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JABORANDI

Le jaborandi est un arbrisseau du Brésil que le professeur Bâillon a reconnu être le Filocarpus pinnatus^ famille des Rutacées.

Il a été apporté en France par le D^ Coutinho, de Pernambuco, en 1873. De nombreux médecins et physiologistes l'ont expérimenté, parmi lesquels nous citerons Gubler, Rabuteau, Albert Robin, Féréol, Bochefontaine et Garville, Laborde, Vulpian, etc., aussi l'étude de ce médicament est-elle à peu près complète.

La substance active est un alcaloïde, la pilocarpine Q46i|34^2*0* (Kingzett), qu'on retire des feuilles, de l'écorce, des tiges et des racines ; elle est soluble dans l'eau et forme des sels solubles. En outre de Talcaloïde, le jaborandi renferme une huile essentielle.

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PHYSIOLOGIE

Effets généraux. — Chez l'homme, à la suite de l'ingestion d'une infusion de 3 à 4 gr. de feuilles, ou de OS'", 01 à Osr^02 de chlorhydrate de pilocarpine, on voit, au bout de peu de temps, la peau rougir; la sueur apparaît et augmente progressivement, la salive afflue dans la bouche, les larmes baignent les yeux, les battements du cœur s'accélèrent; il se produit quelquefois des nausées, des vertiges, de la pesanteur de tête.

On voit que l'action du jaborandi se porte principalement du côté des sécrétions qu'il augmente. Étudions donc attentivement ce phénomène.

Action sur les sécrétions. — Nous avons vu que le jaborandi déterminait chez l'homme une hypersécrétion sudorale, salivaire et lacrymale, mais ces sécrétions ne sont pas seules activées, car- chez les animaux on a obtenu une augmentation des mucosités nasales, trachéiques et bronchiques, de la bile, du suc pancréatique, du lait. Les sucs intestinaux, l'urine, ne sont pas accrus (Vulpian).

Sécrétion salivaire. — Nous ne pouvons, dans un précis de thérapeutique, exposer en entier la physiologie de la sécrétion salivaire dont l'étude a amené la découverte des nerfs sécréteurs. Nous nous contenterons donc de rappeler les points nécessaires à la compréhension de l'action du jaborandi.

La glande sous-maxillaire est innervée : 1° par la corde du tympan, considérée comme une branche du facial, mais que Vulpian et Schiff font provenir du noyau d'-origine du trijumeau. Ce nerf s'accole un instant avec le lingual, branche du trijumeau, pour

former un seul tronc nerveux ; mais ils se séparent bientôt, le lingual pour se rendre à la langue, la corde du tympan pour se rendre à la glande sousmaxillaire ; 2° par des filets sympathiques venant du ganglion cervical supérieur.

Quand on coupe la corde du tympan, la sécrétion s'arrête (Schiiî, G, Bernard). Si on électrise le bout périphérique de ce nerf, la sécrétion reparait, en même temps que la glande se congestionne. On pourrait croire que la sécrétion est due, dans ce cas, à la congestion de la glande. Pour répondre à cette objection, Ludwig décapite un chien et électrise immédiatement la corde du tympan, la sécrétion salivai re se produit. On ne peut invoquer ici la congestion de la glande. Donc la corde du tympan renferme des fibres vaso-motrices et sécrétoires.

Nous verrons que ces fibres sont physiologiquement indépendantes.

Quant à l'action du sympalhique sur la sécrétion, Czermak a fait voir que la faradisation de ses rameaux qui se rendent à la glande arrête la sécrétion provoquée par l'excitation de la corde du tympan. Ce nerf joue donc un rôle modérateur, mais indirectement, car l'arrêt de la sécrétion n'est du qu'à l'anémie de la glande qui résulte de l'excitation des vasoconstricteurs (Langley).

On se rend compte de l'action sialagogue du jaborandi en recourant à l'atropine qui, comme on sait (voyez page 131), paralyse les fibres sécrétoires de la corde du tympan, en respectant les fibres vaso-dilatatrices. Si, sur un animal airopinisé, on injecte de la pilocarpine, on obtient immédiatement un écoulement de salive par le canal de Wharton (Vulpian, Lan^dev).

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Pour que celte expérience réussisse il ne faut pas que la quantité d'atropine injectée soit trop élevée, car le pouvoir de l'atropine est beaucoup plus fort que celui de la pilocarpine ; la proporlion convenable pour un chien est de O^^'jOOS d'atropine, contre Os^^Oi de pilocarpine (Vulpian).

Réciproquement, chez un chien dont la sécrétion salivaire est augmentée par la pilocarpine, une injection d'atropine taril la sécrétion que l'on peut faire reparaître par une nouvelle injection de pilocarpine (Vulpian).

On pourrait se demander si l'action de la pilocarpine ne porte pas sur les centres nerveux. Les expériences de Carville et Bochefontaine répondent à cela que les effets de la pilocarpine se produisent même après la section de la corde du tympan, du lingual, du pneumogastrique et des filets glandulaires du sympathique. La pilocarpine active donc la sécrétion sous-maxillaire par excitation des terminaisons de la corde du tympan.

L'effet est certainement de même nature sur la glande sublinguale puisque' son innervation est la même que celle de la glande sous-maxillaire.

La parotide a aussi son nerf excito-sécréteur. Heidenliain et, après lui, Vulpian, ont démontré que ce nerf est le rameau, de Jacobson (branche du glossopharyngien) dont une des divisions, le nerf pétreux profond et exlerne, traverse la caisse du tympan pour s'unir au petit pétreux superficiel (branche du facial) et se rendre à la glande parotide.

Des expériences n'ont pas été faites pour étudier l'action de l'atropine et de la pilocarpine sur la sécrétion parolidienne.

Sécrétion sudorale. — L'hypersécrétion sudo-

raie commence à peu près en même temps que l'hypersécrétion salivaire, dix à quinze minutes après Tingestion du jaborandi ; elle dure environ deux heures. La quantité de sueur peut s'élever à 300 ou 500 centimètres cubes. Albert Robin a trouvé que le chiffre de l'urée et des chlorures éliminés était supérieur au chiffre normal (2s%69 d'urée par litre, au lieu de 0g'-^48 ; 3s^68 de chlorures au lieu de 2^^473).

Il est important de noter que la sécrétion sébacée est aussi plus abondante. Pour établir le mode d'action de la pilocarpine il faut rappeler les faits suivants relatifs à la physiologie des glandes sudoripares.

La section du nerf sciatique produit, chez le chat, la paralysie des fonctions des glandes sudoripares de la pulpe du pied; l'électrisation du bout périphérique de ce nerf produit une abondante sécrétion de sueur par ces glandes (Ostrumoff, Kendall, Luchsinger), On ne peut attribuer ces résultats à des modifications circulatoires, puisque la section du sciatique, qui tarit la sécrétion, détermine l'afflux du sang à la peau, et que l'électrisation du bout périphérique, qui est suivie d'hypersécrétion, produit un resserrement des vaisseaux (Vulpian), Du reste, voici une preuve péremptoire. Luchsinger et Nawrocki ont obtenu la sudation par la faradisation du sciatique après avoir lié l'aorte abdominale. Ces fibres excito-sécrétoires prennent naissance dans la moelle et passent dans le sympathique, ainsi que cela résulte des expériences d'Ostrumoff, Luchsinger et Nawrocki,

A ces preuves physiologiques Langerhans et Coyne ont apporté l'appui de l'anatomie, en montrant que des fibres nerveuses se rendent directement aux glandes sudoi-ipares.

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La pilocarpine agit-elle sur les fibres vaso-motrices ou sur les fibres sécrétoires ?

D'après ce que nous savons de son action sur la sécrétion salivaire, il est permis déjà de supposer, par analogie, que ce sont les fibres sécrétoires qui sont en cause.

On ne peut admettre, d'autre part, que l'hypersécrétion se fasse par l'intermédiaire des nerfs vasomoteurs, car, si le jaborandi détermine habituellement la rougeur de la peau en même temps que la sudation, cette congestion cutanée n'existe pas toujours, et, d'autre part, elle peut se produire sans que la sudation l'accompagne, comme cela se voit chez les vieillards dont les glandes sudoripares résistent à l'action excito-sécrétoire du jaborandi (Vulpian).

On est donc fondé à dire avec le professeur Vulpian que le jaborandi active les sueurs en excitant les nerfs sécréteurs.

La section des nerfs sciatiques n'empêche pas l'action du jaborandi, ce qui prouve que l'excitation porte sur les terminaisons des nerfs et non sur les centres nerveux. L'antagonisme que nous avons signalé entre la pilocarpine et l'atropine relativement à la sécrétion saUvaire existe aussi pour la sécrétion sudorale.

Luchsinger, après avoir atropinisé un chat, injecte de la pilocarpine dans une des pulpes digitales d'un des membres postérieurs. A.u bout de quelques minutes cette pulpe se couvre de gouttelettes de sueur tandis que toutes les autres pulpes restent sèches. Vulpian a répété cette expérience et en a confirmé le résultat.

Chez l'homme, L Strauss a produit les même effets. 11 a constaté que, dans le cas d'injection hypodermi-

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que de pilocarpine, la sueur commence à apparaître sur le lieu de l'injection et ne se montre qu'une ou deux minutes plus tard sur le reste du corps. On peut même, avec une dose très faible, n'obtenir que la sudation locale. Si l'on a soumis préalablement un malade à l'action de l'atropine et qu'on lui fasse une injection de pilocarpine, la sueur ne se montre que dans la région de l'injection. C'est, comme le dit Vulpian, l'expérience faite par Luchsinger sur le chat que I. Strauss a réalisée chez l'homme.

Sécrétions diverses. — Nous avons noté l'hypersécrétion de diverses autres glandes : glandes lacrymales, pancréas, foie, mamelle, glandes muqueuses nasales et trachéo-bronchiques, mais l'excitation de ces glandes n'est ni aussi intense ni aussi constante que celle des glandes salivaires et sudoripares.

Relativement au mécanisme de l'hypersécrétion de ces glandes nous ne pouvons que citer l'opinion de Vulpian : u Le mécanisme de l'action du jaborandi « doit être le même, au fond, pour toutes les glandes « dont il active la sécrétion. Si la théorie que nous (c avons admise est exacte, on doit supposer que ces « différentes glandes reçoivent les ramifications de « nerfs sécréteurs et que le jaborandi agit sur elles « en excitant les extrémités terminales de ces nerfs, « dans les points oi^i ces extrémités entrent en relation (( avec les cellules glandulaires elles-mêmes. »

Action sur la pupille. — L'instillation sur l'œil de pilocarpine ou d'extrait de jaborandi produit le rétrécissement de la pupille. D'après Tweedy et Piedro Albertoni, ce myosis est accompagné d'un spasme de raccommodalion. Les effels du jaborandi surla pupille durent environ vingt-qualre heures.

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Le spasme d'accommodation qui existe avec le myosis prouve que la pilocarpine agit en excitant les terminaisons du moteur oculaire commun.

Nous avons vu que l'ali'opine dilate la pupille en paralysant ce même nerf. 11 y a donc là encore antagonisme entre la pilocarpine et l'atropine.

Action sur la circulation. — Les nombreuses expériences de Vulpian sur des grenouilles et sur des chiens démontrent que le jaborandi ralentit considérablement les battements du cœur.

Si sur un animal dont les battements sont ralentis parle jaborandi oninjecte de l'atropine, les battements reprennent bientôt leur nombre normal et le dépassent même. La 7-éciproque n'est pas vraie, car, d'après Vulpian, on ne peut ralentir par la pilocarpine ou le jaborandi les battements cardiaques accélérés par l'atropine.

On sait que l'atropine accélère le cœur parparalysie des pneumogastriques, on peut donc supposer c[uela pilocarpine, qui se montre partout son antagoniste, agit en excitant les terminaisons de ces mêmes nerfs.

En même temps que le cœur se ralentit, icipressioii artérielle baisse par suite de la faiblesse des contractions cardiaques.

Action sur la nutrition. — Albert Robin, Weber, ont constaté que le jaborandi élève la température jusqu'au moment où la salivation et la sudation sont bien étabbes. Puis la température baisse progressivement jusqu'au chiffre normal, et même au-dessous, quand les hypercrinies sont à leur déclin. On ne sait par quel mécanisme se produisent ces modifications de la température.

Action sur le tube digestif. — L'ingeslion du

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jaboraridi produit, souvent des nausées, des vomissements et de la diarrhée. La diarrhée se produit aussi quand on a injecté le jaborandi dans les veines ou dans le tissu cellulaire sous-culané. L'examen microscopique montre, dans ce cas, la muqueuse stomacale et intestinale très rouge, recouverte de mucus sanguinolent. Quelquefois il existe dans l'épaisseur de la muqueuse de larges plaques ecchymotiques (Gornil, A. Robin, Bochefontaine, Gallipe, Yulpian).

Toxicité du jaborandi. — Chez des chiens de taille moyenne, Vulpian, Bochefontaine et Gallipe ont injecté fréquemment des infusions de 10 à 12 gr. de feuilles ou d'écorce de jaborandi; la mort n'eut lieu qu'une fois.

A. Robin a tué un cobaye, en deux heures et demie, avec jsrjo d'extrait de jaborandi.

D'après Vulpian, la dose de pilocarpine mortelle pour le chien est de O^^SO.

La dose la plus considérable qui ait pu être supportée par l'homme est de Os'',0o (Pitois).

L'action principale du jaborandi s'exerçant sur les sécrétions, les indications thérapeutiques se trouvent naturellement dans les résultats prochains ou éloignés que l'on peut obtenir par la modification des sécrétions.

En premier lieu, V hypersécrétion salivaire peut être recherchée dans les cas de sécheresse de la bouche et du pharynx avec soif vive tels que : atropisme, paralysie faciale, angines, parotidites, affections fébriles diverses, diabète sucré, polyurie. On conçoit l'utilité d'une hyper'sécrétion salivaire dans ces atfections di

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verses, mais il est bien évident que le jaborandi ne fait que remédier à un sj'^mptôme, pénible peut-être, mais non sérieux.

Gomme sudorifique le jaborandi a une plus grande importance. Il est nettement indiqué dans la maladie de Bright avec aniirie ; il supplée alors la fonction rénale et peut prévenir et diminuer Furémie et l'hydropisie. Gubler et autres médecins se sont fort loués de son emploi. Dans les hydropisies diverses, ascite, péricardite, pleurésie, anasarque, le jaborandi, seul ou associé aux diurétiques, est assurément un bon moyen pour favoriser la résorplion des épancbements, en abaissant la pression vasculaire. En fait, Gubler, Vulpian, Grasset, Landreux en ont obtenu d'excellents résultats dans la pleurésie.

Le jaborandi nous paraît parfaitement indiqué dans les hydropisies d'origine cardiaque. Dans deux cas d'insuffisance aortique, de Renzi a constaté la diminution de la fréquence du pouls, de la dyspnée et des palpitations.

Dans le rhumaiisme articulaire aigu, le jaborandi n'a pas produit les effets qu'on en attendait; il n'a d'influence ni sur la marche, ni sur la durée, ni sur les complications de la maladie. Il se serait montré utile, d'après Gubler et A. Robin, dans les formes subaifiçuës et dans le rhumatisme musculaire.

Vulpian a obtenu de très bons résultats dans la trachéo-bronchite a frigore.

Dans V intoxication saturnine Gubler a reconnu l'utilité du jaborandi. Il semble d'ailleurs que ce médicament soit indiqué dans toutes les intoxications, comme éliminateur.

Récemment la pilocarpine a été appliquée au trni-

tement de Y angine diphtéritlque par Lereboullet, Cassin d'Avignon, Gatlmann, et le succès a couronné ]a médication. Dans la statistique de GuLtmann, sur 81 cas tous ont guéri.

Employé contre les affections de la peau : eczéma, psoriasis, il n'a pas donné des résultats bien nets.

La pilocarpine a été employée dans le traitement des affections des yeux : décollement de la rétine, iritis, irido-choroïdites, paralysie de l'accommodation, opacités du corps vitré; dans un grand nombre de cas, mais non dans tous, ce médicament s'est montré efficace.

Il aurait sur l'ésérine l'avantage d'être moins irritant (Galezowski).

Enfin, les accoucheurs se sont servis de la pilocarpine dans le but de stimuler les contractions utérines. Rien dans la physiologie de cette substance ne fait présumer un effet de cette nature, aussi les résultats sont-ils contradictoires.

PuÉPARATioNs. — Doses.

Feuilles de jaborandi. 2 gr. — 6gr. pour infusion.

Extrait de jaborandi. 05^,50 — l&r,50

Pilocarpine (chlorhydrate-nitrate) 0,01— 1,0 i.

La pilocarpine s'emploie beaucoup en injections hypodermiques.

Solution pour injection hypodermique.

Chlorhydrate de pilocarpine 08^r^20

Eau de laurier-cerise 10

Chaque seringue renferme 0sr,0.2 de pilocarpine.

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