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On complétera dans ce cas l’examen, en traitant légèrement la préparation par l’acide acétique pour l’éclaircir et pour faire apparaître les fibres élastiques que leur ténuité ne permettait pas d’abord d’apercevoir, plongées qu’elles sont dans la masse des fibrilles conjonctives. Cet acide en éclaircissant la pièce montrera du même coup les nerfs, les vaisseaux et la graisse.

Mais, lorsqu’on veut faire une étude plus approfondie et plus rigoureuse du tissu qui nous occupe, il est indispensable de recourir à d’autres procédés.

Le meilleur de tous et le plus commode est celui que M. Ranvier décrit sous le nom de « méthode des injections interstitielles ». Nous y aurons recours dans un grand nombre de circonstances.

Voici comment on opère :

On prend un lapin ou tout autre animal. Le lapin est préférable parce que son tissu conjonctif est très développé. Après avoir fait sur toute la région du ventre et du thorax une incision longitudinale, on saisit un des bords de la plaie et on écorche l’animal de façon à mettre à nu la région dorsale. A mesure qu’on tire la peau, on voit se soulever le tissu conjonctif.

Alors avec une seringue remplie d’eau distillée et munie d’une canule piquante qu’on y glisse obliquement, on pousse brusquement une injection dans son épaisseur. Aussitôt on voit se produire une soufflure, une boule d’œdème amenée par l’eau qui se répand en tous sens. Si la boule n’est pas assez grosse, on la pique de nouveau après avoir rechargé la seringue.

Qu’arrive-t-il dans ce cas? Sous l’influence de cette pression brusque, les fibres sont écartées et en quel-

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que sorte disséquées par l’eau. 11 en résulte qu’elles

I deviennent par cela même plus visibles, n’étant plus recouvertes les unes parles autres.

Pour les examiner on saisit avec une pinee un fragment de la boule qu’on excise et qu’on dépose rapidement sur une lame de verre que l’on a soin de préparer préalablement pour l’observation.

On aperçoit alors avec la plus grande netteté les divers éléments composant le tissu.

Préparés de la sorte, on remarquera que les faisceaux sont striés selon leur longueur et on pourra mesurer leur diamètre, qui d’ailleurs est variable. La striation est encore plus nette quand on a fait l’injection avec le sérum iodé. On la voit également bien sur des pièces macérées dans l’acide picrique en solution concentrée ou dans une solution d’acide osmique à 1 p. 100, après dilacération avec les aiguilles (Ranvier).

Si l’on fait ensuite agir une goutte d’acide acétique, les faisceaux se gonfleront sous l’influence du réactif et présenteront de distance en distance des étranglements, dus à des fibres qui les serrent à la manière d’un anneau et qui affectent quelquefois une disposition en spirale autour du faisceau.

On constatera en faisant usage du carmin que ces fibres annulaires ou spirales ne sont pas de nature élastique, puisqu’elles se colorent avec ce réactif i (Ranvier).

Les faisceaux conjonctifs ont une enveloppe. M. Ranvier, pour la rendre évidente, conseille de faire des coupes transversales sur des pièces présentant ce tissu à l’état des fibres parallèles, un tendon par exemple, et de colorer les coupes par le carmin ; l’observation se fait ensuite dans la glycérine additionnée d’acide formique à 1 p. MM).

*42 TI'CIINIQUE MICROSCOPIQUE.

Les fibres élastiques se voient avec la plus grande netteté sur des fragments de tissu conjonctif pris dans une pièce injectée au sérum. On remarquera qu’elles sont droites et non onduleuses. Ce dernier état quand il se présente est dû à ce que les fibres ne sont plus fixées par leurs extrémités et reviennent sur ellesmêmes.

Ces fibres élastiques se colorent en jaune par l’acide picrique, quand on a fait agir le picro-carminate, tandis que le reste du tissu prend la teinte rosée (ltanvier).

Enfin, le même auteur fait remarquer que si l’on veut spécialement étudier le réseau élastique d’un organe, on traitera les coupes par une solution de potasse à 10 p. 100 qui fera apparaître les fibres en détruisant tout le tissu ambiant.

Il nous reste à parler des cellules spéciales qu’on trouve dans le tissu conjonctif (tig. 36, a, b).

La première précaution pour les observer est de les fixer dans leur forme et surtout d’éviter l’action de l’acide acétique qui les gonfle et les rend méconnaissables.

Le meilleur agent fixatif est le nitrate d’argent à 1 p. 1000 (Ranvier) en injection interstitielle. Cette solution maintient la forme des cellules qu’on peut ensuite, sans crainte de déformation, traiter par d’autres réactifs.

Une boule d’œdème étant ainsi produite, on prend un fragment qu’on soumet à l’action du picro-carminate et qu’on traite ensuite par la glycérine. Les cellules se montrent alors sous forme de lames irrégulières, plus ou moins allongées et munies d’un seul noyau. Elles sont très minces.

Quant à leurs rapports avec les faisceaux de tissu

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conjonctif, on constatera qu’elles leur sont accolées, mais n’existent pas dans toute leur étendue. Il y a des espaces où elles manquent totalement.

En faisant des coupes transversales de tendons , durcis par le procédé habituel, on verra que les noyaux dépendant de ces cellules sont apcolés aux sections i répondant aux faisceaux. Pour cela, on les colorera i au carmin et on les traitera par la glycérine additionnée d’acide formique dans la proportion de I p. 100.

On pourrait également, dit Ranvier, voir ces cellules après des injections de sérum iodé, d’alcool au tiers ou de picro-carminate, mais elles sont moins nettes.

Telles sont les méthodes générales d’examen. Voyons maintenant quelles sont les modifications d’aspect du tissu conjonctif dans les régions où on le rencontre, et quels sont les organes qu’il concourt à former.

Nous étudierons successivement : 1° les tendons; 2° les ligaments; 3° les membranes fibreuses; 4° les séreuses; 5° le derme; 6° le tissu qui entre dans les muqueuses; 7° celui des membranes du cerveau; K° celui qu’on rencontre dans le système vasculaire.

A. Tendons. — Ils sont constitués par des faisceaux longitudinaux de fibres conjonctives et ont été soigneusement étudiés par Ranvier qui a donné pour leur étude d’excellents procédés.

On choisit d’abord un tendon aussi fin que possible afin de pouvoir l’observer par transparence (ceux de la patte de la grenouille ou de la queue de la souris sont excellents), (fig. 37) et on le tend sur la plaque le fixant par ses deux extrémités avec de la paraffine, de

façon qn’il ne puisse changer de forme sous l’action ultérieure des réactifs.

Après l’avoir traité par le picro-carminate, qu’on laisse agir une demi-heure, on le lave avec de l’eau

distillée et on le recouvre d’une lamelle sous la quelle on fait pénétrer quelques gouttes de glycérine légèrement acidifiée par l’acide formique.

On remarque alors une série de cellules longitudinales et incurvées en forme de tuiles. Elles présentent un noyau fortement coloré et sont munies d’une crête destinée à s’unit- aux cellules voisines.

Ces crêtes se voient encore mieux quand on a fait macérer les tendons dans l’alcool absolu pendant vingt-quatre heures.

Ce réactif fixeles éléments dans leur forme. Lemême résultat s’obtient également au moyen de l’acide osmique en solution à 1 p. 100.

Dans ces deux cas, on traite d’ailleurs comme précédemment les préparations par le picro-carminate et la glycérine acidifiée.

Pour étudier la structure générale du tendon, il est indispensable d’y pratiquer des coupes transversales.

M. Ranvier conseille le procédé suivant : après avoir plongé pendant vingt-quatre heures un petit tendon dans une solution d’acide osmique à 1 p. 100, on le

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lave à l’eau distillée et on le met se colorer dans le picro-carminate pendant vingt-quatre heures. On le lave de nouveau au bout de ce temps, on le colle sur un morceau de moelle de sureau au moyen d’une

Fig. 38. — Coupe d’un tendon pris sur un fœtus à, terme. Entre les faisceaux primitifs se trouvent des cloisons de tissu conjonctif avec des vaisseaux sanguins. — a , a, cellules conjonctives ; b, faisceaux de fibres compris entre ces figures ; c, cloisons de tissu conjonctif ; d, vaisseaux sanguins; e, artère (Cadiat).

•solution épaisse de gomme arabique et le tout est mis durcir dans l’alcool absolu.

Quand la pièce est assez ferme, on pratique des ■coupes transversales que l’on monte ensuite dans la glycérine.

Latteux, 2' édition. 9

On n’oubliera pas non plus de vérifier la disposition de l’endothélium qui recouvre le tendon. Pour le mettre en évidence, on aura recours à l’imprégnation par le nitrate d’argent en solution au 300°. Ce procédé permettra de constater la présence de petites cellules légèrement onduleuses.

Pour isoler les fibrilles de tissu tendineux, on dissociera avec des aiguilles des tendons qui auront macéré un jour dans l’acide osmique à 1 p. 100 ou dans une solution concentrée d’acide picrique (Ranvier).

Enfin, par l’ébullition prolongée, on constatera qu’il existe dans les tendons de nombreuses fibres élastiques reconnaissables à ce qu’elles ne se colorent pas sous l’influence de la solution de carmin.

Sur des pièces injectées, la surface des tendons montrera un réseau vasculaire à larges mailles, bien que l’ensemble du tissu soit cependant très peu riche en vaisseaux.

B. Ligaments. — Leur structure se rapproche beaucoup de celle des tendons, et les procédés d’examen sont les mêmes. 11 sera bon d’étudier la manière dont les ligaments s’unissent aux os. Pour cela, on choisira, selon le conseil de M. Ranvier, le ligament rond d’un petit mammifère, et après l’avoir détaché ainsi qu’une portion de l’os auquel il adhère, on fera macérer le toutpendant quelquesjoursdans une solution concentrée d’acide picrique pour opérer la décalcification. Après durcissement selon les procédés habituels, on fera des coupes intéressant toute l’épaisseur de la pièce et l’on remarquera que dans le voisinage de l’insertion les cellules normales du ligament cèdent leur place à des cellules cartilagineuses. Pour bien les

voir, on colorera la préparation par la solution de purpurine.

C. Membranes fibreuses. — Elles sont formées par des faisceaux de tissu conjonctif entre-croisés en tous sens et possèdent comme les tendons des fibres élastiques, mais plus grosses et en plus grand nombre. Elles sont peu riches en vaisseaux sanguins.

Nous comprendrons sous ce titre :

a. Les membranes d’enveloppe de certains viscères (dure-mère, péricarde, ovaires, testicules, reins, rate, etc.). Dans certaines régions on trouve quelques fibres lisses.

b. Les aponévroses des muscles, qui se continuent à l’intérieur avec du tissu conjonctiflâche.

c. Le périnèvre, avec de nombreuses fibres élastiques.

d. Le périoste et le périchondre dont la structure est analogue aux organes précédents.

Les procédés d’examen sont les mêmes que ceux déjà décrits à l’occasion des tendons.

D. Membranes séreuses. — Elles sont en général formées par des faisceaux de tissu conjonctif entrecroisés en différents sens et mélangés de fibres élastiques fines. Dans quelques-unes, comme le mésentère, les vaisseaux sont peu abondants ; ils sont, au contraire, assez nombreux dans l’épiploon.

Quant à leur surface, elle est tapissée d’une couche endothéliale.

On devra donc étudier successivement les principaux types : le mésentère et l’épiploon et ensuite quel-

ques autres séreuses, comme le péricarde, la plèvre, le péritoine, la tunique vaginale.

M. Eanvier, dans son traité d’histologie, a donné d’excellentes méthodes pour l’analyse de ce tissu, et nous allons en résumer les points principaux.

a. Mésentère. — Le lapin se prête très bien à cette étude. Après avoir ouvert le ventre de l’animal, on attire au dehors une anse d’intestin avec le mésentère adhérent et on étale la membrane sur une plaque de verre. On peut déjà se l'aire ainsi une idée de sa structure générale. On aperçoit en effet un enchevêtrement de fibres conjonclives et élastiques et des noyaux plus ou moins nombreux.

Mais pour que l’examen soif aussi net que possible, il est indispensable d’opérer avec plus de précision.

La première précaution à prendre est de tendre le tissu de façon que les éléments conservent la situation qu’ils avaient normalement. Pour cela, on consultera les procédés que nous avons indiqués dans la première partie.

Le meilleur est de tendre la membrane en faisant sécher légèrement les bords par la pression des doigts. Quand un côté est sec, on tend et on appuie sur le bord opposé. On a de la sorte une surface complètement rigide, et au centre de laquelle on peut faire toutes les réacLions, sans avoir à craindre de rétraction des tissus.

On fera agir alors le picro-carminate qui colorera non seulement les fibres conjoncLives, mais encore les cellules propres de ces fibres.

Quant aux cellules endothéliales, on les traitera par la solution de nitrate d’argent au 500°, qui permettra seulement alors de voir nettement leur forme.

Vu la faiblesse de la solution employée, on pourra colorer également au carmin les noyaux de ces cellules.

M. Ranvier a démontré que le mésentère est formé de deux feuillets ; le procédé employé par lui est le suivant : on introduit une pipette de verre au voisinage d’un gros vaisseau dans le tissu du mésentère, qui à ce niveau est un peu plus épais, et on insuffle.

On constate alors que la partie superficielle contient seulement des fibres conjonctives et des fibres élastiques, tandis que la couche sous-jacente sert de soutien aux vaisseaux lymphatiques et sanguins.

b. Epiploon. — Cette séreuse présente également des particularités curieuses (fig. 39).

Pour l’étudier, on commencera par la tendre le plus complètement possible sur une plaque de liège percée à son centre d'une cavité et on la traitera par le nitrate d’argent en solution au 300° ou au 500°.

Il faudra avoir soin, avant de faire agir la solution argentique, de bien laver la surface avec de l’eau distillée versée pendant quelques minutes sur les deux faces.

On constatera de la sorte la présence d’une surface endothéliale, indiquée par les lignes noires, séparant les cellules. Quant aux noyaux, ils deviendront visibles en traitant la pièce par le picro-carminate, pendant un temps plus ou moins long, selon le degré de la solution argentique que l’on aura employée.

On ne confondra pas les noyaux des cellules endothéliales qui sont assez volumineux avec ceux qui appartiennent à la couche conjonctivedelamembrane .

On pourra également user de la solution d’hématoxyline, laquelle teindra les noyaux d’une façon plus intense que les fibres conjonctives.

Enfin, sur des pièces injectées, on étudiera la lorme des vaisseaux disposés en petites houppes l'ort élé -

Fig. 39. — Réticulum du grand épiploon. — a, grappes de cellules épithéliales ; 6, travées formées par le tissu de la séreuse (Cadiat).

gantes. Il sera bon d’injecter au bleu de Prusse soluble, ce qui permettra ensuite de colorer les éléments nucléaires au picro-carminate.

Ces pièces devront être conservées dans la glycérine.

c. Les mêmes procédés d’observation sont applicables aux autres séreuses : péricarde, plèvre, etc.

Pour de plus amples renseignements, nous conseillons de lire l’article « Tissu conjonctif » du traiLé

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

d’histologie de M. Ranvier où l’on trouvera des développements qui dépasseraient les limites que nous nous sommes imposées.

E. Derme. — Nous en parlerons plus loin en traitant des méthodes d’examen de la peau.

F. Tissu conjonctif des muqueuses. — En général, il est assez lâche et possède un grand nombre de vaisseaux dans son épaisseur, ainsi qu’on peut le constater sur des coupes verticales d’intestin injecté. Il affecte une forme réticulée, avec faisceaux entre-croisés.

G. Tissu conjonctif spécial de certaines membranes.

— Dans le cerveau (pie-mère, plexus choroïde) et dans l’œil (choroïde) on observe un tissu conjonctif lâche, soutenant un grand nombre de vaisseaux. On emploiera pour son étude les mêmes procédés que ceux décrits précédemment.

H. Tissu conjonctif du tissu vasculaire. — On le rencontre non seulement dans l’endocarde, mais encore dans les artères, les veines, les lymphatiques.

Pour en prendre connaissance, on fera des sections transversales de ces vaisseaux, après durcissement préalable dans l’alcool absolu.

On remarquera qu’il est plus ou moins riche en fibres élastiques, et extrêmement lâche dans la couche externe des artères et des veines.

I. Enfin, pour compléter l’étude du tissu conjonctif, on devra l’observer dans le cordon ombilical, sur des coupes transversales colorées au picro-carminale et dans les ganglions lymphatiques, où il présentera un aspect réticulé caractéristique.

TECHNIQUE MJCROPCOPIQUE.

2“ Tissu élastique.

On le rencontre, diversement distribué, dans ungrand nombre de points de l’économie, où il revêt des apparences assez différentes.

Les fibres qui le constituent ont un pouvoir réfringent très considérable, ce qui permet, au microscope, de les voir d’une façon- fort accentuée dans les organes où elles existent.

Ce tissu est réfractaire à la plupart des réactifs chimiques. C’est ainsi que ni l’eau, ni l’alcool, ni l’éther, ni les acides n’ont d’action sur lui; il est coloré en jaune par l’acide nitrique.

La potasse, en solution concentrée, gonfle et pâlit, mais sans les dissoudre, les fibres élastiques; ce n’est qu’à la longue ou par une coction prolongée qu’elles finissent par disparaîLre.

Le procédé le plus simple pour en prendre une idée générale est de les étudier dans le tissu conjonctif. On opérera de la façon suivante :

Après avoir mis à découvert le tissu conjonctif lâche de la peau d’un lapin, on pratique une injection interstitielle d’eau distillée. Puis, comme nous l’avons déjà décrit,, on en sépare, avec les ciseaux, un petit fragment qu’on étale sur une lame de verre, en le recouvrant d’une lamelle. On observe alors un grand nombre de filaments enchevêtrés en tous sens; mais si l’on vient à faire agir une goutte d’acide acétique, on change immédiatement l’aspect de la préparation qui prend une apparence hyaline uniforme, excepté en certains points où l’on distingue des fibres élastiques ondulées ou enroulées- en spirale; ces fibres n’étaient pas visibles d’abord, parce qu’elles ont à peu près le même indice que les fibres conjonctives, mais l’acide

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 15

A. Fibres élastiques fines. — C’est l’aspect qu’il revêt dans le tissu conjonctif, dans le derme, dans le tissu sousjacent du péritoine (fig. 40, b).

acétique venant modifier ces dernières, sans agir sur les fibres élastiques, celles-ci deviennent alors apparentes (fig. 40).

On pourra encore étudier le tissu élastique sur des coupes verticales de peau, traitées par l’acide acétique, et où il se montrera sous forme d’une trame fort élégante.

Le tissu élastique affecte trois formes différentes :

B. FIBRES ÉLASTI- Fi§- 40- — Fibres élastiques. - a, QUES ANASTOMOSÉES.— fibreS dartoiciues ’> 6- fibres flnes Dans les membranes (Cadiat)-

fibreuses et les ligaments elles sont anastomoséesentre elles, et souvent bifurquées à leur extrémité.

Certains organes, comme les ligaments intervertébraux, sont uniquement constitués par du tissu élastique (fig. 41).

Miiller propose, pour les étudier, de recourir au procédé suivant :

« Il plonge la pièce dans un mélange d’alcool et

Fig. 41. — Fibres élastiques des ligaments jaunes (Cadiat).

154 TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.

d’éther, pendant plusieurs heures, et il fait bouillir ensuite la substance dans l’eau, pendant une journée

entière, afin de séparer les parties grasses et le tissu conjonctif. Le jour suivant, il fait bouillir la pièce dans l’acide acétique faible, puis, au bout de quinze heures environ, dans l’eau qui enlève l’acide acétique. Enfin, pour avoir un tissu qui se prôLe complètement à l’étude, il le fait bouillir de nouveau dans une solution de potasse jusqu’à ce qu’il commence à se dissoudre. La pièce est alors lavée à l’acide acétique; on enlève l’eau, et on peut pratiquer des coupes. »

C’est ainsi qu’on éludiera le ligament cervical, les ligaments jaunes, et généralement tous les organes

formés de tissu élastique compacte.

C. Lamelles élastiques. — On rencontre cette forme dans la tunique moyenne des artères; ce sont des plaques plus ou moins épaisses, présentant des orifices de distance en distance. Pour étudier cette variété, on traitera des morceaux d’artère par la potasse concentrée qui dissoudra tout le tissu, sauf la partie élastique (fig. 42).

Fig. 42. — Lamelles élastiques (Cadiat).

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Les fragments restants seront lavés ensuite à grande eau et examinés dans la glycérine.

Enfin, nous conseillerons de traiter parTacide picrique, en solution concentrée, les coupes que l'on suppose contenir des fibres élastiques ; elles se coloreront fortement et leurs contours deviendront plus accentués.

3" Tissu adipeux.

Ce tissu, très répandu dans l’économie, ne présente aucune difficulté d’examen (fig. 42).

Fig. 43. — Vésicules adipeuses du pannicule sous-cutané de la dernière phalange (Cadiat).

On commencera par faire, dans la peau et dans le tissu graisseux sous-jacent, des coupes fines que l’on plongera dans le picro-carminate ; on les retirera alors, et on les éclaircira par la glycérine. On constatera que le tissu est formé de vésicules ovales ou poygonales, si elles sont fortement pressées, séparées par des travées de tissu conjonctif, qui se colorent en rose, tandis que les cellules graisseuses restent jaunes ; si la pièce a

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suffisamment subi l’action du picro-carminate, on aperçoit dans chaque vésicule, un noyau rose accolé à la paroi. Dans le cas où ce noyau ne serait point apparent, on laisserait, pendant vingt-quatre heures, les pièces dans de la glycérine additionnée de picro-carminate, pour lui donner le temps de se colorer.

M. Ranvier préconise une méthode qui permet de voir, d’un seul coup, tous les éléments constitutifs d’une vésicule adipeuse.

Il pratique une injection interstitielle de nitrate d’argent, à 1 pour 1000, dans le tissu cellulo-adipeux d’un animal fraîchement tué, et, détachant de la boule d’œdème ainsi produite une fine lamelle, il l'examine rapidement.

La cellule apparaît alors avec un double contour, la graisse remplit une partie de la cavité, et le protoplasma, qui remplit la partie disponible, apparaît avec un noyau vésiculeux muni d’un ou deux nucléoles.

On peut également recourir, pour voir les vésicules adipeuses, au bleu de quinoléine en solution alcoolique. Les cellules se colorent en bleu. Cette coloration, dit M. Ranvier, persiste et devient même plus intense, si la préparation est soumise ensuite à l’action d’une solution de potasse à 40 pour 100.

Ces pièces peuvent parfaitement se conserver dans la glycérine.

11 peut arriver que, par suite de l’abondance de la graisse, les détails dont nous venons de parler sont peu accentués. On aura recours alors, pour éclaircir la pièce, au procédé suivant :

Les coupes étant colorées comme précédemment, on les plongera, pendant un quart d’heure, dans de l’alcool ordinaire, et pendant une demi-heure dans de l’alcool absolu ; puis on les traitera par l’essence de

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

girofle qui dissoudra la graisse, et laissera voir, de la façon la plus nette, les vésicules munies de leur noyau ; on pourra ensuite monter ces coupes dans 1-e baume de Canada.

Si le noyau n’était pas parfaitement coloré par le réaclif, on pourrait le rendre un peu plus évident, en faisant agir, sur la pièce, l’acide acétique dilué.

Nous conseillerons de commencer l’étude du tissu adipeux par les régions où il est peu abondant.

M. Ranvier choisit la région dorsale d’un jeune lapin, et emploie une méthode analogue d’examen.

Nous avons déjà parlé de l’acide osmique, qui possède la propriété de colorer en noir les vésicules adipeuses; on devra étudier son action.

Après avoir fait, dans le tissu lâche du dos, une injection interstitielle de ce réactif au 100e, on détachera, de la boule d’œdème, un fragment qu’on étudiera dans la glycérine; on remarquera alors que chaque vésicule contient un certain nombre de sphères, ainsi que des granulations colorées en noir. Quant au noyau, il n’est généralement pas visible, et pour l’apercevoir, on traitera la pièce par le picrocarminate . On se souviendra que son action doit être prolongée assez longtemps, l’acide osmique ayant la propriété de diminuer l’affinité des tissus pour les matières colorantes.

Le même procédé est applicable toutes les fois qu’ayant une cellule sous les yeux, on suppose que les noyaux ou nucléoles sont de nature graisseuse. En faisant agir la solution d’acide osmique au 100e, on obtient, dans ce cas, une coloration noirâtre. 11 arrive souvent que dans une préparation l’acide a agi dans la partie centrale où la coloration est intense, tandis qu’à la périphérie l’action a été moins

TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.

vive. Il y a alors une teinte moins accentuée qui fait mieux ressortir les détails généraux.

Pour étudier la disposition des vaisseaux, on aura recours à des pièces injectées.

Rien n’est plus joli, comme disposition de réseaux, que ceux qu’on observe dans un lobule adipeux. On pourra choisir dans ce but l’épiploon du chat ou du lapin.

Ils forment des anses autour de chaque vésicule adipeuse, mais comme la graisse masque les contours des vaisseaux, on traitera la pièce par l’essence de girofle qui éclaircira la préparation.

On pourra colorer en violet par l’hématoxyline le tissu conjonctif interstitiel.

Il arrive enfin que certaines cellules présentent des cristaux de margarine. Nous conseillons de monter ces sortes de pièces dans la glycérine, où elles se conservent très bien, et de les examiner à la lumière polarisée, qui permettra de bien mieux reconnaître la nature des cristaux.

4° Tissu cartilagineux.

Etudié d’une façon générale, le cartilage se présente sous la forme d’uu tissu composé de matière amorphe hyaline, au milieu de laquelle se trouvent des cellules spéciales.

Pour s’en faire une idée, on prendra un morceau de cartilage intercostal de l’homme, et après y avoir pratiqué des coupes aussi fines que possible, on les examinera dans une goutte d’acide picrique concentré, et non dans l’eau qui déformerait les cellules. On constatera qu’elles sont formées d’une membrane d’en-

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 150

I veloppe contenant au milieu d’un protoplasma un ou deux noyaux avec nucléoles. ,

On distingue dans le tissu cartilagineux un certain nombre de types différents. Il est nécessaire de les étudier successivement.

A. Cartilage embryonnaire. — On l’examinera sur de jeunes embryons, soit de l’homme, soit des animaux. On le choisira à l’extrémité de la diaphyse des os longs. C’est également ce cartilage qu’on rencontre dans les enchondrômes et le cal des fractures.

Pour l’étudier, on pratiquera des coupes aussi minces que possible qu’on traitera par la solution d’acide picrique concentré. L’acide osmique à 1 pour 300 donne aussi d’excellents résultats (Ranvier).

On pourra également les colorer au moyen de la purpurine, en les laissant vingt-quatre heures en contact avec la matière colorante.

Il sera bon de faire des sections tangentielles à la surface du cartilage, et d’autres perpendiculaires.

B. Cartilage hyalin. — Il est caractérisé par une substance homogène creusée de cavités contenant des cellules. On choisira pour l'étude celui des cartilages costaux où les cellules sont fort apparentes (fig. 44) et très grandes, celui des surfaces articulaires avec des cellules plus petites et allongées, le cartilage du nez, etc. (fig. 45).

Cetle forme se rencontre encore dans les grands cartilages des organes de la respiration, dans toutes les symphyses du voisinage des os, dans le crochet de l’apophyse ptérygoïde, et au point d’insertion du tendon d’Achille sur le calcanéum.

On pratiquera des coupes très fines sur ces divers

cartilages (avec leur consistance naturelle, il est inutile de les faire durcir) et on les traitera par l’acide

Fig. 44. — Cartilage costal (chien adulte). Cadiat. picrique concentré qui a la propriété de faire ressor-

Fig. 45. — Cartilage de la cloison (homme). Cadiat.

tir admirablement les noyaux et d'empôcher leur ratatinement.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

La solution iodée donne de fort bons résultats. Elle permet, en colorant fortement le protoplasma des cellules, de le distinguer immédiatement de la substance hyaline (jui est beaucoup moins teintée.

On emploie la formule suivante : on fait dissoudre 2 grammes d’iodure de potassium dans 100 grammes d’eau distillée, et, lasolution opérée, onajoute de l’iode en quantité telle, qu’il reste des cristaux au fond du flacon.

La coloration disparaît malheureusement, lorsqu’on monte les pièces dans la glycérine.

On devra également colorer les noyaux des cellules. Pour cela rien ne convient mieux que la solution de purpurine que M. Ranvier a préconisée dans ces derniers temps. Yoici comment il la prépare : il fait bouillir un gramme d’alun dans 100 grammes d’eau distillée et y ajoute de la purpurine broyée et délayée dans une petite quantité d’eau. L’ébullition continue et il s’en dissout une partie. On filtre à chaud et on reçoit la liqueur qui s’écoule dans un flacon où on a mis préalablement 60 centimètres cubes d’alcool à 36 degrés de Cartier; on obtient ainsi une solution de couleur rose orangé, douée d’une fluorescence très marquée et qui possède la propriété, non seulement de colorer les éléments, mais encore de les fixer dans leur forme.

Les pièces ainsi préparées peuvent être conservées dans la glycérine.

M. Ranvier conseille d’étudier ce cartilage sur la sclérotique de la grenouille où il est très facile à observer et où il présente ses caractères distinctifs de la façon la plus nette.

On commencera par enlever l’œil au moyen de ciseaux courbes et, après l’avoir fendu en deux, on passera un pinceau sur les fragments pour séparer les

membranes internes. Gela fait, on examinera la sclérotique au milieu de l’humeur aqueuse qu’on aura eu soin de recevoir préalablement sur la lame porte-objet. On bordera à la paraffine et on observera avec un grossissement de 300 diamètres. On pourra également faire agir l’acide picrique et la purpurine.

Le cartilage de la tête du fémur de la grenouille est aussi très utile à étudier.

Une matière colorante qui donne également de bons résultats est le bleu de quinoléine; seulement il faut avoir soin de n’employer que des solutions peu concentrées; sans cette précaution on ne distinguerait plus les détails. Par ce moyen, les noyaux des cellules se trouvent colorés en bleu, mais d’une façon moins intense que la substance hyaline. On conserve ensuite les pièces dans la glycérine.

Il sera bon d’essayer l’action de l’acide osmique en solution au 300e, qui colore en noir les granulations graisseuses qu’on trouve souvent dans les cellules.

C. Cartilage calcifié. — On le rencontre au-dessous des cartilages articulaires, aux extrémités des épiphyses des os longs et au niveau des points d’ossification des cartilages.

Pour pratiquer des coupes dans de semblables tissus, il est indispensable de les débarrasser des parties résistantes qui ébrécheraient les instruments.

Le meilleur procédé pour atteindre ce but est le suivant :

On fait une solution d’acide chromique au 300° et on y plonge un fragment de la pièce qu’on se propose d’étudier. 11 est de toute nécessité que ce fragment ne dépasse pas quelques millimètres de côté. Au bout de2theures demacération, on renouvelle le liquide et,

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Ien général 48 heures après le début de l’opération, la pièce est devenue assez malléable.

On la plonge quelques heures dans l’eau pour enlever l’acide en excès et on achève le durcissement par un séjour plus ou moins prolongé dans l’alcool absolu.

11 est une autre méthode qui présente des résultats meilleurs. Au lieu d’acide chromique, on se sert d’acide picrique, qui donne les mêmes résultats, mais i avec cette différence que la pièce décalciliée ne perd pas son affinité pour les matières colorantes.

De plus il faut se souvenir que, lorsqu’on se propose de décalcifier par cet acide, elle doit être aussi petite que possible.

Dans le cas où la consistance n’est pas assez considérable, on plongera la pièce quelques heures dans la gomme, puis un temps égal dans l’alcool absolu pour lui donner la fermeté suffisante. On laisse ensuite les coupes dans l’eau pour les dégommer et leur perf. mettre ainsi de mieux subir l’action des milieux coloirants. Elles sont conservées dans la glycérine.

ÎM. Ranvier emploie dans le même but le procédé suivant :

« La pièce qu’on se propose de décalcifier est placée, dit-il, dans une solution de bichromate d’ammoniaque pendant une semaine, puis dans une solution I abondante d’acide chromique à 2 pour 1000. Lorsh qu’elle est décalcifiée complètement on la laisse n pendant 24 ou 48 heures dans l’eau que l’on renouvelle ^constamment ; puis, quand on a ainsi enlevé tout l’acide contenu dans le tissu, on la plonge pendant ptrois ou quatre jours dans une solution de gomme payant la consistance d’un sirop peu épais. On la porte 1 «ensuite dans l’alcool fort qui lui donne au bout de 24

TECI1NIQUE MICROSCOPIQUE.

ou 36 heures une consistance suffisante pour y pratiquer des coupes fines. Elles sont laissées 24 heures dans l’eau pour se dégorger et ensuite 24 ou 48 heures dans la purpurine pour les colorer. »

On se rappellera que pour obtenir un bon résultat avec les solutions d’acide chromique ou picrique, il est indispensable d’employer de grandes quantités de liquide pour de petites pièces et de changer souvent les solutions.

On préférera l’acide picrique qui a la propriété de ne pa modifier les affinités pour les matières colorantes, tandis que l’acide chromique au contraire détruit la tendance à la coloration, ou du moins l’atténue beaucoup.

D. Fibro-cartilage. — Se rencontre dans les ligaments intervertébraux et dans les cartilages intercostaux (fig. 46).

On peut l’étudier facilement dans ce dernier tissu.

Fig. 46. — Fibro-cartilage. — a, cellules cartilagineuses ; b, fibres conjonctives (Cadiat).

Pour cela, des coupes fines étant pratiquées, on les traite par le picro-carminate qui nuance en rouge

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 165

1 toute la partie fibreuse et laisse la partie ambiante à peu près incolore.

L’hématoxyline donne également dans ces cas d assez bons résultats.

E. Cartilage réticulé. — On l’observe dans 1 épiglotte, les cartilages aryténoïdes, les cartilages de Wrisberg et de Santorini, et dans ceux de 1 oreille et

de la trompe d’Eustache (fig. 47).

Ces divers tissus formés de parties de consistance différente ne se laissent pas couper aussi facilement que les précédents. Il est nécessaire de les durcir.

Fig. 47. — Cartilage réticulé (Cadiat).

Le meilleur agent dans ce cas est l’alcool absolu, où xm laisse la pièce pendant 24 heures. Les coupes pratiquées à l’aide d’un microlome sont ensuite plongées pendant quelques instants dans le picro-carminate, qui colore en jaune les fibres élastiques et en rose les noyaux des cellules.

166 TRCUNIQUE MICROSCOPIQUE.

Enfin pour terminer ce qui a rapport au tissu cartilagineux, nous ferons remarquer qu’il ne possède ni nerfs, ni vaisseaux. Les surfaces articulaires présentent à leur périphérie une membrane fibreuse, appelée périchondre, dans laquelle serpentent des vaisseaux qui se terminent en anses fort élégantes à la périphérie du cartilage. On devra étudier ces détails sur des pièces injectées.

5° Tissu osseux.

Nous étudierons d’abord le tissu osseux proprement, dit ; puis nous y adjoindrons, comme annexe, la ; moelle, le périoste, les membranes synoviales et les li- ' gaments articulaires.

A. Tissu osseux proprement dit. — Envisagé d’une manière générale, le tissu osseux est formé d’une subs- ' tance fondamentale dense, plus ou moins stratifiée, traversée par des canalicules vasculaires et creusée d’une multitude de petites cavités microscopiques, appelées ostéoplastes ; ces dernières renferment des cellules spéciales, dites cellules osseuses, et sont munies d’une foule de prolongements anastomosés les uns avec les autres.

Pour observer ces détails, il est indispensable de pratiquer des coupes minces dans les os.

Nous allons décrire le procédé généralement employé. La première condition pour faire une belle préparation est de se procurer un os complètement lavé et débarrassé de la graisse, dont il est normalement imprégné. Le meilleur moyen est de le faire macérer longtemps dans l’eau, en ayant soin de la changer souvent; mais, comme cette opération demande un

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

temps très long, il sera préférable de choisir chez un (. naturaliste un os bien blanc et bien sec, et <apparte- I nant autant que possible à un sujet adulte. On devra t rejeter les os offrant à leur surface des îlots jaunâtres . et transparents dus à de la graisse encore maintenue i dans le tissu.

Le choix de l’os étant fait, on le fixe dans un étau, et on enlève toute la partie qui dépasse, puis, le faisant remonter légèrement, on sépare, d’un second coup de scie, une nouvelle lamelle. On cherchera à l’obtenir aussi mince que possible, ce qui simplifie la besogne ; mais commeelle sera néanmoins toujours trop épaisse, il faut lui faire subir un certain nombre de prépara- . tions pour l’amener à la minceur désirable.

On commencera par l’user sur une pierre d’émeri i, bien plane, en ayant soin de la retourner, de temps

Ien temps, pour que les deux faces s’usent bien régulièrement et bien parallèlement. Il va sans dire que le 5 frottement n’a pas lieu à sec, mais bien sur une pierre [ imbibée d’eau. J’ai remarqué qu’une solution concen- [■ trée d’acide picrique activait l’opération. Le mieux est : de maintenir la petite coupe avec la pulpe du doigt il et de l’amincir par un mouvement circulaire. On l’exai< mine de temps en temps, et quand elle commence à : laisser percevoir ses détails, on la lave et on achève f l’amincissement en la frottant sur un morceau de ; pierre ponce aussi compacte que possible et bien plan.

11 est nécessaire de continuer l’opération jusqu’à ce i que la coupe soit presque transparente. On la lave alors à l’eau distillée pour enlever les impuretés et ensuite deux ou trois fois à l’alcool absolu pour la deshydrater complètement.

Cela fait, on la laisse dessécher complètement pour

168 TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.

permettre à l’alcool de s’évaporer et à l’air de rentrer dans les canalicules.

11 ne reste plus qu’à la polir, ce qui se fait en passant à sa surface un brunissoir en agate ou simplement en la frottant à sec sur une pierre d’Amérique à grain lin et serré.

Cette dernière opération est indispensable et a pour : but de faire disparaître les stries occasionnées par l’usure sur la pierre ponce.

Il s’agit maintenant de la monter d’une façon définitive. Il y a deux moyens : le procédé à sec et le procédé parle baume de Canada.

Le procédé à sec est le plus simple ; il consiste à enfermer la coupe entre la lame et la lamelle, purement et simplement, sans addition d’aucun liquide. L’air qui remplit les canalicules les fait apparaître en noir. L’occlusion peutsefaire, soiten fermant la préparation avec de la gomme arabique, soit en collant un petit cadre de papier sur la lamelle. Pour que la coupe soit réussie, il faut qu’elle soit suffisamment mince et que le polissage soit parfait; autrement, elle apparaîtrait couverte de stries dirigées en tout sens.

Le second procédé, celui du montage dans le baume, est plus délicat, et exige un petit coup de main facile d’ailleurs à saisir : il s’agit d’enfermer la pièce dans le milieu résineux, assez rapidement, pour qu’il n’ait pas le temps d’envahir les canalicules osseux et de se substituer à l’air qu’ils contiennent, ce qui amènerait leur disparition. On fait, pour cela, chauffer le baume suffisamment longtemps pour que l’essence s’évapore complètement, puis on y plonge la coupe, en ayant soin d’appliquer vivement la lamelle, et de déposer aussitôt la plaque sur un corps froid pour solidifier brusquement le baume. De la sorte, la résine pénètre

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

bien la substance fondamentale qu’elle éclaircit, mais n’envahit pas le tissu plus profondément.

On obtient ainsi d’admirables préparations sur lesquelles on peut voir les plus fins détails; mais elles demandent les plus grands soins pour être réussies.

On a cherché à colorer, par une sorte d’injection interstitielle, les canalicules osseux, et on y est arrivé par la méthode suivante, qui est due à M. Ranvier.

Cet opérateur emploie le bleu d’aniline soluble dans l’alcool.

La coupe d’os étant usée et amincie, comme nous l’avons dit, on la plonge pendant quelques heures dans la solution alcoolique, qu’on fait ensuite évaporer au bain-marie. La coupe est alors retirée et usée de nouveau sur une pierre mouillée avec une solution à 2 pour 100 de chlorure de sodium, qui diminue la solubilité du bleu.

Quand elle est arrivée au degré voulu, on la lave avec la même solution, et on la conserve au baume ou dans la glycérine.

On remarque quelquefois que la couleur bleue ne pénètre pas dans toutes les ramifications; cela vient de ce que, par le frottement, une foule de petites molécules ont obstrué les orifices des canalicules. On remédiera à cet état, en raclant légèrement, avec un scalpel, les deux surfaces de la lamelle, avant de la plonger dans le bleu.

Reprenons l’étude des divers détails relatifs au tissu ■osseux.

Si l’on fait une section transversale (fig. 48) dans un os long, un fémur, par exemple, la préparation montrera à l’œil une série de trous, inégalement espacés et de forme assez irrégulière, selon le sens de la coupe ; ce sont les canaux de Ilavers ; puis des zones Latteux, 2' édition. 10

concentriques entourant ces ouvertures, et présentant dans leur épaisseur de nombreux ostéoplastes ; ce sont les lamelles qui servent d’étui aux canaux de Havers;

Fig. 48. — Coupe d’un système de Havers, pour montrer les'ostéoplastes, les canalicules osseux et le canal de Havers (Cadiat).

enfin, à la périphérie de la coupe, une zone générale, formée également de plusieurs couches, constituant une enveloppe générale. On remarquera que les petits canaux, qui partent des ostéoplastes, viennent se jeter dans les canaux de Havers.

Si la section, au lieu d’être faite en travers, a passé, au contraire, par l’axe longitudinal de l’os, on conçoit que le coup d’œil changera : au lieu de voir des lumières de canaux coupés en travers, on rencontrera de longs tubes plus ou moins ramifiés; ce sont les canaux de Havers, mais vus dans leur longueur. Quant aux ostéoplastes, leur aspect n’a pas changé.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Pour mieux distinguer les canaux de Havers, il est un procédé qui donne de bons résultats, et qui consiste à colorer la coupe d’os par le carmin. Pour cela, une fois qu’elle est bien polie, on la plonge pendant vingtquatre heures dans une solution ammoniacale de carmin, où on la laisse bien s’imbiber ; puis on la retire,

on la lave et on l’use de couche de carmin déposée sur ses deux faces disparaît, et il ne reste de coloré que le pourtour et l’intérieur des canaux de Havers. On peut également traiter ainsi les coupes transversales ou longitudinales; sur ces dernières, les canaux de Havers se montreront sous forme de tubes ramifiés et anastomosés.

Le tissu osseux est doué de la double réfraction, ce qui se vérifie facilement par la polarisation.

Quand on examine les lamelles osseuses, situées sous le périoste, on rencontre, dans cette région, un système particulier de fibres, décrites par les auteurs, sous le nom de fibres de Sharpey (fig. 49).

Elles sont formées de

nouveau sur la pierre. La

ig. 49. — Fibres de Sharpey (Cadiat).

restes de substance conjonctive, ayant persisté, après

TECHNIQUE MrCllOSCOPIQUE.

le développement des lamelles, et dépendant parconséquent du périoste; aussi, trouve-t-on qu’elles sont constituées, soit par du tissu conjonctif, soit par du tissu élastique. Dans le premier cas, elles se dissolvent dans les acides; dans le second, elles résistent aussi bien aux acides qu’aux solutions alcalines.

On ne les rencontre que dans les lamelles formées aux dépens du périoste ; elles manquent, en conséquence, dans celles qui entourent le canal médullaire et les canaux de Havers ; elles sont surtout visibles et faciles à. étudier chez les poissons et les amphibies»

Pour les observer, on ramollira les os par macération dans l’acide chlorhydrique, et on les mettra en évidence en arrachant les lamelles, au moyen d’une pince; on les isolera ainsi quelquefois sur une assez, grande longueur.

Il nous reste maintenant à étudier les corpuscules osseux; mais on comprendra que pour des éléments aussi délicats, il soit nécessaire d’employer d'autresmoyens que ceux que nous venons d’indiquer. Un des meilleurs est celui qui consiste à ramollir l’os dans une solution acide, afin de pouvoir y pratiquer des coupes minces.

M. Ranvier préconise, comme le meilleur liquide de décalcification, un mélange, à parties égales, d’eau et d’acide chlorhydrique ; ce mélange convient mieux que l’acide chromique, qui décalcifie, il est vrai, parfaitement, mais qui a l’inconvénient de produire, dans les préparations, des cristaux ou des granulations.

On reconnaît que la décalcification est achevée,, quand les fragments ont acquis une souplesse et uneélasticité complètes, et qu’ils se laissent couper avec le rasoir. On les fait alors macérer dans l’eau quelquesheures pour enlever les dernières traces d’acide et on.

peut ensuite les traiter comme les pièces habituelles, pour en faire des coupes qu’on colorera, soit avec le picro-carminate, soit avec la purpurine, où on les laissera 24 ou -48 heures.

Outrel’acide chlorhydrique, on peut encore employer l’acide picriquequi donne les meilleurs résultats, mais ù la condition que le morceau soit excessivement petit et ne dépasse pas quelques millimètres de côté.

Quel que soit le procédé employé; on fera des coupes aussi minces que possible, et après les avoir colorées à la purpurine, on observera les corpuscules à un fort diamètre. On constatera alors qu’ils contiennent une cellule plus ou moins ratatinée et un noyau assez volumineux, se colorant fortement sous l’influence du réactif.

Les vaisseaux dés os sont assez difficiles à étudier. On devra se servir dans ce cas de pièces injectées au bleu de Prusse soluble et qu’on fera décalcifier dans l’acide picrique ou l’acide chromique.

Outre l’étude de l’os complètement formé il y a en- > core une question fort intéressante à traiter, c’est celle de leur développement.

On coupera de petits fragments comprenant l’os et le cartilage d’ossification, puis on les mettra macérer quelques heures dans l’alcool absolu pour fixer les ! éléments. On les plongera ensuite pour les décalcifier S dans une solution d’acide picrique, et lorsque la pièce t sera devenue malléable, on la durcira par les procédés habituels.

Nous avons dit que l’acide chromique donnait en général des précipités dans les cellules. Cependant on peut quelquefois l’employer, parce qu’il est plus énergique que l’acide picrique. Mais le plus grave inconvénient est de diminuer considérablement l’affinité des

cellules pour les matières colorantes. La solution employée doit être à 2 ou 4 pour 1000.

M. Ranvier fait observer que les pièces traitées par l'acide cliromique ont conservé la faculté de se colorer par la purpurine, et il indique la manière suivante de procéder.

La pièce à décalcifier est placée, dit-il, dans une solution de bichromate d’ammoniaque pendant une semaine, puis dans une solution abondante d’acide chromique à 2 pour 1000. Lorsqu’elle est ramollie, on la plonge dans l’eau pendant quelques heures pour la faire dégorger, puis dans une solution épaisse de gomme arabique, où on la laisse jusqu’à ce qu’elle tombe au fond du vase. On la retire alors, on la met dans l’alcool absolu et on obtient au bout de deux ou trois jours une pièce suffisamment solide pour qu’il soit possible d’y pratiquer des coupes minces qu’on colorera ensuite avec le picro-carminate ou la purpurine.

On prendra les plus grandes précautions pour faire les sections qui sont quelquefois difficiles, vu la différence de fermeté des diverses couches. 11 est indispensable que les pièces soient parfaitement durcies.

Pour compléter la technique du tissu osseux, nous ferons observer que, s’il s’agit de coupes à pratiquer dans des os spongieux, il est nécessaire de modifier un peu les procédés généraux. Comme ce tissu serait trop fragile et s’écraserait sous l’action de la scie, on commence par le plonger dans une solution épaisse de gomme, et quand il en est bien imbibé, on le retire et on le dépose dans l’alcool qui solidifie la gomme et donne plus de solidité à la pièce.

On en coupe alors des lamelles par le même procédé que pour le tissu compacte et on les use sur la

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

pierre; seulement, au lieu de se servir d’eau, on emploie l’alcool pour la mouiller. La pièce suffisamment amincie est jetée dans l’eau où elle achève de se dégommer.

B. Moelle des os. — C’est une substance pulpeuse molle, qui remplit les cavités osseuses. Elle est tantôt jaunâtre, tantôt rougeâtre.

La première se trouve dans les os longs des animaux adultes. Elle doit sa couleur à la graisse qu’elle contient. La seconde se rencontre dans les épiphyses, les os courts et les os plats et surtout dans les corps vertébraux, les os de la base du crâne et le sternum.

La moelle présente à étudier des cellules spéciales qu’on nomme médullocelles, des cellules à noyaux multiples ou myéloplaxes (fig. 50), des cellules adipeuses , et un tissu conjonctif lâche qui sert de soutien aux nerfs et aux vaisseaux.

Pour prendre connaissance de ces divers détails, on choisira un os long d’un animal fraîchement tué, et après l’avoir fracturé légèrement avec un marteau, on en extraira des fragments de moelle qu’on étudiera en les dilacérant dans une goutte de sérum.

On pourra également faire macérer pendant 24 ou 48 heures des fragments de moelle dans l’alcool au 1/3, ce qui permettra d’isoler facilement les cellules. Les éléments seront ensuite colorés avec une goutte de picro-carminate et examinés dans la glycérine.

Fig. 50. — Myéloplaxes (Cadiat).

TECffiVIQUE MICROSCOPIQUE.

On remarquera que toutes les cellules ne sont pas semblables : les unes sont globuleuses et présentent un noyau coloré en rouge, ce sont les médullocelles ; les autres, plus grosses et de forme plus ou moins irrégulière, laissent voir dans leur intérieur plusieurs noyaux : ce sont les cellules décrites dans les auteurs sous le nom de plaques â noyaux multiplesou myéloplaxes.

Enfin il existe des cellules adipeuses présentant le plus souvent un noyau coloré et qu’on peut d’ailleurs reconnaître facilement par la réaction de l’acide osmique.

Ces cellules de la moelle sont douées du mouvement amiboïde. On peut facilement l’observer sur la moelle d’un animal à sang froid. Nous décrirons plus loin, quand nous parlerons du sang, les moyens employés pour observer ces phénomènes.

C. Périoste. — C’est la membrane qui recouvre le corps des os. Elle est fortement vasculaire et présente une couleur plus ou moins jaunâtre, quelquefois blanchâtre.

Son épaisseur est variable selon les régions où on l’examine : épais dans les points où il se continue avec les tendons ou les aponévroses, et dans ceux où il n’est recouvert que par la peau, il est au contraire mince et transparent dans les régions où il donne naissance directement à des fibres musculaires sans l’intermédiaire de tendons.

Dans les points où les os sont recouverts par une muqueuse (voûte palatine, cavités nasales) le périoste se confond complètement avec le derme de la muqueuse et ne peut en être séparé.

Pour étudier le périoste, on en séparera des frag-

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

ments au moyen d’un scalpel fort qui raclera l’os et on les fera durcir par les procédés habituels, puis on y pratiquera des coupes fines qui montreront que cette membrane est formée de deux couches entièrement unies, mais de structure différente : la plus superficielle est formée de tissu conjonctif, entremêlé de cellules adipeuses et contient les nerfs et les vaisseaux du périoste. La plus profonde présente des fibres élastiques et n’est que très peu vasculaire. Elle est seulement traversée par les vaisseaux et les nerfs qui se rendent dans le tissu osseux.

Les coupes seront colorées avec le picro-carminate et examinées dans la glycérine. 11 sera indispensable d’étudier également des pièces injectées pour se rendre compte de la richesse vasculaire de la couche superficielle.

Le trajet des nerfs sera facilement suivi en traitant la membrane bien tendue par la solution d’acide osmique au centième.

D. Membranes synoviales. — Ce sont des membranes qui enveloppent les articulations et contribuent à maintenir les rapports entre les surfaces de frottement. Elles sont plus ou moins épaisses et souvent recouvertes extérieurement de couches fibreuses superposées.

On fera durcir ces membranes et on y pratiquera des coupes verticales qu’on traitera par le picrocarminate et la glycérine.

On devra étudier les connexions de ces capsules fibreuses avec les os et les cartilages. On commencera dans ce cas par séparer de petits fragments à la limite des points d’insertion et on les fera macérer pendant plusieurs jours dans une solution concentrée d’acide

178 TECUNIQÜE MICROSCOPIQUE.

picrique qui ramollira la substance osseuse et permettra de pratiquer des coupes intéressant à la fois les deux tissus. Les morceaux devront être fort petits et ne pas dépasser quelques millimètres cubes. On remarquera également que ces membranes synoviales se confondent souvent avec le périoste.

Au point de vue de leur structure histologique, elles sont formées de deux parties (fig. 5 :

Fig. 51. — Coupe de la synoviale du genou au niveau du ligament latéral interne. — Cette préparation a été faite avec la synoviale du genou d’un supplicié de vingt-cinq ans. — a, tissu de la synoviale avec des végétations villiformes ; 6, tissu conjonctif sousséreux renfermant des vésicules adipeuses et interposé entre la synoviale et le ligament latéral interne (Cadiat).

1° Une couche de tissu conjonctif à faisceaux parallèles dans la partie interne, à fibres serrées et

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 179

présentant des noyaux allongés, avec fibres élastiques fines et dans la couche externe des faisceaux entrecroisés avec fibres élastiques fines et quelquefois un certain nombre de vésicules adipeuses.

Ces divers détails, nous le répétons, s’observent facilement sur des coupes verticales, colorées par le picrocarminate et traitées ou non par l’acide acétique.

12° Une couche d’épithélium pavimenteux simple ou stratifié à larges cellules munies d’un noyau. On traitera cette surface par le nitrate d’argent en solution au 300e ou même au 500e, afin de mieux distinguer le grou-

Îpement des cellules. Puis on fera apparaître ensuite le noyau en laissant la pièce macérer un temps plus ou moins long dans une solution de carmin neutre.

Si l’on peut disposer d’une pièce injectée, on constatera que les membranes synoviales sont également pourvues de vaisseaux, peu nombreux néan- >: moins.

La surface interne présente souvent des saillies que l’on désigne sous le nom de « franges synoviales ». Elles offrent, contrairemen taux membranes synoviales, une grande richesse vasculaire. De nombreux capillaires forment des anses fort élégantes sur le bord de ces petits organes qui sont d’ailleurs formés de tissu conjonctif assez compacte et recouverts de l’épithélium dont nous venons de parler. On trouve parfois dans leur intérieur des cellules cartilagineuses.

Ces franges sont elles-mêmes surmontées quelquefois de petites saillies secondaires qui ne sont pas vasculaires et sont formées de tissu conjonctif compacte ou même d’épithélium condensé, ainsi qu’on peut facilement le constater sur des coupes intéressant l’épaisseur du tissu.

Quant au liquide qu’on trouve dans l’intérieur des

capsules, « la synovie », elle ressemble beaucoup au mucus et présente au microscope des cellules épithéliales libres, souvent atteintes de dégénérescence graisseuse, des noyaux de cellules, des granulations graisseuses et quelquefois des globules sanguins et lymphatiques, le tout nageant dans un fluide qui se trouble par l’influence de l’acide acétique.

Pour compléter enfin l’histoire des membranes synoviales, on devra étudier la distribution des nerfs dans leur épaisseur et recourir alors à l’acide osmique en solution au centième.

E. Ligaments articulaires. — Leur structure varie selon les régions. Dans les membranes qui unissent les os de la voûte du crâne, chez les enfants, on constate une texture conjonctive à fibres parallèles et à noyaux allongés.

Dans d’autres régions, et ce sont les plus répandues, les os sont maintenus par des ligaments ayant exactement la structure du tissu fibreux.

Les éléments élastiques qu’on rencontre dans les ligaments jaunes des arcs vertébraux et dans le ligament cervical postérieur sont formés de fibres longitudinales très serrées. On devra les étudier sur des coupes transversales. Elles sont unies entre elles par un tissu conjonctif lâche, peu abondant. On devra les isoler en les faisant bouillir dans une solution de soude à 35 0/0. Quand la pièce semble ramollie, on arrête l’action du réactif en la plongeant dans l’eau. Pour l’étudier, on la dissociera sur une lame de verre et on l’observera dans la glycérine picriquée.

Les ligaments intervertébraux présentent une structure spéciale : ils devront être étudiés au moyen de coupes verticales et de coupes transversales. Ils sont

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 181

formés de trois par Lies : 1° de couches concentriques de fïbro-cartilage d’un tissu conjonctif blànchâtre; 2° d’une masse centrale molle, principalement formée de fibro-cartilage; 3° de deux couches de cartilage immédiatement appliquées sur les os.

Les couches concentriques sont formées extérieurement de tissu conjonctif, plus en dedans de couches alternatives de tissu conjonctif et de fibro-cartilage. Ce dernier tissu se compose d’une Irame fibreuse serrée, dépourvue de fibres élastiques au milieu de laquelle on découvre de petites cellules de cartilage allongées et disposées en séries.

La substance centrale est formée de fibro-cartilage mou et de tissu conjonctif et laisse voir de plus les vestiges de la corde dorsale.

Dans la symphyse pubienne, on trouve à la périphérie un vrai tissu cartilagineux avec substance fondamentale homogène, contenant des cellules mères volumineuses et au centre un tissu d’apparence fibreuse. Ces divers détails se vérifient facilement sur des coupes transversales.

On rencontre également dans cette région des capsules cartilagineuses de très grande dimension et incrustées de sels calcaires.

Pour terminer, nous dirons quelques mots des cartilages interarticulaires que l’on rencontre dans les articulations du genou et du maxillaire inférieur. On y trouve un tissu fibreux dense, à fibres entre-croisées en divers sens et peu distinctes, et des cellules cartilagineuses disposées en séries longitudinales.

Les diverses préparations relatives aux détails qui précèdent sont faciles à faire. Elles consistent la plupart en sections verticales et horizontales et devront être examinées dans la glycérine après avoir Latteux, 2e édition. 1 1

technique microscopique.

été colorées par la purpurine ou le picro-carminate.

Les tissus qui contiennent les éléments cartilagineux seront colorés par l’acide picrique.

On pourra également, dans certains cas, traiter les préparations par le bleu de quinoléine, mais on ne devra pas oublier que, vu la grande puissance de coloration de ce réactif, il est indispensable de l’employer en solution très diluée. Les coupes seront, après avoir été lavées, conservées dans la glycérine.

6" Tissu épithélial.

Ce tissu présente une importance toute particulière, et mérite d’être étudié avec les plus grands détails ; il est extrêmement répandu dans l’économie et se présente sous les formes les plus variées, selon les régions où on l’examine.

Nous le diviserons en trois catégories : 1° L’épithélium pavimenteux, lequel peut être simple, c’est-àdire formé par un seul rang de cellules, ou stratifié, c’est-à-dire composé d’un nombre de couches plus ou moins nombreuses de cellules superposées.

2° L’épithélium cylindrique, formé de cellules plus allongées dans un sens que dans l’autre, et qu’on rencontre surtout dans les organes splanchniques.

3° L’épithélium vibratile, dont les cellules sont munies de cils animés de mouvements spéciaux.

1° ÉPITHÉLIUM PAVIMENTEUX.

a. Epithélium pavimenteux simple. — C’est l’espèce la plus répandue dans l’organisme; il est constitué par des éléments cellulaires aplatis, pâles, de forme plus ou moins irrégulière, groupés les uns à côté des autres, et adhérents entre eux au moyen d’un

TISSUS ÉLÛMENTAI1IUS.

i ciment intercellulaire. Les cellules, de dimensions variables, sont tantôt franchement polyédriques, i comme dans l’épithélium buccal, ou bien allongées, i comme on l’observe à la surface interne des vaisseaux.

Elles ont généralement un noyau très net, et quelquefois un ou plusieurs nucléoles; elles peuvent aussi contenir des granulations de nature graisseuse.

On trouve cette variété d’épithélium dans un grand nombre de points : les lymphatiques et les vaisseaux sanguins, ainsi que les cavités du cœur, les sacs séreux, les synoviales, les bourses muqueuses, les gaines tendineuses ; on le rencontre encore dans l’œil, à la face postérieure de la cornée et à la face antérieure de l’iris, dans l’oreille interne où il tapisse les canaux semi-circulaires et le vestibule. Enfin, c’est lui qu’on rencontre dans les alvéoles pulmonaires.

Pour étudier ces divers éléments il est nécessaire de recourir à plusieurs manipulations.

En général, la première opération consiste à dissocier les surfaces épithéliales, de façon à détruire le ciment intercellulaire qui réunit les cellules. Plusieurs procédés sont également bons : celui que nous employons le plus fréquemment est la macération, dans I l’alcool au 1/3, pendant vingt-quatre ou quarantehuit heures. Les éléments sont bien conservés dans r leur forme, et se séparent avec la plus grande facilité, par un simple raclage. De plus, les affinités pour les l matières colorantes ne sont pas modifiées, ce qui permet de colorer les noyaux de cellules.

Étant donc donnée une membrane qui a subi l’ac- , tion de l’alcool au 1/3, on la retire après vingt-quatre ( heures, et, avec un scalpel, on racle légèrement sa i surface.

Le résidu, qui reste sur la lame, est déposé sur une

plaque de verre, et ou y ajoute une goutte de picrocarminate. A l’aide d’une aiguille, on agite légèrement la masse, de façon üi faire pénétrer partout la matière colorante, et au bout de quelques minutes, on ajoute une goutte de glycérine; puis on recouvre d’une lamelle, et on examine avec 250 ou 300 diamètres.

Les cellules apparaissent alors nettement isolées et flottent dans le liquide de la préparation. Le noyau, parfaitement visible, est coloré en rouge, ainsi que les nucléoles, quand il y en a.

Il peut arriver que les cellules, par leur délicatesse, se trouvent déformées au moment où l’on ajoute la glycérine. On devra alors la faire pénétrer graduellement, par capillarité, sous la lamelle, et ne pas la déposer tout d’abord et brusquement sur la bouillie qui contient les cellules.

Dans le cas où les cellules contiendraient des granulations graisseuses, ce qui arrive quand elles sont anciennes, on en reconnaîtrait la nature en leur faisant subir l’action de l’acide osmique au 100e, qui, comme on le sait, jouit de la propriété de colorer la graisse en noir, par réduction de l’osmium.

On peut encore pour dissocier les cellules épithéliales recourir au sérum iodé.

Voici comment on le prépare : on se procure du sérum naturel, du sang ou de l’amnios, ce qui est facile dans les grandes villes où existent des abattoirs, et le liquide est recueilli dans un flacon au fond duquel on a déposé des cristaux d’iode. On agile le mélange de façon que tout le liquide se trouve successivement saturé d’iode ; celte opération doit être renouvelée souvent pour empêcher la formation des moisissures.

On peut encore recourir au procédé suivant : au

J lieu d’employer de l'iode en paillettes, on verse une forte proportion de teinture d’iode dans le flacon | contenant le sérum, et on filtre la solution dans laquelle s’est produit un précipité. Cette solution, fortement iodée, versée tous les jours, en petite quantité, i dans le sérum, le préserve de la putréfaction.

M. Ranvier fait observer qu’au début, l’iode se dis- > sout très lentement dans le sérum, et que ce n’est qu’à la longue qu’il devient de plus en plus riche en iode. Pour dissocier une surface épithéliale, on en i sépare un petit fragment qu’on y laisse macérer pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, et après

ice temps, on peut, au moyen du raclage, enlever un nombre suffisant d’éléments pour les étudier.

Si, la macération n’ayant pas été assez prolongée, les cellules ne se dissociaient pas, on devrait ajouter un peu de sérum fortement iodé, et laisser agir de nouveau le réactif.

Le sérum iodé, de môme que l’alcool au d/3, n’entrave nullement l’action ultérieure des matières colorantes.

On pourrait encore se servir de l’acide chromique très dilué, comme agent de macération ; mais les résultats sont moins nets. Il se forme dans les cellules un précipité granuleux, et leur affinité pour les matières colorantes est beaucoup affaiblie.

Nous venons de voir la manière d’étudier les épithéliums, dans le but de constater la forme de leurs éléments; mais il est une seconde opération aussi importante, qui consiste à les étudier en place. Il faut pratiquer, dans ce cas, l’imprégnation par les sels d’argent.

Voici le procédé que nous avons adopté et qui donne d’excellents résultats : supposons qu’on veuille obser-

ver la surface épithéliale de la vessie, par exemple. Après avoir séparé l’organe, en évitant le contact du sang, on le plonge dans l’eau distillée, où on l’agite quelques minutes pour bien le laver, puis on le relire et on l’étend sur une plaque de liège, en ayant soin de fixer les bords avec des épingles. Quand la membrane est bien étendue, on l’arrose de nouveau avec de l’eau distillée, qu’on laisse tomber goutte à goutte, et on l’asperge ensuiteavec une solution de nitrate d’argent, à 1 pour 300, ou mieux 1 pour 500. On continue l’action du réactif jusqu’à ce qu’on aperçoive une teinte laiteuse. On lave alors pour enlever l’excès du sel d’argent, et on expose à la lumière pour que la réduction puisse s’opérer.

On obtient de la sorte de magnifiques images. Pour les conserver ensuite, on traite la préparation par une légère solution d’hyposulfite de soude, qui enlève le sel d’argent en excès, et les pièces peuvent être conservées dans la glycérine.

Nous recommandons d’user de préférence de solutions faibles. Nous avons, dans certains cas, obtenu d’excellents résultats avec des solutions au millième. En hiver, lorsque le ciel est brumeux, on peut user de solutions au centième; mais il faut alors laisser le réactif fort peu de temps en contact avec la pièce. On n’obtient, d’ailleurs, jamais de la sorte d’aussi bons résultats, et les lignes de séparation des cellules sont souvent empâtées.

Dans ces derniers temps, nous avons employé, pour nos imprégnations, un petit appareil qui donne d’excellents résultats. Au lieu de laisser tomber goutte à goutte le nitrate d’argent, nous mettons la préparation dans un flacon muni de deux tubes, l’un effilé et l’autre communiquant avec une poire en caoutchouc.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

En faisant de la pression, on vaporise le liquide argenlique qui agit plus régulièrement sur la pièce, 'et balaie d’ailleurs tous les dépôts d’albuminates, au moment môme où ils sont formés.

On peut adopter le petit instrument dont se servent les dessinateurs pour fixer le crayon.

Le procédé, que nous venons d’indiquer, ne saurait convenir lorsqu’il s’agit d’étudier l’épithélium qui tapisse un vaisseau ou un canal glandulaire. On doit, dans ce cas, recourir à l’injection. Nous avons d’ailleurs décrit le procédé à l’article Injections au nitrate d'argent.

Les solutions employées seront faibles également, et la masse devra être gélatineuse, afin que les parois ne s’affaissent pas l’une sur l’autre, ce qui empêcherait de distinguer la forme des cellules.

Les pièces choisies pour l’injection devront être parfaitement fraîches, sous peine de n’avoir que des résultats incomplets, l’épithélium se détachant avec la plus grande facilité. 11 arriverait, dans ce cas, que les couches sous-jacentes seraient colorées d’une façou diffuse.

Si l’on se proposait d’observer les surfaces épithéliales au point de vue de leurs rapports avec les couches qui les supportent, il serait nécessaire de pratiquer des coupes verticales sur des pièces durcies.

Le procédé habituel parla gomme, l'acide picrique et l’alcool peut suffire à la rigueur ; mais nous avons remarqué qu’il donne des résultats inférieurs à celui qui consiste à durcir les pièces en les plongeant dans l’alcool absolu Dans ce dernier cas, les cellules sont plus nettement limitées, et l’élection des couleurs s’y fait d’une façon plus accentuée.

On devra, pour faire durcir une membrane épithé-

188 TECUNIQUK MICROSCOPIQUE.

liale, avoir soin de la fixer sur une peLite plaque de bois ou de liège avec des épingles. On évitera ainsi le ratalinement des éléments qui les rendrait plus tard méconnaissables.

Nous avons généralement conseillé, comme matière coloranteT le picro-carminate ; mais dans quelques cas on pourra employer l’hématoxyline qui donne de fort belles préparations, et a une grande affinité pour tous les tissus épithéliaux. 11 faudra prendre soin, une fois la coloration achevée, de bien laver la pièce à l’eau distillée, avant de la monter définitivement.

Quant la conservation des préparations d'épithéliums, elle peut avoir lieu dans la glycérine, selon les procédés ordinaires, ou bien dans le baume de Canada.

Dans ce dernier cas, les opérations de déshydratation et d’éclaircissement devront être faites, la surface parfaitement tendue et fixée sur une plaque de liège ; on devra monter les pièces dans le baume, à froid ou • très faiblement chauffé, pour éviter que la préparation ne vienne à se crisper.

En étudiant chaque organe isolément, nous reviendrons d’ailleurs souvent sur la manière d’observer les divers épithéliums.

b. Epithélium pavimenteux stratifié. — Il se présente sous le même aspect que le précédent, seulement il est formé par la superposition de plusieurs couches de cellules. Entre l’épithélium pavimenteux simple et l’épithélium stratifié, on trouve tous les degrés intermédiaires (fig. 52).

Assez mince dans les synoviales articulaires, l’appareil urinaire, il est au contraire très épais dans la cavité buccale, la conjonctive oculaire, le pharynx, l’oesophage, les organes génitaux de la femme.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

ISO

Pour observer la forme de l’épithélium buccal, il i existe un procédé tort simple, qui consiste à grattei, , avec l’ongle, la face interne des joues. Le petit amas

Fig. 52. — Coupo de l’épiderme du prépuce. — a, petites cellules de la couche de Malpighi : un certain nombre accusent des signes de segmentation ; b, cellules un peu plus avancées ; c, cellules polyédriques crénelées sur les bords ; d, cellules superficielles s’aplatissant pour former la couche cornée ; e, couche cornée. (Cadiat.)

de cellules que l’on amène ainsi est délayé dans une goutte de picro-carminate et étudié dans la glycérine.

Quelquefois, les cellules contiennent du pigment : on devra choisir celles de la choroïde du mouton, les cellules de l’uvée, dont la disposition affecte la forme

d’une superbe mosaïque. La leinle noire est due à la présence de granulations abondantes, lesquelles sont douées du mouvementBrownien; ces cellules possèdent un noyau que l’on peut apercevoir lorsque le pigment n’est pas très abondant.

On ne négligera pas non plus l’étude de la peau du nègre où l’on pourra se rendre compte facilement de la distribution du pigment.

Les cellules pavimenteuses stratifiées sont quelquefois munies de dentelures, disposées comme une roue d’engrenage. Cette forme se montre dans l’épiderme de la peau (nous y reviendrons plus loin), ou souvent dans certaines tumeurs épithéliales, comme l’épulis de la gencive, par exemple.

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