PHI^.NOL
Les urines se coloreiil très souvent en brun ou en noir. D'après Sallcowski le degré plus ou moins prononcé de cette coloration n'est pas en rapport avec une richesse correspondante de l'urine en phénol. Kohn a vu des doses élevées produire de l'albuminurie.
TnÉRAPEUÏIQUE
Pansement phéniqué. — On sait l'importance qu'a prise, depuis quelques années, le phénol dans le pansement des plaies; l'acide phéniqué a rendu aux chirurgiens d'hôpitaux des grandes villes la confiance et la hardiesse que la septicémie et l'infection purulente leur avaient fait perdre. L'ouverture du péritoine, des grandes articulations, autrefois si redoutée, se fait maintenant, je ne dis pas sans danger, mais avec beaucoup plus de chances de succès. Bref, le chiffre de la mortalité opératoire a considérablement baissé depuis l'emploi de l'acide phéniqué dans le pansement des plaies. Le pansement phéniqué n'a pas seulement cet avantage final, on obtient encore avec lui des résultats fort importants : la réaction inflammatoire de la plaie est faible ou nulle, la réaction fébrile est plus courte ou fait défaut, les douleurs ressenties dans la plaie sont amoindries ou supprimées, la réunion par première intention est très souvent obtenue, la suppuration des plaies en surface est beaucoup diminuée, la cicatrisation se fait plus rapidement.
On connaît les détails de la méthode de Lister, détails qu'il ne faut pas négliger, au dire de ce chirurgien, car le succès dépend de leur observance exacte ; on peut les résumer ainsi : laplaie et tout ce qui touche la plaie doit être phéniqué. Ainsi les instruments, les
mains du chirurgien et des aides, les pièces de pansement, les fils à ligature, doivent être trempés dans une solution phéniquée. Vair surtout doit être phéuiqué, on se sert pour cela de vaporisateurs à vapeur ou à pression, qui enveloppent la plaie d'un brouillard ptiéniqué.
Lister se sert de deux solutions, l'une forte à 5/100, l'autre laible à 2^^,50/100. La première est destinée au lavage des instruments et pièces de pansement, la seconde sert au lavage des mains de l'opérateur et des aides et à la vaporisation.
Le pansement se compose : 1° du protective, sorte de taffetas revêtu de vernis copal et de dextrine, qu'on trempe dans la solution forte et qu'on applique sur la plaie ;
2° De la gaze antiseptique, qu'on applique sèche, mais qui est imprégnée d'avance d'une mixture d'acide phénique, de résine et de paraffine. On en applique plusieurs couches ou feuilles superposées ;
3p Du makintosch, tissu imperméable qu'on place entre les dernières feuilles de gaze, et qui est destiné à empêcher l'évaporation;
4° Des bandes de gaze antiseptique.
En France, beaucoup de chirurgiens ne s'astreignent pas à tous ces détails. Verneuil, Pozzi, se contentent de phéniquer les pièces ordinaires de pansement, ouate, charpie, etc., et les résultats qu'ils ont obtenus sont très satisfaisants.
En Allemagne, Krônlein, Billrolh, Esniarch; en Angleterre, James Taylor, Campbell, PrescoLt; en Amérique, Deiinis et Wood ; à Zurich, Rose, ont supprimé toute espèce de pansement. La plaie est à ciel ouvert; on se contente de l'arroser fré(|uejnment avec
rUENOL. 4 47
une solution phéniquée. Les statistiques publiées sont encouiageantes.
Les autres usages externes du phénol sont peu importants et son emploi peut être remplacé avantageusement par d'autres substances.
L'usage interne du phénol n'a pas donné de succès marqués. Chauffard l'a employé dans la variole confluente et s'en est bien trouvé. Nous avons vu que le phénol neutralisait le virus variolique. 11 a été recommandé dans la fièvre typhoïde. Tous les médecins sont d'accord pour constater que dans cette maladie on obtient un abaissement de la température très grand, rapide et peu durable. On a observé des sueurs profuses, l'abattement plus considérable des forces et de fréquentes complications, congestions pulmonaires, hémorrhagies, une longueur plus grande de la convalescence. Leyden en a obtenu de bons résultats dans la gangrène pulmonaire , en inhalations. Si l'usage interne du phénol n'a pas donné dans les maladies septiques les résultats qu'on était en droit d'attendre de ses propriétés antiseptiques, cela tient à ce qu'il se décompose dans l'organisme.
En raison de sa toxicité et de sa causticité, le phénol ne nous paraît pas appelé a un grand avenir dans l'antisepsie médicale.
Prépakations. — Doses.
Pour l'usage interne : Osr,10 à 6 gr. en pilules, ou en solution, par doses fraciionnées.
Pour Mi^digQ externe : solutions aqueuses alcoolisées depuis 0Br,50 jusqu'à 5/100. Les solutions à 5/100 soui légèrement caustiques, elles blanchissent les bourgeons chariws.
Pour inhalations : OerjSO à 2/100; on aromatise avec de l'essence ou de l'eau de menthe.
L'huile, la glycérine phéniquées se font dans les mêmes proportions que les solutions.
Pommade : 1/ 10.
Traitement de l'empoisonnement par l'acide phénique. — Les antidotes les plus sûrs sont le sucrate de chaux et le sulfate de soude.
Thymol. — Le thymol qu'on retire de l'essence du thym se présente sous forme de cristaux d'une odeur semblable à celle du thym, peu solubles dans l'eau, solubles dans l'alcool et l'éther.
D'après Liebreich, Lewin et Husemann, le thymol jouit de propriétés antiseptiques plus énergiques que le phénol. Une solution de 1/1000 répond à tous les besoins. Il est légèrement irritant et non caustique ; sa toxicité est beaucoup plus faible, il en faut o à 6 gr. pour tuer un lapin (Husemann). Il a les mêmes effets que le phénol sur le système nerveux, la circulation et la température (Nothnagel et Rossbach). Le thymol pourrait donc avantageusement remplacer le phénol. Volkmann et Spencer Wells l'ont substitué à l'acide phénique dans le pansement de Lister et lui 'ont reconnu entre autres avantages de ne pas irriter la plaie, de ne pas altérer les instruments, d'avoir une odeur agréable et d'être moins toxique.
Doses : A Vintêrieur 0s'",05-2 gr., en pilules ou en solution alcoolique.
Pour l'usage externe : solution à 1/1000.
Goudron, Coaltar, Créosote. — L'emploi de l'acide phénique a rendu fort inutiles ces produits qui, du reste, n'ont d'action que par le phénol et autres composés aFomaliques qu'ils contiennent.
ACIDE SALICYLIQUE. 4 49
Nous connaissons déjà le goudron et la créosote (V. page 384) ; nous nous contentons de signaler ici leurs propriétés antiseptiques.
Le coaltar est le produit qui résulte de la condensation des substances non gazeuses provenant de la distillation de la houille. Il renferme des carbures d'hydrogène : benzine, toluène, etc., des phénols, des substances azotées, etc.
Il a été employé mélangé à du plâtre à raison de 4-3/100.
Le coaltar saponiné de Lebœuf est un mélange de goudron de houille et de teinture de bois de Panama.
Naphtaline. C^°H^. — Produit de la distillation de la houille. Elle se présente en cristaux rhomboïdes, unis et brillants, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool.
Elle est très peu toxique, car 4 gr. ne tuent pas un chien, même en injection sous-cutanée (Testa). Elle n'est pas irritante.
Son absorption par le tube digestif est assez difficile (Rossbach), aussi est-elle un très bon désinfectant da tube digestif. Indication dans la, fièvre typhoïde et les diarrhées chroniques.
Dose : 5 gr. par jour par paquets de 0s'',20 à O^^SO.
Le naphtol est beaucoup plus toxique ; il n'est indiqué que pour l'usage externe, notamment pour la gale.
Dose : Pommade de 10 à 15 0/0.
Acide salicylique. — Cet acide, que nous avons déjà étudié, doit être cité de nouveau parmi les antiseptiques en raison de sa puissance antiputride qui est supérieure, d'après Bucholtz, à celle du phénol.
4 50 ANÏISEI'TIQUES.
Vulpiaii a employé le salicylate de bismuth dans la fièvre typhoïde, et a reconnu qu'il était inférieur à Tacide salicylique.
L'acide salicylique est employé pour la conservation des viandes.
Dose : Os%10-l/100.
Huile de gaulteria ou essence de Wentergrein. — Elle n'agit que par l'acide salicylique qu'elle renferme.
Acide benzoïque. — L'acide benzoïque s'extrait de divers baumes. Il se présente en cristaux d'une odeur de benjoin, solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther.
Il est aussi antiseptique que l'acide salicylique.
L'acide benzoïque s'élimine par les reins à l'état d'acide hippurique par suite de sa combinaison avec le glycocoUe. Cette transformation s'opère-t-elle dans le sang, les tissus, ou dans les reins ? Bunge et Schmiedeberg concluent de leurs expériences sur les chiens que les reins sont le siège unique du développement de l'acide hippurique.
Les effets généraux de l'acide benzoïque sont semblables à ceux de l'acide sahcylique (Nothnagel et Rossbach).
L'acide benzoïque n'est guère utilisé à l'extérieur.
A l'intérieur il a été prescrit comme expectorant.
Garrod, pensant que l'acide benzoïque se transformait en acide hippurique en décomposant l'acide urique, a préconisé ce médicament dans la goutte. Mais il est démontré que l'acide urique ne diminue pas de quantité sous l'iniluence de l'acide benzoïque (Nothnagel et Rossbach, Alleyne Gaok).
Plus rationnel est l'emploi de Tacide benzoïque chez les sujets dont les urines sont alcalines, ammoniacales, conditions qui favorisent la formation de
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calculs de phosphate ammoniaco-magnésien. Rendre à l'urine son acidité est ici la première indication, l'acide benzoïque la remplit.
Doses : Ob%50 — 2 gr. en solution.
Le henzoate de soude^ expérimenté récemment par Lépine et Litzerich, a été reconnu comme possédant des propriétés antifébriles marquées, aux doses de 5 à 25 gr. par jour.
De même que l'acide benzoïque se rapproche chimiquement et physiologiquement de l'acide salicyhque, de môme le benzoate de soude se rapproche aussi du salicjlate de soude.