‹ Manuel de thérapeutiqueChapitre 200 sur 250 · PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES RÉVULSIFS · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES RÉVULSIFS

Les révulsifs n'ont pas seulement pour action de produire la rubéfaction ou la vésication de la peau. Nous avons vu déjà que le vésicatoire déterminait une action remarquable sur le système nerveux, le retour de la sensibilité; nous allons maintenant étudier de plus près les effets physiologiques obtenus par les irritations douloureuses de la peau.

Entre autres fonctions importantes, la peau est chargée de transmettre aux centres nerveux les impressions extérieures. Pour remplir ce rôle, elle possède un réseau nerveux si serré qu'on peut la considérer comme une vaste surface de tissu nerveux. Il n'est donc pas étonnant que les irritations de la peau déterminent facilement la mise enjeu des fonctions réflexes de la moelle, fonctions qui se traduiront par des actes réflexes du côté de la respiration, de la circulation, et par suite de la nutrition.

Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici les conclusions de Nothnagel et Rossbach déduites des travaux de Naumann, Bezold, Ludwig, Schiff, Heidenhain, Rohrig, Zuntz et autres.

l'' Une faihle irritation de la peau, quelle qu'en soit la cause, provoque le rétrécissement réflexe d'un grand nombre d'artères périphériques, surtout des artères cutanées; consécutivement la 'pression sanguine s'élève et les contractions cardiaques deviennent

4 26 REVULSIFS.

plus rapides et plus intenses. En même temps les mouvements respiratoires se ralentissent. La peau recevant moins de sang et les poumons moins d'air, la quantité de ciialeur qui rayonne de la surface cutanée et celle qui se dégage avec l'air expiré devront devenir moindres ; en même temps, la pression sanguine étant élevée dans l'intérieur de l'organisme, les processus d'oxydation se feront avec plus d'activité dans les organes internes plus énergiquement irrigués ; aussi voit- on la température dans V intérieur du corps éprouver une élévation prolongée.

Quand cette faible irritation de la peau acessé,larespiration et la circulation reviennent à l'état normal, etl'on voit alors la température intérieure redescendre jusqu'à la normale et, parfois même, au-dessous.

2°*Quand l'irritation de la peau a été très intense et très douloureuse, les phénomènes produits peuvent être distingués en deux périodes. Dès le début se manifestent, comme à la suite d'une faible irritation cutanée, un rétrécissement des artères de la peau, une élévation de la pression sanguine et une augmentation de la température intérieure ; mais ces phénomènes ne sont que momentanés, et ils durent d'autant moins de temps que l'irritation a été plus forte ; si elle a été très intense, produite, par exemple, par des badigeonnages sur la peau avec de l'essence de moutarde, de la cantharidine, etc., cette première période peut même faire entièrement défaut ou du moins passer inaperçue pour nos moyens d'investigation.

Dans la seconde période, qui, à cause de sa durée beaucoup plus longue que la première, présente une bien plus grande importance, on voit se produire des phénomènes tout inverses : les vaisseaux cutanés se

PUYSIOLOGIE. 4 27

relâchent et se dilatent, soit que l'excès d'irTilalion ait épuisé les nerfs vaso-constricteurs, soit que les fibres vaso-dilatatrices aient été excitées ; on voit en même temps ces vaisseaux cutanés se gorger de sang. Quant à la respiration, elle éprouve les mêmes modifications auxquelles donnent lieu les irritations faibles : les mouvements respiratoires se ralentissent encore davantage ; l'expiration manifeste un caractère spasmodique. Par suite de tous ces processus, la température de la peau s'élève, la température intérieure s'abaisse, et il se fait un rayonnement plus vif de chaleur. La température de l'intérieur du corps éprouverait un abaissement encore plus marqué, si la diminution de la pression sanguine et le ralentissement de l'activité du cœur ne venaient établir une sorte de communication.

Une fois l'irritation passée, les modifications éprouvées par la circulation disparaissent peu à peu, et l'on voit alors la température de la peau s'abaisser, celle de l'intérieur du corps s'élever, à moins que le développement de la chaleur n'ait eu trop à soutfrir.

3" Tl va sans dire qu'il existe entre les irritations les plus faibles et les irritations les plus intenses, des degrés intermédiaires, dans lesquels les modifications éprouvées par la circulation et la température subissent les variations les plus diverses.

4° Tous les phénomènes dont il vient d'être question ne disparaissent |)as en même temps que cesse l'irritation cutanée occasionnelle, mais persistent encore pendant un temps plus ou moins long après la disparition de la cause.

5° Bans les cas où, il existe un état fébrile, où la température de la peau, aussi bien que la tempéra-

Page 1