‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 125 sur 189 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Les bronches.

Je commence cette lettre par la

BRONCHITS.

On trouvera dans le cinquième volume des Annals un mémoire sur cette maladie, lu par moi devant la British Homœopathic Society (avec la discussion à laquelle il donna lieu). Mes remarques" présentes contiendront la substance de ce mémoire, quoique dans un ordre quelque peu différent.

Je parlerai ici de la bronchite aiguë simple, de la bronchite capillaire, de la bronchite toxémique et de la bronchite chronique.

1. Pour la simple bronchite aiguë che25 l'adulte conaplétement sain, il est rare qu'aucun autre médicament que l'Aconit soit nécessaire, si le cas est pris à temps. On doit cependant se rappeler que ce médicament attaque l'inflammation par les vaisseaux sanguins, et non, comme le ferait un irritant spécifique de la partie, en influençant le tissu enflammé lui-même. Ce n'est que parce que dans un catarrhe comme celui-ci, le tissu est affecté à un si haut degré que je crois l'Aconit capable de couper la maladie. L'inflammation s'est-elle entièrement établie, nous ne pouvons attendre de l'Aconit qu'il la guérisse à lui tout seul. Mais même ici, c'est un auxiliaire très utile ; et quelques doses initiales ou alternatives aideront beaucoup l'irritant spécifique du tissu à eflfôctuer la guérison.

Parmi les médicaments formant cette seconde catégorie, je parlerai deBryonia, Kali bichromicum et Ipecacuanha.

Dans nos traités domestiques, Bryonia est en général en tête de la liste des médicaments de la bronchite. Je pense pourtant qu'on Ta vantée beaucoup trop. Il est hors de doute que ce médicament détermine une irritation inflammatoire de la trachée et des grosses bronches. Mais il n'y a aucune preuve que son influence s'étende plus loin que celles-ci. J*ai soulevé ce point dans mon mémoire, et vous verrez d'après la discussion que mes collègues partagent mon mécontement quant à son action dans la plupart des cas de bronchite. Bonne pour le « froid à la poitrine \> ordinaire, c'est-à-dire lorsque le catarrhe n'envahit que la trachée et les grosses bronches il n'est que de peu d'utilité au delà.

Chez les animaux empoisonnés par le Kali bichromicum^ on a noté que les bronches étaient enflammées aussi loin que leurs ramiflcations pouvaient être suivies ; et les symptômes de la maladie sont manifestes aussi bien chez les expérimentateurs que chez les ouvriers en Chrome. Ma propre expérience est que dans la plupart des cas de bronchite simple, si, lorsque l'Aconit a épuisé son action, quelque autre médicament est nécessaire pour modifier Tétat du tissu enflammé, ce sera le Kali bichromicum qui le fera. Il est aussi très efficace dans la bronchite de la grippe. Nous avons ici un état général qui demande, non pas l'Aconit et l'eau froide, mais l'Arsenic et le Champagne. Lorsque le catarrhe de la grippe descend dans les tuyaux bronchiques, l'Arsenic ne l'y suivra pas ; et ici Kali bichromicum intervient très utilement. Il y a souvent dans ces cas un symptôme qui est spécialement caractéristique du médicament en question. La langue est recouverte d'un enduit épais, lequel, avec l'horreur des aliments, indique que le catarrhe a envahi les voies alimentaires. De temps en temps vous rencontrerez un cas dont les symptômes vous rappelleront les phénomènes qui, chez les personnes susceptibles, suivent

392 MALADIBS AFFECTANT LES ORGANBS RESPIRATOIRES.

Tinhalation de VIpecacuanha, J*en ai décrit un exemple dans mon mémoire. Dans ces attaques, tenant le milieu entre la bronchite et Tasthme, moitié phlogose et moitié névrose, le pouvoir de Tlpecacuanha est très grand.

2. La bronchite capillaire, en tant ([ne constituant une des affections pulmonaires de Tenfance, sera étudiée par nous plus tard. Pour le moment, elle doit nous occuper telle qu'elle se montre chez les personnes âgées ; c'est la peripneumonia notha, » et « le catharrhe suffocant » des anciens auteurs. Le grand remède de cette .dangereuse affection est le Tartarus emeticus. Parfaitement homœopathique à la fois à Fétat local et à Tétat général, j'ai en général eu recours à ce médicament seul dans des cas en apparence désespérés, qui ont guéri sous son influence. On recommande souvent Arsenicum ; mais je ne puis voir ici son homœopathicité, et je no Tai jamais employé. Le danger que courent ces sujets est la paralysie des poumons. Je dois vous renvoyer aux remarques que j*ai faites dans ma Pharmacodynamique sur Solania, l'alcaloïde de Dulcamara, en tant que convenant à cet état. J'ai des raisons pour y avoir une entière confiance.

3. La bronchite toxémique peut être déterminée par le poison spécifique de la rougeole, du typhus, de la fièvre typhoïde et de la goutte, et par l'excès d'urée dans le sang qui a lieu dans la maladie de Bright chronique.

J'ai déjà parlé de la première et j'en parlerai encore. La bronchite de la fièvre demande en général Bryonia ou Tartarus emeticus. Pour celle qui survient chez les patients atteints de maladie de Bright chronique, je conseillerais Mercurius corrosivus, qui est homœopathique à la maladie primitive. Dans un cas d'empoisonnement par ce sel, publié par le D"^ A. Taylor, la muqueuse bronchique fut trouvée enflammée dans toute sa longueur. Dans ces derniers temps, le D"^ Headlam Greenhow a fait remarquer la connexion existant entre la bronchite et la goutte. Si la maladie se montrait rebelle chez un patient atteint de cette diathèse, je serais disposé à le faire bénéficier du pouvoir jusqu'ici mystérieux du Colchicum.

4. La bronchite chronique se présente sous des formes tellement variées, qu'il est presque impossible de tracer aucune loi générale quant à son traitement. Chaque cas demande à être éiudié comme un individu et à être traité selon ses propres mérites. Mais je ferai une tentative pour classer ses principales variétés, et pour en tracer le traitement le plus approprié. Je baserai ma classification sur le caractère pathologique de l'expectoration, c'està-dire sur l'état muqueux, purulent ou fibrineux de celle-ci.

a. Dans la bronchite chronique avec expectoration muqueuse, le choix flotte généralement entre deux grands médicaments, le symptôme déterminant étant la consistance du mucus. Si celui-ci vient en bloc, est facile à détacher et à expulser, ou n'est difficile que par suite de la- débilité musculaire, Tartarus emeticiis est d'habitude le remède. Mais lorsque les sputa sont difficiles et tenaces et sont expulsés en longs fils d'un mucus blanc opaque, on doit donner la préférence à Kali bïchromicum.

Nous devons au D' Drysdale cette indication de ce dernier médicament, laquelle a été vérifiée tant et plus,

ô. La bronchite chronique avec expectoration puriforme est une affaire très sérieuse. Dans les cas d'une gravité modérée, j'ai vu Mercurius aux dilutions moyennes rendre de grands services. Il est probable que Silicea, que Teste préconise hautement dans la bronchite chronique, trouve ici sa place. China sera utile en tout cas pour soutenir la constitution.

c. Si vous rencontrez la forme rare de bronchite chronique dans laquelle se montre l'expectoration semi-membraneuse (polypes bronchiaux), les expériences du D"^ Curie désigneraient Bryonia comme le médicament le plus homœopathique, quoique Kali bichromicum le soit à peine moins.

Dans toutes les formes de bronchite, mais en particulier dans les variétés grippale et sénile, la toux est quelquefois d'une violence tout à fait hors de proportion avec l'affection locale. Nous devons ici appeler à notre aide les médicaments nervins, dont les principaux sont iS'^n&^a

Hyoscyamus et Conium. Hyoscyamus est généralement un médicament capital pour cette toux qui accompagne la grippe, et son indication caractéristique est l'aggravation parla position couchée. Chez les personnes âgées, chez lesquelles la toux est harassante, j*ai beaucoup de confiance dans Senega. Ces nervins peuvent se donner en même temps que des médicaments plus strictement curatifs, soit alternativement avec eux, ou (ce que je crois meilleur) l'un le jour, l'autre la nuit.

Quelquefois, tant dans la bronchite aiguë que dans la bronchite chronique, nous avons à compter plus sur les médicaments nervins que sur ceux qui sont irritants de tissu. J*ai déjà parlé de Tlpécacuanha dans la maladie aiguë ; et il n'est pas rare dans la « toux d'hiver » chronique que l'on trouve aucun médicament aussi efficace que Nitri acidum. Ce médicament, pendant si longtemps mon remède favori, a été encore plus employé par moi depuis la communication du D'^ Dyce Brown sur ce sujet, et je lui dois de nombreux succès.

Je n'ai guère fait plus ici que résumer un mémoire datant de 1866, lequel était lui-même presque limité aux résultats de ma propre expérience. Je me suis contenté d'en agir ainsi, puisque toutes mes observations ultérieures ont confirmé les règles de conduite que j'y avais tracées. Mais je dois dire quelques mots du traitement préconisé par les auteurs thérapeutistes.

Jousset et Jahr sont d'accord avec moi en nous engageant à commencer notre médication par l'Aconit; et quoique Bâhr donne la préférence à Belladonna, ses raisons me paraissent être principalement théoriques. Il peut bien se trouver des cas, cependant, où la substitution serait à propos (1). Dans le traitement d'une période plus avancée, Mercurias occupe, pour Jahr et Bâhr, la place que j'ai attribuée à Kali bichromicum. Dans la

(1) Par exemple, celui où la bronchite débute par une angine pharyngée plutôt que par un coryza.

(Note du traducteur.)

bronchite capillaire, Jousset parle en termes élevés de la valeur dlpécacuanha et Bryonia, donnés alternativement tous deux à la douzième dilution, pour arrêter îa maladie dans sa première période. Plus tard, il conseille Arsenicum, Carbo vegetabilis et Tartarus emeticus; Jabr recommande aussi les deux premiers, et Bâhr le troisième, et de plus Veratrum album. Vous aurez ces conseils présents à Tesprit en cas de besoin, ou comme alternatifs aux médicaments que j'ai moi-même préconisés.

Pour le traitement de la bronchite chronique, nous avons encore le bénéfice de l'expérience du D'Meyhoffer, qui a consacré à cette maladie la seconde moitié de son premier volume. Il fait trois divisions dans ma première variété de la maladie, c'est-à-dire celle avec expectoration muqueuse . La première division est le « Catarrhe sec » de Laënnec : il siège principalement dans les plus petites divisions bronchiques, et d'après cette localisation et le caractère tenace des crachats, il cause une toux violente et prolongée, produisant l'engorgement veineux de la face, et même assez souvent l'emphysème pulmonaire. Lorsque survient une irritation bronchique plus aiguë, la dyspnée est assez intense pour faire donner à cet état le nom d' « asthme humide. » Pour celle-ci, il conseille Aconit et Bryonia au début, suivis de lodium et Sulfur suivant la constitution du malade, ou d'Arsenicum s'il y a emphysème. Dans les attaques d' « asthme humide, » il a obtenu de grands succès avec Cannabis Indica, à la première dilution décimale. Le D^ von Granvogl a fait quelques remarques très intéressantes sur cet état, qu'il décrit comme se montrant dans la forme chronique, les signes physiques simulant la présence de beaucoup de mucosités dans la poitrine, lesquelles étaient cependant absentes à l'autopsie. Il essaya dans un cas de cette nature la valeur de l'ancienne doctrine des « signatures, » en donnant la première trituration centésimale de poumons de renard desséchés, et avec de brillants succès (1). Une préparation de cette espèce se vend au-

(1) Text book of Homœojpaihy^ p. 170.

jourd*hui chez les pharmaciens homœopathes sous le nom de « pulmo vulpis. » C'est cette forme de la maladie pour laquelle j*ai mentionné Kali bichromicum en qualité de remède le plus approprié, et je pense que le D"" Meyhoffer a plutôt méconnu son efficacité ici.

Il fait de ma deuxième forme la « bronchorrhée, » et comprend sous ce titre les cas dans lesquels la sécrétioa bronchique est purulente. Pour celle-ci, outre mon Tartarus emeticus et ma Silicea, il préconise très hautement Lycopodium, et, lorsque la maladie se présente chez des enfants leuco-phlegmatiques délicats, Calcarea. 11 décrit ensuite une troisième forme, dans laquelle Texpectoration est séro-muqueuse, visqueuse, filante et transparente, venant (souvent en grande quantité) après des accès longs et violents de toux. Ici la membrane muqueuse paraît peu altérée. Il mentionne comme remèdes de cette état Carbo vegetabilis, Lycopodium, Silicea et Sulfur; j'ajouterai Arsenicum. Ma variété « plastique » ne paraît pas avoir appelé son attention.

Outre ces espèces plus définies de Bronchite, le D*" Meyhôfi'er fait remarquer sa fréquente occurence conjointement avec des affections d'autres organes (comme du cœur) et avec des maladies générales constitutionnelles comme la lithiase, le rhumatisme, la goutte, Therpétisme, la scrofule, le rachitisme et la débilité sénile ou anémique. Ses recommandations, quant au traitement de ces états, et ses illustrations de ceux-ci par des cas cliniques sont pleines de choses instructives. De plus, il n'existe aucun livre qui donne autant de renseignements sur les bains et eaux minérales appropriés aux patients dont il s'agit.

Parmi nos thérapeutistes, Bâhr a consacré une section séparée et bien définie à la bronchite chronique, qu'il divise en grande partie, comme je l'ai fait. Dans ses indications pour les médicaments, c'est avec le D** Meyhôffer qu'il s'accorde le plus, ajoutant Spongia à ceux du « catarrhe sec » , et parlant avec une estime chaleureuse de Silicea, aux triturations les plus hautes, pour la bron-

BRONCHECTASIB. 397

chorrée, avec tendance à la suppuration, comme celle qui s'observe chez les scieurs de pierres et les autres ouvriers exposés à respirer dans une atmosphère irritante, Jousset et Jahr ne nous apportent aucune assistance spéciale.

Sous le nom de

BRONCHECTASIS

je me propose de parler de ces cas de bronchorrhée chronique dans lesquels on peut présumer l'existence de la dilatation des. bronches. Le signe le plus éT'ident de cette lésion est la fétidité de l'expectoration. Le D' Meyhôffer fait une classe spéciale de cette « bronchite putride », et vante pour son traitement Sulfur, Calcarea et Stannum. Je suppose que pathologiquement cette lésion est la même lésion que l'emphysème, seulement siégeant dans les tubes aériens au lieu de siéger dans les cellules aériennes. Je n'en ai observé qu'un seul cas ; il se termina par la gangrène. Je dois me conformer à l'avis de Bâhr, en pensant que la seule chance de soulagement est dans le traitement du catarrhe concomitant, lequel traitement peut être fait le mieux au moyen des médicaments cités ci-dessus, en y joignant l'inhalation de substances désinfectantes.

BMPHYSÈMB PULMONAIRE.

Il ne paraît pas douteux que l'emphysème, de la variété lobulaire commune, et avec le commémoratif d'une invasion graduelle quelle qu'en soit la cause déterminante, ait pour base une dégénérescence primitive des vésicules pulmonaires, constitutionnelle et héréditaire, paraissant souvent être une manifestation de la goutte. Si seulement nous connaissions plus à fond la nature de la dégénérescence, comme, par exemple, graisseuse, fibreuse et ainsi de suite, nous pourrions en trouver le remède spécifique et empêcher au moins ainsi les parois Hughes, — Thérap. homœop. 23

des cellules de se rompre. L'hypothèse de la dégénérescence graisseuse est soutenue par Rainey, Williams et Chambers ; mais les recherches plus systématiques du D' Waters ne lui sont pas favorables. C'est dommage; car dans ce cas Phosphorus aurait toutes chances de nous aider beaucoup. Mais si nous nous reportons du côté d'une simple débilité fonctionnelle des fibres élastiques qui conservent aux cellules aériennes leur diamètre, l'anatomie morbide ne nous sera d'aucun secours pour le choix du médicament. La symptomatologie est également en défaut quant à ce qui concerne la dyspnée permanente. Mais pour les attaques pseudo- asthmatiques occasionnelles qui fatiguent le malade emphysémateux, elle nous a guidé vers un excellent médicament dans Lobelia. De plus, on peut beaucoup pour diminuer le catarrhe bronchique, qui joue toujours un certain rôle dans l'histoire de l'affection. Pour les attaques qui surviennent quelquefois dans le cours de son progrès, les symptômes indiquent presque toujours Tartarus emeticus (1), et dans aucune forme de bronchite son action n'est plus satisfaisante. Il existe cependant chez la plupart des emphysémateux un état chronique de bronchorrée légère, avec expectoration glaireuse, analogue aux blancs d'œufs; pour cet état, un traitement suivi avec Arsenïcum est très bienfaisant. Lorsque le mucus est plus abondant, Carbo vegetabilis, comme le préconise Bâhr, peut être préférable.

(1) l)ans ce cas, le D>^ Jousset établit des caractères distinCtifs pour les trois préparations antimoniales suivantes : Tort, em. con- Tient au catarrhe avec état fébrile, avec toux matutinale accompa^ gnée d'expectoration abondante, comme si le malade vidait son sac, rougeur de la face, somnolence et expectoration difficile le reste du temps, quoiqu'il existe de gros ronchus. Il donne la préférence au Kermèsy premières triturations, dans le même état, mais sans fièvre Enfin, il se loue beaucoup d*une 3« préparation, usitée dans la vieille école du reste, mais empiriquement, Varséniate d^Anti~ moine, qu'il donne aussi aux triturations basses, dans les cas caractérisés par une respiration très difficile^ indépendamment des autres symptômes ci-dessus. (Note du traducteur.)

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