‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 122 sur 189 · LETTRE XXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII

Nez et Larynx.

Du canal alimentaire et de ses glandes annexes, nous pouvons actuellement passer à une autre portion importante de la membrane muqueuse, et nous mettre à étudier les états morbides des organfts respiratoires. Nous traiterons dans cette catégorie des affections du nez, cet organe étant le commencement des voies respiratoires véritables; nous continuerons ensuite par celles du larynx et de la trachée, des bronches, des poumons et des plèvres. Je n^étudierai cependant pas, comme je l'ai fait pour le canal alimentaire, chaque région séparément, une si grande quantité d'affections respiratoires, telles que la grippe, le Haj-fever, la broncho etlapleuro-pneumonie en intéressant plus d'une à la fois.

Le nez, comme les paupières et les oreilles, peut s'enflammer aussi bien au dehors qu'au dedans ; et Tinflammation, dans 1« premier cas, aie caractère érysipélateux. Lorsqu'elle est aiguë, Belladonna avec ou sans Aconit est nécessaire. Mais j'ai observé en général la rhinite comme une inflammation subaiguë et lente, qui a trouvé un remède efficace dans Sulfur. Aurum est aussi homœopathique, et pourrait soulager au besoin. L'inflammation nasale interne est le catarrhe nasal, ou

C'est là un de ces maux petits mais journaliers de Thumanité, pour le traitement duquel Tespingole de la médecine ordinaire est plus malfaisante qu'utile, mais que les armes de précision de Thomoeopathie nous permettent souvent de frapper et de vaincre. C'est tout faire pour le mieux que d'attaquer un « froid » pendant qu'il est récent. Ici, nous possédons deux engins puissants, le Camphre et V Aconit, Je pense que le premier (et je diffère en cela d'opinion avec le D"" Hajward (1) est plus généralement utile . Quelques doses de ce médicament dissipent avec rapidité ce sentiment de frisson qui pour quelques personnes est le précurseur d'un froid sur la tête. Aconit est indiqué à sa place lorsque le frisson est évidemment le premier stade d'une fièvre catarrhale, et l'Aconit en est d'un bout à l'autre le remède. Quelquefois cependant, en particulier chez les personnes âgées, les symptômes ressemblent à ceux de la fièvre gastrique, et ici Baptîsia est préférable ; tandis que, même chez des sujets plus jeunes la fièvre peut revêtir un caractère indiquant Gelseminum plutôt qu'Aconit.

Une fois établi et localisé, ce n'est pas chose facile que la guérison d'un froid ; mais on peut beaucoup pour en soulager les symptômes et en abréger la durée. Dans le a froid coulant » ou Coryza fluent,jikfiercwnw5, aux moyennes atténuations, est le médicament en faveur, et Bâhr en conseille l'emploi à moins que l'écoulement ne soit de nature à indiquer Arsenicum; mais j'ai pour ma part un faible tout particulier pour Euphrasia, avec lequel j'ai arrêté quantité de catarrhes de cette espèce. Jahr préconise comme moi ce médicdiment.Arsem'cum et Kali biçhromïcum et lodatum sont aussi tout à fait homœopathiques, et sont quelquefois indiqués de préférence. Le premier lorsqu'il existe une prostration comme celle de la grippe,

(1) Hayward, Tahing Cold the cat^e of half our diseases; ils nature, causes^ prévention and curcy 6« édit., 1877.

et que le flux est abondant et acre; le second lorsqu'une langue chargée indique que la membrane muqueuse digestive est envahie ; le troisième lorsque extérieurement le nez est rouge et gonflé, en même temps que Técoulement froid et non irritant. Pour le « Stufly cold » (coryza sec), je pense (d'accord ici encore avec Jahr) que Nvio) vomica est spéciflque. Le B' Jousset nous engage aussi à employer ce médicament dans la période sèche initiale du coryza fluent; et il afflrme qu'en en donnant une dose de la troisième dilution toutes les heures, il a souvent arrêté la maladie à la fln du premier jour.

Lorsque le catarrhe nasal est passé à sa troisième période d'écoulement épais et doux, disposé à traîner en longueur, Pulsatilla est le médicament le plus capable d'en hâter le départ, et on peut y recourir tout aussi bien dans le coryza chronique simple et sans cachet constitutionnel. Il guérira même lorsque l'écoulement sera assez abondant pour mériter le nom de rhinorrhée. J'ai relaté un cas de cette espèce dans le trente et unième volume du British Journal ofHomœopathy{p» 370) ; mais il est rare qu'un catarrhe nasal chronique ait un caractère aussi simple et aussi limité. Il coïncide d'ordinaire avec une maladie générale, et demande un traitement attentif à l'aide de médicaments à action plus profonde. Qu'un tel traitement, cependant, vous paie de vos peines, je puis vous en donner toute assurance, et vous trouverez tout à fait inutile d'avoir recours aux astringents locaux et aux autres applications de la pratique ordinaire, qui sont toujours désagréables et souvent nuisibles.

En entreprenant le traitement d'un cas de cette nature vous pouvez tirer grand proflt d'une petite monographie. On nasal Catarrhe par le D"^ Lucius Morse, de Memphis, Etats-Unis. Il donne une série d'exemples cliniques de l'affection, montrant l'action des différents médicaments, et il les commente seriatïm. Il démontre que quelquefois le plus de bien est fait par des médicaments constitutionnels tels que Alumina, Calcarea, Lycopodium, Sepia, Silicea et Sulfur. Parmi les médicaments à action plus lo-

cale, il aune confiance particulière dans Arsenicum iodatum, Aurum, Graphites, Hydrastis, Kali bichromicum et Sanguinaria. Ses indicationspour chacun d'eux sont celles que j*ai données dans ma Pharmacodynamigue, Je puis les résumer brièvement ici.

Arsenicum iodaium. Sujets délicats, tuberculeux; écoulement acre ; brûlure dans le nez et la gorge.

Aurum, Ecoulement fétide ; os du nez malades ; grand abattement moral; chez les sujets mercurialisés et syphilitiques.

Graphites. Catarrhe se propageant aux trompes d'Eustache et à l'oreille moyenne; tendance aux éruptions cutanées.

Hydrastis. Ecoulement tenace et filant; rejet continuel de mucosités des ouvertures nasales postérieures.

Kali bichromicum. Ecoulement jaune ou filant (blanc).

Sanguinaria» Sensation de picotement et de chatouillement accompagnée d'un gonflement irritatif des parties avec ou sans écoulement facile.

Outre les médicaments spécifiés ci-dessus, Jahr mentionne Cyclamen comme très efficace si le malade éternue beaucoup, et se plaint de douleurs rhumatoïdes dans la tête et les oreilles ; et Bâhr pense que lodium mérite une attention spéciale. Je puis aussi vous renvoyer à un article sur les « Nasal passages » par le D^* AUen, dans le cinquième volume de V American ffomœopaihic Review,

J'aurai à revenir sur ce si:get lorsque j'arriverai à traiter de l'ozène.

Il y a deux formes spéciales de catarrhe nasal, l'une épidémique et (peut-être) spécifique , l'autre saisonnière et idiosyncrasique. Ce sont la grippe et le hay-fever.

est généralement classée par les nosologistes (à moins qu'ils ne la placent parmi leurs maladies générales) après la bronchite, parce que les grandes épidémies de cette maladie ont été caractérisées par un catarrhe bronchique

380 IfÂLABIES DES ORGANES RESPIRATOIRES.

aussi bien que par le catarrhe nasal. Je ne pense cependant pas que la compUcation bronchique soit de son es* sence : j'admets que nous sommes en présence de la grippe lorsqu'un coryza intense est accompagné de céphalalgie, dé douleurs dans les membres et d'une grande prostra^ tion. S'il en est ainsi, je puis affirmer que Arsenicum, à la 6» dilution environ, est le remède spécifique, quoiqu'il ne soit pas rare que je donne quelques doses d'Eupatorium perfoliatum en alternation lorsque les douleurs ostéocopes sont intenses. Si j'ai tort, et cet état morbide est à la vraie grippe épidémique ce que le choléra Anglais (nostras) est au choléra Asiatique, alors je n'ai rien à dire d'après mon expérience. Mais en lisant la description de cette maladie telle que la donnent Watson et Parkes, je ne puis trouver aucun autre médicament qui lui soit aussi véritablement homœopathique que ce même Arsenicum. Je parlerai de la bronchite qui accompagne la grippe lorsque je traiterai de l'affection elle-même; je me contente de dire ici que Kali bichromicum et Tartarus emeticus en sont les principaux remèdes.

Si vous vous trouviez jamais au milieu d'une épidémie de grippe comme celle qui a visité l'Europe il y a environ quarante ans, vous feriez bien de consulter les anciens auteurs homœopathes sur leur expérience à cette époque. Jahr dit simplement que la faiblesse des extrémités avec endolorissement et sentiment de contusion qui caractérisaient le commencement de l'attaque l'ont conduit à donner Rhus et Causticum, qui enlevèrent ces symptômes rapidement, et changèrent l'état du malade en celui d'une simple fièvre catarrhale, qui n'exigeait plus que les remèdes ordinaires. Hartmann (cité par Bâhr) s'étend plus complètement sur les médicaments requis ; parmi eux je puis citer Bryonia qu'il a trouvée efficace pour la douloureuse céphalalgie frontale de la maladie, qui peut il est vrai se montrer dans sa forme sporadique. Bârh et Joubert donnent des indications pour d'autres médicaments, lesquelles semblent purement théoriques.

HAY-PBVER« 381

I^ HAY-FBVBR.

est une affection très gênante, ce qui peut bien être puisque Ton a reconnu que sa cause essentielle, au moins dans la plupart des cas, était la présence, dans Tair, de pollen qui envahit les voies aériennes (1). Il y a nécessairement dans ces cas un autre facteur, savoir : la susceptibilité spéciale du patient, et nous pouvons à bon droit la modifier par nos médicaments. Mais j'avoue n'avoir jamais réussi à mon entière satisfaction avant d'avoir commencé à employer la solution de Quinine de Binz en application locale. Avec elle, et Arsenicum intérieurement, j'ai obtenu de très bons résultats* Le médicament que je viens de nommer est celui qui est le plus en faveur dans notre école. Parmi d'autres témoignages, je puis citer celui du D' J.-E. James, de Philadelphie.il dit: « Je crois que nous en possédons le remède dans Arsenicum 2® ou 3^ Entre mes mains, il a guéri effectivement plusieurs cas. La première saison je le donnai environ la moitié du temps, la seconde saison à peu près une semaine, et la troisième un jour ou deux ; et le catarrhe ne reparut pas. Les cas duraient tous depuis longtemps lorsqu'ils furent confiés à mes soins (2). » Le D*" Bayes parle avec une égale confiance de Sahadilla^ comme je l'ai dit dans ma leçon sur ce médicament ; et Ipecacuanha^ vu son homœopathicité frappante, devrait rendre service dans quelques cas, spécialement lorsque prédominent des symptômes asthmatiques.

. Le D' Jousset regarde le hay-fever comme une manifestation, sous l'influence d'un irritant spécial, de ce qu'il appelle le « coryza goutteux », affection caractérisée par des accès de fiux nasal et d'éternument répétés, qu'il n'a jamais vusque chezles sujets goutteux ethémorrhoïdaires.

(1) Voyez TexceUent traité de notre collègue M. Blackley, Expe- Hmentai Researches on the cause and nature of Catarrhus Œsti" tus (Hay-fever or flay-asthma), 1873.

(2) Hahnemannian Monthly, XII, 28.

n trouve le Kali chloricum 5« très efficace dans son traitement; mais il ajoute qu'Arsenic et Nux vomica sont préférables dans quelques cas. Le D'Einger a aussi noté ce «coryza paroxystique, » et préconise pour traitement interne l'Arsenic etl'Iodure de potassium, et le Camphre et riode en inhalations. J'ai rencontré dernièrement un cas de cette espèce dans lequel la sécrétion était trop épaisse pour indiquer aucun de ces médicaments, et dans lequel, après l'échec du Pulsatilla et d'Hydrastis, je fus conduit par les éternuments excessifs à donner la Sabadilla du D' Bayes ; et le patient se rétablit promptement. C'était certainement un hémorrhoïdaire. Chez un autre, où l'écoulement nasal était clair et acre, la guérison paraît avoir été amenée par Arsenicum iodatum ; le malade était un garçon, et avait une disposition à l'asthme. Dans ni l'un ni l'autre de ces cas il n'y avait aucune susceptilité spéciale à l'inûuence de ces émanations végétales qui se rencontrent dans le printemps et au commencement de l'été.

li^OZÉNB.

est une maladie encore plus intraitable. Je ne parle pas seulement de cette forme essentielle que Jousset décrit comme existant sans lésion, et caractérisée seulement par l'exécrable odeur exhalée par le malade, et dont lui seul (privé qu'il est du sens de l'odorat) ne se doute pas. Celle-ci ne peut, il est vrai, qu'être palliée par des injections désinfectantes. D'autre part, je ne comprends pas sous la dénomination d'ozène les cas de pur catarrhe chronique, accompagné de temps à autre de fétidité de l'écoulement. Pour être un véritable exemple de la maladie, même dans sa forme la plus tenace, la fétidité doit être le caractère constant du liux habituel, ou accompagner la formation des « bouchons » que le malade tire de temps en temps de ses narines. Ici les lésions consistent en l'ulcération de la membrane de Schneider, et quelquefois en carie des os.

OZENE.

Le médicament le plus réputé dans cette maladie est Auruniy et le cas suivant du D' Chalmers vous montrera ce que quelquefois il peut faire.

« Une dame mariée, souffrante^ d*une grande débilité générale et de perte d'appétit, mais se plaignant surtout de douleur et de sensation de brûlure dans les narines, avec grande douleur au niveau des sinus frontaux ; vue affaiblie et douleur dans les yeux, qui sont très enflammés ; écoulement abondant d'une matière séro -purulente, collant les paupières ensemble ; elle a en même temps un écoulement d'un pus jaune verdâtre par les narines, d'odeur très fétide, et salit cinq ou six mouchoirs par jour. Toute la membrane muqueuse du nez est rouge^ très enflée, et il y a sur sa surface beaucoup de petits points ulcérés, spécialement le long de la cloison des deux côtés ; elle ne peut respirer par les narines.

a Cet état de choses avait été en augmentant depuis plusieurs mois, pendant lesquels on lui a fait diverses applications locales et générales sans soulagement, et elle se trouve actuellement presque dégoûtée de l'existence à cause de l'écoulement et de l'odeur, etc. Je lui donnai l'Arsenic sous forme de liqueur de Fowler,2 gouttes deux fois par jour, durant tout le mois de janvier, avec peu de soulagement du côté du nez, mais beaucoup d'amélioration de celui des yeux aussi bien que de la santé générale.

« l«"f février 1867. Aurum met. 2 grains, 1 matin et soir.

« Le 14. La santé est actuellement beaucoup meilleure, et l'écoulement des yeux et du nez est très diminué, surtout des premiers ; du second, il y a encore un écoidement fétide abondant ; elle mange mieux, et Lt douleur dans les sinus frontaux n'existe plus.

<c Continuer Aurum, le soir.

< Le 28. Les yeux sont tout à fait bien, délivrés de leur rougeur et de leur écoulement ; vue tout à, fait bonne. L'écoulement du nez est très diminué en quantité, et consiste actuellement en pus ordinaire, avec peu ou point de fétidité. Elle a un bon appétit, et paraît fraîche et bien, ne se plaignant de rien si son nez était guéri.

oc Continuer Aurum tous les deux soirs.

a 14 mars. L'amélioration continue et l'écoulement du nez est presque tari ; la rougeur, le gonflement et l'ulcération sont presque partis et actuellement elle respire confortablement par les narines.

M Aurum chaque troisième soir.

« Le 31. Elle est maintenant tout â fait bien, et n'a plus eu d'écoulement des narines depuis plus d'une semaine. »

Je dois vous renvoyer à mes remarques sur Aurum lorsque j'ai fait ma leçon sur lui pour des renseignements

plus complets sur sa place et sa valeur ici, observant seulement qu'il convient évidemment lorsque la maladie a son origine comme cela a lieusouvent)danslasyphilis, et lorsque les os du nez sont intéressés. Dans ces circonstances, Jarh parle aussi en termes favorables de Nitri acidutn^ spécialement si le malade a pris beaucoup de mercure. Les autres médicaments capables de guérir à Toccasion Tozène sont Kali bïckromtcum, lorsque Técoulement est tenace ; Kali carbonicum, lorsqu'il est abondant et clair, et Hydrastùy ce dernier aidé de Tapplication locale d'une solution de Muriate d'hydrastine.

L'ilPISTAXIS

est rarement assez grave et obstinée pour nécessiter un traitement médical. Les expédients domestiques usuels suffisent en général pour l'arrêter. Si, cependant, vous êtes consulté à cause soit de l'abondance, soit du retour fréquent de l'hémorrhagie, vous avez d'excellents médicaments pour elle. Si elle est le résultat d'un coup, Arnica fera tout le nécessaire. Si elle est l'expression d'une tendance hémorrhagiqne générale, vous donnerez Hamamelis ; si c'est, pour ainsi dire, une hémoptysie, située plus haut dans les voies aériennes, Jl/eY/e/b/mm conviendra mieux. Si elle survient conjointement à des symptômes de congestion cérébrale, Belladonna, Nux vomica ou Bryonia seront indiqués par cet état; et si la circulation est surexcitée, on devra donner Aconit. Par la suite, reconnaissant dans ces symptômes l'évidence de l'état constitutionnel qui ailleurs produit les hémorrhoïdes saignantes, vous traiterez votre malade en conséquence avec Sulfur, Hamamelis ou Pulsatilla. Souvent, cependant, l'épistaxis a lieu (spécialement chez les gens âgés) sans aucune cause appréciable. Je trouve Ferrum phosphori* cum le meilleur médicament ici, à la première trituration, ainsi que le recommande le D*" Cooper; on doit cependant penser au Carbo vegetabilis du D' Thayer.

Page 1