‹ Manuel de technique microscopique, ou, Guide pratique pour l'étude et le maniement du microscopeChapitre 29 sur 48 · ÉPITHÉLIUM CYLINDRIQUE · texte numérisé non relu

ÉPITHÉLIUM CYLINDRIQUE

Cette forme se rencontre sur les muqueuses. On la trouve dans toute l’étendue du tube digestif (fig. 53)

et des glandes qui en dépendent, puis dans les canaux galaclophores, le canal lacrymal, quelques régions des organes génitaux internes.

On devra l’étudier dans toutes ces régions par les procédés que nous avons décrits plus haut.

Cet épithélium est caractérisé par des cellules plus longues que larges et groupées les unes à côté des autres sur une seule couche. 11 peut arriver qu’une des extrémités de la cellule soit effilée, on a affaire en ce cas à l’épithélium conique. Chaque cellule contient un

cl <-

I-ig. 53. — Cellules épithéliales de la muqueuse intestinale du chat.

— a, 6, petites cellules de la couche profonde ; c, plateau ; d, cellules caliciformes. (Gadiat.)

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

noyau, placé le plus souvent à la partie moyenne et quelquefois un nucléole. Le corps est généralement ' granuleux.

Quant à la forme et au volume, ils sont variables selon les régions où on les examine.

Sur l’épithélium de l’intestin, préparé par dissociation, on remarquera que chaque cellule est munie d’un petit rebord épais qu’on appelle le plateau , formé d’une substance protéique coagulée et distincte de la membrane cellulaire.

11 y a enfin une variété dont nous parlerons à propos de l’intestin, ce sont les cellules caliciformes.

Nous décrirons également avec l’épithélium cylin drique la variété dite à cils vibratiles (lig. 54).

Pour observer facilement ces cellules, on les prendra sur le pharynx de la grenouille. Après avoir ouvert largement la gueule de l’animal, on racle avec un scalpel l’épithélium qui entoure la glotte et on dépose les fragments enlevés dans une goutte d’humeur aqueuse obtenue en crevant un œil. On voit immédiatement un grand nombre de cellules munies de cils vibratiles s’agitant avec une extrême rapidité; sous l’influence du courant ainsi produit, les petites granulations qui nagent dans le liquide sont attirées en tous sens et servent à montrer la direction du mouvement.

Si l’on a soin de clore la préparation avec la paraffine, le mouvement peut se prolonger plusieurs heures de suite.

Fig. 54. — Cellules à cils vibratiles des branchies de la moule commune. (Cadiat.)

On peut également observer de fort belles cellules vibratiles en raclant la face interne du manteau de l’huître et en faisant l’observation dans de l’eau salée.

On remarquera, si l’on fait agir du picro-carminate ou toute autre matière colorante sur ces cellules, que le noyau ne se colore pas, tant que les cils vibratiles gardent leursmouvements ; mais aussitôt que celui-ci cesse, la matière colorante diffuse dans la cellule.

Chez l’homme, l’épithélium vibratile s’observe en divers points : il recouvre la muqueuse des voies respiratoires à partir de la base de l’épiglotte, sauf les cordes vocales inférieures. Après avoir tapissé la trachée et les bronches, en diminuant successivement d’épaisseur, il n’est plus formé, dans les fines ramifications bronchiques, que par une seule couche de cellules à cils vibratiles.

La muqueuse nasale est également tapissée par de l’épithélium à cils vibratiles, à partir du point où se terminent les cartilages du nez.

L’utérus présente aussi des cellules vibratiles jusqu’à la moitié inférieure du col.

On les rencontre dans les vaisseaux efférents et l'épididyme, ainsi que dans les cavités du cerveau chez le nouveau-né. Chez l’adulte, cet élément disparaît presque complètement.

Enfin il se montre encore dans la trompe d’Eustache et la caisse du tympan.

Quel que soit son siège, cet épithélium forme des couches simples ou superposées dont la surface est couverte de cils flottants. Les cellules sont généralement cylindriques et ne présentent de cils que sur la couche superficielle.

Le nombre des cils varie entre 10 et 30. On conçoit que, pour les observer facilement, il sera indispensable

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

de recourir à de forts grossissements. Le 7 à immersion de Nachet suffit en ce cas.

Leur longueur varie beaucoup, mais ils ne sont jamais aussi longs chez l’homme que chez les animaux inférieurs. Ils sont fort délicats et ne persistent pas longtemps après la mort.

On étudiera très bien les cellules en les examinant dans le sérum iodé. Elles s’isoleront facilement après 24 ou 48 heures de macération dans ce liquide, et leur noyau se colorera sous l’action du picro-carminate.

Elles devront être conservées dans la glycérine que l’on aura soin de faire pénétrer doucement entre la lame et la lamelle, pour ne pas crisper de suite les cellules qui sont fort délicates.

Notons enfin que les mouvements vibratiles sont fort curieux et très faciles à observer sur un grand nombre d’infusoires, qu’on trouvera toujours abondamment en été dans les eaux verdâtres.

Il nous resterait à parler des ongles et des poils, mais nous y reviendrons, lorsque nous étudierons le système cutané.

f" Tissu glandulaire.

L’étude des glandes ne peut guère se séparer de celle des organes où elles se trouvent. Nous ne donnerons donc ici que des généralités, nous réservant d’indiquer les procédés techniques employés, au fur et à mesure que nous rencontrerons les diverses variétés.

Dans toute glande il existe trois choses à considérer : a) une membrane propre, en général amorphe, mince et transparente; b) une substance glandulaire proprement dite enveloppée par la membrane amorphe et constituée par des cellules spéciales ; c) des vaisseaux

entourant d’un réseau plus ou moins développé la substance glandulaire.

A. Membrane propre. — Si l’on fait bouillir un morceau de rein, par exemple, dans une solution étendue d’acide chlorhydrique, on ne tarde pas à voir les tubes glandulaires se dissocier, et il est facile d’en isoler quelques-uns. On remarquera qu’ils se présentent alors sous forme de tubes transparents, sans structure appréciable. Sous l’influence de l’ébullition, la substance glandulaire a été dissoute et il ne reste plus que la membrane propre, anhyste et transparente.

On devra comparer les diverses membranes glandulaires. Leur épaisseur varie. Dans certaines glandes on trouve une couche de tissu conjonctif destiné à les renforcer, et quelquefois des fibres lisses, comme dans les glandes sudoripares de l’aisselle.

Ces détails se vérifieront facilement sur des coupes verticales.

La membrane propre possède une solidité et une élasticité considérables, elle résiste longtemps à l’action des acides faibles et des dissolutions alcalines étendues.

Comme disposition, elle affecte trois variétés principales :

1° Elle revêt la forme d’un tube fermé par une de ses extrémités. Ce tube peut être court, ainsi qu’on l’observe dans la muqueuse intestinale, ou bien s’allonger plus ou moins, comme dans les glandes sudoripares (fig. SS et S6). Dans quelques glandes comme le rein et le testicule, les conduits glandulaires ont une longueur considérable.

2° La deuxième variété comprend un groupe de glandes composées de petites vésicules groupées les

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

unes à côté des autres, isolées comme dans l’œso-

Ipbage ou réunies par séries, comme dans les glandes

Fig. 55. — Glande en Fig. 5G. — Glomérule Fig. 57. — Glande tube de l’intestin. de glande sudori- en grappe sim- (Gadiat.) parc. (Cadiat.) . pie. (Cadia^

de Brunner. C’est la disposition qu’on observe dans les glandes dites en grappe (fig. 57 et 58).

3° La troisième variété comprend les glandes composées de capsules, fermées de toutes parts et entourées de tissu conjonctif : le corps thyréoïde, par exemple, ou l’ovaire.

B. Substance glandulaire.

— Elle est formée de cellules

Î groupées la plupart du temps sans ordre ou quelquefois affectant l'aspect d’un épithé- ^ hum, avec forme polyédrique.

Elles sont disposées en couches simples ou stratifiées. Les cellules propres de la glande devront être étu-

diées à l’orifice des canaux excréteurs, où l’on pourra suivre leur transformation en cellules épithéliales.

Elles peuvent être petites, sphériques ou arrondies, dans l’ovaire, par exemple, ou plus volumineuses, comme les glandes sébacées de la peau et les glandes de Meibomius.

Dans le foie, elles sont polyédriques ; ou cylindriques, comme dans la muqueuse utérine, l’estomac ou l’intestin.

Elles sont munies d’un noyau ; quelquefois, mais rarement, on en trouve deux. Elles sont Lantôt homogènes, tantôt granuleuses.

Pour vérifier toutes ces particularités, on recourra à la méthode déjà si souvent mentionnée de la macération dans l’alcool au 1/3 et on colorera les cellules dissociées par le picro-carminate.

C. Vaisseaux. — Il faudra enfin, sur des pièces injectées, rechercher la disposition des vaisseaux qui forment généralement de fort beaux réseaux et dont la forme varie beaucoup selon le groupement des éléments glandulaires. On trouvera dans les glandes en grappe, où les culs-de-sac sont de forme sphérique, un réseau capillaire à mailles, semblable à celui des cellules adipeuses . Le pancréas fournira de bons exemples. Le réseau se montrera dans l’estomac sous forme de vaisseaux rectilignes placés entre les glandes et s’anastomosant à la surface de façon à circonscrire des mailles au milieu desquelles se voient les orifices glandulaires.

On préférera l’injection au bleu de Prusse qui laissera ensuite la faculté de colorer les éléments nucléaires avec le carmin ou le picro-carminate.

Les nerfs des glandes peuvent se poursuivre jus-

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qu’à une certaine distance dans l’épaisseur'de l’organe, mais leur terminaison n’est pas connue. Cette étude présente d’ailleurs de grandes difficultés.

Pfliiger et Boll conseillent d’employer, pour éclair- ; cir les pièces, la solution de potasse à 35 p. 100. Le premier de ces auteurs engage à laisser les glandes dans la solution pendant une demi-heure, jusqu’à ce que : les tissus soient devenus bruns. Lorsque la réaction est à point, on doit, en examinant les artères, apercevoir nettement leurs muscles lisses.

Dans les glandes, on trouve encore des fibres mus- : culaires lisses, surtout dans le conduit excréteur et quelquefois autour des follicules, comme dans l’estomac. On en a observé également dans le tissu conjonc tif qui enveloppe les culs-de-sac glandulaires, comme la prostate et les glandes de Cowper, et dans l’épaisseur même des glandes (glandes sudoripares de l’ais-

I selle).

Au point de vue morphologique, nous diviserons les glandes en trois catégories :

1° Glandes en tube. — On les étudiera dans les régions suivantes : les glandes de Bowmann dans la région olfactive, les glandes de Lieberkübn de l’intestin grêle, les glandes en follicules du gros intestin, les glandes gastriques et utérines. Dans ces diverses régions, la forme générale est celle d’un tube droit.

Dans les glandes enroulées en tube, on remarque les glandes sudoripares, cérumineuses et conjonctivales.

2° Glandes en grappes. — Elles comprennent toutes les petites glandes des membranes muqueuses (glandes buccales, glandes de Brunner, de Meibomius) ou des glandes plus volumineuses, comme la glande la-

crymale, les glandes salivaires, le pancréas, les glandes mammaires, la prostate.

3° Enfin dans la troisième catégorie se placent les glandes ou vésicules closes, comme le corps thyréoïde ou l’ovaire.

La plupart des procédés de technique décrits au chapitre des épithéliums sont applicables ici. Nous ne les répéterons donc pas.

8° Tissu musculaire strié.

Ce tissu est extrêmement répandu dans l’économie.

C’est lui qui constitue tous les muscles du tronc, des membres, et de l’œil. Il se trouve encore dans un grand nombre de viscères : la langue, le pharynx, la partie supérieure de l’œsophage, dans les organes génitaux et dans le diaphragme et enfin dans le cœur, avec certaines modifications.

Son élément fondamental est la fibre musculaire, composée d’une enveloppe, le sarcolemme, qui laisse apercevoir des noyaux et qui contient la substance musculaire proprement dite, laquelle est contractile.

Cette fibre musculaire affecte la forme d’un filament allongé, cylindrique, non ramifié, excepté dans les muscles du cœur.

Son enveloppe est une membrane homogène, transparente, présentant à sa face interne des noyaux ronds ou ovalaires. Le nombre en est assez considérable et ils sont disséminés sans ordre.

Quant à la masse musculaire proprement dite, elle présente deux sortes de stries, les unes transversales très visibles et très régulièrement espacées, les autres longitudinales, plus ténues et également parallèles entre elles (fig. 39).

Les faisceaux primitifs sont groupés les uns- à côté

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

des autres pour former des faisceaux secondaires, dont l’ensemble constitue le muscle. Ils sont réunis par du tissu conjonctif, au milieu duquel se développe

Fig. 59. — Terminaisons des nerfs moteurs dans les muscles striés. (Dessin de Ch. Robin.) — a, b, faisceaux de tubes nerveux avec, le périnèvre et la gaine de Scliwann ; c, d, e, plaques motrices avec leurs noyaux ; f, tube nerveux isolé se dirigeant vers une plaque motrice ; A, i, noyaux du myolemme. (Cadiat.)

le système vasculaire. Enfin on y trouve également des nerfs.

Nous allons successivement passer en revue les moyens employés pour vérifier ces divers détails.

La première opération pour prendre connaissance de la structure d’un muscle consiste à le dissocier en ! ses éléments primitifs. Le meilleur réactif pour arriver

TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.

à ce but est le bichromate de potasse en solution à 10 pour 100. Un fragment de muscle qu’on y a laissé macérer pendant quelques jours se laisse ensuite facilement dissocier. Les éléments nucléaires peuvent être parfaitement colorés par le picro-carminate et la préparation conservée dans la glycérine additionnée d’acide formique.

Pour dissocier les fibres primitives d’un muscle macéré, on commence par en séparer un petit fragment, en prenant garde de ne pas le froisser. Puis on le dépose dans une goutte d’eau sur le porte-objet et, à l’aide de deux aiguilles, sur la platine du microscope, et avec le n° 0 ou le n° 1 on isole peu à peu chaque fibrille de sa voisine. Il faut avoir soin de disposer sur la lame porte objet le petit faisceau h dissocier, transversalement devant soi, afin de pouvoir faire glisser les pointes des aiguilles, entre les fibrilles et parallèlement à leur grand axe. Si l’on agissait autrement, on serait forcé d’appuyer sur elles avec les aiguilles, et on les romprait.

Quand on en a isolé une ou deux, on les dépose dans une goutte de picro-carminate, qu’on laisse agir quelques minutes et on ajoute une goutte de glycérine légèrement acidulée avec l’acide formique ou l’acide acétique.

Cette préparation permet de voir parfaitement les noyaux du sarcolemme (fig. 59, h. i ). On aperçoit également les stries transversales, mais nous indiquerons tout à l’heure, pour les mettre en évidence, un meilleur procédé.

ün peut également employer comme agent de dissociation l’acide chromique au 2000e ; mais, en ce cas, les noyaux se colorent beaucoup moins facilement.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 20 1

Le sérum iodé donne encore de bons résultats.

Nous avons employé quelquefois pour dissocier des muscles le procédé de l’injection interstitielle. Ce moyen réussit parfaitement, soit qu’on emploie de l’eau ou de l’alcool au tiers.

Pour étudier les stries, bien qu’on puisse les observer facilement sur des muscles frais, aucun réactif ne donne des résultats plus nets que l’acide osmique. On choisira, par exemple, une main et on l’injectera, par la radiale ou la cubitale. La solution au 200° est parfaitement suffisante. Les muscles sont légèrement durcis, et en faisant macérer quelques fragments dans l’alcool au tiers, on arrivera facilement à en isoler les fibres primitives.

Les stries sont également très apparentes sur des muscles soumis à la coction. Un morceau de bœuf bouilli donne de superbes préparations.

Pour voir le myolemme indépendamment de la substance musculaire qu’il contient, nous traitons un fragment de muscle par le bleu de quinoléine, et faisant agir la solution de potasse à 35 p. 100, nous dissolvons la substance incluse sans attaquer son enveloppe. Les noyaux restent visibles et en indiquent parfaitement les limites.

Les auteurs préconisent encore, pour voir la striation transversale, un certain nombre de réactifs :

Frey indique l’acide acétique à 1 p. 100, l’acide chlorhydrique, de 1 pour 200 à 1 pour 2000, le carbonate de potasse, le chlorure de calcium et le suc gastrique.

M. Ranvier donne un procédé spécial pour étudier le sarcolemme : « Si des faisceaux musculaires, ditil, enlevés à un muscle encore vivant, sont placés sur une lame de verre et recouverts d’une lamelle, il suffit d’y ajouter un peu d’eau au moment où l’on fait l’ob-

TECUN1QUE MICROSCOPIQUE.

servation, pour la voir pénétrer par diffusion au-dessous du sarcolemme, le détacher de la substance musculaire et le soulever. Il apparaît alors sur le bord du faisceau primitif comme une ligne fine et continue qui représente sa coupe optique. En faisant agir sur la môme préparation de l’acide acétique, on voit, en observant l’extrémité coupée de l’un des faisceaux, la substance musculaire devenue transparente, segonüer et s’échapper au niveau de cette extrémité, sous forme d’un bourgeon irrégulier, plus ou moins volumineux et vaguement strié en long. Le sarcolemme ne se laisse pas gonfler par le réactif, et refoulé par le bourgeon, il forme immédiatement au-dessous de lui une série de plis transversaux. »

Les fibres musculaires primitives étudiées, il s’agit de voir leur groupement pour former les faisceaux secondaires; il faut dans ce cas recourir aux coupes transversales (fig. 60).

On choisira un muscle longitudinal, aussi frais que possible, et on le plongera dans l’alcool absolu pendant vingt-quatre heures, puis dans la gomme picriquée, jusqu’à ce qu’il soit convenablement imbibé, ce qu'on reconnaîtra à ce qu’il gagnera le fond du flacon. On le retirera alors, et après avoir enlevé l’excédant de gomme, on le replongera dans l’alcool jusqu’à ce qu’il soit convenablement durci.

Ou y pratiquera des coupes minces transversales, qu’on étudiera dans la glycérine, après les avoir colorées au picro-carminate. Sur ces préparations, les îlots musculaires seront teints en jaune, tandis que les cloisons de séparation seront colorées en rose. On pourra faire apparaître les petits noyaux du myolemme en traitant la pièce par l’acide acétique.

Nous avons obtenu également de très beaux résul-

TISSUS ÉLÉMENT A IHES.

tats par l’emploi de la solulion d’hématoxvline.

Quant aux vaisseaux, on devra les éLudier sur des pièces durcies, au moyen de coupes verticales et de coupes transversales. Si les pièces sont injectées en

Fig. 60. — fl, faisceaux striés coupés en travers ; 6, vaisseaux

sanguins.

bleu, on pourra les durcir sans inconvénient dans la gomme picriquée ; mais, si on s’est servi de carmin, il I faudra employer la gomme simple, sous peine de défi colorer la préparation.

On pratiquera donc des coupes dans les deux directions.

Sur les coupes transversales, on constatera la disposition des vaisseaux dans le tissu conjonctif qui unit les faisceaux et on remarquera qu’ils ne pénètrent jamais dans les fibres.

Sur les coupes verticales, on étudiera la forme des mailles, formées de rectangles allongés et on consla-

tera que les vaisseaux circulent verticalement entre les faisceaux primitifs, autour desquels ils envoient des anastomoses latérales.

Les préparations injectées devront être montées dans le baume, après avoir été éclaircies par l’essence de girofle.

Ces quelques manipulations suffiront pour donner une idée de la structure de la fibre musculaire.

Mais nous allons, pour compléter cette étude, entrer dans quelques détails approfondis.

Nous avons dit tout h l’heure que les muscles étaient composés de faisceaux primitifs. Ceux-ci sont euxmêmes formés de fibrilles d’une extrême ténuité. Lorsque avec un fort grossissement on examine une coupe transversale de muscle, on remarque une élégante mosaïque îi la surface de chaque coupe de faisceau primitif.

Chaque polygone de la mosaïque représente une section de fibrille et l’ensemble de ces polygones constitue ce que l’on appelle les champs de Cobnheim (fig. 62).

Les meilleurescoupes dans ce cas sont celles que l’on pratique dans un muscle congelé et que l’on traite ensuite par le chlorure de sodium à d/2 p. 100.

Pour isoler ces fibrilles et les voir dans leur longueur, on aura recours il des muscles conservés dans l’alcool et surtout aux muscles d’animaux inférieurs. Ceux du protée sont excellents, mais, malheureusement, l’animal est fort rare.

Kôlliker recommande de faire macérer les muscles 8 à 15 jours dans l’eau additionnée d’un peu de sublimé pour empêcher la putréfaction. La macération

Fig. 61. — Champs de Cohnlieim (muscles de lézard). Cadiat.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 20 5

dans les liquides buccaux produit le même effet.

Si l’on fait macérer un muscle dans une solution d’acide chlorhydrique à 1 pour 1000, on remarque en pratiquant la dissociation que les faisceaux musculaires se partagent en disques empilés les uns audessus des autres comme des pièces de monnaie. Ce sont les disques de Bowmann.

On peut donc conclure que les faisceaux primitifs ne sont composés ni de fibrilles, ni de disques, mais d’éléments placés bout à bout et dont chaque disque ne contiendrait qu’une épaisseur.

Kôlliker emploie, pour obtenir les disques, la macération dans l’acide acétique très dilué (5 gouttes pour 100 grammes d’eau).

M. Ranvier préconise le procédé suivant : « Un muscle enlevé à un mammifère que l’on vient de sacrifier est soumis à la congélation, puis on y pratique avec un rasoir bien tranchant des coupes qui doivent être très minces et parallèles à l’axe des faisceaux. On les dissocie sur une lame de verre dans une goutte de picro-carminate. Eu étudiant alors la préparation avec des grossissements de 150 à 500 diamètres, on reconnaît la composition des faisceaux en disques. »

Quant aux fibrilles, elles sont unies par une substance liquide contenant des granulations. On les observe très bien sur des muscles de grenouille examinés dans l’humeur vitrée.

Nous avons dit que les faisceaux primitifs étaient unis entre eux par du tissu conjonctif et que par leur réunion ils formaient le muscle. Ce tissu conjonctif contient des fibres élastiques simples ou anastomosées, qu on met facilement au jour en traitant les coupes par 1 acide acétique. C’est lui qui constitue le périmy- Latteüx, 2* édition. 12

sium. On y trouve également quelquefois des cellules adipeuses.

Nerfs. — Les nerfs sont fort importants à étudier au point de vue de leur terminaison dans les muscles.

Lorsqu’on examine les faisceaux musculaires on voit de suite que les fibres nerveuses ne viennent les toucher qu’en des points très-limités, sans s’étendre parallèlement à leur direction.

Pour contrôler ces détails, on choisira une grenouille de petite taille, et après avoir incisé la peau sur toute la face ventrale, on apercevra immédiatement les nerfs, sous forme de filaments fins s’étendant aux muscles. On séparera un fragment à l’endroit où le nerf vient se jeter et on le plongera dans l’acide osmique àl pour 100, jusqu’à ce que la pièce soit devenue noirâtre. On le retirera alors, on le lavera à l’eau distillée et on l’observera dans la glycérine, après l’avoir traité par l’acide acétique.

Au moyen de l’acide osmique qui colore, comme on sait, les nerfs en noir, on peut assez facilement suivre le trajet du cylinder axis.

On constate alors que le nerf vient s’épanouir à la surface du muscle sous forme d’une plaque terminale munie de noyaux (fig. 60 c, d, e).

Mais il est encore un grand nombre de points qui exigent de nouvelles recherches pour être élucidés.

Kôlliker donne sur la technique de cette partie de l’histologie, des détails assez étendus. Il conseille de choisir les muscles des petits mammifères, ou les petits muscles de l’homme ou bien le muscle cutané de la grenouille, qu’on traitera par l’acide acétique étendu (pour 100 grammes d’eau, 8 à 10 goutLes d’acide acétique concentré d’une densité de 1, 04). Au bout de

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deux ou trois heures de macération, l’efTetest produit.

Il préconise encore une solution d’acide 'Chlorhydrique à 1 pour 1000 et surtout une solution étendue d’acide acétique, dans laquelle on a plongé un estomac de grenouille, d’où il résulte une sorte de suc gastrique artificiel.

11 a également obtenu de bons résultats, en traitant les préparations par le nitrate d’argent.

9° Tissu «les muscles lisses.

Les muscles lisses sont fort répandus dans l’économie; mais, contrairement aux muscles striés, on ne les rencontre jamais réunis en masses volumineuses.

Ils sont constitués par des cellules allongées, effilées à leurs extrémités et pourvues d’un noyau en forme de bâtonnet plus ou moins onduleux et tout à fait caractéristique (fig. 62).

Pour l’étude de ce tissu, on choisira une région où il est abondant, la couche musculaire de l’intestin, et on opérera de la manière suivante :

Après avoir partagé l’intestin en fragments de 2 ou 3 centimètres de côté , on les plonge pendant vingt- quatre heure s dans un mélange d’eau et d’acide acétique dans la proportion de I p. 1000. Les deux couches musculaires se gonflent et deviennent transparentes.

Fig. 62. — Fibres lisses de l’artère crurale d’un chien. — Grossissement 1/650. (Cadiat.)

20 8 TECHNIQUE MICltOSCOPIQUE.

On lave la pièce dans l’eau distillée et on l’étale sur une feuille de liège, en maintenant les angles au moyen d’un certain nombre d’épingles. 11 va sans dire que la face musculaire doit être en haut.

Il ne reste plus qu’à détacher la couche musculaire en la saisissant sur les bords avec des pinces à mors un peu larges. On commence par dégager un petit fragment, et, en opérant des tractions légères, on divise avec un scalpel le tissu conjonctif qui l’unit à la couche glandulaire.

Cette membrane étudiée dans la glycérine, après avoir été traitée par le picro-carminate, laisse voir de la façon la plus nette les fibres musculaires, surtout sur les bords de la préparation.

Kôlhker conseille d’employer, comme agent de macération, la solution de soude à 35 pour 100, ou mieux le mélange niLro-chlorhydrique, qu’on prépare de la manière suivante : après avoir fait un mélange à parties égales d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique, on prend une portion de ce mélange qu’on étend de 5 ou 6 parties d’eau. Les pièces macérées dans ce liquide deviennent propres à l’étude, au bout de quelques jours de macération.

Nous avons employé également, comme agent de dissociation, l’alcool au tiers, et nous en avons obtenu d’excellents résultats.

On peut aussi faire usage d’une solution de nitrate d’argent au centième, qui permet de voir de la façon la plus nette les noyaux des fibres lisses.

Le tissu musculaire lisse est très riche en vaisseaux ; leur disposition en mailles rectangulaires est tellement caractéristique, qu’on les reconnaîtra facilement dans les régions où ils existent.

On pourra faire de fort belles préparations en mon-

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 209

tant dans le baume de Canada la membrane musculaire de l’intestin injectée et isolée, d’après les procédés que nous avons donnés.

Si la matière employée est le bleu de Prusse soluble , on fera apparaître les noyaux, en les colorant par le picro-carminate.

11 nous reste enfin à parler des nerfs. Cette partie si importante a été étudiée, avec le plus grand soin, par le Dr Hénocque ( Du mode de distribution et de la terminaison des nerfs dans les muscles lisses. Thèse pour le doctorat, 1870), et nous ne saurions mieux faire que de transcrire ici un résumé détaillé de ce mémoire.

Une condition indispensable pour l’étude du tissu qui nous occupe est de n’employer que des organes frais et soumis au réactif avant l’apparition dè la moindre altération cadavérique. Il faut employer des organes pris au moment de la mort.

Sur l’homme, les recherches sont plus délicates, et le plus souvent suivies d’insuccès, la plupart des objets d’étude provenant des autopsies se trouvant déjà dans un état de décomposition relative.

On devra mettre à contribution les pièces provenant des opérations, lesquelles fourniront seules, pour l’homme, des matériaux sérieux.

Une recommandation importante est de choisir des couches musculaires aussi minces que possible. La vessie de la grenouille, le mésentère, le ligament large, sont excellents pour l’étude.

Pour rendre transparentes les couches musculaires lisses, Frankenhœuser conseille d’employer l’acide pyroligneux ; mais, ainsi que le fait remarquer M. Hénocque, ce réactif demande des précautions toutes particulières. On l’emploiera, en général, de la façon suivante :

On laisse macérer, pendant quelques heures, les parties d’organes à examiner dans une solution d’acide pyroligneux, au dixième, puis on porte les parties les plus fines, destinées aux préparations, dans un mélange formé de deuxpartiesde glycérineet une d’acide pyroligneux c’est dans ce liquide qu’on examine les préparations, lesquelles s’éclaircissent de plus en plus avec le temps.

Le chlorure d’or est le réactif préféré par l’auteur du mémoire cité. Le sel double, c’est-à-dire le chlorure d’or et de potassium, doit être choisi particulièrement, son action étant plus régulière.

11 est difficile, dit-il, de poser une règle absolue dans l’emploi du chlorure d’or. L’épaisseur des tissus et des conditions encore mal connues viennent souvent troubler l’exactitude la plus parfaite dansles procédés. Aussi, comme dans le cours des préparations on n’est pas toujours maître d’agir avec une grande précision, il est bon d’utiliser plusieurs solutions et à des titres différents.

Si l’on emploie la solution de chlorure d’or au 100e, une macération d’une demi-heure suffit pour une épaisseur de tissu de 1 millimètre; avec le chlorure d’or et de potassium, on peut prolonger la macération pendant une heure et plus.

On peut juger que l’action du réactif est complète, lorsque les tissus ont pris une teinte jaune pâle. Les préparations retirées de la macération sont alors portées dans une coupelle renfermant de l’eau distillée légèrement acidulée avec l’acide acétique. 11 reste à attendre que la coloration violette, par dépôt d’or métallique, soit effectuée.

11 faut un temps assez variable, quelquefois trois et quatre jours, pour les préparations un peu épaisses.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Le dépôt ou la coloration sont souvent irréguliers, mais on n’utilise que les parties les mieux colorées.

M. Hénocque a préconisé un nouveau procédé plus rapide.

La lumière ne semble pas agir sur la durée do la réduction ; mais la chaleur l’active certainement. On fait donc chauffer les préparations dans l’eau distillée, pendant douze à vingt-quatre heures. Pour cela, on emploie de petits flacons, bouchés à l’émeri, remplis d’acide tartrique en solution concentrée.

Les préparations sont déposées dans le flacon, et celui-ci est plongé dans de l’eau à une température voisine de l’ébullition : au bout d’un temps variable, de quinze ou vingt minutes au plus, souvent moins, les préparations ont pris une belle teinte variant du rouge vif au violet foncé; de plus, elles sont ramollies et s’étalent, se compriment ou se dissocient avec la plus grande facilité. On arrive, par des tâtonnements, à saisir le moment le plus propice pour retirer les préparations; en chauffant trop longtemps, on obtient un dépôt granuleux et noir qui met obstacle à l’étude.

Le chlorure d’or colore égalementles nerfs, les ganglions, les fibrilles nerveuses les plus fines, ainsi que les nodules et points terminaux; il colore aussi les fibres musculaires lisses, noyaux et cellules, mais d’une façon moins intense.

On devra donc l’employer également pour la simple étude du tissu.

L’acide osmique, enfin, donne de très bons résultats, ainsi, d’ailleurs, que dans tous les cas où l’on recherche des terminaisons de nerfs. On doit employer la solution au 200e ou au 300°.

Les procédés décrits ci-dessus ont été surtout adop-

tés dans l’étude des couches musculaires de l’intestin et de la vessie.

Mais on devra examiner également les nerfs sur les vaisseaux. Les reptiles et les batraciens se prêtent parfaitement à ces recherches. On aura aussi d’excellents résultats en examinant, sur de jeunes chiens, la carotide et ses branches.

L’utérus sera mis à contribution pour l’étude des fibres lisses. Pendant l’état de grossesse on séparera facilement de larges lambeaux, dont l’ablation sera facilitée par l’état de distension de l’organe.

Nous conseillons de lire le mémoire de M. Hénocque où l’on trouvera des développements qui ne sauraient avoir place ici.

Voyons maintenant quelles sont les régions où l’on rencontre le tissu musculaire lisse.

1° Dans le canal intestinal, il forme la tunique musculeuse, depuis la moitié de l’œsophage, où ses faisceaux sont encore mélangés de fibres striées, jusqu'au sphincter interne de l’anus, et présente des faisceaux isolés dans les villosités ;

2° Dans les organes de la respiration, on trouve des fibres lisses dans la paroi postérieure de la trachée, couche qui accompagne les bronches jusque dans leurs plus fines ramifications, sous la forme d’une membrane complète à fibres annulaires ;

3° Dans les glandes salivâmes, on le rencontre dans le conduit de Warthon ;

4° Dans la vésicule biliaire et le canal cholédoque ;

5° Dans la rate, où il se trouve mélangé au tissu conjonctif et aux fibres élastiques ;

6° Dans les organes urinaires où il forme une couche complète dans les uretères et la vessie, et où on le rencontre jusque dans les calices et le bassinet;

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

7° Dans les organes génitaux femelles (oviducte et utérus où, pendant la grossesse, les fibres prennent d’énormes proportions; vagin, corps caverneux des parties génitales externes, et ligaments larges) ;

8° Dans les organes génitaux mâles (dartos, épididyme, canal déférent, prostate et corps caverneux du pénis) ;

9° Système vasculaire (tunique moyenne de tous les vaisseaux, lymphatiques, glandes lymphatiques, tunique adventice de beaucoup de veines) ;

10° Dans l'œil (sphincter et dilatateur de la pupille) ;

11° Enfin dans la peau , où il forme de petits muscles annexés aux follicules pileux ; dans le mamelon et dans beaucoup de glandes sudoripares et cérumineuses.

Quelles que soient les régions que l’on étudie, ce tissu devra être soumis aux procédés que nous avons indiqués plus haut.

10“ Tissu nerveux.

Ce tissu forme une masse centrale, cerveau et moelle épinière, d’où émergent les nerfs qui présentent sur leur parcours un certain nombre de renflements appelés ganglions.

Étudions d’abord les éléments du système nerveux.

On y rencontre : 1° des tubes nerveux à moelle ou sans moelle; 2° des cellules spéciales.

Tubes nerveux. — Ce sont des filaments souples, cylindriques. Ils constituent l’élément principal des nerfs et de la substance blanche des organes centraux, mais on les rencontre également dans presque toutes

les parties formées de substance grise et dans les ganglions.

Il y en a deux variétés : l’une, qui présente des tubes avec de la moelle, est la plus répandue ; l’autre se rencontre spécialement aux points de terminaison des nerfs dans les organes et dans le grand sympathique (fig 63).

a. Tubes a moelle. — Ils sont limpides et diaphanes lorsqu’on les examine à la lumière transmise et blancs à la lumière réfléchie. Ils sont formés d’une envoloppe, la gaine de Schwann, et contiennent une substance molle, la myéline, au milieu de laquelle est plongé un filament appelé cylinder axis (fig. 64). Ces tubes, ainsi que l’adémontréM. Ranvier, présentent de distanceen distance de nombreux étranglements qui seraient constitués par des sortes de diaphragmes percés au centre, partageant verticalement les tubes et interceptant la myéline à leur niveau en laissant passer seulement le cylinder.

La gaine de Schwann est une membrane transparente, élastique et très mince, immédiatement appliquée sur la myéline et, vu sa transparence, difficile à apercevoir.

La première opération pour étudier les nerfs consistera à les dissocier de façon à isoler quelques tubes. On choisira de préférence ceux des petits mammifères. Après en avoir enlevé un, on le fixera sur une lame de verre par ses deux extrémités au moyen de la paraffine et en s’aidant d’aiguilles, on dilacérera son enveloppe, de façon à mettre à nu les tubes qu’il renferme, lesquels se montreront sous la forme d’un chevelu. Il faudra agir avec beaucoup de précautions pour ne pas altérer la myéline par des tractions ou des pressions inutiles.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 215

Fig. 63. — Éléments des nerfs: Gross. 1/580. — a, fibres de Remak; 6, petits tubes minces sans étranglements ; c, tubes minces avec étranglements; d, tubes de moyenne dimension ; e, f, tubes larges. (Gadiat.)

TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.

ïi l 6

Les tubes isolés seront traités par le picro-carminate, qui ne tardera pas à colorer les éléments.

On remarquera qu’ils présentent, ainsi qu’il a été dit plus haut, des étranglements de distance en distance et que le cylindre-axe est plus coloré à ce niveau

que dans la zone intermédiaire ; cela est dû à la pénétration de la matière colorante.

Les extrémités des tubes laisseront souvent voir le cylinder axis, dégagé de la myéline et coloré en rouge.

Sous l’influence du picro-carminate, on aperçoit facilement les noyaux de la gaine de Schwann. Ce sont des corps ovoïdes fortement colorés en rouge (fig. 64) et em tourés d’une zone granuleuse. On conservera dans la glycérine les pièces ainsi colorées.

Quant à la myéline, c’est une substance homogène, analogue à une huile épaisse.

Elle est formée en grande partie de matière grasse et

Cad IA t. jfL .

Fig. 64. — Éléments nerveux d’un crustacé ( Maia squinado ) : Gross.

1/180. a, cylinder axis ; b, gaine de Schwann ; c, noyaux de la gaine ; c, f, g , h, cellules nerveuses. Cadiat.)

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

1 c’est elle qui donne aux nerfs leur aspect nacré. j( Lorsqu’on comprime un fragment de tube nerveux û frais entre deux lames de verre, on voit la myéline s’échapper sous forme de gouttelettes par les extréli mités du tube. Elle est soluble dans l’essence de térébenthine et l’éther. C’est sur cette propriété qu’est basé l’éclaircissement des coupes de tissu nerveux qu’on se propose de monter au baume.

L’acide osmique est un excellent réactif pour étudier

(les nerfs; il jouit de la propriété de colorer en noir la graisse et la myéline.

Voici le procédé que donne à ce sujet M. Ranvier. Ayant fait une solution d’acide au centième, on y plonge un nerf, pris sur un animal vivant. Il se colore aussitôt en noir et la teinte s’accentue de plus en plus, à mesure que l’opération se contiuue. Au bout de ; vingt-quatre heures, il est complètement opaque et se

! laisse alors facilement dissocier; mais il est indispensable de prendre de grandes précautions, car l’acide a irendu les tubes très friables et ils se cassent avec une extrême facilité. On examine les pièces et on les conserve dans la glycérine.

Le tube nerveux ressemble alors, comme le dit ■ M. Ranvier, à une algue segmentée de distance en distance par des lignes claires. Ces lignes correstpondent aux étranglements et montrent que la myé- € Line n’existe pas là, puisqu’il n’y a pas eu à ce niveau ! de réduction de l’acide osmique.

Le centre du tube nerveux est plus clair et cela Lient à la présence du cylinder axis qui, n’étant que t faiblement coloré par l’acide osmique, laisse passer la ; umière, tandis que les parties latérales, formées de j myéline ayant subi l’action du réactif, l’interceptent complètement.

Latteux, 2e édition.

TECHNIQUE MICROSCOriQUE.

Les noyaux de la gaine de Schwann deviennent très visibles après l’action de l’acide osmique. Ils apparaissent sous forme de corps lenticulaires, légèrement granuleux, faiblement colorés, se confondant par leur face externe avec la membrane de Schwann et refoulant la myéline qui leur forme une sorte de nid (Ranvier).

Tous les détails ci-dessus devront être vérifiés avec de forts grossissements. S à 600 diamètres sont

nitrate d’argent). (Cadiat). les conserver, il est neces-

plonger quelques minutes dans une solution légère d’hyposulfite de soude qui fixe l’argentation, comme une épreuve de photographie.

Sous l’inlluence de ce réactif, on observe autour du

nécessaires et il sera bon de recourir, pour les plus fins détails, aux objectifs à immersion.

Le nitrate d’argent a été employé par M. Ranvier pour étudier certains détails delà

structure des nerfs. Il choisit de préférence les nerfs les plus fins. La souris donne

d’excellents résultats. On prend ceux du thorax, et après les avoir lavés à l’eau distil-

lée, on les plonge dans une solution de nitrate d’argent au 300°. Ils sont retirés au bout d’un quart-d’heure, la-

saire préalablement de les

nerf une gaine connective tapissée sur sa face interne d'un épithélium à grandes cellules plates et au-dessous les tubes nerveux dont on aperçoit les étranglements colorés en noir, ainsi que les cylinder axis qui présentent, de distance en distance, des épaississements plus ou moins considérables (fig. 65).

Les tubes nerveux sont enfin maintenus dans leurs rapports par une gaine fibreuse, qui envoie des prolongements entre les divers faisceaux. On devra, pour prendre connaissance de cette disposition, faire des coupes transversales et longitudinales sur des nerfs durcis dans la gomme et dans l’alcool.

Revenons sur certains détails de technique :

Kolliker préconise, pour montrer la membrane de Schwann, l’ébullition dans l’alcool absolu d’abord, et ensuite dans l’acide acétique. On obtient un résultat analogue en faisant bouillir les nerfs dans la soude ; mais, selon cet auteur, le meilleur moyen consiste à traiter les tubes nerveux par l’acide nitrique fumant, et à y ajouter ensuite de la potasse caustique. Sous l’influence de ces réactifs, on voit la graisse s’écouler du tube, sous forme de petites gouttes; le cylindre ainsi se détruit, et il ne reste plus que la gaine vide, colorée en jaune, élargie, et dont les parois sont gonflées.

Pour voir la moelle nerveuse dans son intégrité, on pourra l’examiner sur un nerf encore vivant. Pour cela, on aura recours à la grenouille qu’on soumettra à l’expérience, en la fixant sur la platine du microscope.

On verra facilement le cylinder axis sur des nerfs frais, traités par l’acide acétique concentré. Le nerf se raccourcit immédiatement, et, par ses deux extrémités, s’échappent de gros fragments de la moelle,

TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.

devenue grumeleuse, ainsi qu’une foule de cylinder axis, sous la forme de filaments pâles et gonflés.

L’alcool, surtout bouillant, met en évidence le cylindre de l’axe avec la même netteté; il lui donne seulement plus de consistance et le ratatine.

Enfin, un certain nombre d’autres réactifs ont été préconisés dans ce but ; nous les citons pour mémoire : l’éther, l’acide chromique (Hannover), le sublimé (Purkinje, Czermak), l’acide gallique.

On tire aussi de bons résultats de l’emploi de l’iode ou d’une solution iodée d’acide iodhydrique (Lehman) ou du chloroforme (Pfliiger).

Le cylinder axis sera également mis au jour facilement, en traitant les préparations par le chlorure d’or.

b. Tubes sans moelle. — Quand on examine un filet nerveux se rendant à un muscle, on constate la structure que nous venons de décrire, mais au point où il va pénétrer dans l’organe, on remarque que la moelle disparaît, et que le tube n’est plus constitué que par son enveloppe et par le cylinder axis.

Cette modification histologique se rencontre dans un grand nombre de points ; c’est ainsi que se présentent tous les tubes nerveux des embryons.

Chez l'homme adulte, cette disposition se rencontre dans le nerf olfactif.

C’est également dans cette catégorie de nerfs qu’il faut ranger les fibres de Remak, qu’on rencontre dans le grand sympathique (fig. 64, a, b.). Ce sont des fibres transparentes, souvent aplaties, d’aspect homogène, et présentant des noyaux allongés ou ovalaires, de distance en distance.

Les mêmes procédés, que nous avons déjà indiqués, seront appliqués ici.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Nous recommandons, avec Pfliiger, l’emploi du collodion qui donne le moyen de faire apparaître fort nettement les cylinder axis.

Cellules nerveuses. — On en distingue de deux sortes : les unes munies de prolongements ou cellules multipolaires ; les autres sans prolongements ou apolaires (fig. 66).

Fig. 66. — Cellules nerveuses. Gross. 1/350. A du corps strié; B, couclie optique (homme) ; C. circonvolutions du bœuf. (Cadiat.)

Les dimensions de ces cellules varient de 0mm,09 à 0mm,018. Le corps cellulaire présente une forme sphérique, ovale ou réniforme; il contient un noyau sphérique, vésiculeux, avec un nucléole arrondi, quelquefois deux. Ce noyau disparaît facilement sous l’influence de l’acide acétique.

Quant à la cellule, elle contient un protoplasma granuleux, de nature protéique, avec molécules graisseuses, facilement reconnaissables par la réaction de l’acide osmique, et quelquefois des granulations pigmentaires (fig. 66).

Ces cellules nerveuses se trouvent placées dans la substance grise des centres nerveux, au milieu de la substance conjonctive fondamentale qui sert de support aux éléments nerveux.

Cette disposition se vérifie sur des coupes transversales de moelle, colorées par le carmin et éclaircies ensuite par l’essence de girolle.

Pour étudier les cellules nerveuses, il est nécessaire de les isoler. On choisira un fragment de tissu nerveux, et on le fera macérer, pendant quelques jours, dans du sérum iodé, ou mieux dans l’alcool au tiers; quand il pa- ' raîtra suffisamment ramoili, on en dissociera quelques parcelles qu’on agitera sur le porte-objet, dans une goutte de sérum iodé. On devra prendre les plus grandes précautions pour ne pas rompre les prolongements cellulaires.

Il est indispensable de ne faire que des tractions aussi légères que possible; il vaut même mieux opérer la dissociation, en laissant tomber goutte goutte, avec une pipette, du sérum iodé sur le fragment grossièrement dilacéré.

Dans les cas heureux, on réussit ainsi à isoler quelques cellules, et il est possible alors de leur faire subir l’action des matières colorantes.

Il sera bon de faire la préparation dans la cellule même qui doit être montée. Autrement, on ne pourrait que fort difficilement transporter d’un verre sur l’autre un objet aussi petit et aussi délicat.

Fig.G7. — Cellules ganglionnaires des ganglions rachidiens de la raie. — a, cellule ; b, gaine de Scliwann; c, cylindre axe. (Cadiat.)

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Quand les prolongements flollent dans le liquide de la préparation, il peut arriver, au moment- où l’on abaisse la lamelle, que la cellule soit entraînée par le

mouvement du liquide, et alors les filaments s’embrouillent et la pièce devient obscure. Pour obvier à cet inconvénient, on laissera le liquide s’évaporer,

jusqu’à ce que la pièce soit sur le point de se dessécher sans avoir encore cessé d’ôlre humide. On appliquera alors la lamelle, et on fera passer au-dessous d’elle, par capillarité, le liquide conservateur, lequel humectera ainsi la cellule, sans qu’il lui soit possible de la déranger.

Outre les manipulations dont nous venons de parler, il faudra encore étudier la structure du tissu nerveux

Fig. G9. — Substance grise de la corne antérieure d’une moelle de bœuf. — a, cellule nerveuse ; 6, cylindres d'axe traversant la matière amorphe ; c, matière amorphe ; d, substance blanche des cordons ; e, prolongements de cellules pénétrant dans les filets radiculaires (Cadiat.)

au moyen de coupes variées opérées sur des pièces convenablement durcies.

Plusieurs liquides ont été successivement préco-nisés; les deux principaux sont l’alcool (Clarke) et l’acide chromique ou le bichromate de potasse.

Par le premier procédé, on obtient de fort belles coupes.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Les préparations de moelle épinière que l’on traitera ainsi devront porter sur les diverses régions : cervicale, dorsale et lombaire (fig. 71-73).

Fig. 70. — Coupe d’une moelle humaine au niveau de la région dorsale inférieure. — A, B, C, cordons antérieurs latéraux et postérieurs ; S, sillon médian antérieur; S', sillon postérieur; a, I), c, groupes interne, antérieur et externe des cellules de la corne antérieure ; d, corne postérieure et substance gélatineuse de Rolando ; e, canal central ; f, veines ; g, filets radiculaires de la corne antérieure; h, racines postérieures; i, commissure blanche avec ses fibres entre croisées ; j, commissure grise; l, filets sortant de la substance grise et se rendant aux cordons latéraux.

Clarke opère de la façon suivante : les coupes, fort minces, sont plongées d’abord pendant deux ou trois heures dans un mélange d’une partie d’acide acétique et de trois parties d’alcool, puis dans l’alcool absolu, et enfin dans la térébenthine ou l’essence de girofle qui expulse l’alcool et rend la section parfaitement transparente, de sorte qu’elle peut être conservée dans le baume du Canada.

L’inconvénient de ces préparations consiste en .-«ce que la moelle des tubes nerveux devient transparente, si bien que les cylindres axes seuls restent distincts. Il n’est pas facile de suivre leur trajet, et il est presque impossible de les distinguer des prolongements des cellules.

Par le second, on obtient d’excellents résultats, mais il est indispensable de prendre les plus grandes précautions. Nous allons le décrire en détail .

Supposons qu’on veuille durcir la moelle épinière. On commence par la partager en fragments de 2 ou 3 centimètres de longueur, en ayant soin d’y joindre, à l’aide de fil, des étiquettes indiquant exactement la région. On les suspend dans un vase contenant une solution d’acide chromique au 500e, où on les laisse pendant une huitaine. Il est de toute nécessité de maintenir les objets à durcir au centre du liquide afin d’éviter qu’ils reposent sur le fond du vase, ce qui empêcherait leur durcissement régulier.

Après ce premier bain, on les porte dans une seconde solution au 300°, où ils restent également huit jours, et enfin dans une dernière au 200e, où s’achève le durcissement, qui demande au moins un mois ou six semaines pour être complet.

11 est de la plus haute importance de faire durcir les organes nerveux dans des vases larges et profonds,

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 227

contenant une quantité relativement grande de solution. Pour une moelle, la proportion la plus favorable est de deux litres de liquide.

Fig. 71. — Coupe de moelle humaine au niveau^ de la région cervicale. — a, corne antérieure ; b, corne postérieure ; c, commissure blanche; 1, faisceau antérieur ; 2, faisceau latéral ; 3, faisceau postérieur; 4, cordon de Goll.

Fig. 72. — Coupe de moelle humaine au niveau de la partie supérieure de la région dorsale. (Cadiat.)

1, 2, 3..., a , b, c, mêmes significations.

Fig. 73. — Coupe de moelle humaine au niveau de la région lombaire. — a, b, c, mêmes significations.

Si on voulait faire durcir le cerveau, on le partagerait de même en tranches de 1 centimètre environ

d’épaisseur, et on éviterait qu’elles se touchent mutuellement; on pourrait les déposer dans un cristallisoir et les séparer, d’après le conseil de M. Luys, par de petits fragments de liège.

Quand les pièces sont suffisamment durcies, on les retire du bain, on les lave et on les conserve, pour en faire des coupes, dans des flacons pleins d’alcool et qu’il faut avoir soin d’étiqueter. Il est bon d’ajouter un peu de glycérine pour éviter un durcissement exagéré, et laisser aux morceaux une certaine élasticité.

Les pièces, ainsi traitées, sont nécessairement opaques, et nécessitent, pour leur examen, un certain nombre de manipulations assez compliquées.

M. le Dr Luys, dont tout le monde connaît les magnifiques travaux sur le système nèrveux, emploie un procédé spécial pour rendre les coupes transparentes. Le but qu’il se propose est de les débarrasser de l’acide chromique interposé mécaniquement dans la trame et de les restituer ainsi dans leur état naturel, pour les placer ensuite dans des solutions éclaircissantes titrées, soit de glycérine, soit de sirop de sucre acidifié.

M. le Dr Luys a bien voulu nous autoriser à reproduire ici l’article qu’il a publié, en 1872, dans le Journal de l'Anatomie de Robin.

« Il est nécessaire, pour les opérations qui se commandent les unes les autres, d’avoir, préparées à l’avance :

1° Une solution concentrée de soude caustique dans de l’eau filtrée;

2° Une solution d’acide chlorhydrique (2/3 d’acide pour 1/3 d’eau filtrée) ;

3° Des cuvettes plates en usage dans la photographie, ou des assiettes à fond plat.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

On commence par placer la coupe entre deux petites feuilles de verre (pour qu’elle ne se déchire pas, ou ne vienne à se gondoler dans le cours des opérations qu’elle va subir) ; puis, la mettant dans une cuvette, on y verse immédiatement la solution alcaline qui doit l’imbiber peu à peu ; on soulève la lame de verre, et l’on fait pénétrer le bain alcalin de tous côtés. A mesure que l’imbibition se fait, la pièce se gonfle et s’amollit ; ses nuances deviennent plus accusées, et quand on juge le temps de l’imbibition suffisant, on la plonge immédiatement dans une seconde cuvette remplie d’eau filtrée. A ce moment, l’action de la soude se poursuit encore, la trame du tissu devient de plus en plus transparente, et menace même, si l’on n’a pas soin de maintenir les deux surfaces de verre qui les supportent bien en rapport, devoir des délabrements s’opérer.

C’est à ce moment qu’il convient d’arrêter l'action alcaline, à l’aide de l’immersion subite dans la solution chlorhydrique.

On plonge de nouveau la pièce dans une cuvette, où est déposée la solution acide.

A ce moment, le tissu revient sur lui-même, il se crispe momentanément, et le mouvement de ramollissement est instantanément enrayé.

Après un séjour variable, suivant l’épaisseur de la pièce, la concentration du bain, séjour qui oscille de •cinq à six minutes, à un quart d’heure, on la plonge ensuite dans une cuvette pleine d’eau simple (toujours en ayant bien soin de la maintenir appliquée entre les

I deux lames de verre) pour la débarrasser de l’acide, on la laisse ainsi s’immerger pendant vingt quatre heures, en prenant la précaution d’appliquer, sur le verre supérieur, un poids faisant une légère pression.

Voici ce qui se passe : le tissu de la pièce, sous l’influence de la solution alcaline, s’est véritablement gonflé ; il a, par le fait de celte ampliation, écarté mécaniquement de ses interstices les cristaux d’oxyde de chrome qui sont ainsi devenus libres ; d’un autre côté, l’acide chlorhydrique, en arrêtant le mouvement de dilatation, et en opérant une sorte de crispation de la trame, a exprimé, en quelque sorte, ces mêmes cristaux, et a agi ensuite, chimiquement, comme substance décolorante sur les portions d’acide chromique non encore passées à l’état d’oxyde de chrôme.

La compression douce que l’on maintient pendant quelques jours favorise le mouvement d’expulsion des cristaux d’oxyde de chrôme qui, peu à peu, abandonnent la trame du tissu, et se répandent dans l’eau du bain sous forme d’une poussière verdâtre.

En ayant soin de changer l’eau tous les jours, et de laver la pièce avec précaution, on peut ainsi faire disparaître toute trace de l’acide chromique dans sa trame, et lui restituer sa coloration primordiale.

C’est ainsi, qu’après avoir durci par l’acide chromique des tranches de cerveau, pour pouvoir en faire des coupes de 1 millimètre d’épaisseur, à l’aide de son grand appareil à section, le Dr Luys a pu les décolorer complètement, et obtenir la réapparition de l’aspect de la substance blanche et de la substance grise, avec leur état naturel.

Pour les coupes de la moelle allongée et du bulbe ces procédés permettent d’obtenir des pièces d’ensemble, très transparentes, très blanches, avec des contrastes suffisants et sans avoir à regretter une altération de tissu (fig. 74). »

La pièce, après avoir subi ces préparations successives, doit être alors placée, une fois qu’elle a été bien

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 231

lavée, dans un milieu destiné à la rendre transparente pour être conservée.

Fig. 74. — Coupe du bulbe au niveau des noyaux d'origine de l’hypoglosse. — a, masses grises des pyramides antérieures ou noyau pyramidal antérieur ; b, noyau juxta-olivaire antéro-interne ; c, corps frangé de l’olive; d , noyau juxta-olivaire ; e, noyaux disséminés de substance grise au niveau des faisceaux de la racine descendante de la 5e paire; ff, noyaux de substance grise correspondant aux cornes postérieures ; g, noyaux moteurs, origines de l’hypoglosse; 1, faisceaux blancs représentant la continuation des faisceaux antérieurs de la moelle ; 2, coupe des pyramides se continuant avec les faisceaux latéraux de la moelle ; 3, portion sensitive des pyramides; 4, fibres transversales; 5, racine descendante de la 5e paire ; 6, faisceaux des corps restiformes ;7, fibres arciformes de l’olive passant, les unes en contournant le corps frangé, les autres directement d’arrière en avant.

Le Dr Luys emploie pour cet usage deux solutions également bonnes.

La glycérine constitue l’élément principal de la pre-

mière ; on l’additionne d’acide acétique ordinaire et on obtient ainsi une solution d’une densité qu’on fait varier, suivant que la pièce s’imbibe plus ou moins aisément, et suivant qu’elle a besoin d’être éclaircie par une dose de glycérine plus ou moins forte.

La seconde solution est du sirop de sucre ordinaire, que l’on mélange en proportions variables avec de l’acide acétique et de l’eau ou bien du sirop de glucose pour éviter les cristallisations.

Après avoir plongé les pièces dans un bain constitué par l’une ou l’autre de ces solutions, on les place entre deux verres et on les monte selon le procédé habituel.

Il va sans dire que ce procédé n’exclut nullement l’action ultérieure des matières colorantes.

Nous allons exposer maintenant les principaux détails, dont on devra vérifier l’existence, pour avoir une notion exacte du tissu qui nous intéresse.

1° Tubes nerveux.

Lorsqu’on examine les centres nerveux, on voit que leur tissu est formé de substance grise et de substance blanche, qui affectent entre elles des rapports différents dans les diverses régions. Ainsi la substance grise est tout à fait centrale dans la moelle et superficielle dans le cerveau et le cervelet; au niveau du bulbe et de la protubérance annulaire, les deux substances sont mélangées irrégulièrement; enfin on trouve au milieu des parties blanches du cerveau et du cervelet des amas plus ou moins réguliers de substance grise.

Au point de vue des éléments nerveux proprement dits, ces deux substances diffèrent totalement, mais elles possèdent deux éléments communs qui passent

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

insensiblement de l’une à l’autre, la substance conjonctive et les vaisseaux.

Pour contrôler les faits qui précèdent, on aura soin d’étudier successivement les diverses régions des centres nerveux. On pratiquera des coupes perpendiculaires à 1?. surface et on les montera dans le baume de Canada après les avoir colorées par le carmin et éclaircies au moyen de l’essence de girofle. Il est de toute nécessité de faire les coupes aussi minces que possible. On y arrivera assez facilement en ayant soin de maintenir la lame du rasoir recouverte, pendant qu’on fait la section, d’une couche d’alcool. De plus, comme les coupes sont en général très fragiles, on prendra les plus grandes précautions pour les manier. Elles seront déposées dans l’eau et on devra les amener sur la lame du verre, où on les examinera, en les faisant flotter et en retirant graduellement la lame, au moment où elles commencent à y adhérer.

Ces coupes pourront être traitées successivement par tous les réactifs colorants dont nous avons déjà parlé; l’hématoxyline donne, dans certains cas, de fort beaux résultats.

Quant à la distribution du tissu conjonctif, des coupes en diverses directions pourront seules en donner une idée. Elles seront traitées par le picro-carminate et éclaircies ensuite par l’acide acétiqueet laglycérine.

"Voyons maintenant, et d’une façon succincte, comment se comportent dans les centres nerveux la substance blanche et la substance grise ; nous n’avons pas l’intention de faire ici l’histologie des centres nerveux ; nous n’avons d’autre but que de signaler les points où devront porter l’examen. Ceux qui voudraient des détails plus complets les trouveront mieux à leur place dans tous les traités d’histologie.

TECÜNIQUE MICROSCOPIQUE.

1° Substance blanche. — Elle est formée par des tubes nerveux à. moelle, ainsi que nous l’avons décrit plus haut.

Dans le cerveau (fig. 75), on la rencontre dans les hémisphères où elle existe sans mélange d’autres éléments. Dans les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux, ainsi que dans la moelle et le cervelet, elle

Fig. 75. — Coupe transversale de la substance blanche de la moelle. (Cadiat.)

est entremêlée de substance grise. Les tubes nerveux sont dépourvus de membranes de Schwann.

On arrivera à les isoler, en les dissociant après macération dans l’alcool au 1/3.

Pour cela, on coupera de petites portions ne dépassant pas quelques millimètres cubes dans la région que l’on veut étudier et on les plongera pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures dans le mélange alcoolique. Au bout de ce temps, la pièce sera suffisamment ramollie pour qu’il soit possible d’isoler ses éléments, ce qui se fera en ayant soin de dilacérer légèrement d’abord avec une aiguille et en achevant ensuite l’opéralion au moyen d’un filet d’eau, qu’on laissera tomber sur

TISSUS ÉLÉMENTAIRES. 23

le point convenable, reconnu préalablement au microscope.

Dans le cervelet (fig. 76) la substance blanche est

Fig. 76. — Coupe d’une circonvolution cérébrale, la pariétale ascendante.— a, couche de matière amorphe; b, couche de petites cellules triangulaires et de myélocytes; c, d, couche épaisse de myélocytes et de grosses cellules ; d, cylindres d’axe perpendiculaires ; e, substance blanche formée de libres nerveuses horizontales.

peu abondante et provient de l’épanouissement des trois pédoncules cérébelleux.

Dans la moelle, elle constitue les cordons et la

commissure blanche. Sur les coupes pratiquées en

Fig. 77. — Coupe d’une circonvolution cérébelleuse de l’homme. — a, couche amorphe parsemée de myélocytes ; 6, cellules de Purkinje ; c, couche de myélocites; d, substance blanche.

divers sens, on reconnaîtra que les fibres ont des directions fort variées.

2° Substance grise. — Elle est constituée en grande partie par des cellules nerveuses.

Dans le cerveau,, elle est superficielle et présente, selon les régions, une épaisseur assez variable. On la rencontre cependant dans quelques parties profondes; tubercules quadrijumeaux, couches optiques, commissure grise, corps striés, glande pinéale.

Ces divers points seront l’objet d’examens particuliers.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

On constatera sur une coupe verticale des circonvolutions que les cellules nerveuses sont disposées sur trois couches. Elles sont dépourvues d’enveloppe

Fig. 78. — Coupe longitudinale et antéro-postérieure d’une moelle humaine passant sur la substance grise des cornes. — a, faisceaux antérieurs ; 6, racines antérieures; c, faisceaux postérieurs formés de fibres obliques et entre-croisées ; d, coupe longitudinale d’une portion des cordons latéraux; e, fibres ascendantes se perdant dans les cordons latéraux et prenant leur origine dans la substance grise de la corne postérieure, ou faisant suite aux filets radiculaires ; f, fibres radiculaires marchant horizontalement dans la substance grise jusqu’aux cellules des cornes antérieures ; m, cellules de la corne antérieure; n, fibres obliques des faisceaux postérieurs paraissant sortir de la substance grise.

et leur forme varie ; elles sont fusiformes, triangulaires, polygonales ou ramifiées; leurs prolongements, au nombre de quatre ou cinq ordinairement, sont très délicats et très fragiles.

Ces cellules s’isoleront assez facilement après

macération dans l’alcool au 1/3 ou dans le sérum iodé. L’opération est plus longue dans ce dernier liquide.

On constatera encore sur les coupes verticales le mélange des fibres blanches avec les cellules superficielles de la substance grise des circonvolutions.

Dans le cervelet, la substance grise occupe également la surface. Elle n’existe dans les parties centrales qu’au niveau du corps rhomboïdal et à la voûte du quatrième ventricule.

Les cellules sont de dimensions différentes et disposées sur trois couches. La plus profonde est formée de cellules très petites et très nombreuses, plongées au milieu d’un plexus nerveux à mailles serrées ; la moyenne renferme de grosses cellules, dites de Purkinje, et la plus superficielle, un mélange formé par les prolongements des cellules précédentes, et de substance conjonctive.

Dans la moelle, la substance grise occupe le centre et présente en cette région des cellules ayant tous les caractères déjà décrits plus haut.

2° IVerfs.

Nous en distinguerons de deux sortes : les nerfs cérébraux spinaux ou de sensibilité et de mouvement, et les nerfs de la vie animale ou grand sympathique.

A. Nerfs cérébro-spinaux. — Ils sont constitués par de longs tubes accolés les uns aux autres et réunis par du tissu conjonctif. L’ensemble de l’organe est luimême réuni dans une gaine conjonctive, où viennent se ramifier les vaisseaux.

Ces tubes ont la structure signalée au début de ce chapitre.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

Pour voir la connexion de ces divers éléments, on fera durcir les nerfs dans l’alcool absolu 'ou dans l’acide chromique et on en fera des sections transver-

I sales qui permettront de voir la façon dont se comporte l’enveloppe fibreuse pour former des cloisons intérieures (fig. 79).

Il sera bon de pratiquer des coupes intéressant leur point d’origine.

Quant aux terminaisons, nous en parlerons à propos de chaque organe en particulier.

B. Nerf grand sympathique. — Les mômes procédés seront employés pour son étude.

On remarquera que ses branches sont parsemées de nombreux ganglions.

Robin conseille d’étudier d’abord la structure des

ganglions chez les puissons où leurs éléments sont facilement dilacérés.

Quant à ceux des vertébrés, on les fera durcir et on y pratiquera des coupes de façon à voir la disposition des tubes nerveux à l’entrée et à la sortie.

11 n’est pas toujours facile de couper des petits objets. Ce sera le cas de les mettre dans un fragment de moelle de sureau où on aura pratiqué en la comprimant latéralement une petite cavité. On y déposera l’objet, préalablement couvert d’une couche de gomme épaisse et on plongera le tout dans l’alcool où la moelle se gonflera ; la gomme se coagulera et l’objet sera ainsi solidement maintenu.

Pour voir les éléments cellluaires, on dissociera les ganglions par macération dans l’alcool au 1/3.

11 sera bon de leur faire subir, pour voir les prolongements cellulaires et les noyaux, le traitement par le chlorure d’or. On plongera le ganglion ramolli dans l’alcool au 1/3 dans un tube contenant une solution de chlorure double d’or et de potassium ù 1 pour 10,000 et on le secouera. Au bout d’une heure, on décanle la solution d’or, les éléments restent au fond du vase et on y ajoute de l’eau distillée. Tous les débris qui restent finalement sont versés sur une lame de verre, et parmi ceux-ci on découvre facilement au microscope, avec un faible grossissement, des cellules bien étalées et garnies de leurs prolongements. On distingue également d’une façon fort nette le noyau et le nucléole. (Ranvier.)

Les pièces peuvent être conservées dans la glycérine.

M. Yulpian a préconisé, pour durcir les ganglions, l’emploi du perchlorure de fer à 43° en solution au 30e pour commencer, en augmentant successivement la dose jusqu’au 12° environ.

TISSUS ÉLÉMENTAIRES

M . Polaillon, pour distinguer les détails de structure des ganglions, a imaginé le procédé suivant qui donne, paraît-il, de fort bons résultats :

Lorsque les ganglions ont été durcis dans une solu-

Fig. 80. Coupe longitudinale de ganglion rachidien de l’homme. En n, e, cellules nerveuses ; c, périnèvre entourant le ganglion.

ti°n de perchlorure de fer, on y pratique des coupes qu on laisse tremper pendant une journée dans l’eau distillée, que l’on renouvelle souvent, afin d’enlever la plus grande partie du composé ferrique qui les imbibe ; Latteux, 2' édition. \ a

puis, les ayant transportées dans un verre de montre plein d’eau distillée, on y laisse tomber une goutte d’acide gallique. Au bout de quelque temps, la réaction commence, les bords de la coupe prennent une teinte d’un noir bleuâtre, et au bout d’une heure toute la coupe a la même coloration. Lorsqu’on l’examine au microscope, on voit que les cellules et les tubes ont pris une couleur noirâtre qui leur donne une grande netteté de contour. Les éléments nerveux sont seuls colorés, le tissu lamineux et la matière amorphe d’interposition ayant été lavés par le séjour dans l’eau distillée, tandis que les cellules ont conservé quelques traces de fer, qui permettent la réaction.

Notons enfin que le suc gastrique a été employé par le Dr Faivre de Lyon, pour isoler les éléments des ganglions. Mais l’alcool au d/3 donne d’aussi bons résultats et est d’un emploi plus facile.

Vaisseaux du tissu nerveux. — Pour compléter l’étude de ce tissu on devra étudier la disposition des vaisseaux. Il faudra faire des préparations de petits filets nerveux pour montrer la disposition du réseau vasculaire qui les entoure.

Quant à la moelle et aux centres nerveux, on devra pratiquer des coupes sur des pièces injectées, afin de voir la différence de vascularisaLion entre la substance blanche et la substance grise.

Les injections sont assez difficiles à faire, à cause de l’extrême ténuité des vaisseaux. Il est nécessaire de soutenir longtemps la pression et d’employer des masses suffisamment pénétrantes. Mon appareil à injection donne dans ce cas d’excellents résultats. Les coupes devront avoir une certaine épaisseur et seront montées dans le baume de Canada.

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