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CHAPITRE X

DU MONTAGE DES PIÈCES DESTINÉES A ÊTRE CONSERVÉES EN PRÉPARATIONS MICROSCOPIQUES.

Les pièces histologiques peuvent être montées dans diverses substances, variables selon le but que l’on veut atteindre, mais avec indication parfaitement nette dans tel cas déterminé.

Si l’on se propose de conserver une coupe injectée, de façon à ne voir que les vaisseaux, on pourra la plonger dans un milieu résineux, mais par suite de la transparence exagérée que donne ce procédé, on ne distinguera plus les autres éléments histologiques.

Si, au contraire, on cherche à conserver intacts dans la préparation les rapports des vaisseaux avec les autres éléments, on enfermera la pièce dans un milieu liquide, la glycérine, en général, qui donnera un peu moins de transparence et permettra de mieux voir le groupement mutuel de cps éléments, par suite de la différence de réfringence inhérente à chacun d’eux.

Enfin, dans certains cas rares, les préparations d’os, il faut s’abstenir de monter les pièces dans un milieu solide ou liquide, qui, en s’infiltrant dans les cavités, chasserait l’air qui s’y trouve et leur ferait perdre ainsi leur aspect caractéristique.

Nous allons décrire ces trois méthodes :

MONTAGE DES TIÈCES.

1° Montage des pièces dans les milieux résineux. — Pour mieux fixer les idées, prenons un exemple et proposons-nous de monter de la sorte une coupe de moelle épinière.

On commence d’abord par la colorer pendant 5 à 6 minutes avec le picro-carminate, après quoi, on la jette dans un cristallisoir rempli d’eau pour la débarrasser de l’excès de matière colorante. C’est le premier temps de l’opération.

Le second consiste à enlever l’eau dont la coupe se trouve imbibée et qui serait un obstacle, par sa non miscibilité, à son introduction dans le milieu résineux, le baume de Canada en général. Pour cela on la plonge dans un verre de montre contenant de l’alcool ordinaire, où on l’abandonne cinq minutes environ. Au bout de ce temps, on laisse écouler l’alcool en inclinant le verre de montre et en maintenant la coupe au moyen d’un pinceau, après quoi on substitue un deuxième bain d’alcool absolu, qui achève d’enlever l’eau qui existe encore dans la pièce et la rend complètement anhydre. Si la pièce a été colorée au picro-carminate, il est bon, pour la deshydrater, d’employer de l’alcool contenant de l’acide picrique en solution. Sans cette précaution on perdrait le bénéfice de l’élection double.

11 s’agit maintenant de l’éclaircir, ce qu’on obtient en remplaçant l’alcool absolu par un troisième bain d’essence de girofles dans lequel on la laisse, jusqu’à ce qu’elle soit devenue parfaitement transparente.

Le troisième temps de l’opération consiste à recouvrir de baume la plaque de verre qui recevra la coupe devenue transparente.

Après l’avoir scrupuleusement nettoyée avec un linge bien propre, on dépose au centre, à l’aide d’un agitateur en verre, une goutte de baume de moyenne gros- Latteux, 2e édition. 6

scup, maisplulôltrop grosse que trop petite. Le volume d’un pois suffit en général. D’un autre côté, on a nettoyé également une lamelle sur laquelle on dépose de la môme façon une petite goutte du même liquide. Puis on place lame etlamelle (les faces recouvertes debaume, regardant en haut naturellement) sur une plaque de cuivre, maintenue par un trépied au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool, à mèche courte, pour que la chaleur soit moins forte et puisse se modérer plus facilement. Le baume fond alors et on ne tarde pas à voir des vapeurs blanches dues à l’évaporation de l’huile essentielle. On continue à chauffer jusqu’à ce que la surface se couvre de marbrures. C’est le moment d’arrêter l’opération. On retire du feu la plaque supportant la lame et la lamelle et on laisse refroidir. On reconnaît que la cuisson du baume a été suffisante à ce que si l’on en prend une parcelle sur la pointe d’une aiguille, il ne poisse plus les doigts, quand il est refroidi.

Le quatrième temps de l’opération estleplus difficile. 11 s’agi t de transportera coupe, sans la briser, au centre de la lame de verre couverte de baume. Pour y arriver commodément, il y a un petit « tour de main » fort commode, que nous allons indiquer :

La pièce étant plongée dans l’essence de girofles, on glisse au-dessous d’elle un papier fin et, en la mainlenantau moyen du pinceau, on laisse écouler l’essence. La coupe adhère alors légèrement au papier et devient ainsi facilement maniable. On la sort du verre de montre et on la laisse égoutter. Puis, sans attendre qu’elle soit complètement sèche, on applique sur elle la plaque de verre par sa face couverte de baume, en ayant soin d’appuyer légèrement dans la partie occupée par la préparation, qui se fixe alors sur le baume, tandis

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qu’on peut, au contraire, facilement enlever le papier qui n’est pas adhérent.

La pièce étant ainsi déposée sur la surface résineuse, il reste à la recouvrir définitivement de la lamelle. On vérifie une dernière fois si elle n’a pas séché complètement, dans lequel cas, on dépose à son centre, avec un pinceau, une très petite goutte d’essence, puis saisissant avec une pince la lamelle préparée au baume, on la dépose doucement sur la coupe. On comprend qu’en chauffant alors le tout légèrement, les deux surfaces du baume se confondront, emprisonnant entre elles la préparation.

Mais pour que l’opération soit bien faite, il faut chauffer très légèrement et retirer la lame aussitôt qu’on voit les deux surfaces se fusionner, autrement on aurait des bulles d’air, ou bien la pièce se ratatinerait.

Il ne reste plus qu’à appuyer légèrement avec un manche de scalpel pour aider au mélange des deux surfaces.

Si le baume n’est pas assez liquide, on chauffe encore un peu et l’on presse de nouveau. Une préparation ainsi faite se conserve indéfiniment.

Si le baume a été en excès et salit la préparation, on en enlève le plus possible avec un scalpel chauffé et on achève de nettoyer le reste avec un linge imbibé de chloroforme ou de pétrole. Ce genre de monture a cet avantage, que quelques minutes suffisent pour que la préparation soit achevée et maniable. On peut la transporter immédiatement sans crainte de l’altérer.

Tel est le procédé dans tous ses détails.

Une simplification peut néanmoins être appliquée dans la plupart des cas. C’est celle qui consiste à supprimer la préparation du baume sur la lamelle. Le plus

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souvent, àlacondition quela quantité de baumedéposé sur la lame soit suffisante, la lamelle adhère naturellement.

Il existe un autre procédé de montage au baume. Au lieu de faire l’opération il chaud, on opère à froid. Pour cela on se sertd’une solution de baume de Canada dissous dans la benzine ou dans le chloroforme, et on y plonge l’objet à conserver. Le baume, par l’évaporation de son dissolvant, devient suffisamment solide et la lame se trouve fixée par la petite quantité de matière qui s’est. épanchée autour d’elle. Toutefois, les pièces ainsi préparées ne sont pas aussi solides que celles obtenues ù. chaud. Ce procédé est celui que l’on doit préférer pour les coupes délicates.

Ceux qui voudront y recourir devront préparer la solution delà façon suivante: On commencera par faire chauffer le baume au bain-marie, pendant plusieurs heures, pour permettre à l’huile essentielle de s’évaporer, condition sans laquelle il ne deviendrait jamais solide, puis, quand une goutte jetée sur une lame de verre deviendra parfaitement dure par le refroidissement, on y ajoutera alors du chloroforme ou de la benzine de façon à obtenir une solution de consistance sirupeuse.

2° Montage des pièces dans les liquides. — Ce mode de conservation, qui s’applique aux fines structures, est moins compliqué que le précédent et permet de monter en quelques instants une préparation d’une façon aussi belle qu’inaltérable. Nous décrirons plusieurs temps dans l’opération.

a. Confection des cellules. — On entend sous ce nom de petits cercles de bitume que l’on trace avec la tournette, sur la lame de verre destinée à supporter

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la préparation. On conçoit qu’en passant plusieurs couches successives, on arrive à leur donner une certaine épaisseur et ;\ obtenir en quelque sorte une petite cuvette parfaitement adhérente au verre. C’est dans cette cavité que l’on place la coupe conserver.

Mais entrons dans quelques détails. Après avoir bien nettoyé la lame de verre, on la fixe sur le plateau de la tournette, au moyen des valets et l’on s’assure qu’elle lourne bien. Prenant alors, avec un pinceau, du bitume dissous dans l'essence, de façon qu’il en reste urie petite gouttelette en suspension, on imprime au plateau un mouvement rotatoire et on abaisse immédiatement le pinceau, de façon à rencontrer la laine de verre, où l’on inscrit un premier cercle. On donne ensuite deux ou trois autres couches jusqu’à ce que l’on obtienne une profondeur suffisante.

Pour faciliter la direction du pinceau et reconnaître l’endroit où il faut l’appliquer, la platine de la tournette présente à son centre un point de repère, autour duquel sont tracés des cercles concentriques plus ou moins grands et que l’on vise avec le pinceau au moment de faire la cellule. On donne, en général, au cercle une largeur de 3 ou 4 millimètres.

Nous conseillons de conserver le bitume dans un vase à large ouverture, en ayant soin de faire au bouchon une légère entaille pour permettre d’y laisser le pinceau plongé. On le conserve de la sorte toujours prêt pour les besoins, ce qui ne serait pas si on le laissait se dessécher à l’air. 11 faudrait, dans ce cas, le ramollir dans de l’essence de térébenthine. C’est également avec ce liquide qu’on nettoie les plaques portant des cellules défectueuses.

Les cellules une fois faites doivent être laissées à sécher quelques heures avant de s’en servir, autre-

ment, comme on le verra plus loin, le bitume s’écraserait. Pour la plupart des coupes, deux couches suffisent et, en les faisant le matin, elles sont prêtes à être employées le soir.

On ne saurait trop recommander de tenir le flacon parfaitement bouché, le bitume s’épaississant à l’air et devenant alors impropre à l’usage.

Si cet accident se produisait, on y ajouterait un peu d’essence de térébenthine, jusqu’à ce qu’il ait repris sa consistance première.

Dans ces derniers temps, nous avons adopté un procédé plus expéditif : les cellules sont, aü fur et à mesure de leur confection, exposées au-dessus d’une lampe, jusqu’à ce que l’essence de térébenthine soit évaporée. En se refroidissant, elles se solidifient suffisamment pour être utilisées immédiatement.

On reconnaîtra qu’elles sont à point, lorsque le doigt appliqué à leur surface laissera seulement sa trace sans emporter de matière.

11 est important de ne pas pousser trop loin la dessiccation, sans quoi le bitume deviendrait cassant et s’opposerait par suite à l’adhérence de la lamelle.

Le bitume se trouve tout préparé chez les principaux opticiens. Voici cependant comment on le fabrique. On prend le bitume et après l’avoir trituré dans un mortier pour le réduire en poudre aussi fine que possible, on verse cette poudre dans une capsule de porcelaine contenant de l’essence de térébenthine qu’on chauffe légèrement sur un bain de sable. Il faut éviter le contact direct du feu qui pourrait déterminer l’inflammation du mélange. Après quelque temps de cuisson, le bitume est dissous et forme un liquide sirupeux, mais on n’a encore qu’un

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vernis cassant. Pour le rendre malléable, on y ajoute partie égale d'un autre vernis qu’on trouve dans le commerce et qu’on appelle mixtion des doreurs. C’est le mélange de ces deux vernis qui donne le meilleur résultat.

b. Des liquides conservateurs. — Le plus généralement employé et le meilleur certainement est la glycérine. Les pièces peuvent s’y maintenir presque indéfiniment sans altération. Nous ne saurions trop en conseiller l’usage.

Nous employons quelquefois le mélange suivant : On fait à chaud une solution concentrée de gélatine dans l’eau distillée, et après l’avoir filtrée sur une flanelle, on ajoute au liquide obtenu partie égale de glycérine. Pour s’en servir on fait chauffer le flacon au bain-marie et, après en avoir déposé une goutte sur la lame de verre, on y plonge la petite coupe en la recouvrant immédiatement d’une lamelle. Par le refroidissement la préparation devient solide et peut être conservée quelque temps de la sorte. Il est possible d’ailleurs de faire après coup une bordure de bitume, mais ce genre de monture ne doit être employé que provisoirement, en attendant qu’on puisse assurer plus solidement la conservation de la pièce. Il est bon d’ajouter à. ce mélange quelques gouttes d’acide phénique qui empêchent les moisissures de se produire.

On a proposé un grand nombre de liquides conservateurs, mais la multiplicité des formules n’est nullement justifiée par l’expérience. La glycérine simple suffit dans la plupart des cas. Cependant elle ne convient pas lorsqu’il s’agit de conserver certains objets délicats comme les globules sanguins par

exemple. Dans ce cas, nous avons recours au liquide suivant qui donne d’assez bons résultats :

Sublimé 1 partie.

Chlorure de sodium 2 »

Eau 200 »

Nous ferons quelques recommandations au sujet de la glycérine. Gomme cette substance est très avide d’eau ilest indispensable, lorsqu’on a affaire à des tissus délicats, de faire agir le réactif lentement et progressivement. Pour cela on plonge d’abord la coupe dans un mélange d’eau et de glycérine et on diminue graduellement la proportion d’eau jusqu’à ce que l’on arrive à employer la glycérine pure. De la sorte on évite le ralatinement de la pièce.

c. Inclusion de la coupe dans ta cellule. — Les coupes nageant, comme nous l’avons dit, dans un cristallisoir rempli d’eau, au fur et à mesure qu’on les obtient, on y plonge une lame portant une cellule de bitume, et à l’aide d’un pinceau ou d’une aiguille on amène celle qu’on a choisie au centre de la cavité.

Cela fait, on la retire doucement en la faisant llotter et en la maintenant pour qu’elle ne s’échappe pas.

On y dépose alors deux ou trois gouttes de picrocarminale.

Au bout de ce temps, qui peut sans inconvénient être beaucoup augmenté, on laisse écouler l’excès de la matière colorante et on laisse Lomber une ou deux gouttes de glycérine.

Alors, saisissant avec une pince une lamelle de verre mince coupée en forme de disque et qu’on a eu soin de nettoyer d’avance, on la dépose légèrement sur la

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outte du liquide contenant la préparation. On appuie oucement avec le manche d’un scalpel, en ayant oin de presser également de tous côtés, et l’on chasse atéralement l’excès du liquide.

Quand le disque de verre arrive au contact de la ellule.il y adhère légèrement, mais il ne serait pas ssez bien fixé, si l’on ne complétait l’opération par a petite manipulation suivante : Elle consiste, au oyen d’une pression, à faire adhérer plus intimeent la lamelle avec le bord de la cellule. On dépose lors sur la lamelle un morceau de verre destiné à mpêcher de la briser, et on comprime le tout entre es mors d’une pince en bois à pression continue. On trouve ces petits instruments dans le commerce sous e nom d’épingles américaines.

On comprend ce qui se passe. Sous l’influence de la pression, le liquide en excès s’échappe de tous côtés, et la lamelle pénétrant légèrement dans l’épaisseur de la cellule s’y trouve en quelque sorte sertie comme un verre de montre dans sa monture métalique.

On laisse agir quelque temps la presse et on achève a préparation en enlevant le liquide qui mouille la ame et en passant une couche circulaire de bitume ui enferme complètement l’objet et empêche toute vaporation.

Quand on retire la préparation de la presse, le moreau de verre adhère par capillarité. Pour le séparer, on plonge le tout dans l’eau, et en introduisant une aiguille entre lui et la lamelle, on le fait tomber sans peine. Si l'on négligeait cette précaution, on risquerait quelquefois d’enlever en même temps la lamelle et la préparation serait à refaire.

Le mode de préparation que nous venons d’indi-

quer semble assez compliqué. Il n’en est rien cependant.

Il ne faut pas plus de trois à quatre minutes pour monter complètement une pièce. On voit donc qu’il n’y a pas à craindre de perte de temps et qu’il y a, au contraire, tout avantage à s’habituer à conserver les objets que l’on prépare et que l’on peut être bien aise de pouvoir consulter à un moment donné.

Pour classer les pièces, il est bon d’avoir des boîtes munies de petites rainures en bois qui maintiennent les verres et les empêchent de se briser par les chocs. Ce procédé suffit, si l’on n’a qu’un petit nombre de préparations. Mais si l’on veut donner plus d’extension à sa collection, nous conseillerons de faire construire un meuble, avec tiroirs peu profonds, dans lequel on a l’avantage de déposer les préparations à plat et de les embrasser ainsi d’un coup d’œil.

Les personnes que la chose intéresserait pourront voir dans notre laboratoire le modèle que nous avons fait construire pour notre usage.

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