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DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE THÉRAPEUTIQUE

Il y a donc plusieurs thérapeutiques. Le professeur Bouchard (!) décrit les suivantes : thérapeutiques pathogénique, naturiste, symptomatique, physiologique, statistique, empirique.

Thérapeutique pathogénique. — Connaissant ou croyant connaître la cause des maladies, la thérapeutique pathogénique s'adresse à cette cause ; elle agit en vertu de l'axiome : Sublatâ causa, tolUtur effectus. Ce serait assurément la plus sûre des méthodes si les causes des maladies nous étaient toujours connues, et si nous pouvions avoir dans tous les cas action sur elles; or, le chapitre de l'étiologie est toujours le plus diffus, le plus incertain.

D'autre part il est une multitude de maladies dont la cause est passagère; la cause a cessé d'exister et la maladie est là. Exemples : refroidissements, trau-

(1) Loc. cit.

matismes. Dans ces cas la thérapeutique pathogénique ne peut rien. Mais elle est applicable dans uq assez grand nombre d'affections où la cause s'attache à l'organisme et poursuit ses effets. Exemples : parasitisme, intoxications lentes, dystrophies acquises.

a L'avenir appartient à la thérapeutique pathogénique, dit Bouchard {l. ciï.), dontlesindicationsseront réalisées par la thérapeutique physiologique avec le contrôle de la thérapeutique statistique. Mais combien nous sommes éloignés de cette réahsation idéale! »

Thérapeutique naturiste. — Elle part de ee principe que ce n'est pas le médecin qui guérit le malade, mais le malade qui se guérit lui-même. Elle sait que la maladie a une évolution naturelle, 'une tendance à la guérison, et que la guérison est souvent précédée par des crises. Elle considère les phénomènes critiques (diurèse, sudation, hémorrhagies) comme un moyen employé par la nature pour se débarrasser de la maladie, et elle cherche à les favoriser, à les provoquer. Mais toute maladie n'est pas accompagnée de crises, et toute crise n'est pas susceptible de provocation; dans ce cas le thérapeute naturiste se contente de soutenir les forces du malade pour la lutte. Il agit, suivant la comparaison de Bouchard, comme une armée de secours, qui, incapable de débloquer une ville assiégée, se contente de lui faire passer des vivres et des munitions.

Cette thérapeutique est par trop insuffisante, et ce n'est pas la peine d'être médecin pour l'appliquer. Nous pouvons et nous devons faire plus.

Thérapeutique symptomatique. — Celle-ci, sans s'inquiéter de la cause et de l'évolution des maladies, considère que les symptômes sont toute la ma-

ladie, et elle s'acharne à les combattre, à les amender, à les faire disparaître, sans trop savoir si parmi ces symptômes il n'en est pas qui sont l'expression de la réaction de l'organisme contre le mal.

Cette autre comparaison de Bouchard nous servira à la fois d'exemple et d'appréciation. En présence d'un édifice branlant et vermoulu elle se borne à réparer les dégâts apparents, à boucher les fissures, et pense avoir rempli son rôle si la façade garde bonne apparence.

Malheureusement, chacun sait que cette thérapeutique est la seule applicable dans beaucoup de cas.

Thérapeutique physiologique. — Cette thérapeutique s'attache à reconnaître les perturbations apportées par la maladie aux fonctions des organes et à provoquer des phénomènes inverses, pour rétablir l'état normal. Elle procède directement de la physiologie pathologique. Ainsi elle oppose les vasoconstricteurs aux paralysies vasculaires, les diurétiques aux hydropysies, la digitale àl'asystolie. C'est une thérapeutique symptomatique, mais plus fine, plus pénétrante. Aussi est-elle justiciable des mêmes reproches. Toutefois la médecine lui doit d'immenses services, car c'est elle qui a déterminé l'action physiologique des médicaments et a arraché la thérapeutique des mains de l'empirisme pour l'élever à la hauteur d'une science. « A ce titre, toutes les autres méthodes sont ses tributaires, c'est à sa source qu'elles viennent s'alimenter (Bouchard). »

Thérapeutique statistique. — Étant donné un grand nombre de cas d'une même maladie, la pneumonie, par exemple, traités par un même procédé : saignées, digitale, sulfate de quinine, antimoniaux,

combien de guérisons, combien de morts? Le chiffre des guérisons est-il très élevé? le procédé est bon ; le chiffre des morts Temporte-t-il? la médication est mauvaise. Telle est la thérapeutique statistique. Bouchard la juge ainsi : u Elle est vicieuse dans sou principe, elle est vicieuse dans ses procédés, elle n'est qu'un empirisme effréné, et cependant je défie que l'on apprécie sans elle la valeur d'une méthode de traitement, car elle n'est autre chose que l'observation , l'observation qui gagne en généralité ce qu'elle perd en précision, »

Thérapeutique empirique. — Quant à celle-ci, c'est la première qui ait vu le jour. Elle a été mise en usage avant toute connaissance médicale, et c'est à elle que nous devons ce nombre si grand de médicaments qui depuis ont été passés au crible de la science. Elle a donc rendu des services, mais aujourd'hui elle a bien perdu du terrain, car les médecins ne donnent plus de médicament sans l'avoir préalablement expérimenté.

Choix de la méthode. — Parmi les diverses thérapeutiques dont nous venons d'exposer brièvement les avantages et les inconvénients, en est-il une que nous devions adopter de préférence aux autres ? Si le lecteur nous a bien compris, il répondra de suite : Non. Aucune de ces méthodes n'est, en effet, applicable à tous les cas, et elles ne remplissent séparément qu'une partie des devoirs du médecin. Mais si, prises isolément elles sont insuffisantes, associées et combinées entre elles elles deviennent une arme puissante entre les mains du médecin qui sait en tirer parti. Il faut donc faire de l'éclectisme et mettre à contribution chacune de ces méthodes pour en

lirer tout le bien possible. Cette méthode mixte est la thérapeutique des indications. Elle seule peut répondre à la fois aux exigences de la pathologie et de la clinique. Un exemple fera mieux comprendre que tous les discours la valeur de la méthode. Voici un malade atteint de lithiase bihaire et pris d'un accès de colique hépatique. Quelles sont les indications habituelles ? Le malade souffre beaucoup, vous calmez la douleur par la morphine, thérapeutique symptomatique. Vous savez que le calcul chemine dans le canal cholédoque pour être évacué dans l'intestin, vous donnez un purgatif cholalogue qui par l'afflux de bile qu'il provoquera poussera en avant le calcul, thérapeutique naturiste. Vous savez encore que les calculs sont le plus souvent formés de cholestérine, et que la cholestérine se précipite quand la bile est acide ou seulement quand il y a diminution de ses sels de soude, vous prescrirez des alcalins, thérapeutique pathogénique et physiologique. La statistique vous montre que les eaux de Vichy ont produit des cures de lithiase biliaire plus nombreuses que les eaux de Carlsbad, je suppose, vous envoyez votre malade à Vichy, thérapeutique statistique.

Ainsi s'associent, se combinent, se corroborent les différentes thérapeutiques, pour remplir les diverses indications fournies par le malade et la maladie.

Objet de la thérapeutique. — La thérapeutique a pour objet tout ce qui peut contribuer à la guérison des malades . Les moyens employés dans ce but s'appellent remèdes.

Les remèdes se divisent d'après leur nature en :

1° Bemèdes moraux : voyages, distractions. Chacun sait l'influence du moral sur le physique, et la

connaissance de l'état moral d'un malade permet de remplir de précieuses indications. Nousnenous étendrons pas davantage sur ce sujet.

2° Remèdes impondérables : chaleur, électricité. — Ces agents seront l'objet d'un chapitre spécial.

3° Remèdes pondérables : bandages, appareils, médicaments. Nous ne parlerons ni des bandages ni des appareils qui, construits presque toujours pour des cas de chirurgie, sont décrits dans les livres de pathologie externe.

4° Remèdes biologiques : transfusion du sang, saignée.

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