LETTRE IV
Les exanthèmes.
Notre nomenclature nationale commence par les maladies générales, — «Morbi corporis universi, » et parmi celles-ci les premières qui se présentent sont les exanthèmes aigus. Comme elle,' nous commencerons donc nos études de thérapeutique homœopathique par la petite vérole (small-pox).
VABIOIaB.
Permettez-moi de commencer en disant que nous sommes, quant à la vaccination, entièrement d'accord avec nos confrères de la vieille école, quoique dans nos rangs comme dans les leurs il existe des dissidences individuelles. Les statistiques démontrent amplement Fimmunité considérable pour cette maladie qui est assurée par ce précieux prophylactique, et il n'est personne ayant eu Toccasion de comparer la variole non modifiée avec la forme de cette même maladie telle qu'elle se montre d'ordinaire chez les sujets vaccinés, qui puisse s'empêcher de bénir le nom de Jenner. On peut, en outre, admettre complètement que l'efficacité de la vaccination est un exemple de la loi des semblables. On dit, je le sais, que la relation qui existe entre les poisons vaccinal et variolique est plutôt un rapport d'identité ; et que l'immunité des gens vaccinés tient à ce qu'ils ont eu en réalité une atteinte effective, quoique mitigée, de variole véritable. Mais que dira-t-on de l'effet obtenu en vaccinant un sujet ayant contracté la variole avant que l'éruption ne paraisse
OU en introduisant le vaccin et le virus variolique en môme temps dans le même individu? On observe la même influence modificatrice; le malade aura la varioloïde au lieu de la variole. Cela pourrait-il être si les deux poisons étaient identiques et ne différaient que par le degré d'énergie ? En présence de ces faits et de certains autres que j'ai consignés dans un mémoire sur «The présent doctrine of the vaccination, » que vous trouverez dans le vingt-sixième volume du British Journal ofHomœopathy, j'admets que la théorie ordinaire a besoin d'être revue, et qu'un changement dans notre direction semble devoir être imprimé selon toute probabilité.
Je dois d'abord parler du traitement de la varioloïde, c'est-à-dire de la variole en tant que modifiée par la vac* cination ou par une première atteinte. Le trait distinctif de cette forme de la maladie est que les pustules ne mûr rissent pas, en sorte que la période de suppuration et de la fièvre qui l'accompagne est supprimée, et que la durée de la maladie est abrégée en proportion. La chose presque unique que vous aurez à faire ici sera de modérer l'intensité de la fièvre du début et des symptômes concomitants qui sont souvent considérables. Je suis d'accord avec Bâhr quand il dit que Belladonna est plus approprié homœopathiquement que Aconit à cette fièvre, et j'ai eu avec elle de meilleurs résultats. Quelquefois, cependant l'état du malade peut indiquer d'autres antipyrétiques tels que le Gelseminum, Baptisia ouVeratrum viride, suivant les caractéristiques de chacun d'eux, telles que vous les trouvez dans ma Pharmacodynamïque, Le dernier devrait être en particulier employé, si les autres symptômes l'indiquaient, lorsque la douleur de dos est intense. Si les vomissements sont fatigants, le tartre émétique (dont j'aurai plus tard à dire plus quant à ses rapports avec la variole) sera votre meilleur aide, et vous ne pourrez rien faire de mieux que de continuer l'administration de ce médicament lorsque l'éruption est sortie et la température tombée. Il conduira votre malade vers une convalescence satisfaisante *
C'est tout à fait différent lorsque le sujet porteur de la variole est sans protection, et que vous avez à combattre une variole véritable. Si vous voyez le cas d'assez bonne heure, vous devez faire une tentative, même à ce moment, pour convertir la maladie en varioloïde. C'est à peine si ce résultat peut être obtenu par la vaccination ; • car, ainsi que Ta démontré le D"^ Mars on (1), cette opération, pour être efficace, ne doit pas être faite plus tard que le troisième jour après que le malade a été exposé à la contagion, ce qui veut dire huit ou neuf jours avant qu'il ne commence à être malade. Mais vous pouvez compter sur un effet beaucoup plus rapide en administrant sous forme de médicament à l'intérieur votre virusvaccin lui-même. Cette idée vous fera peut-être sourire; mais permettez-moi de vous demander de lire les expériences de Severin, Schneider, Norman Johnson, Kaczkowski, Landell et Collet sur ce sujet, références que j*ai indiquées dans des notes (2). Vous y verrez que la lymphe vaccinale, même à doses infinitésimales, prise par l'estomac, développa les vésicules du vaccin avec leur fièvre concomitante, et des vésicules si vraies que la vaccination faite ensuite avec elles a pu réussir parfaitement. Vous noterez aussi que l'effet est souvent beaucoup plus rapide que lorsque la lymphe est introduite dans le bras, la fièvre et le rash se montrant quelquefois le troisième jour. Lorsqu'on l'administre à des personnes déjà souffrantes de la variole, l'effet est encore plus rapide. Dans les vingt-quatre heures les boutons commencent à en ressentir l'influence et se rident, se ratatinent et se dessèchent. Cela résulte de Texpérience du D' Landell qui administra un tiers de goutte environ de lymphe pure, et du D** Kaczkowski, qui le donna à la 3® atténuation homœopathique ; seulement, cette dernière parut agir avec plus de rapidité. C'est ainsi que Vaccininum est de-
(1) Brit, Journ. ofHom,, XXVI, 228.
(2) BriU Journ. of Hom. XXIV, 171 ; XXV, 340; XXXI, 605 ; XXXII, 720.