IL DIURÉTIQUES AGISSANT SUR LE REIN
Nous ne reviendrons pas sur le mode d'action de ces diurétiques, nous nous sommes expliqué à ce sujet dans les considérations physiologiques.
Alcool. — L'alcool est un puissant diurétique, ainsi que cela résulte des expériences de Rabuteau, et il a à cet égard une puissance six ou huit fois plus forte que l'eau.
Il agit par dialyse et par irritation rénale.
Vins. — Les vins sont d'autant plus diurétiques qu'ils renferment plus d'alcool et moins de tannin. C'est pour cela que les vins blancs ont plus d'action que les vins rouges (Rabuteau).
Carbonates alcalins. — Les bicarbonates de soude et de potasse ne sont diurétiques que lorsqu'ils ont été donnés à dose suffisante pour rendre les urines alcalines (Rabuteau). C'est qu'alors ils ont rendu, par dialyse, le sang plus fluide, plus aqueux et par conséquent plus fîltrable.
Les malates, citrates, tartinâtes, acétates alcalins, se transformant dans l'organisme en bicarbonates, agissent comme ces derniers.
Doses : 5 — 10 gr.
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Azotates alcalins. — Le nitrate de potasse est connu comme diurétique, mais là ne se borne pas son action physiologique.
D'après Rabuteau, le nitre, à la dose de 10 gr., produit une diminution du chiffre de l'urée et le rakntissement du pouls, par suite de l'action spéciale du potassium sur le cœur.
Nothnagel et Rossbach conviennent que le pouls peut se ralentir et la température s'abaisser ; mais, disent-ils, il faut des doses tout à fait élevées, et encore n'y arrive-t-on pas chez l'homme, parce qu'il survient une gastrite toxique. En fait, les expériences de Rabuteau et de Jovitzu ne nous paraissent pas bien démonstratives. Le lecteur va juger. Jovitzu s'étant soumis à un régime uniforme pendant quinze jours, prit pendant les cinq jours intercalairesJO gr. de nitre par jour, en deux fois. L'urée fut dosée chaque jour. Le poids moyen de l'urée de la première période de cinq jours (sans médicament) fut de 2Ss%29; la moyenne de la seconde période, où l'on prit le médicament, fut de 22^^,72 ; différence : lsr,57. C'est peu, eu égard aux variations physiologiques du chiffre de l'urée malgré l'identité du régime.
Le nombre des pulsations a été en moyenne de 72 le matin et de 76 le soir, pendant la première période ; il fut de 67 le matin et de 66 le soir pendant la deuxième période ; différence 5 pulsations pour le malin, 10 pulsations pour le soir. Ma conviction n'est pas entraînée par ces chiffres.
Le nitre, comme tous les alcalins, diminue la plasticité du sang, le rend plus fluide.
Quoi qu'il en soit de l'action physiologique du
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nitre, il n'en a pas moins été recommandé dans un certain nombre de maladies. Les fièvres intermittentes, la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu ont été traités par lui, mais il ne s'est pas montré plus favorable qu'une foule d'autres médicaments, et moins efficace en tout cas que les agents antipyrétiques plus sûrs : quinine, acide salicylique. Doses : 2 — 10 gr.
Le nitrate de soude a une action générale et locale (sur les reins), semblable à celle du nitrate de potasse, mais moins accentuée.
Doses ; 2 — 15 gr.
Chlorates alcalins. — Les chlorates usités en médecine sont les chlorates de potasse et de soude.
Les propriétés diurétiques des chlorates sont, au dire de Rabuteau, supérieures à celles des nitrates, et le chlorate de soude serait, dans ce sens, plui actif que le chlorate de potasse. Les chlorates s'absorbent rapidement et s'éliminent de même en nature. La voie principale d'élimination est l'urine, puis viennent la sahve, les larmes, le lait, la bile, les sueurs. Rabuteau a retrouvé dans les urines et la sahve la presque totalité du sel ingéré, ce qui prouve que le chlorate ne se décompose pas dans l'organisme.
Les chlorates sont irritants, c'est sans doute à celte propriété qu'ils doivent en partie leurs effets diurétiques.
On aurait constaté le ralentissement du pouls, surtout par le chlorate de potasse, la diminution de l'urée et de la chaleur animale (Rabuteau).
Usages. — Les chlorates ont le droit d'être employés comme diurétiques ; de plus, ils se montrent efficaces dans un certain nombre d'affections.
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Socquet, de Lyon, a donné le chlorate de potasse dans le rhumatisme articulaire aiyu et lui décerne des éloges.
Mais là où le chlorate de potasse se distingue, c'est dans les stomatites, gingivites et principalement la stomatite mercurielle; on peut même par son emploi prévenir la stomatite mercurielle. Aucun médicament ne peut lai être comparé. Cette efficacité du chlorate de potasse dans les stomatites est due à l'action topique du collutoire ou gargarisme ; mais il ne faut pas oublier que le médicament s'élimine par la salive et qu'en le donnant à l'intérieur on a l'avantage de le voir paraître plusieurs fois dans la cavité buccale. Le chlorate de potasse a été employé par Blache dans Vangine et la laryngite diplitéritique , et il a donné des résultats satisfaisants. A V extérieur on l'a employé comme excitant dans les ulcères, les cancroïdes. Bergeron et Leblanc auraient fait disparaître des épithéliomes par l'emploi intérieur et extérieur du chlorate de potasse.
Le chlorate de soude est beaucoup moins usité; il mérite d'être employé comme diurétique, de préférence au chlorate de potasse (Rabuleau). Barthez s'en sert en instillation dans la trachée, après la trachéotomie, pour ramollir les fausses membranes et favoriser leur expulsion.
Doses : Chlorate de potasse, 5 — 10 gr. Quand on le donne en solution aqueuse il n'y a pas heu de s'inquiéter de la dose, car l'eau se sature et Ton peut prendre l'eau saturée puisqu'elle ne renferme que 6/100 de sel.
Chlorate de soude. — Il est plus soluble et peut se donner à doses plus élevées, o — 20 gr.
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Pariétaire, bourrache, asperges. — Ces différentes plantes renferment des sels de potasse auxquels on attribue leur propriété diurétique ; mais ces sels y sont en trop faible quantité. Il est bien plus probable qu'elles n'agissent que par l'eau qui leur sert de véhicule.
Bases : 10 gr. pour un litre.
Essences diverses. — La térébenthine, le copahu, le cubèbe, le genièvre sont diurétiques par irritation des reins.
Boses : térébenthine, 1 — 5 gr. ; cubèbe, copahu, genièvre, 5 — Ici gr.
Genêt. — On emploie les fleurs du Genista scoparia, famille des Légumineuses. Le principe actif est la scoparine.
Boses : fleurs, 10 — 20 gr. en infusion. Scoparine, 0s%25 — Os%30.
THÉRAPEUTIQUE DES DIURÉTIQUES.
On peut, avec A. Barailler (1), de Toulon, diviser en trois classes les indications des diurétiques :
1° Favoriser l'excrétion urinaire diminuée ou suspendue ;
2° Évacuer par la voie rénale les liquides épanchés dans diverses cavités ;
3° Éliminer des substances délétères.
1° Favoriser r excrétion urinaire diminuée ou suspendue. — L'excrétion urinaire est diminuée dans toutes les maladies fébriles; mais là nous ne trouvons pas que les diurétiques soient nettement indiqués. Il faut
(1) Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, artiolp DicuÉTiQVEs.
DIURETIQUES. — THERAPEUTIQUE. 3 57
s'adresser à la fièvre elle-même, car la diminution des urines est un lait de peu d'importance.
Les urines sont diminuées dans les diarrhées, par suite de l'abaissement de pression sanguine provoqué par l'exhalation du sérum à la surface de la muqueuse digestive. Là encore les diurétiques sont inutiles, on doit combattre la diarrhée elle-même.
Dans les affections valvulaires du cœur non compensées, l'abaissement de pression dans le système artériel est de règle, et la sécrétion urinaire est diminuée. Il est bien évident qu'ici c'est la digitale qui devra être employée.
Dans la néphrite parenchy metteuse, la diminution de l'urine est constante, et l'on sait les conséquences graves de cette anurie ; l'emploi des diurétiques est donc indiqué. C'est aux diurétiques agissant sur le rein qu'on s'adressera. La diète lactée, par ses effets multiples et ses services rendus, jouit aujourd'hui d'une faveur méritée.
2° Évacuer par la voie rénale les liquides épanches dans diverses cavités. — Nous retrouvons ici l'indication des diurétiques, dans les maladies valvulaires et les néphrites, pour combattre Vhydropisie qui en est la conséquence. La digitale sera employée contre l'œdème, l'ascite, etc., des affections du cœur; les diurétiques locaux, contre les exsudations séreuses de la maladie de Bright. Il est utile dans ces cas d'associer les purgatifs aux diurétiques.
Dans les hydropisies des cavités séreuses, d'origine inffammatoire, les diurétiques ont moins d'efficacité.
3° Éliminer des substances délétères. — Dans les intoxications de toutes sortes, il y a lieu de favoriser l'élimination du poison. Les alcaloïdes s'éliminent
3oS MODIFICATEURS DE L EXCRETION URINAIRE.
en général par les urines, et c'est par cette voie qu'il faut les chasser. L'eau, qui en se diffusant dans les tissus entraîne avec elle la substance, est dans ce cas le meilleur diurétique. Les diurétiques irri tants viennent ensuite.
Dans Vurémie, ce n'est pas tant aux diurétiques qu'aux purgatifs et aux sudorifiques qu'il faut s'adresser, car il ne faut pas espérer rétablir par eux les fonctions rénales.
Dans la gravelle, les diurétiques sont clairement indiqués pour débarrasser le rein des dépôts de sable qui remplissent ses canaux. Les diurétiques locaux sont employés de préférence.