CARMIN
Fig. 29.
sert de régulateur pour la pression; les deux autres, EE, communiquent avec deux flacons FF, contenant
112 tecunique microscopique.
l’un du carmin, l’autre du bleu et dans l’intérieur desquels ils transmettent la pression. Enfin, de ces deux flacons partent deux tubes en caoutchouc, munis de canules que l’on fixe, soit dans la veine G et l’artère II d’un organe, soit dans l’artère et dans un canal glandulaire.
Cet appareil est donc fort simple, puisqu’il suffit, pour le mettre en action, de presser sur la poire en caoutchouc, en observant, toutefois, la pression indiquée par le manomètre.
Les injections obtenues avec cet appareil ne laissent rien à désirer. Les vaisseaux les plus fins, ceux de la rétine, de l’épiploon du chat, de la moelle, sont complètement remplis. Nous en reparlerons plus loin quand nous indiquerons la manière de pratiquer l’injection.
2° Instruments accessoires. — Nous comprendrons, sous ce nom, un certain nombre d’ustensiles dont on a besoin dans le cours de l’opération.
a. Pinces à pression continue. — Ce sont de petites pinces fort uliles lorsqu’il se produit une fuite par rupture d’un petit vaisseau. En pinçant immédiatement le point où se produit l’accident, on empêche la perte de la masse à injection. Il est nécessaire d’en avoir un certain nombre : une demi-douzaine suffit ; il sera bon d’en prendre quelques-unes coudées. Les mors devront être plats et non munis de piquants comme les serres-fines.
b. Aiguille de Deschamps courbée. — Sert, quand on a découvert le vaisseau, à glisser sous lui les fils qui doivent servir aux ligatures et à la fixation de la canule. Dans la plupart des cas, une simple pince, pas-
sée sous le vaisseau quand il est isolé, suffit pour attirer le fil à soi.
c. Mandrins pour déboucher les canules. — Il est bon d’avoir toujours à sa disposition du fil métallique, d’argent ou d’acier, que l’on introduit dans les canules, quand elles sont engorgées. Si l’on n’arrivait pas, par ce procédé, les déboucher, on pourrait y faire pénétrer de petites tiges métalliques, très fines, que l’on trouve chez les fabricants d’instruments d’horlogerie, sous le nom d’équarrissoirs ; il y en a de tous les formats : leur prix minime permet d’en avoir une provision.
d. Cuves. — Servent pour plonger les animaux dans i’eau tiède pendant l’opération; celles en zinc carrées sont les plus commodes.
On se procurera enfin du fil ciré, et on aura à sa portée tous les instruments habituels de dissection : pinces, scalpels, sonde cannelée, etc. Un petit instrument, fort utile, est un stylet en argent, à tige mousse, semblable à celui dont on se sert pour le cathétérisme des points lacrymaux. 11 sert, au moment d’introduire la canule dans le vaisseau, à frayer la voie, en vérifiant si l’incision est bien nette et si la tunique celluleuse n’est pas refoulée dans l’intérieur.
3° Matières a injection. — Nous arrivons au point le plus important. Si quelquefois on peut réussir une injection avec des instruments imparfaits, on peut être assuré d’un échec certain, si la masse que l’on emploie n’est pas parfaitement préparée. Nous ne saurions donc trop engager l’expérimentateur à se conformer de tout point aux règles qui vont suivre.
TECHNIQUE MTCHOSCOPIQUE.
Les détails les plus futiles sont, dans ce cas, d’une importance capitale.
Autrefois on n’employait guère que des matières opaques qu’on mélangeait avec de la térébenthine. On se servait généralement de vermillon ou de bleu de Prusse ; mais on n’obtenait ainsi que des injections obscures, et les pièces, préparées de la sorte, ne laissaient pas voir les fins détails de la structure. On y a renoncé à peu près de nos jours, et on les a remplacées par des matières transparentes.
Dans une masse à injection, il y a deux choses à considérer : le véhicule et la matière colorante.
1° Véhicule. — Il peut être toujours liquide (glycérine, alcool, etc.), ou bien liquide seulement à chaud, et susceptible de se prendre en masse par le refroidissement (gélatine).
Les véhicules liquides ne sont que rarement employés. On conçoit, en efiet, qu’un organe injecté de la sorte, laissera, lorsqu’on y pratiquera des sections, s’échapper en tous sens la matière colorante. Les vaisseaux se videront et la pièce ne sera plus qu’incomplètement injectée. On peut, il est vrai, en plongeant la pièce dans certains liquides (alcool pour le carmin, acide chromique pour le bleu), fixer à peu près la couleur dans les conduits où elle a pénétré; mais on n’obtient jamais de la sorte d’aussi bons résultats qu’avec les véhicules à la gélatine.
Ceux qui voudraient essayer la première méthode emploieront le mélange suivant.
Glycérine
Eau
Alcool. .
2 parties.
Indiquons ici que ce liquide ne saurait convenir si l’on injecte un animal mort récemment; car il contracte les vaisseaux et ne pénètre pas dans les plus t fines ramifications.
Le véhicule qu’on choisira de préférence est la solution de gélatine ou colle de Paris. Cette substance se trouve dans le commerce sous forme de feuilles allongées et minces ; on la choisira bien blanche et aussi pure que possible; quand on voudra s’en servir, on la plongera pendant quelques heures dans de l’eau distillée, où elle se gonflera en absorbant une certaine quantité de liquide ; on la retirera alors, on la laissera égoutter, et la chauffant dans une capsule au bainmarie, elle se liquéfiera dans son eau d’absorption. On obtient ainsi un liquide filant, solidifiable par le froid, et qu’on peut rendre plus ou moins fluide, en y ajoutant la quantité d’eau désirable.
Étudions maintenant les substances colorantes et nous verrons avec chacune comment on l’incorpore à la gélatine.
2° Matières colorantes. — A. Carmin. — C’est sans contredit la substance qui donne les plus belles injections, mais sa préparation exige, pour que la réussite soit complète, lesplus minutieuses précautions, etmalgré tout le soin apporté, les insuccès ne sont pas rares. Voici comment on exécute cetle masse :
Après avoir trituré le carmin dans un mortier pour le réduire en poudre fine, on le délaye avec une petite quantité d’eau distillée de façon à en faire une bouillie épaisse et on le dissout en y ajoutant goutte à goutte de l’ammoniaque. On a soin en même temps de tourner la masse avec le pilon pour aider à rendre le mélange homogène. La couleur du carmin, de rose qu’elle
était, devient rouge intense. C’est ici qu’une précaution est indispensable. Après avoir versé quelques gouttes d’ammoniaque, la solution semble complète.
Il n’en est rien cependant et en examinant quelques gouttes de la liqueur au microscope, on reconnaît qu’elle est encore remplie de granulations de carmin. On ajoute de nouvelles quantités d’ammoniaque et examinant de temps en temps, on continue jusqu’à ce que l’on obtienne un liquide complètement transparent. La solution opérée, on l’introduit dans un ilacon boucbé à l’émeri où on la conserve de façon à empêcher l’évaporation de l’ammoniaque, ce qui amènerait la précipitation du carmin.
Il s’agit d’incorporer ce liquide à la solution de la gélatine qu’on a fait fondre, comme nous l’avons dit ci-dessus, au bain-marie. Pour cela on l’agite constamment avec une baguette de verre tandis qu’on verse goutte à goutte la solution carminée. Quand toute la masse semble bien homogène, on a une solution de gélatine fortement ammoniacale, et si on l’injectait en cet état dans les vaisseaux, on n’obtiendrait qu’une diffusion du carmin dans les tissus, le liquide transsudant de toutes parts à travers les vaisseaux. Il y aurait une imbibition et non une injection. Il faut, pour empêcherce résultat fâcheux, neutraliser la masse avec de l’acide acétique. Cette partie de l’opération est la plus difficile et, nous le répétons, manque souvent, malgré les plus grandes précautions.
Voici comment on opérera : après avoir fait dans un flacon, suivant le conseil de M. Ranvier, une solution d’une partie d’acide acétique pour deux d’eau distillée, et ayant soin d’opérer toujours sur le mélange carminé maintenu au bain-marie, on la verse goutte par goutte en agitant constamment avec une baguette de verre.
L’odeur ammoniacale s’affaiblit peu à peu et il arrive un moment où elle cesse complètement d’être perceptible. C’est l’instant où il faut s’arrêter. Si on continuait à verser de l’acide, on amènerait . la précipitation du carmin et la masse serait perdue sans ressource. On s’en aperçoit à ce que, après examen au microscope, le carmin est devenu de nouveau granuleux.
Il ne reste plus alors qu’à filtrer, ce qui se fait au moyen d’une flanelle, et à tenir, jusqu’au moment où l’on va s’en servir, la masse à injection plongée dans un bain d’eau à 35 ou 40°.
En opérant de la façon que nous venons d’exposer, on a de grandes chances de réussir. Nous conseillons de s’en tenir à cette formule et de laisser de côté les autres recettes indiquées dans les traités de technique. Elles ne présentent aucune certitude, et nous avons autrefois suffisamment expérimenté la chose à nos dépens pour tâcher d’éviter à ceux qui liront ce livre de passer par les mêmes épreuves. Nous avons imaginé un tour de main qui diminue beaucoup les causes d'insuccès. Au lieu de préparer d’un seul bloc toute la masse dont on a besoin, nous opérons par fraction de 50 à 60 grammes. Il est bien plus facile dans ce cas d’agiter constamment la solution à mesure qu’on verse l’acide, et si l’on manque une de ces fractions, la perte est insignifiante. A mesure que chaque petite dose est neutralisée, on la réunit dans un flacon avec les doses précédentes. Nous sommes convaincu qu’une des conditions indispensables est d’agiter vigoureusement la masse en versant l’acide. Ce procédé n’est guère plus long que celui que nous avons décrit précédemment et l’on n’est pas exposé, quand on fait des injections, à perdre d’un coup 3 ou 4 francs de carmin.
B. Bleu soluble. — On trouvera également dans les ouvrages spéciaux denombreuses formules d’injections bleues. Quand elles ne sont pas ridicules, comme nous pourrions en citer quelques-unes, elles ne donnent que des résultats incomplets. Voici le procédé que l’on emploie généralement en Allemagne et qui ne laisse rien à désirer quand on se conforme bien aux règles que nous allons indiquer.
On pèse 50 grammes de persulfate de fer qu’on fait dissoudre dans 1,000 grammes d’eau distillée, et 100 grammes de cyanoferrure de potassium qu’on dissout également dans 1,000 grammes du môme liquide. Les deux solutions sont ensuite mélangées dans un troisième flacon de deux litres de capacité où se produit aussitôt un précipité abondant de bleu de Prusse insoluble, qu’on reçoit sur un filtre de papier, où on le laisse égoutter. La suite de l'opération consiste à. laver ce précipité avec de l’eau distillée versée en petite quantité à la fois jusqu’à ce que le liquide commence à bleuir au-dessous du filtre de papier. A partir de ce moment le liquide coulera bleu et donnera du bleu soluble. On peut alors ou dessécher à l’étuve ce qui reste sur le filtre et l’avoir à l’état solide, ou bien faire passer de petites quantités d’eau distillée et obtenir de suite une solution de bleu concentré.
Si l’on se sert de bleu desséché à l’étuve, après avoir fait la solution et avant de s’en servir, on aura soin de la filtrer. A ce sujetnous ne saurions troprecommander le papier à filtre de Ghardin-Hadancourt (1). 11 a l’avantage de ne jamais crever et de filtrer, malgré cela, aussi fin que possible.
(1) Chardin-Hadancourt, Boulevard Saint-Michel, n’ 9.
Les solutions de bleu de Prusse devront être concentrées.
Pour opérer le mélange d’injection, on fera chauffer dans deux capsules, â la même température, d’un côté, le bleu, de l’autre, la gélatine, et on versera le premier dans la seconde, en tournant constamment avec un agitateur de verre. Dans le cas où l’on aurait des précipités, il faudrait chauffer quelque temps pour les faire disparaître.
De même que pour le carmin, on filtre et on maintient au bain-marie jusqu’au moment du besoin.
Il arrive quelquefois que l’animal injecté au bleu pâlit peu à peu et se trouve presque décoloré quand l’opération est terminée. Gela vient de ce que cette couleur se décolore au contact des substances alcalines et du sang en particulier. Mais on lui rend sa teinte première en faisant macérer les pièces dans le bichromate de potasse ou dans une solution légère d’acide chromique.
Un détail qui a bien son importance : ce sont les solutions alcalines dont on se sert pour se nettoyer les mains après une injection au bleu. Pour enlever les taches de carmin on emploiera, au contraire, une solution légère d’acide chromique, ou de chlore.
G. Nitrate d'argent. — S'emploie lorsqu’on veut démontrer la présence d’un épithélium à l'intérieur des vaisseaux. Dans ce cas on fait une solution de gélatine qu’on mélange à une solution de nitrate d’argent à 1 pour 300 ou 1 pour 500, dans la proportion de 2 de la première pour 5 de la seconde.
Cette opération doit se faire dans l’ohscurité, et ce n’est qu’après la solidification de la gélatine qu’on exposera les pièces à la lumière. Il faudra se garder de
les plonger avant ce temps dans aucun liquide. On pourra les conserver dans l’alcool et les monter, après en avoir fait des coupes, comme toute autre préparation, dans la glycérine ou dans le baume du Canada.
On trouve dans les livres l’indication d’autres matières colorantes, les couleurs d’aniline, par exemple Ces couleurs ne valent rien. Elles transsudent à travers les vaisseaux, et le fait est d’autant plus malheureux qu’elles donnent une teinte admirable.
11 faudra égalemeut se méfier des masses à base de collodion, d’un maniement difficile et qui passent également à travers les vaisseaux. On ne peut d'ailleurs pas les faire durcir dans l’alcool qui absorberait la matière colorante.
4° Manuel opératoire de l’injection. — Voyons maintenant comment nous allons faire pénétrer une masse à injection dans les vaisseaux d’un animal. Prenons un exemple et supposons qu’il s’agisse d’injecter un chat. La première question qui s'impose à l’esprit est le choix du vaisseau. Généralement on prend la carotide externe ou la fémorale. Ces deux vaisseaux sont facilement accessibles et peuvent êLre découverts sans autre lésion que l’incision de la peau qui les recouvre. On pourrait également aller chercher la crosse de l’aorte, mais il faudrait ouvrir la cage thoracique, et les lésions produites, assez considérables, seraient cause plus tard de nombreuses fuites par les embouchures des intercostales sectionnées. Nous choisissons généralement la fémorale.
1 0 Dénudation du vaisseau. — Après avoir fai t un pli à la peau dans la partie la plus élevée de la cuisse, on pratique une boutonnière en enlevant avec des ciseaux toute la partie tendue. Immédiatement on aperçoit le fais-
ceau vasculo-nerveux. Le nerf est en dehors, la veine en dedans et l’artère reconnaissable à sa teinte rosée entre les deux. On dilacère avec les doigts ou le bout d’une sonde cannelée, le tissu conjonctif qui les réunit, et glissant un stylet au-dessous de l’artère, on achève de l’isoler dans une certaine étendue, un centimètre environ.
2° P lacement des fils à ligature. — Aumoyen d’un stylet aiguillé courbe qu’on glisse sous le vaisseau, on passe deux fils. L’un inférieur, destiné à empêcher le sang de revenir en arrière, après l’incision, est noué de suite et lie l’artère en arrière de la canule. L’autre, supérieur, fixera la canule quand elle aura pénétré.
3° Introduction de la canule. — C’est lemomentle plus difficile et il faut quelquefois pour cette petite opération une grande sûreté de main. Après avoir vérifié si la canule n’est pas bouchée, on la place, munie de son robinet, sur la seringue et on la remplit d’eau. Cette précaution est de la plus haute importance. S’il entrait de l’airdans le système circulatoire de l’animal, l’injection marcherait avec une extrême lenteur ou même finirait par s’arrêter et ne pénétrerait plus à un moment donné. Quand le robinet se trouve ensuite fermé, l’eau reste maintenue dans la canule, qui se trouve prête à être introduite. On prend alors un petit scalpel à lame longue et bien coupante, et ponctionnant légèrement i’artère on y fait une petite ouverture, qu’on élargit en suite en y glissant une pointe de ciseaux fins de façon à obtenir un orifice d’environ un millimètre. Reste à introduire la canule, ce qui est assez difficile. Nous avons l’habitude à ce moment d’introduire d’abord dans l’artère le petit stylet en argent dont nous avons parlé plus haut et qui a le triple avantage de dilater
122 TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.
légèrement le vaisseau, de montrer que la lumière est libre de tout corps étranger et de rendre la petite ouverture un peu plus béante. Saisissant alors de la main gauche le fil inférieur qui oblitère l’artère, on tire légèrement sur lui de façon à tendre le vaisseau et de la main droite, appuyant verticalement sur l’incision le bout de la canule, on cherche à pénétrer par de petits mouvements de rotation. On la relève alors légèrement et on la pousse dans le vaisseau jusqu’à la profondeur d’un centimètre environ. Il n’y a plus alors qu’à la maintenir en la liant avec le fil supérieur.
Il est bon, pour empêcher les tiraillements, de fixer la partie supérieure portant le robinet à la cuisse de l’animal au moyen d’un fil qui fait le tour du membre.
4° Manière de faire pénétrer la masse. — La solution de carmin ou de bleu étant bien filtrée et tenue au bainmarie, on l’introduit dans l’un des flacons F de l’appareil à pression continue. Il est bon que ce flacon ait une capacité de 500 grammes environ. Des lignes gravées au diamant indiquent le volume du liquide. On le remplit, et comme le tube de caoutchouc qui en part contient de l’air, on commence par s’en débarrasser en faisant sortir une certaine quantité de matière par l’orifice G. C’est alors le moment de réunir ce tube à la canule, ce que l’on doit faire avec beaucoup de précaution et en prenant bien garde de faire des mouvements de traction.
Si l’on injecte en deux couleurs, on prendra les mêmes précautions pour le second flacon.
Il ne reste plus qu’à produire de la pression dans l’appareil pour faire pénétrer le liquide. On ferme les robinets EE, et faisant jouer la poire en caoutchouc, on fait monter le mercure jusqu’à une hauteur de 10 à
15 centimètres. On ouvre alors les robinets EE et l’injection commence. A mesure qu’elle entre, la
(colonne baisse, et il faut avoir soin, par de nouvelles pressions sur la poire, de la maintenir à la même hauteur. 11 faut très peu de temps, quelques minutes, pour apercevoir la coloration se manifester sur les conjonctives et sur l’a langue.
On reconnaît d’ailleurs que l’injection marche bien à ce que le mercure baisse dans le manomètre, et surtout à ce que la quantité du liquide coloré diminue dans le flacon.
Si la solution gélatineuse est très épaisse, il est bon de mettre l’animal dans un bain chauffé à 35 ou 40°. Mais il ne faut pas dépasser ce degré, parce qu’on amènerait une rigidité qui s’opposerait à l’introduction du liquide dans les vaisseaux.
La quantité de liquide nécessaire pour que tous les vaisseaux d’un chat de moyenne taille soient remplis, est de 400 grammes environ. Il ne faut pas arrêter l’opération avant cette quantité, l'injection serait incomplète. Pour un lapin, on peut compter un peu moins, 250 grammes pour un cochon d’Inde. Ces quantités ne peuvent d’ailleurs être indiquées exactement.
L’expérience seule peut apprendre le moment où l’on doit s’arrêter. D’une façon générale, il vaut mieux dépasser le point convenable que rester en deçà, quoiqu’il puisse se produire une rupture de vaisseau dans un point quelconque, ce que l’on reconnaît à ce que la colonnede mercure qui nebaissaitplus que lentement, s’abaisse brusquement, ainsi que le niveau du liquide dans le flacon. L’injection se trouve alors fatalement terminée.
Un point sur lequel nous insisterons est le suivant : si l’on injecte un animal mort depuis deux ou trois
jours, bien qu’il semble suffisamment conservé, la paroi de l’estomac et du cæcum est souvent altérée et les fuites qui se produisent par les orifices des vaisseaux ramollis sont si considérables que l’injection est forcément manquée.
Il peut arriver que l’on injecte un organe isolé., On aura soin dans ce cas de lier préalablement tous les vaisseaux qui pourraient avoir été coupés. S’il s’agit d’un membre, on fera bien après avoir introduit la canule dans l’artère de faire en arrière d’elle une compression générale des tissus. Pour cela rien ne vaut un tube de caoutchouc que l’on enroule plusieurs fois en tendant chaque tour.
Si l’on voulait injecter un cobaye, les artères élant trop petites pour admettre une canule, on injecte par l’aorte, mais il faut, comme nous l’avons dit, faire un grand nombre de ligatures et avoir toujours à sa portée des pinces à pression pour arrêter une fuite aussitôt qu’elle se dévoile.
Quand les animaux sont encore plus petits, la grenouille par exemple, un reptile, l’injection se fait en introduisant directement la canule dans le cœur. Il est nécessaire dans ce cas de se servir, vu la ténuité des vaisseaux, d’une colonne mercurielle de un ou deux centimètres seulement et de prolonger longtemps l’injection.
Jusqu’ici nous n’avons considéré que l’injection d’un organe en une seule couleur. Si l’on voulait remplir les artères en rouge et les veines en bleu, on commencerait par pousser l’injection dans les veines, jusqu’à ce que l’organe bleuisse légèrement à sa surface, et laissant un instant cette masse se solidifier, on pousserait ensuite, aussi longtemps que possible, une masse rouge par l’artère.
S’il s’agit d’un trajet glandulaire à injecter en môme temps que les vaisseaux, on se sert à la fois des mêmes flacons qu’on fait manœuvrer conjointement sous la même pression.
5° Examen et étude des pièces injectées. — L’injection terminée, on ferme le robinet adhérent à la canule et on enlève l’appareil, laissant la canule en place, jusqu’à ce que l’animal soit refroidi et que la gélatine soit solidifiée, ce qui exige deux ou trois heures. On l’ouvre alors et on examine s’il est réussi ou non. 11 est facile de le constater en examinant un petit fragment d’épiploon. Toutes les franges vasculaires doivent être dans ce cas complètement injectées, et comme les vaisseaux en sont très fins, si cette partie de l’animal est réussie, il est probable qu’il en sera de même du reste.
On enlève ensuite les intestins, on y fait passer un courant d’eau pour les laver et on les conserve dans l’alcool simple, si la pièce est injectée au carmin, ou dans l’alcool légèrement acidulé, si on s’est servi d’une masse bleue. On peut également, dans ce dernier cas, se servir comme agent conservateur d’une solution aqueuse de bichromate dépotasse à 10 0/0. Ce liquide ne fera que rehausser l’intensité du bleu.
Les gros organes seront égalementdétachéset, après avoir été lavés, plongés dans les mêmes liquides. Les reins seront, par précaution, vu leur épaisseur, coupés transversalement. Quant aux centres nerveux, il sera bon d’ouvrir le crâne et le canal médullaire et de les extraire le plus vite possible. Enfin les membres seront conservés dans l’alcool.
Ce dernier liquide est préférable parce qu’il ne s’oppose pas par la suite à l’intervention des agents colo-
rants dont on serait tenté de se servir. On se rappelle au contraire que le bichromate par son action chimique sur les tissus rend cette intervention plus difficile.
Pour étudier ces pièces, on en fera des sections minces de la même façon que pour les pièces ordinaires. C’est dire qu’on emploira également les mêmes procédés de durcissement, d’éclaircissement, de conservation, etc.
Faisons observer seulement, en ce qui concerne la conservation, que rien n’est plus propre que le baume de Canada pour le montage des pièces injectées. Si l’on se servait de glycérine, il serait bon de l’aciduler légèrement, surtout pour les pièces colorées en bleu.
Nous aurions encore à traiter de la manière d’injecter les lymphatiques ; mais, comme notre livre est surtout un manuel destiné à montrer aux commençants les principales manipulations, surtout les plus simples, et que ces sortes d’injections sont fort difficiles, nous les renverrons aux traités deFrey, de Hobin, et surtout à l’excellent traité de Technique microscopique du professeur Ranvier, qui leur donneront à ce sujet tous les éclaircissements désirables. Il s’en faut de beaucoup, d’ailleurs, qu’on puisse pour ce genre de vaisseaux donner des règles aussi sûres que celles qui concernent les artères, les veines ou les canaux glandulaires. 11 reste encore de nombreuses recherches à faire pour perfectionner les méthodes employées aujourd’hui, et leur donner ce cachet de certitude qui leur manque complètement pour le moment.