‹ Manuel de technique microscopique, ou, Guide pratique pour l'étude et le maniement du microscopeChapitre 10 sur 48 · DES AGENTS COLORANTS · texte numérisé non relu

DES AGENTS COLORANTS

On emploie fréquemment, en histologie, un certain nombre de substances colorantes, dans le but de faire ressortir plus spécialement tel ou tel élément, en lui communiquant une teinte particulière, tandis que les voisins restent réfractaires à toute coloration. Tel est le cas du picro-carminate d’ammoniaque, par exemple, qui jouit de la propriété de teinter en jaune toutes les parties épithéliales anciennes, tandis que les cellules des régions plus jeunes se montrent avec leurs noyaux imbibés de couleur rose. Il se produit, dans ce cas, ce que l’on appelle « une élection », c’està-dire que tel élément affecte, pour une couleur, plus d’affinité que pour telle autre. C’est par un phénomène analogue qu’une pièce, plongée dans l’acide osmique, se colore en noir dans certaines régions, tandis que les autres parties sont insensibles au même réactif. Il est utile, également, de noter que les éléments ne se colorent pas de la même façon, selon que la pièce a été conservée ou durcie dans tel ou tel réactif. Ainsi, les pièces ayant subi l’action de l’acide chromique, ne laissent que difficilement les noyaux de leurs cellules se colorer par la teinture de carmin, tandis que les mêmes pièces, durcies dans l’alcool, absorbent rapidement la même teinture. Les pièces imprégnées de

agents colorants.

nitrate d’argent absorbent difficilement le carmin, même quand la solution a été légère, et se montrent presque complètement réfractaires à l’imbibition, lorsque la solution a été plus concentrée, ou lorsque l’action du réactif s’est prolongée longtemps.

1° Teinture de carmin. — C’est, avec le picro-carminate d’ammoniaque, le réactif qu’on emploie le plus souvent. Il jouit de la propriété de colorer fortement un grand nombre d’éléments, sur lesquels il présente une grande puissance d’élection. C’est ainsi que, sur une coupe de moelle, il fait apparaître, en les teintant en rouge, les cylindres axes des tubes nerveux. Mais, pour arriver à un résultat satisfaisant, il est nécessaire que la solution soit aussi neutre que possible. Si, en effet, le carmin est dissous dans un excès d’ammoniaque, les tissus se gonflent, et il y a obstacle à la localisation de la matière colorante. 11 se produit une diffusion générale de la solution qui, ne possédant plus de propriété élective, teint uniformément toute la pièce; il en est de même, si l’on a recours à des solutions trop concentrées.

Préparation. Voici la manière de procéder pour obtenir la meilleure teinture :

On prend une certaine quantité de carmin de première qualité (dans le commerce, il est désigné sous le n° 40), un gramme, par exemple, et après l’avoir trituré finement dans un mortier, on le délaie avec un peu d’eau distillée, de façon à obtenir une bouillie grossière. Ensuite on verse, goutte à goutte, de l’ammoniaque, jusqu’à ce que la solution soit opérée, ce que l’on reconnaît à ce que le liquide devient d’une belle teinte rouge. Cela fait, on ajoute définitivement

100 grammes d’eau distillée et on abandonne le produit à l’air libre jusqu’à ce que l’odeur ammoniacale ait complètement disparu.

On a, en effet, remarqué que la propriété élective du carmin était d’autant plus marquée que les solutions qui le contiennent sont moins chargées d’ammoniaque.

On filtre enfin définitivement et on conserve dans un flacon à l’émeri, à l’abri du contact qe l’air. Il ne faut pas négliger de recourir au filtrage chaque fois que l’on veut faire usage de cette teinture.

Nous conseillons de colorer lentement les coupes, et, pour cela, de se servir de solutions affaiblies. On étendra la teinture-mère avec plus ou moins d’eau distillée, de façon à obtenir un liquide ayant la couleur de la fleur de pêcher, et on laissera dans ce bain les pièces pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures.

L’élection sera généralement bonne et compensera l’inconvénient de la perle de temps nécessitée par cette manipulation.

Pour colorer une coupe, si la solution est plus concentrée, on fera la réaction directement sous la lame porte-objet, ou dans un verre de montre où la coupe sera prolongée jusqu’à ce qu’elle soit convenablement colorée. Le temps d’immersion ne doit pas dépasser quelques minutes, sinon la matière colorante se déposerait sur la coupe qui serait ainsi couverte de granulations et ne laisserait plus percevoir que des détails confus.

Le carmin se fixe surtout sur les noyaux, qui deviennent, alors, très apparents sur une coupe, quand on la traite par l’acide acétique. Mais, même sans l’intervention de ce réactif, il différencie parfaitement

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