I. MORPHINE ET NARGÉINE
L'emploi de la morphine dans les affections si diverses dans lesquelles on l'utilise est habituellement suivi de constipation. Cette remarque a conduit à donner ce médicament dans la diarrhée, et il s'est montré très efficace. L'expérimentation sur les animaux est venue ajouter ses preuves à l'observation chnique. Le procédé expérimental consiste en ceci. On sort de la cavité abdominale d'un animal une anse d'intestin sur laquelle on pose deux ligatures séparées par une distance convenable. On ouvre cette anse et on y introduit une quantité donnée de
ANTICATHARTIOUKS, 2\2
siilfalo do sondo, puis on la replace dans l'abdomen. Sous rinfliience de l'action irritante et dialylique de ce sel, l'anse se remplit, au bout de quelques heures, d'une quantité plus ou moins considérable de liquide. Mais si l'on a eu soin de faire absorber à l'animal, avant l'expérience, de la morphine ou de la narcéine, on constate que l'anse d'intestin ne renferme que très peu de liquide ; l'action purgative du sulfate de soude a donc été empêchée. Comment ? Reportons-nous à l'étude de la morphine. Nous voyons qu'elle abolit la sensibilité, qu'elle paralyse les mouvements de l'intestin, et qu'elle diminue les sécréiz'o;7.9 intestinales. Cette diminution des sécrétions n'est pas encore expliquée, mais il est infiniment probable qu'elle se produit par la paralysie des nerfs sécréteurs. Donc nous ne sommes pas embarrassés pour expliquerl'action anticathartique delà morphine, puisqu'elle se produit par trois mécanismes différents.
Au moyen de l'expérience rapportée ci-dessus, Rabuteau a constaté que la narcéine est également anticathartique; mais l'analyse physiologique de cette substance n'a pas été faite comme pour la morphine. On sait qu'elle est analgésique ; on est en droit par conséquent d'admettre qu'elle agit en insensibilisant la muqueuse digestive.
Une remarque doit être faite relativement à l'emploi de la morphine dans la diarrhée, c'est que l'observation clinique a démontré que les préparations d'opium (extrait, laudanum) réussissaient mieux que la morphine. On ne sait à quoi attribuer cette différence, mais il y a lieu d'en tenir compte dans la pratique.
3 44 MODIFICATEURS DES SECRETIONS INTESTINALES. n. SELS ALCALINS.
Il ne s'agit pas seulement ici des bicarbonates de potasse et de soude, mais de toutes les substances jouissant de la propriété de dialyse. Le nombre en est considérable, aussi restreignons-nous ce groupe aux sels alcalins solubles : chlorures de sodium, de potassium ; sulfate, citrate, malate, de soude, de potasse, de magnésie.
On avait remarqué depuis longtemps que l'usage prolongé des purgations salines était suivi de constipation et l'on ne savait trop à quoi attribuer ce résultat. Rabuteau a été conduit par ses expériences à le considérer comme étant la conséquence de l'absorption des solutions salines, qui, dans le torrent circulatoire, jouent un rôle inverse de celui qu'ils jouaient dans l'intestin. Des injections d'eau salée dans les veines produisent la constipation. On sait aussi que ces injections ont été recommandées dans le choléra et qu'on a obtenu par cette méthode quelques succès.
Nous croyons que cette action dialytique peut être utile, et qu'on fera bien de l'associer aux autres méthodes de traitement de la diarrhée, mais que seule elle n'aurait pas une efficacité suffisante.
Quand on emploie les sels alcalins dans un but anticathartique il faut les donner à doses faibles, 3—5^'', mais souvent répétées, de façon que le sang en soit toujours saturé.
m. BISMUTH. PHOSPHATE DE CHAUX.
Bismuth. — Les composés solubles de bismuth, tels que l'acétate, le citrate d"ammoniaque et de bismuth déterminent dans ]^s organes les mômes altérations
ANTICATHARTIQUES. 3 45
que l'arsenic et rantimoiiie, c'esL-à-dire la dégénérescence graisseuse des tissus {Lebedeff, Stéfanowitscli). Ils ne sont pas employés en médecine.
Les deux seuls composés usités sont le sous-nitrate et le sous-carbonate, tous deux à peu près insolubles. Nous disons àpew près, carGirbal et Lazowski, après avoir donné du sous-nitrate à des chiens, ont retrouvé une partie de la substance dans l'urine, la bile, les reins, le foie, les poumons. La plus grande partie passe dans les matières fécales à l'état de sulfure de bismuth.
Le sous-carbonate se dissout en petite quantité dans l'estomac (Rabuteau).
L'absorption de ces composés de bismuth étant difficile, on n'a pas à craindre de produire d'intoxication par de forles doses ; Monneret donnait le sousnitrate jusqu'à 60 gr.
Le sous-nitrate est inoffensif pour la muqueuse gastro-intestinale, ainsi que l'ont reconnu Monneret et Henri Gintrac dans plusieurs autopsies.
Le sous-nitrate de bismuth produit la constipation chez les sujets en bonne santé; chez les malades atteints de diarrhée il diminue la fréquence des selles et son emploi est aujourd'hui général depuis que Bretonneau, Trousseau et Monneret, etc., ont montré son efficacité.
Quel est son mode d'action? Pour certains auteurs le sous-nitrate au contact de l'eau du tube digestif se décompose et donne naissance à de l'acide azotique qui agit comme irritant et par conséquent comme agent de la méthode substitutive. Trousseau et Pidoux le considèrent comme un astringent. Monneret pense que le saus-nitrate de bismuth n'agit que comme corps
3 46 MODIFICATEURS DE L EXCHETfON UKINAIHE.
inerte, il enduit les surfaces malades et protège les terminaisons des nerfs contre les irritations qui sont le point de départ du phénomène réÛexe de la diarrhée. C'est aussi l'opinion de Traube. Étant donnée cette dernière manière de voir, le sous-nitrate de bismuth agit en empêchant les nerfs sensitifs d'être irrités, il supprime la cause du réflexe.
Indépendamment de son action anticathartique, le sous-nitrate est une poudre absorbante. A ce titre il rend des services dans le météorisme et la dyspepsie flatulente. Lagastralgie est souvent guérie par lui, sans qu'on sache comment.
Enfin le sous-nitrate de bismuth est employé à l'extérieur, comme poudre absorbante, dans les ulcères, plaies, eczéma, blennorrhagie, etc.
Doses : 1 — 20 gr. par jour. Le sous-carbonate se donne aux mêmes doses.
Le phosphate de chaux est soluble dans le suc gastrique et nous l'avons étudié aux réparateurs de la nutrition. Mais s'il est donné en grande quantité, 10 — 20^^ à la fois, la majeure partie n'est pas absorbée et chemine le long du tube digestif, produisant des effets semblables à ceux du bismuth. Il agit donc comme substance inerte.
Doses : 5 — 20 gr.
DEUXIÈME ORDRE
MODIFICATEURS DE l'eXCRÉTION URliNAlUE
Les agents de cet ordre augmentent ou diminuent la quantité des urines, l^es premiers sont les diurétiques, les seconds sont les anurétiques.
Pour saisir le mode d'action des diurétiques et des
UlURETlQUlî^S. PUYSIULUGIL:. 3 47
anurétiques il est iiidispoiisablo de rappeler la physiologie de la sécrétion urinaire.
Considérations physiologiques. — Nous n'avons pas ici à nous occuper des différentes opinions émises sur le mécanisme particulier de l'excrétion urinaire. Les théories de Bowman, de Ludwig et de Kuss sont plus ou moins hypothétiques, et si elles ont un intérêt physiologique elles laissent indifférent le thérapeute qui cherche à agir sur l'excrétion urinaire et qui y parvient en mettant en jeu les forces physiologiques communes à toutes les sécrétions. Quelles sont donc les conditions physiologiques ordinaires qui président à la sécrétion urinaire? Tout d'abord un fait important doit être signalé, c'est que tous les matériaux de l'urine existent dans le sang, ainsi que l'ont prouvé les expériences de Cl. Bernard, Prévost etGréhant. Le rein diffère donc à cet égard de toutes les autres glandes, lesquelles fabriquent un produit spécial. C'est pour cela qu'on dit que l'urine est un produit d'excrétion, non de sécrétion.
La condition la plus importante dans la sécrétion rénale est l'état de la pression vasculaire. Il faut de toute nécessité que la pression soit plus forte dans les vaisseaux que dans les tubes urinifères. Lorsqu'on augmente la pression des tubes urinifères par la ligature des uretères, l'excrétion urinaire diminue, et elle se supprime quand cette pression égale celle du sang. On peut arriver au même résultat en abaissant la pression vasculaire ; un chien qui sécrète i 1 grammes d'urine en trente minutes, avec une pression sanguine de 135 millimètres de mercure, n'en sécrète plus que 2 grammes dans le même temps quand ou a abaissé la pression à 104 millimètres.
l^e glomérule de Malpighi est admirablement conslitué pour maintenir toujours l'excès de pression en faveur du sang, car le diamètre du vaisseau efférent est de beaucoup inférieur à celui du vaisseau afférent.
Le rôle de Vépithéliwn est diversement interprété par les théories de Bowman, de Kuss et de Ludwig ; dans tous les cas, son action doit se manifester par des variations qualitatives et non quantitatives de l'urine; nous n'avons donc pas à nous préoccuper de cette question.
Le rôle du système nerveux dans la sécrétion rénale est peu connu. On sait, d'après les expériences de Cl. Bernard, que le centre de l'excrétion urinaire se trouve dans la moelle allongée. La section de la moelle épinière diminue la quantité de l'urine en abaissant la tension vasculaire. La section du nerf grand splanchnique congestionne le rein et augmente l'urine; l'électrisation du bout périphérique de ce même nerf diminue la sécrétion urinaire (Vulpian).
On ignore si le rein possède des nerfs sécréteurs. Le rôle du système nerveux paraît donc se limiter à une action vaso-motrice et par suite à la pression vasculaire»