‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 103 sur 189 · DYSPEPSIES · texte numérisé non relu

DYSPEPSIES

ment spéciaux. Soas ce rapport, je suis d'accord avec le D*" Jousset.

C'est ici qu'est ressentie spécialement la difficulté de classer les affections de Testomae. Le D' Marston, dans une série très pratique de « Notes of cases of indigestion (1), » a adopté le plan de parcourir la liste des médicaments utiles dans la dyspepsie, en indiquant la place et la valeur spéciale de chacun d'eux; et je ne suis pas certain que ce ne soit pas la meilleure méthode.Vous vous en contenterez cependant à peine, et je dois encore conserver le premier rang à la maladie et adapter mes médicaments à ses diverses formes. Je parlerai donc d'abord de l'indigestion aiguë, puis de l'indigestion chronique en général, et après, des éléments spéciaux de cette dernière, douleur, acidité, cardialgie, renvois aigres et flatulence, chacun desquels se présente à nous pour être traité comme autant de maladies spéciales ; et, en dernier lieu, du vomissement, avec l'hématémèse comme appendice.

INDIGESTION AIOUB.

Elle peut être simplement le résultat de l'ingestion d'aliments malsains. J'espère qu'ici vos convictions ho* mœopathiques n'iront pas jusqu'à vous faire vous priver de la ressource que vous indique le sens commun, de provoquer le vomissement par les moyens les plus convenables et les moins nuisibles. Pourtant Hahnemann ajustement fait remarquer (2) que ce dérangement d'estomac est d'habitude d'origine a dynamique, » causé par un trouble mental (colère, terreur, angoisse), un refroidissement, l'exercice du corps ou de l'esprit immédiatement après le repas, souvent après un repas même modéré. Ici, dit-il, les vomitifs sont hors de propos, tandis qu'une seule dose du médicament convenable enlèvera les symptômes en une couple d'heures. Il mentionne Pulsaiilla

(1) Voy. Monthly Homœop. Review de 1867-1868.

(2) Organon,

322 MAIJU)IES DBS ORGANES DIGESTIFS.

comme le plus fréquemment approprié, ses indications étant des éructations «dégoûtantes continuelles avec le goût d'aliments non digérés, accompagnées en général de dépression morale, de froid aux mains et aux pieds, etc.» Lorsque la quantité ou la qualité des ingesta euxmêmes a été la seule cause déterminante que Ton a pu découvrir, Pulsatilla est encore utile si l'indigestion est survenue pour avoir pris de la nourriture grasse ou lourde. La proéminence de l'affection muqueuse, langue blanche, nausées avec peu de vomissements, diarrhée passive et absence de fortes douleurs, est l'indication symptomatique du médicament. Lorsque, cependant, la substance indigeste est telle à cause de son volume ou de sa dureté et de son insolubilité, comme le fromage, le blanc d'œufs, et ainsi de suite, NiLxvomica entre en ligne. Ses symptômes sont ceux d'une douleur violente et d'une action expulsive; c'est l'appareil nervo-musculaire ici qui est en défaut (1). Teste recommande Arsenicum^ et le regarde comme le spécifique des troubles gastriques causés par des végétaux et des fruits acides, et (ajoute Jousset) des glaces.

BYSREPSIE! CHBONiaUS.

Celle-ci se présente en général à nous comme un état plus ou moins complexe, lequel réclame pour son traitement toutes les ressources du régime et de l'hygiène. Si vous avez lu le volume du D"^ Chambers, « On indigestions, » et pris note de ses suggestions touchant l'impuissance de nos médicaments dans cette maladie, permettez-moi de vous recommander de peser spécialement les cas du D'' Marston, qui ont été publiés en réponse.

De plus, je ne saurais vous renvoyer à un meilleur compte rendu de la place et de l'action de nos principaux

(1) a Les corps étrangers paraissent déterminer de la douleur en excitant des spasmes dans la tunique musculaire* » (Wilson Fox, Iqo. cit,)

DYSPBPSIBS. 323

médicaments antidjspeptiques , quoique quelques précieuses additions aient été faites par le D' Jousset dans le quarante et unième volume de V Art médical {j^,2!5l)^ et par M. Clifton, dans le dix-septième volume du Monthly Homœopathic Review (p. 150). Je vais vous les esquisser ici.

J'ai parlé abondamment sur Nuœ vomica lors de ma leçon sur ce médicament. Aux symptômes mentionnés alors comme Tindiquant, j'ajouterai le désir de nourriture avec satiété prompte, et je comprendrai parmi les personnes sensibles à son influence celles qui consomment beaucoup d'alcool. Dans la «dyspepsie pituiteuse,» avec vomissement de mucus glaireux, Nux est un excellent remède. Lorsque les symptômes dénotent une digestion lente (bradyspepsie), le D^ Jousset en recommande Talternation avec Graphites ; Tun avant, l'autre après les repas.

PulsaHUa dépense son influence sur la membrane muqueuse. Le mucus est augmenté, d'où une digestion lente, la fermentation des aliments, l'acidité, la brûlure d'estomac, les éructations ayant mauvais goût, la bouche mauvaise et des nausées. Les aliments riches et gras sont instinctivement repoussés. Les intestins ont une tendance an relâchement. C'est la dyspepsie des personnes à fibre lâche et à circulation faible. Les autres indications symptomatiques peuvent être trouvées dans ma Pharmacody namique .

Bryonia est moins fréquemment indiquée que les deux grands médicaments que je viens de citer. L'indigestion à laquelle elle convient est plus directement la conséquence d'un régime mauvais que d'une affection constitutionnelle. Lorsque j'ai traité de ce médicament, j'ai déjà cité la description bien faite par Trinks des cas auxquels Bryonia convient.

L'expérience du D' Marston confirme tout à fait cette description. La sensation àe 'pression après le repas, même comme si une lourde pierre reposait sur l'estomac, le go&t amer et les vomissements, et la sensibilité de l'épi-

gastre au toucher et au mouvement, en particulier en faisant un faux pas, avec renvois aigres et constipation, sont les symptômes caractéristiques de Bryonia. Je pense que le L^ Marston a eu une très heureuse idée en désignant la tunique musculeuse de Testomac comme étant surtout la partie en défaut dans ces cas. Le foie est probahlement intéressé aussi.

Je regarde Lycopodium, quoique le D"^ Marston n'en fasse pas mention, comme de beaucoup supérieur aux autres médicaments employés par lui, excepté ces trois. C'est dans la dyspepsie tout à fait atonique des sujets faibles, chez lesquels la digestion est retardée par le manque de sécrétion glandulaire et d'énergie musculaire, chez lesquels il existe si peu de force nerveuse à consacrer à la digestion, que pendant celle-ci il survient un sommeil irrésistible dont le dormeur sort épuisé, et lorsque, pour des causes analogues, les flatuosités s'amassent abondamment, et que par suite les intestins sont paresseux ; alors Lycopodium déploie tout son pouvoir. Les aliments farineux sont particulièrement mal supportés. J'ai raconté dans ma Pharmacodynamique un cas type démontrant l'action de ce médicament. Un dépôt abondant d'urates dans les urines est une autre indication pour son choix ; il en est de même d'un sentiment de déplétion après l'ingestion de quelques bouchées seulement.

Carbo vegetahilis est souvent un médicament capital pour la dyspepsie chronique des gens âgés. Il y a d'habitude beaucoup de flatulence, d'acidité et de renvois aigres, et souvent céphalalgie frontale et vertiges, mais rarement constipation.

Le D' Marston dit aussi que Sulfur et Calcarea sont souvent indiqués dans les cas rebelles et chez les sujets d'un mauvais tempérament.

Le premier aide l'action de Nux; le second celle de Pulsatilla. Sulfur est spécialement convenable pour le tempérament bilieux et sanguin, et lorsqu'il y a tendance à la constipation et aux hémorrhoïdes, ainsi qu'au retard

DTSPEPSIB. 325

et à la pauvreté des règles. Calcarea* convient aux enfants, aux femmes, aux personnes à tempérament phlegmatique ou à diathèse scrofuleuse. Il se trouve indiqué par la présence de Tacidité, la tendance au relâchement des intestins et à la ménorrhagie.

Tels sont les médicaments dont il était nécessaire de parler pour la dyspepsie chronique, quoique M. Clifton donne des indications de Chelidonium, Hyd](^astis et Sepia^ et le D"^ Jousset de China.

Je pense qu'une connaissance entière de leur action distincte vous permettra de vous passer de tous les autres, et j'espère que vous serez aussi heureux que le D^ Marston qui guérit même ses malades de dispensaire dans la proportion de 77 pour 100.

Je passe maintenant au traitement des différents éléments de l'indigestion que j'ai énumérés.

La douleur après le repas peut signifier soit une affection organique de l'estomac, inflammation, ulcère ou cancer; ou l'une de ses névroses, les formes spasmodique, névralgique ou hyperesthésique de la gastrodynie. J'ai déjà étudié le traitement de ces affections. Mais il en est une variété qui n'est pas rare, dans laquelle la douleur vient aussitôt l'ingestion de l'aliment, et continue tout le temps que dure la digestion, mais n'est pas accompagnée de vomissements ; je ne 'pourrais rattacher cette variété à aucune des affections ci-dessus. Dans quelques-uns de ces cas, l'état général du malade et ses commémoratifs font découvrir une tendance rhumatismale, que l'on peut aisément comprendre comme affectant la tunique musculeuse de l'estomac. Ici, j'ai trouvé Bryonia très bénéficiable.

Chez d'autres malades, la tunique musculeuse est affectée de débilité, en sorte que ses contractions sont accompagnées de douleur. Ici, indépendamment des toniques, l'Arnica peut être donné avec un avantage décisif.

Hughes. — Thérap. homœop. i»

Page 1