Conditions spéciales de yégétation. — Le hêtre a la semence lourde, le couvert très- épais et le jeune plant très-délicat; il craint les gelées printanières aussi bien que la forte chaleur. La racine, pivotante pendant les premières années, ne tarde pas
ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE.
à présenter des ramifications latérales traçantes, et, à an âge peu avancé, Tenracinement est entièrement traçant. Le hêtre ne drageonne pas et rejette mal de souche dans certaines régions.
La croissance, assez lente au début, est cependant un peu plus rapide que celle du chêne;. mais il est à remarquer que sous un couvert complet, quoique relevé, les semis de hêtre qui se présentent et persistent sur le sol s'arrêtent en hauteur quand ils atteignent environ un mètre; dans cet état ils se maintiennent presque indéfiniment, tout en conservant la propriété de reprendre vigueur si la lumière leur arrive plus abondamment; plus tard, chêne et hêtre marchent à peu près du même pas en hauteur. Le hêtre est un arbre de première grandeur, mais il a une longévité moindre que celle du chêne et il n'atteint pas les mêmes dimensions en grosseur. La qualité de son bois n'est pas proportionnelle à la rapidité de la végétation, et Taubier, peu différent du bois parfait, sert aux mêmes usages que lui.
Emplois. — Le hêtre se tourmente facilement et ne résiste pas aux alternatives de sécheresse et d'humidité. C'est donc un mauvais bois de charpente, si ce n'est pour les constructions sous eau ; mais c'est un excellent bois de travail, qui trouve de nombreux emplois dans la menuiserie, l'ébé-
nîstcrie, le charronnage, la carrosserie, la layetterie, la boissellerie et le sabotage. Il est d'une fente facile et régulière quand il est encore vert, mais on ne doit remployer que bien desséché, parce qu'il prend beaucoup de retrait.
On en fait des traverses de chemins de fer en l'imprégnant de sulfate de cuivre; jusqu'ici il n'a donné que des résultats médiocres et il ne dure pas plus longtemps que le chêne non imprégné. On l'imprègne maintenant de benzine.
Le chauflPage du hêtre, ainsi que so» charbon, «ont trèseetimés. Son fruit donne une huile comestible.
Révolotion. — Les différents emplois du hêtre, sauf la boissellerie, n'exigent pas de très- fortes dimensions et, comme on se sert de l'aubier, il suffit généralement d'obtenir des arbres de 60 à 70 centimètres de diamètre. Aussi peut-on appliquer à cette essence, croissant en massif de futaie, des révolutions de 140 à 160 ans.
Régènèralion. — Le hêtre forme à lui seul de grandes forêts, mais il est aussi fréquemment associé au chêne, au sapin, à l'érable, au pin sylvestre, etc. Il y a donc lieu de l'étudier d'abord à l'état pur, puis de rechercher les modifications à faire subir à son traitement dans l'état de mélange.
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éliSments de sylvicultcre.
- Le tempérameot trèa- [u jeune plant suffit à lui seul pour ne coupe d'ensemencement sombre. On comme il a été dit pour le chêne, en ttention que le couvert du hêtre étant i, il y a lieu de rechercher, pour la ré- .
s fûts encore plus élevés; on pourra égalaguer les branches basses, ei cela est e, et cette opération offrira peu de danla qualité du bois.
tcoulait un certain nombre d'années production d'une faînée, le peuplement ement interrompu par la coupe sombre se refermer, parce que les branches laes cimea s'allongent assez rapidement être. Ce serait le cas de rétablir l'état sombre,
condaire. — Les jeunes hêtres résistent s sous un couvert relevé avant de diec'est pourquoi on peut attendre sans lent que le semis se soit complété par es de semences successives, avant de à la coupe secondaire; il faut même Qsi pour maintenir le sol constamment Oa voit que les jeunes plants réclament g;rande quantité de lumière lorsque, des latérales s'étant développées, la partie
FUTAIE ÉGLAIRCIE. 67
supérieure de la tige commence à. s'allonger sensiblement, vers trois ou quatre ans. Pour répondre au tempérament de Tessence, il est nécessaire de procéder avec prudence et de faire la coupe secondaire en plusieurs fois.
Coupe défioîtife. — Enfin, quand le jeune fourré est bien constitué, qu'il couvre parfaitement le sol, et qu'ainsi la fraîcheur du terrain est assurée, on peut procéder à la coupe définitive, qui comprendra toutes les réserves encore sur pied. Il y a peu d'intérêt , en effet , à laisser atteindre au hêtre des dimensions exceptionnelles, et son enracinement, traçant ne permettrait que rarement de le maintenir isolé.
On doit marcher avec d'autant plus de prudence dans la régénération du hêtre, que le sol est plus exposé à se dessécher, et que l'altitude ou la situation rendent les vents plus dangereux. Aux environs des cols et à la limite supérieure de la végétation^ il peut même être nécessaire de maintenir constamment le peuplement complet et d'appliquer le jardinage, dont il sera question plus loin^
CoHpes d'amélioration. Nettoiements. — Les nettoiements sont beaucoup moins urgents dans le hêtre que dans le chêne, parce qu'il supporte
ENTS DE STI-TlCrLITHE.
rt. NéaniDOÎnB ib sont totijotirs t même devenir Décessaïres là oii mores et les snreaiix sODt nom- QÎers, en effet, n'ont pas d'utilité >rt trop prolongé des érables, le araître. Néanmoins, à canse de serait une faute de faire dispa- [uement l'érable; llfant, an coiirrer nn certain nombre de pieds >n enlèvera dans les éclaircies atteint des dimensions utiles.
omme presque tontes les essences le bêtre supporte bien l'état de te condition, jointe à sa situation ontagne, où il est exposé À la 1 par la neige et le givre, doit ; moment où l'on desserrera le première éclaircie périodique ne lorsque l'état de bas percbis sera \ ce moment, les tiges à enlever
plus facilement et on sera peu ttre des fautes grossières. Tant ira pas atteint sa hauteur de fât, vront rester moyennes. A partir
sera bon de desserrer un peu tnt, sans qu'on soit jamais amené oies fortes.
futam; éclaircie. C9
IIL — Traitement en ftdaie du chêne et du hêtre
mélangés.
ATanUges da mèlaDge. — Par suite du terrain qui convient au hêtre, c'est surtout au chêne rouvre qu'on le rencontre spontanément associé. Les avantages qui résultent de ce mélange sont nombreux :
Les deux essences appartiennent aux mêmes climats, et quoique le hêtre ait une mpindre longévité, il peut néanmoins attendre sans inconvénient l'âge d'exploitation du chêne;
Leur enracinement est différent, ce qui permet d'avoir, sur une même surface, un plus grand nombre de tiges sans que leur végétation en souffre ;
Le couvert du .hêtre est épais et vient corriger l'action nuisible exercée sur le sol par le couvert léger du chêne pur;
Le fût des chênes, garanti par l'ombrage du hêtre, n'est pas exposé à se couvrir de branches gourmandes ;
Les emplois sont différents pour les deux essences, ce qui assure une plus grande satisfaction des besoins de la consommation;
Les produits des premières éclaircies périodiques sont plus avantageux si le nombre des hêtres permet de les faire porter sur cette essence;
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Enfin on obtient plus vite le semis complet parce que les années de semence ne coïncident pas toujours pour les deux essences, et il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de chênes dès le début.
Mais à côté de ces avantages, il y a des inconvénients qui résultent de ce que le hêtre a souvent une végétation plus active que'le chêne dans les premières années, et de ce que, plus tard, les deux essences marchant à peu près du même pas, l'exécution des éclaircies devient très-délicate. Aussi ne saurait-on trop provoquer l'attention du forestier sur le traitement de ce mélange et solliciter des observations nombreuses et suivies.
Les règles suivantes paraissent résumer l'état actuel des connaissances.
. (léTOlation. — Pour peu que le chêne entre dans le mélange pour une proportion notable, un dixième par exemple, il faut choisir une révolution qui permette à cette essence d'acquérir 0™,70 à 0">,80 de diamètre, c^est-à-dire 160 à 200 ans; si les chênes sont simplement disséminés, et que les circonstances de sol et de climat ne permettent pas d^en avoir un plus grand nombre dans l'avenir, on pourra se rapprocher de la révolution particulière au hêtre, sauf à laisser les chênes sur pied lors de la coupe définitive.
Coupe d'ensemencement. — De même que pour chacune des deux essences isolément, la coupe | d^ensemencement doit être faite sombre dans le mélange du chêne et du hêtre. On doit y prendre les mêmes précautions pour nettoyer le sol et relever le couvert; mais il y a lieu de se demander dans quelle proportion Tune et Tautre essence doivent entrer dans la réserve. Il est évident qu'à cet égard on ne peut rien préciser; toutefois on peut faire remarquer que s'il est désirable de trouver au début plus de hêtres que de chênes dans le semis, il n'est pas nécessaire, pour cela, de faire une réserve plus nombreuse en hêtre. En effet, la faîne se dissémine plus loin que le gland, et les jeunes plants de hêtre se maintiennent très-bien sous l'abri du chêne, tandisqueles semis du chêne disparaissent sous l'épais couvert du hêtre. Or, il ne faut pas oublier que le chêne croît moins vite que le hêtre pendant les premières années, et qu'il ne faut pas encore aggraver sa condition.
Conpe secondaire. — La coupe secondaire ne doit pas être entreprise avant que les semis de hêtre n'existent sur le sol. Le tempérament de l'essence ne permettrait plus de les obtenir sous un peuplement largement entrouvert; et, pour peu qu'il \ y ait quelques chênes bien répartis à peu près \
'2 ÉLÉMENTS DE SÏLVICULTUBE.
isrtOQt, il faut considérer le mélange comme luffisant. Dès lora on doit s'attacher, tout en ne •ompromettant pas le hêtre, à favoriser le plus )OBBib!e la croissance du chêne; pour cela, il fau- Ira faire une première coupe secondaire un peu )Ius forte que si le hêtre était pur, et la faire surout porter sur la réserve hêtre. Une deuxième soupe secondaire sera faite quelques années après. Si la faînée réussissait avant la glandée, il se- 'ait opportun de faire, sous la coupe d'eusemen- ^ement, des plantations de chêne espacées de 4 i 5 mètres en tous sens, et disposées par lignes "égultères. Autrement, on s'exposerait à voir les 1 êtres s'élancer rapidement lors de la coupe secondaire, et rester seuls maîtres du terrain. Si, ta contraire, un semis de chêne bien complet )récédait la faînée, il ne faudrait pas le laisser léricliter; mais on aurait soin, dans la coupe se- »>ndaire, qu'on ferait alors assez légère pour.pernettre seulement le maintien du chêne, de reelecter un nombre suffisant de réserves hêtre. On rerra plus loin comment on pourra assurer le méange en proportion convenable.
Coipe déliniliTe. — Lorsque les serais se sont -ejnints et forment bien le fourré, on procède à a coupe définitive ; celle-ci laissera sur pied tous ea chênes bien venants et qui peuvent encore
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prospérer pendant au moins une trentaine d an« nées. On prendra à leur égard toutes les précautions d'émondago dont il a été question plus haut.
Coupes d'amélioration. Nettoiements. — Au moment de la coupe définitive ou peu de temps après, il sera nécessaire de faire des nettoiements pour dégager les chênes provenant de semis naturels ou de plantations. Ces nettoiements porteront sur les bois blancs, les essences inférieures qui auraient pu s'introduire, et surtout sur les hêtres qui menaceraient de dépasser les chênes. Peut-être même aura-t-on dû faire déjà quelques nettoiements partiels avant la coupe définitive.
Lorsque le chêne sera en grande majorité dans le semis, on ne devra pas craindre d'en sacrifier quelques pieds pour avoir dans Tavenir un mélange convenable.
Les nettoiements peuvent donc commencer ce que les éclaircies achèveront pour obtenir une bonne proportion entre les deux essences principales, et pour leur assurer une belle végétation.
Éclaircies. — Il no faut jamais perdre de vue que le chêne doit toujours avoir la cime dégagée, si on veut avoir de fortes dimensions en diamètre et un bois bien nourri. C'est souvent une difficulté sérieuse dans le mélange du chêne et du
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hêtre, parce que ce dernier, même lorsque sa croîssauce en hauteur se ralentit, marche encore au moins aussi vite que le chêne, et qu'il faut garantir le fût de celui-ci contre les branches gourmandes. Cependant si, dès le principe, les éclaircies sont conduites constamment en vue du chêne, on peut arriver à de très-bons résultats. Pour cela, on s'attachera, dans les premières éclaircies,à faire tomber les tiges les plus élevées et les plus vigoureuses parmi les hêtres qui avoisinent immédiatement les chênes, et on conservera de préférence les sujets quelque peu dominés. On poursuivra le même but dans les éclaircies suivantes, et on finira par avoir des chênes à fût élevé, tout en leur permettant de développer largement leur cime et d'acquérir de fortes dimensions. Evidemment, les hêtres ainsi conservés souffriront quelque peu, malgré le couvert léger du chêne; maïs grâce au tempérament de l'essence, ils se maintiendront, et on trouvera les porte-graines futurs parmi les pieds qui se seront normalement développés dans les intervalles entre les chênes.
Il est sans doute inutile de faire remarquer que, dans les peuplements arrivés dès maintenant au moins à l'état de hauts perchis, une grande partie du mal est déjà consommée, et qu'il est presque impossible d'y replacer les chênes dans de bonnes conditions.