IV. — ACTIOiN PHYSIOLOGIQUE DE l'ÉLECTRICITÉ
Nous ne pouvons évidemment entrer dans les détails relatifs à l'action physiologique de l'électricité, nous nous contenterons donc d'énoncer les faits dans de brèves propositions.
Action sur le système nerveux. — L Nerfs moteurs. — Les courants continus ont une action variable suivant qu'ils se dirigent des centres à la périphérie (courant direct, centrifuge, descendant) ou de la périphérie au centre (courant inverse, centripète, ascendant).
Un courant continu centrifuge appliqué sur un nerf moteur détermine une contraction à la fermeture et à l'ouverture du courant, mais la contraction de l'ouverture est toujours plus faible, on peut même n'obtenir que la contraction de fermeture avec un faible courant. Un courant continu centripète produit des contractions à la fermeture et à l'ouverture, mais la contraction de fermeture est plus faible ; on peut aussi, avec un courant faible, n'avoir que la contraction d'ouverture (Legros et Onimus).
Les courants d'induction appliqués sur un nerf mo-
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5 06 AGENTS IMPONDERABLES.
teur déterminent des contractions, la direction du courant n'a aucune influence.
II. Nerfs sensitifs. — Le courant continu centrifuge ne détermine de sensation qu'à l'ouverture, le courant centripète ne produit de sensation qu'à la fermeture; pendant que le circuit est clos, la sensation persiste, mais affaiblie. On voit que les courants continus agissent d'une façon inverse sur les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs.
Avec les courants d'induction la direction est indifférente (Jaccoud).
Quelle que soit la direction du courant, la sensibilité est toujours plus forte au pôle positif qu'au pôle négatif.
L'excitation des nerfs sensitifs peut être suivie de contractions réflexes. Sur les organes des se?is, l'électricité fait naître des sensations en rapport avec les fonctions du nerf sensoriel excité. A cet égard le courant continu est plus puissant que l'intermittent, et parmi les courants intermittents les magnéto-électriques sont plus puissants que les volta-électriques (Jaccoud).
III. Nerfs mixtes. — L'action des divers courants électriques sur les nerfs mixtes se déduit aisément de celle qu'ils exercent sur les nerfs moteurs et sensitifs.
Un courant continu centrifuge déterminera une contraction à la fermeture et une sensation à l'ouverture, etc.
IV. Moelle épinière. — Les courants continus ont, d'après Legros et Onimus, une action variable sur la moelle, suivant que le pôle positif est placé à la partie supérieure (courant descendant) ou à la partie inférieure (courant ascendant) de la moelle.
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Le courant descendant ne produit aucune excitation de la moelle, aucun phénomène de sensibilité, aucun mouvement. Bien plus, si les fonctions réflexes delà moelle ont été surexcitées par l'expérimentation (section de la moelle, strychnine), ou par la maladie (tétanos), le courant descendant diminue l'excitation de la moelle, empêche les mouvements réflexes, exerce enfm une action paralysante.
Le courant ascendant excite, au contraire, la moelle épinière, produit de la douleur et des contractions musculaires, même dans les régions dont les nerfs ne viennent pas directement du segment de la moelle soumis à l'excitation électrique.
Une conséquence pratique de grande importance découle de cette différence d'activité des courants descendants et ascendants, c'est que les premiers devront être seuls employés comme modérateurs réflexes, et les seconds comme excitateurs réflexes.
Les courants induits excitent la moelle quelle que soil leur direction.
V. Cerveau. — Les expériences de Hitzig et Fritsch, avec les courants continus, de Ferrier, avec les courants induits, expériences faites dans le but de découvrir les localisations cérébrales sensitives et motrices, montrent que ces deux sortes de courants sont des excitants des circonvolutions cérébrales.
L'électricité appliquée sur le crâne peut-elle déterminer l'excitation du cerveau? Une expérience de Erb semble le démontrer.
Action sur les muscles, — I. Muscles striés. — Les courants continus déterminent des contractions musculaires à l'ouverture et à la fermeture du courant, et quelle que soit sa direction, mais la contrac-
lion de fermeture est toujours plus forte que celle d'ouverture (Legros et Onimus).
Les courants d'induction, par suite de la rapidité des interruptions, mettent le muscle dans un état de contraction tétanique ; aussi le muscle se faligue-t-il rapidement.
Les contractions musculaires produites par l'électricité sont indépendantes de l'action du système nerveux, car elles ont lieu même lorsque le muscle a été soustrait, par le curare, à l'influence nerveuse.
Par l'expérimentation sur les animaux on peut isoler l'électricité sur les nerfs ou sur les muscles, mais sur l'homme on ne peut agir qu'à travers la peau et par conséquent l'électricité atteint à la fois les muscles et les ramifications nerveuses. 11 est intéressant de saisir si, dans ces conditions, on obtient des contractions plus énergiques en plaçant les électrodes sur la région du muscle ou sur le trajet de son nerl moteur. Remak, Duchenne, Ziemssen, ont constaté que l'électrisation du nerf produisait de plus belles contractions que l'électrisation du muscle, et le résultat est d'autant plus marqué que le nerf est plus superficiel.
IL Fibres lisses. — Les organes pourvus de fibres lisses se contractent sous l'influence de l'électricité, mais on n'a pas encore fait la part qui revient dans cette contraction à la fibre lisse et au système nerveux.
Action sur la circulation. — Les courants induits appliqués sur les nerfs en excitent les fibres vasomotrices et produisent par conséquent le resserrement des artérioles et l'élévation de la pression artérielle.
Les courants continus descendants appliqués sur les
nerfs vaso-moteurs dilatent les vaisseaux, tandis que les courants ascendants les resserrent (Legros et Onimus).
Feinberg a constaté sur des animaux que l'électrisation galvanique d'un côté du crâne produisait le resserrement des vaisseaux du cerveau et des membres du côté opposé et un abaissement de la température de ces régions.
Lorsque les électrodes sont appliquées sur la peau, il se produit ordinairement de la rougeur au point d'application. Cette rougeur est manifestement l'indice d'une dilatation vasculaire qui doit être attribuée à une paralysie des vaso-constricteurs ou une excitation des vaso-dilatateurs semblable à celle qui se produit à la suite de toute irritation douloureuse (Voy. Révulsifs).
L'action de l'électricité sur le cœur n'est connue que par l'emploi que l'on en a fait dans les syncopes à titre d'excitant.
Action sur la respiration. — De même, dans les cas d'asphyxie, l'électrisation du thorax est très utile pour rappeler les mouvements respiratoires.
Action sur la nutrition, — Legros et Onimus concluent de leurs expériences que les courants d'mdt/c^zoTi diminuent la quantité d'urée, que les courants continus centrifuges diminuent aussi cette quantité, mais que les courants continus centinpétesV augmentent.