‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 129 sur 189 · LETTRE XXXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXI

Potmionsy plèvres, diaphragme et parois thoraciques.

Dans cette lettre, j'ai d'abord à parler de la thérapeutique des maladies les plus graves des poumons, la tuberculose, la syphilis et le cancer.

Je commencerai parla

PHTHISIB FUUiffONAIRE.

Je n'ai nullement l'intention de m'occuper de la controverse qui existe aujourd'hui touchant la pathologie du tubercule, ni de ses rapports avec la phthisie pulmonaire. La seule portée importante qu'elle ait sur la thérapeutique est que les idées de Niemeyer et de ceux qui pensent comme lui concordent avec ce que l'expérience clinique a depuis longtemps établi, savoir : qu'il existe deux formes de cette maladie. Quelle que puisse être leur unité pathologique, leur histoire, leur pronostic et leur conduite sous l'influence des médicaments est très diverse. Le type de l'une est ce que l'on appelle aujourd'hui la «tuberculose miliaire aiguë », qui est aux poumons ce que l'hydrocéphalie aiguë est au cerveau, et, comme cette dernière, est presque toujours fatale. Lorsqu'elle se montre sous la forme chronique, elle est caractérisée par une allure insidieuse, par de la débilité, de l'émaciation, la respiration courte, et une fièvre hors de proportion avec les signes physiques; cette forme a une issue presque aussi certaine. D'autre part, il n'est pas rare de voir des cas dont le commencement peut être rapporté à[une ou plusieurs atteintes inflammatoires ; les

signes de pneumonie chronique sont évidents alors, et la fièvre et les symptômes généraux y correspondent.

Ici, dans des circonstances favorables, on peut faire beaucoup par le traitement, et la guérison n*est pas un fait rare. Appeler ces cas a Phthisie pneumonique» et les autres « tuberculose pulmonaire » est, à tout hasard, convenable pour les besoins de la clinique, et je me hasarderai à en agir ainsi, sans préjuger de Funité de la malsir die. Je dois ajouter que toutes deux sont des affections qui appartiennent éminemment à la diathèse scrofuleuse.

Et maintenant, en parlant de la thérapeutique de la phthisie, il est de mon devoir d'applaudir de bon cœur au progrès que la vieille médecine a faits dans le traitement de cette maladie. Il n'y a aucun doute que la mortalité dans la phthisie est moindre, et la durée de la vie plus longue qu'elles n'étaient il y a trente ans; et ce résultat a été un triomphe réel pour les recherches scientifiques. L'accord unanime de tous les professeurs de nos jours sur les principes de traitement qui doivent être observés dans la phthisie est digne d'admiration; et il nous impose la méthode avec une force irrésistible.

Cependant, lorsque nous examinons la méthode en question, nous trouvons qu'elle est purement du domaine du régime et de la diététique, le Fer et l'Huile de foie de morue, qui sont les deux seuls « médicaments » administrés, tombant dans leur domaine. Et cela confirme ce que le D^ Madden a fait déjà remarquer (1), que « les progrès récents accomplis par la vieille école le sont dans le champ de l'hygiène, et n'ont aucun rapport avec l'administration des médicaments. Nous pouvons les reconnaître avec gratitude et les adopter, pendant que dans notre propre camp de médication spécifique nous demeurons encore malheureusement isolés. Nous espérons que quelque jour le préjugé n'admettra pas plus longtemps d'obstacles à l'union des vrais esprits. »

(1) Voyez les articles sur ce sujet, dans « The rénovai of life, » dans le Monthly Hom. Review,, de 1867-1868.

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Qu'il soit donc parfaitement entendu que la base du traitement de la phthisie doit être l'hygiène, aussi bien pour nous que pour d'autres (1). Nourrissons notre malade convenablement et sagement; qu'il respire toujours un air frais, et qu'il prenne beaucoup d'exercice; choisissons lui un climat si cela est possible, et donnons lui de l'Huile de foie de Morue, et peut-être, excepté dans la rare « phthisie floride, » une alimentation ferrugineuse.

Mais l'homœopathie vous mettra à même de faire plus que cela. Elle vous permettra de maintenir en respect l'inflammation pulmonaire sans débiliter l'économie. Elle vous donnera des « médicaments pour la toux » qui n'altéreront pas l'estomac, des « Altérants » exempts des qualités vénéneuses des mercuriaux, et pour la diarrhée, des remèdes qui ne constipent pas. Elle a même des moyens d'une énergie considérable pour modifier la diar thèse tuberculeuse elle-même. Permettez-moi de vous dire tout ce que je connais sur les médicaments qui sont usités dans la phthisie.

1. Et d'abord, quelques mots sur les symptômes prémonitoires, la « période pré tuberculeuse, » comme on l'a appelée. Les recherches les plus récentes laissent très peu de place au doute sur ce fait que le mauvais état de la constitution dans les affections scrofuleuses associées à la production de la matière tuberculeuse doit avoir son point de départ dans les fonctions digestives, comme cela a été défini pour la première fois par feu le D' Tweedy Todd sous le nom de ByspepHe strumeme, état qui depuis a été décrit avec tant de détails par Sir James Clark, Bennett, Hutchinson et d'autres. Ainsi écrit Aitken. Les traits caratéristiques de cette dyspepsie strumeuse sont le dégoût et la difficulté d'assimilation des aliments gras, l'état « bilieux, » le pyrosis, la flatulence et, par-dessus tout, les éructations acides après avoir ingéré des aliments. Pour cette dyspepsie, aussi

(1) Voyez Fonssagrives, Thérapeutique de la phthisie pulmonaire basée sur les indications, 2* édition, Paris, 1880.

bien que pour la diathèse strumeuse qu'elle recouvre , nous avons (comme je Fait fait remarquer dans mes leçons) un médicament plein de promesses dans Calcarea Carôomca; et je vous engage à vous en servir si l'incapacité de prendre des aliments gras se montre avec les symptômes décrits ci-dessus, en même temps que le malade est d'autre part convenablement nourri. Pulsatilla pourrait aussi être utile dans ces cas. H en est cependant dans lesquels la difficulté paraît résider non pas autant dans la digestion que dans l'assimilation des substances grasses, ce qui ferait penser que le pancréas et peut-être les glandes mésentériques seraient en défaut. Ici, la perte de l'embonpoint est le premier signe qu'il y a quelque chose de semblable. C'est ici que VIode commence à jouer le rôle important et à prendre le rang qu'il occupe parmi les médicaments antiphthisiques. Il permettra, comme l'a dit le D' Nankivell, de prendre (1) avec aise et avantage le laitage et l'Huile de foie de Morue. Avec ces médicaments, et un régime et une hygiène convenables, en surveillant les progrès de votre malade plutôt par son poids et sa température que par les sons de sa poitrine, et en portant votre attention encore plus sur ses viscères chylopoiétiques que sur ses poumons, vous pouvez beaucoup pour lui éviter la consomption qui le menace*

2. Je vais maintenant poursuivre mon sujet dans ce que j'ai appelé les vrais cas tuberculeux. La forme la plus sérieuse qu'ils prennent est celle de (i la tuberculose miliaire aiguë » de la nomenclature actuelle. Je ne saurais dire si nous pouvons en éviter l'issue habituellement fatale. Le D^ Pope cite un caSj probablement de cette nature, dans lequel Arsenic et Calcarea donnés alternativement produisirent un changement des plus rapides et inattendus, qui fut suivi d'une guérison complète. J'en possède moi-même un autre cas, dans lequel les signes physiques n'étaient que ceux d'nn catarrhe diffus

(1) Monthly Hôm, Review, XVII, 632.

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des bronches ; mais ici la rapidité du pouls, la température élevée, les sueurs profuses et l'amaigrissement rendaient excessivement probable la présence des tubercules miliaires. Ici, Phosphorus ne fit rien, tandis que riode, à la 3° dilution décimale, amena un rapide changement dans Tétat de la malade (qui était une enfant) et conduisit au rétablissement complet de sa santé.

Lorsqu'un malade se présente à nous avec les signes de l'existence de dépôts tuberculeux, avec de mauvais antécédents de famille et un degré considérable de débilité, d'amaigrissement, et des dyspnées, je crains que nous ne puissions que faire peu de chose pour enrayer la marche de la maladie. Vous mettrez nécessairement en jeu tout le régime antiphthisique, et si cela est possible vous ferez intervenir l'air des montagnes. S'il y a quelque soulagement médical à obtenir dans ces cas, ce sera du Sulfur. Ce médicament est spécialement utile lorsque le malade ou ses parents sont d'ailleurs malsains, ont ce qu'Hahnemann a appelé la constitution « psorique » manifestée en général par des affections cutanées ; on doit le donner (comme le recommande le D' Jousset) aux dilutions les plus élevées, mais pas trop fréquemment. Quelquefois, bien plus, les symptômes constitutionnels peuvent être notablement améliorés pour un temps par l'Iode, donné de la même manière.

Si le ramollissement a commencé dans un cas semblable, le traitement est celui que je recommanderai pour l'autre variété de la maladie ; mais il n'est que palliatif.

3. Lorsque nôtre phthisique a dans ses commémoratifs une inflammation bien définie des organçs respiratoires Comme début de sa maladie, et que les symptômes généraux ne sont pas hors de proportion avec les lésions iocalesj nous pouvons le traiter avec de grandes espé^ rances de succès. Ici la maladie peut encore se montrer sous une iorme àigûe ou chronique; la première est celle connue sous le non! de a phthisie floride, » ou «consomption galopante » dans un cas pareil, survenant chez un

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homme adulte. J'ai réussi à arrêter les symptômes en donnant Arsenicum 3* Phosphorus 2*, un jour Tun, un jour Tautre, et je me sentirais disposé à avoir recours à ces médicaments, à l'exception des cas dans lesquels Clotar Mûller recommande avec tant de justesse F'errum (1) De fréquentes hémoptysieg en sont la principale indication; et dans les cas où existe ce symptôme, je le substituerais à Arsenicum.

Dans la forme chronique de laphthisie pulmonaire, Arsenic et Phosphorus sont encore nos principaux remèdes, le premier pour être employé d'une manière continue, le second pour les attaques intercurrentes d'inflammation. Le D** Nankivell, auquel sa position à Bournemouth permet de fréquentes occasions de voir des phthisiques, a une haute opinion de l'Arsenic sous forme d'Iodure (2* à 6* trituration décimale). Et il a publié quelques exemples excellents de son efficacité (2). Dans mes leçons sur l'Arsenic, j'ai cité la réputation qu'il est en train d'acquérir dans la vieille école comme médicament de la phthisie et j'ai démontré son homœopathicité au moins à l'état général existant. La présence de l'Iode dans ce composé compte probablement pour quelque chose, et on peut obtenir de ce médicament lui-même de magnifiques résultats dans cette maladie. Les indications principales, ici comme ailleurs, de son emploi sont un amaigrisse* ment rapide et un état hectique prononcé. Ici (de même que Bâhr) je préfère les dilutions décimales les plus basses. Le seul rival de l'Arsenic, de l'Iode et du Phosphore dans cette forme est Lycopodium, Il convient à des cas d'un caractère plus chimique et plus passif, et est, je pense, spécialement utile dans la phthisie survenant chez les jeunes hommes. Chez ces patients, bien plus, Calcarea peut encore convenir; et le D' Nankivell préfère le phosphate (lequel est très préconisé par le

(1) Voy. BHt. Joum. ofHom,, XVIII, 76.

(2) Voy. Brit, Joum, of Hom,, XXX, 515, et Monthly Hom. Review, XVIII, 629.

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